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Interventions divers

LA COLÈRE FÉCONDE DE MONA ELTAHAWY

Mona Eltahawy, à la tribune des Women’s Media Awards de New York, en novembre 2015. Brian Ach / AFP

Par Annick Cojean. Publié le 20 août 2019 : https://www.lemonde.fr/festival/article/2019/08/20/la-colere-feconde-de-mona-eltahawy_5501027_4415198.html

Musulmane et militante, la journaliste qui vit aux États-Unis dénonce les violences faites aux femmes en Égypte, son pays, et globalement au Moyen-Orient. Elle a écrit son dernier livre « avec suffisamment de rage pour propulser une fusée ». Lire la suite

Un rapport recommande de donner aux Églises un statut privilégié auprès du Parlement européen

La première vice présidente du parlement européen, Mairead Mac Guinness avait laissé en suspens un rapport à discuter en bureau du parlement, qui propose d’institutionnaliser le dialogue entre les églises et le Parlement. Après avoir dirigé le dialogue avec les organisations confessionnelles et non confessionnelles lors de la précédente législature, elle propose rien moins que de faciliter le lobbying constant des religions, ce qui menacerait la liberté des citoyens et des citoyennes européens. Rappelons la chronologie des faits. Lire la suite

Les Pays-Bas interdisent le masquage du visage dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics et les transports en commun.

La loi qui avait été votée en juin 2018 est entrée en vigueur le 1er aout 2019. Les vêtements masquant le visage sont donc proscrits dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics et les transports en commun. Le Ministère de l’Intérieur néerlandais rappelle que cette mesure est nécessaire à la sécurité et au non fonctionnement des services dans ces lieux où il est important que l’on puisse se regarder et se reconnaître.

La burqa reste autorisée dans la rue au contraire des législations en vigueur en France, en Belgique au Danemark et en Autriche.

 

À Bialystok, la Marche des fiertés a été polluée par les nationalistes homophobes.

D’après Jakub Iwaniuk dans Le Monde,

À l’annonce de la Marche des fiertés, dans la région très conservatrice de la Podlachie, soixante contre-manifestations – nationalistes, ultracatholiques, parfois violentes – ont été signalées ce 20 juillet. A Bialystok, un millier de supporteurs de football ultras du club local, proches des groupuscules nationalistes, en particulier, ont diffusé des messages homophobes.

Une Marche très chahutée

Les premiers manifestants LGBT se sont fait injurier et parfois bousculer. Des projectiles sont lancés en direction des manifestants. La marche s’est cependant déroulée, encadrée par les forces de l’ordre.

Les responsables de l’Église avaient annoncé quelques jours auparavant qu’ « avec l’accord du maire, il y aura dans notre ville Sodome et Gomorrhe ». Des prières sont organisées pour la reconversion de ceux qui défilent. Allant dans le même sens, une lettre du métropolite de Bialystok a également été lue dans toutes les églises de la région. Sur le parcours de la Marche, de vieilles dames, chapelet à la main, se mêlent aux jeunes ultras, et, entre deux hurlements homophobes, prient le Notre Père.

 

Une campagne de dénigrement « anti-LGBT »

L’élément déclencheur fut la signature, en février, par le maire de centre droit de Varsovie, d’une « charte LGBT », mettant en place des mesures antidiscrimination. Ce qui a provoqué la réaction contraire des médias pro gouvernementaux, du parti PiS au pouvoir.

La presse ultraconservatrice assimile ouvertement l’homosexualité à la pédophilie, titre sur « l’homoterrorisme ». L’opposition est accusée de vouloir « sexualiser les enfants en bas âge », sous prétexte de promouvoir une éducation sexuelle selon les standards de l’Organisation mondiale de la santé. Un publiciste de droite très en vogue va jusqu’à écrire qu’il faut « tirer sur l’idéologie LGBT » sans être inquiété par la justice.

Le tribunal constitutionnel, la plus haute instance juridique du pays étroitement contrôlée par le pouvoir, a créé une jurisprudence inquiétante en donnant raison à un imprimeur, condamné à trois reprises pour discrimination, qui avait refusé d’imprimer des tracts d’une organisation LGBT. « Nous vivons enfin dans un pays libre, où la liberté de conscience est respectée », a commenté le ministre de la justice, Zbigniew Ziobro. Une trentaine de communes ont adopté des arrêtés municipaux anti-LGBT. Certaines de ces initiatives ont été récompensées par des médailles du préfet de la région de Lublin.

Le journal d’extrême droite Gazeta Polska, proche du PiS, a annoncé vouloir distribuer dans sa prochaine édition des autocollants « Zones anti-LGBT ». Le tollé fut si fort que l’ambassadrice des États-Unis, Georgette Mosbacher, proche de Donald Trump, s’est sentie obligée de réagir. Campagne contre l’homophobie a émis le 18 juillet un communiqué, signé par quatre-vingts ONG de défense des droits humains : « Il est temps de le dire tout fort, “la vie des personnes LGBT en Pologne est en danger”. »

 

La nouvelle question laïque, Laurent Bouvet, Flammarion, 2019

La laïcité a longtemps été comme l’air que nous respirons : indispensable au bon fonctionnement de notre commun républicain sans que nous y pensions sinon lorsque la querelle scolaire venait régulièrement nous rappeler l’existence de «deux France», la catholique et la républicaine, que la loi de 1905 avait su concilier sinon réconcilier.
Aujourd’hui, la question de la laïcité se pose à nouveau. L’installation de l’islam comme deuxième religion française depuis une trentaine d’années, tout autant que la montée en puissance d’un individualisme qui traduit la liberté par «c’est mon choix!» et d’un communautarisme qui traduit l’égalité par «c’est mon identité!» ont bouleversé l’équilibre qui avait été trouvé il y a un peu plus d’un siècle.
La laïcité est devenue un enjeu majeur du débat public et, même, un sujet de polémique bouleversant les clivages classiques. Certains lui accolent des adjectifs pour l’amoindrir ou la détourner de son propos, d’autres voudraient la réduire à un simple œcuménisme.
Pour répondre aux défis contemporains, ce livre entend promouvoir le caractère original de la laïcité, fondé sur des valeurs humanistes, universalistes et républicaines.

Les Saoudiennes enfin autorisées à voyager seules

Femmes saoudiennes photographiées à l’occasion d’un tour guidé, en juin. Photo Fayez Nureldine. AFP 

Le gouvernement d’Arabie Saoudite a annoncé ce vendredi que les femmes pourront désormais voyager sans «gardien» masculin à l’étranger.

Symbole d’un système ultra-conservateur, les femmes en Arabie Saoudite n’avaient jusqu’alors pas le droit de voyager seules. Quotidiennement soumises à l’autorité de leurs pairs masculins, les Saoudiennes pourront désormais voyager seules, sans l’autorisation ni l’accompagnement de leur «gardien masculin». Cette interdiction ne constituait qu’une des pierres du royaume où la religion islamique reste un pilier du royaume.

Selon le quotidien proche du gouvernement Okaz et d’autres médias citant des sources officielles, toute Saoudienne âgée de 21 ans ou plus va pouvoir obtenir un passeport et quitter le pays sans la permission de son «gardien». Les fuites de Saoudiennes à l’étranger ont été souvent médiatisées ces derniers mois, ces dernières dénonçant la propagande du régime sur ces affaires de mœurs.

Même si le journal officiel explique qu’un passeport pourra être délivré à tout Saoudien qui en fait la demande, les modalités d’obtention du passeport ne sont pas encore dévoilées. A noter que cette réforme est complétée par la possibilité pour les Saoudiennes de déclarer officiellement une naissance, un mariage, un divorce, d’être titulaire de l’autorité parentale sur leurs enfants mineurs, des prérogatives jusqu’alors réservées aux hommes.

Politique de Mohammed ben Salmane

Cette mesure s’inscrit dans la politique d’émancipation des femmes menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane depuis quelques années. Les autorités saoudiennes ont en effet accordé aux femmes le droit de conduire une voiture, d’assister à des matchs de football. Si ces nouveaux droits ont bénéficié à certaines, beaucoup dénoncent le caractère insuffisant de ces réformes, profitant à trop peu d’entre elles et ne remettant que très peu en cause le système de «gardien masculin».

Possédant une image internationale terne sur le plan des droits de l’homme, l’Arabie Saoudite essaie depuis quelques années de promouvoir sa politique d’émancipation de la femme à l’étranger pour redorer son blason. La mainmise du régime sur ces questions reste néanmoins ferme. Si des évolutions peuvent être contestées, peu de libertés sont accordés aux mouvements civils. En effet, plusieurs militantes féministes sont toujours en cours de procès.Souvent poursuivies pour des contacts avec des médias étrangers, des diplomates et des organisations de défense des droits humains, affirment avoir été torturées et harcelées sexuellement pendant leur détention.

Quentin Gilles avec AFP

 

 

À quand la fin du déni de la propagande islamiste ?

Verrons-nous enfin un gouvernement qui parlera d’une seule voix pour dénoncer la propagande islamiste et décider de la contrecarrer ? Cette propagande qui n’a jamais cessé d’avancer conduit des jeunes toujours plus nombreux à se définir uniquement par leur appartenance religieuse et à se conformer à un mode de vie directement issu d’Arabie Saoudite. Ils font passer la citoyenneté française qui nous rassemble au second plan, ou pire la rejettent. Ils exècrent la laïcité et ne rêvent que d’affirmer leur « identité » religieuse.

Les propagandistes cherchent avant tout à séparer les musulmans de leurs concitoyens et poussent les femmes à se singulariser par le port de vêtements standardisés. Ce sont eux qui leur dénient la liberté de faire autrement, mais peu de voix s’élèvent pour le dire. La pression sociale qu’ils entretiennent pour que leurs injonctions soient suivies par tous à la lettre ne touche que les musulmans, ce qui permet à des élus inconséquents de clamer avec les propagandistes que le port du voile est une liberté ou comme le député du Val d’Oise, Aurélien Taché vient de le faire, qu’un hijab n’est guère plus contraignant qu’un serre-tête ! Rendons hommage à la ministre Schiappa qui a su lui rappeler qu’on n’avait jamais lapidé une femme qui aurait refusé de porter un serre-tête.

Il serait largement temps de lancer un contre discours républicain qui contrecarre les agissements de ces propagandistes et leurs thèses liberticides. Temps de ne rien leur céder et de s’appuyer sur la laïcité de la République pour les renvoyer à l’obscurantisme qu’ils incarnent.

Martine Cerf

 

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Associations et sites amis 

AFEM – Association des femmes de l’Europe Méridional 

L’Aurore Think tank 

ADLPF – Association des libres penseurs de France 

Anne Demetz, avocate au Barreau de Paris 

Brigade des Mères 

Caroline Fourest (le blog) 

Centre d’Action Laïque (Belgique) 

Centre départemental d’Etude et d’Éducation permanente 

Chevalier (Le) de la Barre 

Comité 1905 de l’Ain 

Comité-Laïcité-République 

Creal 76 

Débats laïques 

Éduscol 

Europe et laïcité 

Familles Laïques 

Fédération Humaniste Européenne 

Fondation Jean-Jaurès 

For a secular Europe 

Human Rights Watch 

Françoise Laborde Sénatrice, Vice-Présidente d’Egale 

Laïcité Aujourd’hui  

Laïcité d’accord 

La ligue du droit international des femmes 

Laïcité à l’usage des éducateurs 

Laïcité – Revue de presse 

Mezetulle – Catherine Kintzler 

Observatoire de la laïcité 

Observatoire de la laïcité du Val d’Oise 

Observatoire des religions et de la laïcité (CIERL-ULB) 

Patronage laïque Jules Vallès 

Quimper Laïcité 

Réseau Européen Eglises et Libertés 

R.I.D EuroMed 

Sisyphe : un regard féministe sur le monde (Canada) 

UFAL – Union des Familles laïques 

 

 

Les exceptions outre mer : la Guyane

Si l’application de la loi de 1905 a été étendue à la Martinique, à la Guadeloupe et à la Réunion à partir de 1911, la loi ne s’applique toujours pas en Guyane qui reste sous le régime de l’ordonnance royale du 27 août 1828. Cette situation n’a pas changé quand la Guyane est devenue un département.

En Guyane, seul est reconnu le culte catholique. Les ministres du culte catholique sont des salariés du conseil général de Guyane. L’évêque a un statut d’agent de catégorie A, les 29 prêtres sont des agents de catégorie B.

Sont également appliqués les décrets-lois de 1939, dits décrets Mandel , qui permettent à toutes les sensibilités religieuses de bénéficier d’une aide publique. En effet, en raison de la non-application de la loi de 1905, le régime cultuel issu des décrets Mandel autorise un financement public du culte. Ces décrets créent une nouvelle catégorie de personne morale de droit public, le conseil d’administration des missions religieuses, pour gérer les biens de ces missions. Placés sous une étroite tutelle de l’État, ces conseils d’administration bénéficient d’avantages fiscaux.

Outre la Guyane, ces décrets-lois s’appliquent aussi dans les collectivités d’outre-mer régies par l’article 74 de la Constitution (Polynésie française, Wallis et Futuna, Saint Pierre et Miquelon) à l’exception de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, mais aussi en Nouvelle Calédonie et à Mayotte.

 

Guides et chartes de la laïcité

Des entreprises publiques ou privées, des syndicats professionnels, des organisations diverses ont publié des chartes, vade-mecum, guides et bonnes pratiques de la laïcité et de la neutralité afin de faciliter leur application ou tout simplement favoriser leur bon fonctionnement interne. L’observatoire de la laïcité a également publié des guides spécialisés. Vous pouvez les télécharger dans cette rubrique.

SERVICES PUBLICS OU ENTITES EN DELEGATION DE SERVICE PUBLIC

ENTREPRISES PRIVEES

 

Le Sénat d’Alabama interdit l’avortement

Le Sénat d’Alabama interdit l’avortement

Delphine Perez , 15/05/2019 www.leparisien.fr

Le Sénat d’Alabama interdit l’avortement

© AFP Manifestation d’activistes américains anti-avortement.

Le Sénat d’Alabama vote la loi la plus répressive des États-Unis.

Le droit à l’avortement est en grand danger aux États-Unis. Depuis le début de l’année, 28 des 50 États américains ont mis en place plus de 300 nouvelles règles pour en limiter drastiquement son accès.

Mardi, le Sénat d’Alabama a adopté le projet de loi le plus restrictif des États-Unis sur l’avortement. Une interdiction, même dans des cas de viol ou d’inceste, avec des peines allant jusqu’à l’emprisonnement à vie pour les médecins pratiquant des IVG.

Objectif Cour suprême

Ce texte a été transmis au Sénat majoritairement républicain. S’il est approuvé, il pourrait contribuer à déclencher une bataille judiciaire susceptible d’aller en Cour suprême.

L’objectif avoué des promoteurs du texte est de se retrouver devant la Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice. Il s’agit de renverser sa décision emblématique de 1973, « Roe v. Wade » qui reconnaît le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas viable.

Le texte de l’État d’Alabama s’attaque aux médecins. Les praticiens pratiquant l’avortement seront passibles de peines de prison de 10 à 99 ans, sauf en cas d’urgence vitale pour la mère ou d’ « anomalie létale » du fœtus.

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a déjà fait savoir qu’elle saisirait la justice pour empêcher l’application de ce texte.

« Ce texte punit les victimes de viol et d’inceste en les privant encore plus du droit à disposer de leur propre corps et en les obligeant à donner naissance », selon l’ACLU.

« Un loi non-constitutionnelle »

L’organisation féministe américaine National Organization for Women a qualifié la loi d’« inconstitutionnelle », estimant que sa mise en application « renverrait les femmes de l’État aux jours noirs durant lesquels les parlementaires contrôlaient leur corps, leur santé et leur vie ».

« Vous venez de violer vous-même l’État de l’Alabama », a déclaré pour sa part Bobby Singleton, membre démocrate du Sénat, après le rejet par les sénateurs d’un amendement demandant des exceptions à l’interdiction de l’avortement.

« Vous dites à ma fille : tu ne comptes pas dans l’Etat de l’Alabama… Les hommes peuvent te violer et tu auras ce bébé si tu tombes enceinte », a-t-il ajouté, la voix parfois tremblante d’émotion.

Une attaque de grande ampleur

Le projet avait été adopté début mai par la Chambre des représentants de l’Alabama.

Le président du Sénat de l’État, Will Ainsworth, a salué « une étape majeure dans la défense des droits de l’enfant à naître », ajoutant : « alors que des États libéraux approuvent l’avortement tardif ou post-natal, Roe doit être combattu et je suis fier que l’Alabama ouvre la voie ». Plusieurs États conservateurs envisagent des lois anti-avortement tandis que des États libéraux cherchent à garantir le droit à l’interruption volontaire de grossesse en l’inscrivant dans leurs Constitutions. […]

 

Le comité laïcité 35 s’implique dans la campagne pour les élections municipales de Rennes

Dans cette municipalité très coutumière d’accommodements raisonnables, où le burquini est autorisé dans les piscines municipales au mépris des règles d’hygiène qui interdisaient le short de bain pour les hommes et où la construction de nouveaux lieux de cultes est régulièrement financée par la mairie, des associations laïques, dont ÉGALE, membres du Comité Laïcité 35 (CL35), ont décidé d’échanger sur la laïcité avec les différents candidats.

Le Comité Laïcité 35 avait déjà rencontré, dès avant les élections européennes, les différents députés de Rennes, pour connaître leur position sur la laïcité dans notre ville et leurs engagements futurs dans ce domaine.

Dans l’objectif des prochaines municipales, il a décidé de rencontrer les futurs candidats et de les interviewer sur ce sujet. Des rendez-vous ont été pris pour début juillet et septembre 2019.

Le CL35, conformément à sa charte constitutive, veut exercer sa fonction de vigilance et se pose comme interlocuteur reconnu auprès des élus locaux, des partis politiques et des associations.

Les positions des différents interlocuteurs feront l’objet d’une publication destinée à informer les électeurs.

Françoise le Mer

 

L’Europe autrement, à l’écoute de la société civile, 1er avril 2019

L’Europe autrement, à l’écoute de la société civile, 1er avril 2019. A la demande de l’Association Européenne de la Pensée Libre, la Commission européenne a accepté de réunir des membres du CESP, le think tank de la Commission et des représentants des associations non confessionnelles pour recueillir leurs propositions pour relancer l’Europe. ÉGALE faisait aussi partie des associations organisatrices, ainsi que la Fédération humaniste européenne.

Voir les recommandations d’EGALE

Voir le programme des interventions

 

Nos conférences et cafés laïques

Nous animons des conférences organisées par les membres d’ÉGALE ou par d’autres associations ou d’autres institutions qui sollicitent notre expertise. Ceci partout en France et en Europe… ou encore plus loin. ÉGALE est ainsi intervenue au cours de nombreux colloques, salons du livre, tables rondes sur des sujets tels que : la laïcité et les valeurs républicaines », « la laïcité en Europe », « les régimes dérogatoires en Alsace et en Moselle », « la laïcité et l’égalité hommes/femmes » etc. (voir notre agenda).

ÉGALE organise régulièrement des cafés laïques en collaboration avec le Patronage laïque Jules Vallès, à Paris (www.patronagelaique.fr):

L’action politique des Églises évangéliques aux États-Unis et en Europe (3 juin 2019 19:00)

Plusieurs États du Sud des États-Unis ont voté pour des lois interdisant l’IVG et qui sont inapplicables. Steve Bannon s’implique dans la campagne des élections européennes. Quelle …

Les laïques face aux populismes en Europe (6 mai 2019 19:00)

Cette rencontre sera animée par Martine Cerf, secrétaire générale de l’association ÉGALE Le 26 mai 2019, les européens seront appelés à élire leurs …

Utilité de connaître l’histoire pour être laïque (8 avril 2019 19:00)

Depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, les gouvernements ont toujours eu à organiser la relation du politique et du religieux. Michel Seelig, dans son dernier livre César et …

Faire vivre la laïcité dans une ville en région : Rennes (11 février 2019 19:00)

Animé par Françoise Le Mer, secrétaire du Comité laïcité 35 et membre d’ÉGALE; L’histoire de la création d’un collectif d’associations à Rennes. Les …

Venant d’ailleurs, ils ont découvert la laïcité en France (7 janvier 2019 19:00)

Ils sont adolescents, nouvellement arrivés en France dont ils ne parlaient pas la langue. Ils ont fui des pays en guerre ou d’autres où ils étaient l’objet de discrimination. Ils racontent …

Modifier la loi de 1905 ? (10 décembre 2018 19:00)

Début novembre le gouvernement annonçait réfléchir à des amendements « techniques » concernant la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. A l’occasion …

Qu’est-ce que le féminisme laïque et universaliste ? (12 novembre 2018 19:00)

Françoise Thiriot, secrétaire générale de l’association Libres Mariannes. Moment de convivialité et de réflexion, les cafés laïques sont réalisés …

Liberté de conscience et liberté de religion (15 octobre 2018 19:00)

La Laïcité prône le liberté de conscience, mais paradoxalement, ce n’est pas de cette liberté qu’on entend le plus parler, mais de la liberté de religion. La loi …

Liberté et émancipation (10 septembre 2018 19:00)

La séparation des Églises et de l’État a été une recherche de liberté et d’émancipation des êtres humains. En quoi ces deux principes sont-ils liés ? L’émancipation …

Libertés et laïcité (26 juin 2018 19:00)

On parle volontiers aujourd’hui d’une crise de la laïcité. On évoque une laïcité “positive” ou bien “ouverte” ou bien “moderne”. …

Une exception à la laïcité : la Guyane (19 mars 2018 19:00)

Depuis 1946, la Guyane est passée de colonie au statut de département français. En 2015, la Région et le Département se sont unis pour former la Collectivité territoriale …

École et laïcité (22 janvier 2018 19:00)

Débat animé par Eddy Khaldi, auteur de l’ABC de la laïcité & Martine Cerf, secrétaire générale de l’association ÉGALE. L’école laïque …

Laïcité et droits des femmes (11 décembre 2017 19:00)

Café laïque animé par Martine Cerf, secrétaire générale de l’association ÉGALE & Nicole Fouché, chargée de recherche au CNRS La laïcité …

Laïcité : séparation ou neutralité ? (18 septembre 2017 19:00)

Café laïque animé par Martine Cerf, secrétaire générale de l’association ÉGALE. Alors que la loi de 1905 est dite loi de séparation des Églises et de l’État, …

 

page Nos colloques

INFORMATION & DÉSINFORMATION SUR LA LAICITÉ

24 septembre 2018

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000006.jpg Introduction, Françoise Laborde, sénatrice et présidente d’EGALE

Les différents aspects de la désinformation, Martine Cerf –  Secrétaire générale d’EGALE

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000007.jpgMedias/Réseaux sociaux et fournisseurs de contenus : journalistes, organisations, université, animée par Michel Ferreboeuf – ÉGALE

  • Gérard Biard – rédacteur en chef de Charlie Hebdo
  • Juliette Grange – enseignante-chercheur à l’Université de Tours, auteur de « Les néoconservateurs »
  • Fatiha Boudjahlat – enseignante et co fondatrice de Vivre la République, auteure de « Le grand détournement »

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000025.jpg École/Université/Politiques animée par Bernard Ferrand, Vice président d’ÉGALE

  • Catherine Louveau, Sociologue, Professeure émérite Université Paris Sud
  • Sandrine Sirvent – enseignante
  • Charles Arambourou – Responsable commission laïcité à l’Ufal

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000033.jpg PÉdagogie laïcitÉ, sens critique, action politique. Expériences dans les Établissements scolaires, animée par Jean-Claude Boual, Secrétaire général adjoint d’ÉGALE

  • Jean-Pierre Gross – Enseignant
  • Véronique Stephan – Académie de Paris
  • Martine Souweine – secrétaire générale de l’ACREN (Association des citoyens réservistes de l’éducation nationale)

(Vidéo à mettre sur You tube +lien)

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000049.jpg Le défi identitaire par Gilles Clavreul – Délégué général du think tank l’Aurore.

Lien (vidéo à mettre sur youtube+ lien)

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000051.jpg Conclusion des débats et perspectives : Françoise Laborde, Sénatrice et présidente d’ÉGALE

 

L’action politique des Églises Évangéliques aux États-Unis

Avec les évangéliques l’union est consommée entre politique et religion aux États-Unis. Mesures anti-IVG, anti-immigration, diabolisation de l’Iran, décisions pro-israéliennes… Trump met tout en œuvre pour satisfaire les évangéliques, socle de son électorat.

Dieu et les règles qu’il aurait édictées comme fondement des lois, les évangéliques (surtout les plus conservateurs d’entre eux) agissent pour le réaliser. Aux États-Unis, la droite religieuse composée des évangéliques et des catholiques conservateurs peut compter sur d’autres appuis : le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, et celui à l’énergie, Rick Perry, ancien gouverneur du Texas, eux aussi évangéliques. Betsy DeVos à l’éducation, occupe une place de choix pour démanteler les programmes scolaires et favoriser les écoles privées.

L’implantation des évangéliques

Les États-Unis comptent entre 60 et 80 millions de protestants évangéliques (environ 25 % de la population). Ils vivent en majorité dans les États ruraux surreprésentés dans le collège électoral, et constituent un bloc bien structuré, actif politiquement, entrainé par les leadeurs des megachurchs, ces églises qui accueillent chaque semaine des milliers de fidèles. Ils prêchent une idéologie chrétienne nationaliste, attachée à un passé mythifié, qui justifie certaines politiques et certaines lois.

La montée des Pentecôtistes

Les États-Unis ne sont pas les seuls à être touchés par la montée en puissance de ces courants qui mêlent politique et religion, particulièrement la galaxie pentecôtiste, la plus offensive. Né en 1906 en Californie, le pentecôtisme est le mouvement évangélique le plus récent. Il connait une expansion mondiale et pénètre l’Amérique latine au détriment de l’Église catholique pourtant traditionnellement implantée. Selon la World Christian Database, il y avait, en 2017, plus de 600 millions de chrétiens pentecôtistes à travers le monde (1,2 milliard de fidèles à l’Église catholique). Les projections en 2050, attribuent au mouvement pentecôtiste plus d’un milliard d’adeptes (pour 1,6 milliard de catholiques).

C’est aux États-Unis qu’ils sont le plus implantés, mais ils progressent dans l’hémisphère Sud : Amérique latine ou Afrique (au Nigeria, en République démocratique du Congo et plus globalement dans la région des Grands Lacs). Sur le continent africain, la confrontation a lieu avec l’islam.

Des pays tels que le Brésil ou la Corée du Sud sont devenus des puissances missionnaires de terrain, suppléant depuis une quinzaine d’années aux organismes américains sur le terrain, comme on l’a vu lors des conflits en Irak ou en Afghanistan. Il faut se rappeler l’été 2007, lorsque les talibans avaient enlevé une vingtaine de missionnaires sud-coréens évangéliques qui se trouvaient à bord d’un car en route vers Kaboul. Ceux-ci participaient à une des nombreuses missions visant les pays musulmans. Sans résultat significatif. Par la suite, des États arabes influents avaient fait pression sur Séoul pour que le passeport des leadeurs missionnaires influents leur soit retiré.

Sur le continent latino-américain, l’influence politique des pentecôtistes et des évangéliques conservateurs (de 15 à 40 % de la population selon les pays) devient très visible. L’élection du Brésilien Jair Bolsonaro le 28 octobre 2018 dont le slogan était : «Le Brésil au-dessus de tout. Dieu au-dessus de tout», en est un symptôme. Lui-même est demeuré catholique, mais sa femme, fréquente une église évangélique. Bolsonaro a bénéficié de l’important soutien d’Edir Macedo, fondateur de l’Église universelle du Royaume de Dieu (EURD), un colossal empire médiatico-religieux pentecôtiste, fondé en 1977 et qui revendique huit millions d’adeptes.

Apologie de la réussite financière

La théologie de la prospérité est une de leur théorie. La réussite matérielle et financière est considérée comme une bénédiction de Dieu. Très répandue (y compris en France, où Charisma, la plus importante Église indépendante pentecôtiste, accueille en Seine-Saint-Denis, une population essentiellement d’origine africaine), elle a permis l’enrichissement de pasteurs, en assurant la promotion d’un libéralisme économique débridé.

Pour les États-Unis, les organismes missionnaires évangéliques et pentecôtistes ont effectivement participé de ce qu’on appelle le soft Power. Dans le contexte de la guerre froide avec la peur du communisme, le pentecôtisme était utilisé comme un rempart à la diffusion de cette idéologie. L’exemple le plus frappant est celui de la Corée du Sud, où les Églises pentecôtistes ont fleuri dans les années 60 et 70. Ainsi, le pasteur Cho Yonggi, fondateur de la très puissante Yoido Full Gospel, l’un des grands leadeurs pentecôtistes mondiaux, a commencé sa carrière comme traducteur de l’armée américaine (il a été condamné en 2014 pour escroquerie).

L’action politique, une révolution interne

La galaxie pentecôtiste et évangélique a commencé à muer en force politique au tournant des années 2000, sous Reagan. Ils constituent cette droite religieuse «théoconservatrice», qui rassemble des milieux catholiques et évangéliques conservateurs. L’un de ses théoriciens a été l’universitaire américain George Weigel, également grand biographe et proche du pape Jean-Paul II. Leur théorie politique se base sur une sorte d’élection divine des États-Unis, qui justifierait de réimposer une norme chrétienne à la société américaine, afin de s’opposer à la sécularisation.

En passant à la politique active, ils ont opéré une révolution interne, passant de la volonté de convertir des individus et de sauver des âmes à celle de reconquérir des territoires qu’ils estimaient abandonnés à Satan (théologie du combat spirituel de Peter Wagner).

En 2004, le poids politique des évangéliques éclate au grand jour avec George Bush, un «born again» (converti au protestantisme évangélique), qui leur doit sa réélection. George W. Bush avait instauré des séances d’étude de la Bible à la Maison Blanche. Il utilisait un vocabulaire mystique lorsqu’il évoquait «l’axe du mal».

En décembre 2016, ils ont obtenu leur plus éclatante victoire avec la décision de Donald Trump de transférer à Jérusalem l’ambassade des États-Unis, suivi aussitôt par le Guatemala. Dans l’idéologie et l’imaginaire politique de ces chrétiens, le soutien à Israël occupe une place centrale : croyant à la fin des temps, ils espèrent le retour de Jésus sur Terre, mais celui-ci serait soumis, selon une croyance élaborée au XIXe siècle, à un retour de tous les juifs sur la terre d’Israël. D’où leur soutien indéfectible à l’État hébreu et leur implication sur le terrain.

Trump avait choisi le gouverneur de l’Indiana, Mike Pence, comme vice-président, un catholique devenu protestant évangélique, qui aime à se définir comme «Chrétien, conservateur et républicain, dans cet ordre.» Le résultat dans les urnes ne s’est pas fait attendre; en novembre 2016, 80 % des évangéliques blancs ont voté pour Trump. Puis ils ont travaillé à associer politique et religion.

Pendant sa campagne, Trump avait multiplié les engagements aux protestants évangéliques. Il avait promis de ne nommer que des juges «pro-life» dans tous les tribunaux, jusqu’à la Cour suprême, pour «annuler Roe v. Wade» (l’autorisation de l’IVG) tout en accusant Hillary Clinton de «vouloir arracher les bébés des entrailles de leur mère». Alors qu’il se disait «très pro-choice» à la fin des années 90, il déclarait le contraire dans son discours sur l’État de l’Union de 2019 au Congrès : «Laissez-nous réaffirmer une vérité fondamentale : tous les enfants, nés ou à naître, sont créés à l’image de Dieu».

Sur le plan intérieur, Trump leur donne encore des gages quand il brandit ses mesures anti-musulmans, anti-immigration, anti-IVG, anti-LGBT, ou quand il met en avant les nombreuses figures évangéliques de son administration. Pourtant, rarement un président des États-Unis n’a été, par son mode de vie, si éloigné des valeurs chrétiennes conservatrices. Issu d’une famille protestante, il fréquente davantage les églises par opportunisme que par foi personnelle et a divorcé deux fois. Selon Philippe Gonzalez, il s’agit là d’une troisième génération de politiques qui pénètre les instances du pouvoir.

Leur discours sans surprise affiche la défense des valeurs familiales traditionnelles chrétiennes, la lutte contre l’avortement, les droits LGBT, l’opposition, la théorie de l’évolution ou les études de genre. Ils ont développé une véritable capacité à pénétrer dans les milieux populaires en s’associant, comme on l’a vu au Brésil et aux États-Unis, à un discours populiste.

Leurs projets de conquête se concrétisent essentiellement en Chine (où il y aurait une centaine de millions de protestants) ou dans le monde musulman.

Il semble que parmi les évangéliques, il existe des progressistes qui sont en désaccord avec ce positionnement, mais ils n’ont aucun poids politique.

La Campagne anti IVG

Aux États-Unis, aucune loi adoptée par un État contre l’avortement ne peut être légale. Pour ce faire il faut que cela monte à la Cour Suprême qui a déjà voté en 1973 une loi légalisant l’avortement pour toute femme qui le veut.

Les évangéliques pilotent cette offensive illégale aux États-Unis avec l’objectif de contraindre la Cour Suprême à changer la loi fédérale. Une loi anti IVG a déjà été votée dans le Missouri, l’Alabama, la Géorgie, l’Ohio, le Kentucky.

Ces lois seront probablement bloquées par un tribunal. C’est ce qu’attendent les opposants à l’avortement, qui multiplient les fronts à travers le pays : si des juges fédéraux bloquent le texte, les États peuvent faire appel de la décision, dans l’espoir d’aller jusqu’à la Cour suprême. Leur but est de faire abolir l’arrêt fédéral Roe v. Wade, qui a reconnu en 1973 le droit des femmes à avorter. Les «pro-life» – ( les anti-IVG), en opposition aux défenseurs des droits reproductifs, les «pro-choice» -, sont enhardis, ces derniers mois, par l’arrivée à la Cour suprême de deux magistrats conservateurs nommés par Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Ils ont l’espoir qu’une Cour de plus en plus conservatrice (5 juges sur 9) affaiblira, voire annulera, l’arrêt de 1973.

Martine Cerf

Bibliographie

Philippe Gonzalez : Que ton règne vienne. Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu (éditions Labor et Fides)

Yannick Fer et Gwendoline Malogne-Fer, Femmes et pentecôtismes. Enjeux d’autorité et rapports de genre

La journaliste Isabelle Kersimon blanchie par le Tribunal de Grande instance de Paris

Le TGI de Paris a rendu son jugement favorable à Isabelle Kersimon dans l’affaire qui l’opposait au CCIF, ce 18 juin 2019.

La journaliste, interviewée par France Culture, avait dénoncé en 2015 les statistiques fausses sur le nombre d’actes islamophobes publiées par le CCIF et avait été attaquée par ce dernier pour diffamation. Elle était défendue par Me Richard Malka, également avocat de Charlie Hebdo. Intervenait aussi Me Basile Ader, pour France culture.

Selon Isabelle Kersimon, (voir son blog) « Le jugement, sur le fond, dit/suggère quatre choses :
1. Que la libre expression est sacrée dans la mesure où elle ne porte aucun préjudice.
2. Que les journalistes (je suis encartée depuis 2002) ont tout à fait le droit et de faire leur travail et de s’interroger sur le travail de leur pairs.
3. Que sur le fond, j’ai apporté quantité d’informations pour corroborer mes dires (après dix ans de travail, c’est tout de même la moindre des choses).
4. Que le terme d’islamophobie est piégeux (et qu’il faut, j’y insiste encore cinq ans après ma première publication, le circonscrire).

Sur quoi donc étais-je attaquée que j’avais révélé ?

. Le CCIF n’est pas une association antiraciste.
. Le CCIF ne défend pas les musulmans mais uniquement celles et ceux qui correspondent à sa vision de l’islam.
. Le CCIF et son utilisation de la notion d’islamophobie essentialisent les musulmans dans une geste confessionnelle et non pas universaliste.
. Le CCIF ne défend pas la laïcité.
. Le CCIF a des liens avec l’UOIF.
. Cette génération militante a été prise en main par les Frères musulmans.
. Le CCIF a défendu des personnes condamnées pour discours haineux et/ou accointances terroristes.
. Les leaders du CCIF à l’époque étaient les héritiers spirituels des frères Ramadan.
. Les statistiques du CCIF sont très loin d’être irréprochables.
. Ces motifs de militance sont potentiellement dangereux. »

Comment participer au grand débat ?

Nous appelons nos adhérents et sympathisants à participer au grand débat initié par le gouvernement et à répondre aux questions concernant la laïcité, à l’aide de l’argumentation développée ci-dessous :

Les Questions posées :

Comment renforcer les principes de la laïcité française dans le rapport entre l’État et les religions dans notre pays ?

Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Les réponses d’EGALE

– Ne pas toucher à la loi de 1905 et ne pas ouvrir de débat à son sujet

– Rendre obligatoire par décret pour les associations cultuelles, le statut défini dans cette loi.

– Respecter la non-intervention de l’Etat dans l’organisation des cultes

– Contrôler les fonds venus de l’étranger par des mesures de sécurité indépendantes de cette loi

– Appliquer systématiquement la police des cultes, pour sanctionner les prêches qui attaquent la République, ses valeurs et ses lois, que ce soit dans les églises, les mosquées ou les autres temples.

– Veiller à ce que l’enseignement moral et civique (qui comprend la laïcité et les valeurs de la République) soit régulièrement dispensé dans les établissements scolaires publics ou sous contrat avec l’État.

 

Postes au concours de professeur des écoles : chute pour le public, hausse pour le privé

CNAL, 10 avril 2019

Les postes au concours de professeur des écoles ont été publiés au Journal Officiel. Pour la deuxième année, les postes au concours du public sont en chute. En 2019, il y aura 1065 postes de moins qu’en 2018 (-9%). Dans le même temps, l’enseignement privé bénéficiera d’une hausse de 310 postes (+38%). Cette distorsion déroge à la règle des 80/20 et attribue un nouveau privilège aux établissements privés.

Pour le CNAL, il est surprenant que la baisse des besoins en recrutement ne touche que l’enseignement public. A moins que cette disposition ne soit, une anticipation des besoins des écoles maternelles privées, conséquence de l’abaissement de l’instruction obligatoire à trois ans. Cela se traduirait par l’obligation de financement du forfait communal par les municipalités, mais aussi par un développement de classes et d’école maternelles privées. Dans tous les cas de figure, les places offertes aux concours sont des signaux donnés aux étudiants,  à leurs familles et au-delà.

Le CNAL dénonce  la séparation de la jeunesse de notre pays, dans deux filières scolaires, selon des critères essentiellement sociaux. Elle n’est pas combattue mais au contraire  consolidée par cette répartition des postes au concours de professeur des écoles.

Cette séparation de la jeunesse, qui est dans de nombreux territoires une véritable ségrégation, est insupportable en République : elle tourne le dos à la recherche de cohésion nationale et à la laïcité.

Face aux fractures qui divisent la société française, il est grand temps de réunir sa jeunesse dans un lieu où elle pourra faire l’expérience de la différence dans la fraternité, et cesser d’investir de l’argent public dans d’autres voies que celle de l’école publique.

 

Il faut empêcher Erdogan d’ouvrir des écoles en France

Interview de Laurent Bouvet par Paul Sugy  (FIGAROVOX). le 09/05/2019

Le président turc a l’intention d’ouvrir des établissements scolaires en France, et fait de son côté pression sur les écoles françaises en Turquie. Mais pour Laurent Bouvet, la France ne doit pas céder face au prosélytisme politique et religieux d’Ankara.
Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a notamment publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier essai, La nouvelle question laïque, est paru chez Flammarion en janvier dernier.

FIGAROVOX – Le président Erdogan envisagerait d’ouvrir des lycées turcs en France. Au risque d’implémenter en France des établissements islamistes peu contrôlables?
Laurent BOUVET.- Cette annonce est en effet inquiétante. Elle témoigne d’une volonté claire et délibérée du pouvoir turc de diffuser, au premier chef auprès des musulmans, une version très particulière de l’islam, fortement politisée. C’est du soft power à la fois religieux et politique. C’est en même temps habile car cela s’appuie sur l’éducation non pas seulement religieuse, il ne s’agit pas en effet d’ouvrir des écoles coraniques liées aux mosquées, ce qui existe déjà, mais de situer l’enjeu au cœur de la mondialisation de l’éducation, comme on le voit un peu partout aujourd’hui, de la part des grands acteurs internationaux qui en ont les moyens.
Il est impératif que la France, comme les autres pays européens, prenne conscience du double défi que cela représente: islam politique et concurrence des modèles d’éducation. Et donc, en l’espèce, qu’elle refuse qu’Erdogan impose ainsi son islam si l’on peut dire sous couvert d’éducation.

La priorité de Jean-Michel Blanquer semble pourtant d’empêcher l’enseignement du salafisme dans les écoles françaises…
Il est indispensable d’opposer un « non » clair et ferme aux visées d’Erdogan.
Oui, tout à fait, même si c’est une influence d’une autre origine, venue de pays du Golfe, qui est ainsi combattue, à travers la fermeture de mosquées et d’écoles salafistes. De manière plus générale, le président de la République l’a rappelé lors de sa conférence de presse, il s’agit d’un combat global: «On parle du communautarisme qui s’est installé dans certains quartiers de la République. On parle d’une sécession qui s’est parfois sournoisement installée, parce que la République avait déserté ou n’avait pas tenu ses promesses. On parle de gens qui au nom d’une religion poursuivent un projet politique, celui d’un islam politique qui veut faire sécession avec notre République.»

L’idée est toutefois la même: limiter sinon empêcher l’influence de courants islamistes étrangers sur nos concitoyens musulmans, surtout au moment où une partie de ceux-ci se mobilise pour organiser un «islam de France». Dans une telle perspective, il est indispensable d’opposer un «non» clair et ferme aux visées d’Erdogan.»

A-t-on seulement les moyens de le faire? Après tout, il y a bien des établissements français en Turquie?
Oui, bien sûr. Il s’agit d’une décision politique et, éventuellement, d’une négociation diplomatique. Il suffit de savoir ce que l’on veut, et ce que l’on ne veut pas. La situation n’est pas symétrique entre les deux pays. Outre que l’enseignement français est présent de longue date en Turquie, et qu’une partie de l’élite locale, notamment des dignitaires de l’AKP, le parti d’Erdogan, d’après ce que j’ai compris, scolarise ses enfants dans l’enseignement français, celui-ci n’est évidemment pas confessionnel et ne témoigne pas d’une volonté de propagande auprès de tel ou tel public en Turquie.
Ce qui pose problème, on le voit bien ici, c’est le prosélytisme religieux voulu et annoncé par le régime, pas le fait que des établissements turcs d’enseignement viennent s’installer sur le territoire national, où il existe déjà des établissements financés par des pays étrangers.

 

Dialogue GUIROUS – EL RHAZOUI sur l’islamisme

La porte-parole des Républicains Lydia Guirous et l’ancienne journaliste de Charlie hebbdo Zineb El Rhazoui partagent un même diagnostic et un engagement sans faille contre l’islamisme. Par delà-droite et gauche, le combat contre l’islamisme des Frères musulmans est la mère de toutes les batailles culturelles.

Dans sa conférence de presse du 25 avril dernier, Emmanuel Macron déclarait vouloir lutter contre « l’islam politique » qui veut faire « sécession ». Lydia Guirous le prend au mot, et publie une tribune dans le Journal du dimanche pour lui demander de passer aux actes, d’ordonner la dissolution de toutes les organisations affiliées aux Frères musulmans, notamment « Musulmans de France » ex-UOIF, et de suivre l’exemple de la Grande-Bretagne, de l’Égypte et des Émirats Arabes Unis en déclarant la Confrérie organisation terroriste. Cet appel est particulièrement bienvenu, et mérite d’être abondamment relayé.

Guirous, une chance pour la France

Certes, j’entends d’ici ceux qui accuseront la porte-parole de LR d’opportunisme électoral. Ce serait oublier qu’elle s’est saisie d’un discours dont elle n’a pas fixé la date, et qu’elle mène cette lutte depuis longtemps. Née en Algérie, Lydia Guirous a la lucidité vigilante de ceux qui savent ce que furent les années noires de la guerre civile contre les islamistes. Son courage est le chant d’un cor dans les montagnes, écho de la Kahina, reine et héroïne des Aurès.

Française, passionnément française sans idéaliser la France mais sachant aimer ce qu’elle a de plus grand, elle est farouchement attachée à l’universalisme de nos valeurs. C’est par conviction que celle qui a écrit Allah est grand, la République aussi est candidate sur la liste d’un jeune philosophe amoureux de la culture, pleinement conscient du devoir de transmettre, qui sait qu’on va à Athènes en pèlerin et non en touriste, et qui propose d’inscrire dans les traités européens les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes de notre civilisation, ainsi que l’héritage des Lumières. Preuve, si besoin était, que l’affirmation de cette identité n’est pas rejet égocentrique de l’autre, mais simplement conscience de ce que nous sommes et donc de ce que nous avons à partager.

Certes, l’islam littéraliste théocratique ne se limite pas aux Frères musulmans. Il est aussi dans les réseaux wahhabites de l’Arabie Saoudite, le Tabligh, les Talibans, le Milli Gorüs d’Erdogan…. Mais en France, c’est sans doute la Confrérie qui a le plus répandu son influence, directe ou indirecte, s’appuyant en premier lieu sur cette association « Musulmans de France » dont le nom même est une tentative de confiscation de la foi de nos concitoyens musulmans. Sans oublier, complices ou idiots utiles, toutes les nébuleuses « anti-islamophobie » et « indigéniste », du CCIF au PIR en passant par l’UNEF, Sud Éducation et Al-Jazira+.

La confrérie totalitaire

Certes, la mention du nazisme pourrait évoquer une reductio ad hitlerum. Mais il n’en est rien. Si la stratégie d’influence des islamistes ressemble à celle du communisme stalinien ou maoïste, en particulier dans le monde universitaire, leur idéal est de type fasciste. Ce aussi parce qu’ils avaient conscience de leur proximité idéologique que les islamistes et les nazis étaient alliés, comme le résume Zineb El Rhazoui: « La quasi-totalité des organisations ou régimes islamistes qui existent aujourd’hui sont sortis de la matrice de la secte des Frères musulmans, cette mouvance créée par Hassan el-Banna (qui) n’a jamais caché sa grande admiration pour Hitler. Par ailleurs, la simple observation de ce qu’est l’islamisme en 2019 nous permet de constater qu’il ne s’agit pas là d’une spiritualité individuelle, mais plutôt d’un bloc identitaire qui possède nombre des caractéristiques méthodologiques des fascismes. »

Certes, on peut débattre de la nature terroriste des Frères musulmans. Rappelons simplement que s’ils préfèrent l’influence ils ne reculent pas devant la violence, et que s’il y a des nuances, des rivalités, des oppositions entre la Confrérie et d’autres groupes islamistes, ils sont tous les têtes d’une seule hydre. Tous veulent étouffer la conscience pour la soumettre à un dogme arbitraire. Tous refusent que le Coran entre dans le champ de la critique éthique et rationnelle. Tous partagent les fondamentaux idéologiques qui inspirent, encouragent, justifient le terrorisme djihadiste. Tous rêvent d’instaurer partout un régime théocratique totalitaire, où les individus et les peuples seraient à jamais écrasés par les moindres prescriptions de la charia.

Les deux étendards de l’islamisme

Ceux qui ont promu le « hijab de running » de Decathlon – c’est Lydia Guirous qui est à l’origine de la campagne qui les a fait reculer – ceux qui jugent impudiques et impures les femmes non-voilées, ne sont pas forcément des terroristes au sens juridique. Ce chauffeur qui aurait refusé l’accès à son bus à une jeune femme selon lui trop peu couverte, ceux qui en Angleterre font masquer des tableaux qu’ils jugent blasphématoires, ne sont pas a priori des poseurs de bombes. Ils sont pourtant de facto leurs alliés.

Le terrorisme n’est pas un ennemi, c’est un mode d’action, comme les embuscades. On ne fait pas la guerre aux embuscades, ni au terrorisme, mais à un ennemi qui les utilise. Et qui peut varier ses méthodes : terrorisme, mais aussi influence culturelle, économique, politique, harcèlement du « jihad judiciaire », entrisme au sein des associations et des partis, etc.

La réflexion juridique est nécessaire, mais secondaire par rapport à cette prise de conscience : les Frères musulmans sont nos ennemis. Ils travaillent à la destruction de notre civilisation et à l’abolition de nos libertés, dont ils exploitent la lettre pour mieux en saper l’esprit et les retourner contre les valeurs qui les rendent possibles et les sociétés qui les garantissent.

Une voix tunisienne éclairée

C’est la raison pour laquelle la première des propositions de Lydia Guirous est la plus importante. La France dispose de l’arsenal juridique nécessaire pour dissoudre sur son sol les diverses émanations des Frères musulmans : il est légalement possible de leur appliquer les outils de lutte contre les dérives sectaires et/ou les groupes factieux. C’est une opportunité, et un devoir.

Ainsi que nous en avertit l’islamologue tunisien Yadh Ben Achour : « La burqa est une croix gammée, une lapidation potentielle. Toutes deux sont porteuses d’un message clair : « Donne-moi la liberté que je la tue. » à moins d’accepter cette sentence de mort, un démocrate doit se défendre. La loi ne peut être conçue uniquement pour limiter le pouvoir démocratique. Elle doit le protéger contre ceux qui le haïssent. »

D’une républicaine l’autre

Le texte de la porte-parole de LR n’est pas un défi, mais une invitation au chef de l’État pour qu’il ne se contente pas de présider la République, mais qu’il la serve et la défende. Qu’il transcende les clivages partisans, au nom de l’intérêt général et d’une cause qui doit rassembler les républicains de tous bords. Pour emprunter ses termes: « Nous ne sommes pas dans la basse politique politicienne, mais face à l’avenir de la France. Quel pays laisserons-nous à nos enfants? Auront-ils le bonheur de vivre en France, libres et égaux ? C’est l’enjeu de ce combat, qui est le combat de notre siècle. »

Ce n’est pas pour rien que ce qu’a écrit Lydia Guirous rejoint ce que déclarait Zineb El Rhazoui. Ce n’est pas par hasard que ces deux femmes courageuses, lucides, authentiquement humanistes, républicaines et universalistes, se retrouvent sur l’essentiel. Ce qu’elles défendent est infiniment plus important que tous les désaccords qui séparent leurs familles politiques. Ce n’est pas une posture. L’une et l’autre sont mères, et se battent aussi pour la liberté et la dignité de leurs filles. « Je veux que ma fille puisse marcher fièrement partout en France, y compris dans ces territoires aujourd’hui perdus pour les femmes. » dit Zineb El Rhazoui. « Nos aînés ont mis en échec le nazisme, notre génération a le devoir de mettre en échec l’islamisme. Ce sursaut de civilisation doit être impulsé rapidement avant que la nuit islamiste ne s’abatte sur nos enfants. » écrit Lydia Guirous. Du plus profond de mon instinct de père je partage leur inquiétude et leur détermination.

 

Eschyle censuré : « l’UNEF est devenu un syndicat de talibans »

Par Pierre Jourde (« Confitures de culture »)

Dans les années 70, j’étais responsable de l’UNEF à Paris XII, ainsi que de l’Union des Étudiants communistes. Pas très malin et stalinien, en bref. Nous avions des différends doctrinaires obscurs avec d’obscurs groupuscules trotskystes. Nous aurions été très surpris si une bonne sœur avait pris la tête de la section locale de l’UNEF et nous avait poussés à exiger l’interdiction du théâtre grec, pas assez rigoureusement marxiste. Pas très malins, un tantinet totalitaires, mais quand même pas idiots, analphabètes et obscurantistes.

Idiot, totalitaire, analphabète et obscurantiste, c’est ce qu’est devenu l’UNEF, dans la plus prestigieuse université française, la Sorbonne.

Idiot parce que raisonnant comme une savate. « Tout humain est un être vivant. Donc, tout être vivant est un humain. » C’est à peu près le niveau logique de ces braves syndicalistes étudiants. « Tout blackface consiste à se déguiser en Noir. Donc, tout déguisement en Noir est un blackface. » Donc raciste. Voilà comment raisonne l’UNEF de la Sorbonne, qui écrit, à propos d’acteurs maquillés de noir : « Cet exemple est une mise en scène d’un blackface » (traduction en bon français : « cette mise en scène est un exemple de blackface »). Eh bien non, justement. Confusion mentale complète (qui va avec la confusion syntaxique).

Parce qu’il y a eu des pratiques racistes américaines, historiquement datées, de moquerie envers les noirs, il s’ensuit que tout déguisement est une moquerie ? C’est à la fois crétin et totalitaire. Est-ce qu’on se moque forcément d’un mendiant, d’un Chinois ou d’une femme quand on se déguise en mendiant, en Chinois ou en femme au théâtre, sans être mendiant ni Chinois ni femme ? Est-ce qu’il faut absolument avoir été centurion, bossu, auvergnat ou sioux pour jouer un centurion, un Auvergnat, un bossu ou un Sioux ? Est-ce que tous les bossus doivent faire interdire les pièces où on montre des bossus ? Est-ce qu’on doit exiger que seuls les aveugles jouent des rôles d’aveugles au cinéma, et les Egyptiens des rôles d’Egyptiens ? Est-ce que le déguisement en ce qu’on n’est pas, est-ce que devenir l’autre n’est pas la définition même du métier d’acteur et de toute représentation ? L’UNEF est finalement un syndicat de talibans : c’est le théâtre même qui est impur, dans ce type de raisonnement.

La guerre contre la culture, c’est un beau combat étudiant

Apparemment, bien qu’étudiants, les demeurés de l’UNEF à la Sorbonne n’ont toujours pas compris que l’interprétation d’une parole est fonction du contexte et de l’émetteur. Ni le metteur en scène auquel ils s’en sont pris, ni la pièce, ni Eschyle n’ont rien à voir avec un quelconque racisme. La pièce d’Eschyle évoque précisément cette question des différences. En revanche, leur censure de la pièce pour des motifs abyssalement stupides est bien symptomatique de crispations identitaires qui sont plus caractéristiques de la droite la plus régressive que de la gauche.

L’UNEF évoque un « racisme omniprésent à l’échelle nationale », ce qui relève en grande partie de la paranoïa racialiste, dans un pays où les personnalités les plus populaires dans les sondages s’appellent Zinedine Zidane, Yannick Noah ou Rama Yade, et la « nécessité de faire de la pédagogie » sur cette question dans les universités, envahies, comme chacun sait par la pensée raciste. N’importe quoi. En un quart de siècle dans les universités, je peux dire que je n’ai jamais rencontré le racisme qu’à doses infinitésimales. S’il y a un problème universitaire, ce n’est vraiment pas celui-là.

Obscurantisme de l’UNEF, qui parvient à faire interdire par la force une pièce d’Eschyle à la Sorbonne, sans la moindre raison sérieuse. Bel exploit ! La guerre contre la culture, c’est un beau combat étudiant. Qui rappelle plus le nazisme ou les gardes rouges (lesquels faisaient interdire les pièces pas assez révolutionnaires) que les idéaux démocratiques. C’est donc ça, l’avenir du militantisme étudiant : je ne connais pas la pièce, ni l’auteur, ni le metteur en scène, ni rien, mais bon, ça ne me plaît pas, ça a l’air louche, allez, on censure.

« La pièce a été joué »

Analphabétisme de l’UNEF. Voici quelques formules extraites du texte par lequel le syndicat appelle à la censure, et tout cela, mesdames et messieurs, de la part d’étudiants de la Sorbonne :

– « Et qui a présent »

– « La pièce a été joué »

– « Bien que la mise en scène ai évolué »

– « Cette pièce ayant été joué »

Bien entendu, tout cela rédigé dans la novlangue inclusive. Apparemment, écrire « acteur-ice-s blanc-he-s » n’empêche pas de priver deux fois cette pauvre « pièce » de son féminin. Halte au machisme ! « Pièce »  n’est pas masculin !

Totalitarisme de l’UNEF, qui réclame des camps de rééducation pour ces imbéciles de profs et d’employés universitaires, trop racistes, c’est bien connu, autrement dit la mise en place de « formations sur la question des oppressions systémiques ». Le crétin inculte veut toujours former plus intelligent que lui à son image.

Je garde le meilleur pour la fin. La section de l’UNEF à la Sorbonne est dirigée par une femme voilée. L’obscurantisme religieux s’ajoute ici à l’obscurantisme culturel. N’oublions jamais que le voile est précisément exigé des femmes par des régimes religieux totalitaires qui leur refusent en même temps d’hériter, de conduire, de sortir seules d’avoir une vie libre et normale. Là-bas, on n’a pas le droit de ne pas le porter. Et les femmes qui cherchent à s’en libérer sont battues et fouettées, ou simplement agressées dans la rue, car une femme non voilée est une putain, bonne pour tout homme. Le voile en pays démocratique est une insulte à la lutte des femmes pour leur libération dans les pays où règne l’Islam le plus rétrograde. Le voile signifie que les cheveux de la femme sont impudiques. Que le corps de la femme est impudique car il risque de provoquer les hommes. On ne se contente pas toujours du voile, il faut que la femme soit entièrement empaquetée de noir jusqu’aux chevilles, et son visage même dissimulé. Ainsi elle n’agressera pas le désir des hommes (qui eux, bien sûr, sont libres d’aller tête nue). Voilée et inclusive à la fois ! Comprend qui peut.

L’interdiction d’une grande pièce du répertoire antique est exigée par des étudiants à grands coups de fautes d’orthographe. L’égalité et le respect des Noirs sont défendus (hors de propos) par quelqu’un qui porte le signe de l’infériorité des femmes.

Voilà où en est l’UNEF. Voilà où en sont les luttes étudiantes à la Sorbonne.

Pierre Jourde, écrivain, professeur d’université et critique littéraire

 

Le gouvernement ne doit pas céder aux Frères musulmans

Le pouvoir exécutif s’apprête, à la rentrée, à désigner les instances qui seront chargées de la gestion de l’islam en France. Depuis plusieurs mois, des militants et associations laïques alertent sur la composition de l’une d’entre elles : l’AMIF, Association Musulmane pour l’Islam de France.

Plusieurs responsables de cette association sont membres ou proches de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), branche française de la confrérie des Frères musulmans.

Cette mouvance islamiste et fondamentaliste se distingue des salafistes par sa stratégie réformiste d’apparence moderne et par son adaptabilité au contexte républicain. Elle est très bien implantée en France, où elle coordonne plus de 250 mosquées et associations. Actuellement, elle brigue une représentativité nationale par le biais de l’AMIF et semble en très bonne position pour obtenir ce marché.

L’AMIF, créée dans cet objectif, constitue une véritable machine de guerre idéologique qui vise à contrôler l’ensemble des citoyens français musulmans. Elle comprend des théologiens, des spécialistes en stratégie, en finance islamique, des avocats, des banquiers d’affaires, des chefs d’entreprise, des responsables associatifs, etc.

Vous trouverez dans le document ci-joint un argumentaire sur cette initiative qui menace notre République et ses valeurs de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, et de Laïcité.

Zineb El Rhazoui

 

Burquini dans les piscines : et si on posait bien le problème ?

Des femmes ont manifesté à Grenoble pour pouvoir se baigner en burquini, tout en réclamant le respect de leur « liberté de conscience ». Rappelons au passage que le mot burquini est dérivé de burqua, voile intégral dont le port est devenu, au regard de ce qui se passe en Afghanistan, le symbole d’une pratique d’exclusion des femmes de l’espace public.

Mal poser le problème en France est un moyen de ne pas parvenir à le résoudre et à embrouiller les esprits. La liberté de conscience mise en avant par des militantes en service commandé n’a rien à voir dans cette affaire, puisque personne n’a jamais exigé qu’une femme musulmane renonce à sa foi.

La réalité est que le règlement des piscines publiques interdit tout vêtement autre que le maillot de bain (pour les femmes comme pour les hommes) pour des raisons d’hygiène. Peu importe la raison invoquée par celui ou celle qui ne souhaiterait pas s’y soumettre, l’hygiène indispensable dans un équipement collectif demande le respect de ce règlement. Le jean, le short, la soutane, la robe de bure ou le manteau des juifs orthodoxes sont tous à ce titre, également interdits. Que ceux ou celles qui refusent des règles collectives en assument les conséquences, c’est-à-dire l’interdiction de se baigner. Ce n’est pas aux communes ni aux piscines qu’elles gèrent de renoncer à la protection sanitaire des citoyens pour le bon plaisir de quelques-uns.

Martine Cerf

 

Pourquoi Adhérer ?

Il y a au moins trois bonnes raisons d’adhérer et de soutenir notre combat pour la laïcité :

  1. Parce que la laïcité garantit nos libertés est d’abord notre liberté de conscience. Elle nous permet de conserver le libre choix de nos croyances religieuses ou convictions philosophiques.
  2. Parce qu’elle nous soustrait aux injonctions des intégristes religieux en interdisant le prosélytisme abusif et en séparant les religions et l’État.
  3. Parce qu’il faut agir auprès des responsables politiques afin d’éviter qu’ils cèdent aux demandes pressantes des mouvements intégristes et des multiculturalistes qui voudraient la voir disparaître au profit de la « liberté religieuse ».

Comment agir après AVOIR ADHÉRÉ ?

Votre adhésion contribue à notre équilibre financier et garantit notre indépendance. Vous pouvez également :

  • Relayer nos informations auprès de vos relations et de vos réseaux
  • Assister à nos cafés laïques, nos colloques, nos conférences pour vous tenir informés.
  • Organiser près de chez vous des cafés laïques ou des conférences. Nous vous proposons des intervenants si besoin.
  • Nous prévenir s’il y a lieu d’agir près de chez vous pour faire respecter la laïcité.

Adhérer/renouveler son adhésion

 

Bulletin d’adhésion

Télécharger et remplir le Bulletin d’adhésion 2019

A régler par chèque à l’ordre de : «Association ÉGALE» et envoyer à l’adresse suivante :

ÉGALE – Trésorier : 15 Rue des Mousserons 91160 Longjumeau (France)

Ou par virement: IBAN – IDENTIFIANT INTERNATIONAL DU COMPTE
FR59 2004 1000 0151 4039 0L02 010

Pour toute information complémentaire, envoyez un courriel à : infoegale@gmail.com

Nos instances

Notre équipe, les membres du bureau et du conseil d’administration d’Égale

 

Présidente : Françoise LABORDE

Sénatrice de Haute Garonne

Prix national de la Laïcité 2012, décerné par le Comité Laïcité République,pour son action en tant que parlementaire-pour la proposition de loi dont l’objet est d’apporter une réponse législative au problème complexe auquel était confronté l’équipe de la crèche Baby Loup, celui d’un vide juridique au niveau national concernant la définition des conditions de garde des enfants les plus jeunes. Comment transcrire dans le droit les solutions aux problématiques d’intérêt général qui se posent sur le terrain.

A reçu le Prix national de la Laïcité 2012 

 

 

Vice-Président : Bernard FERRAND

Ancien membre du conseil économique et social.

Ancien conseiller régional de Midi-Pyrénées, universitaire.

«À l’heure où la laïcité est en France mise en danger par des faiseurs d’opinion sans scrupule ; à l’heure où la coexistence pacifique entre les composantes nationales, européennes et internationales se fragilisent, il est urgent d’avoir un lieu de dialogue et de propositions consacré aux enjeux de la laïcité.

Tant d’un point de vue professionnel –je suis chargé de mission Laïcité de l’Université d’Évry– que dans mes engagements associatifs, j’ai toujours agi pour faciliter le vivre ensemble et l’intégration dans une communauté nationale unifiée. ÉGALE donne à ceux qui y adhérent une occasion supplémentaire de renforcer son idéal laïque.»

 

 

Secrétaire Générale: Martine CERF

Co directrice du Dictionnaire de la laïcité (Armand Colin, 2011, réédition 2016)

Co auteur de Ma liberté, c’est la laïcité, (Armand Colin, Nouvelle édition octobre 2015)
«Après des études de mathématiques, j’ai travaillé dans le monde du marketing et des médias où j’ai occupé des fonctions de direction d’équipe et de direction générale, en France et en Belgique.

Au cours d’une deuxième carrière entamée vers la quarantaine, j’ai créé une société de formation, après une formation complémentaire à la négociation aux États-Unis.

C’est assez tard que j’ai pris conscience que la laïcité que je croyais définitivement établie n’était pas encore consolidée en France. Lorsque vers les années 2000, j’ai réalisé ce que cela impliquait de menaces sur nos libertés, j’ai participé avec Gérard Delfau et les autres fondateurs à la création d’ÉGALE.

Ce combat pour la laïcité et l’égalité, je le mène pour que jamais personne ne puisse imposer à l’un de mes enfants et à ceux de leur génération ce qu’ils doivent croire et comment ils doivent penser.»

 

 

Secrétaire Général Adjoint : Jean Claude BOUAL

«Ingénieur des Travaux publics de l’État en retraite.

Ancien secrétaire général de la Fédération CGT de l’Équipement et de l’Environnement CGT de 1975 à1991.

Membre de la Commission exécutive de la CGT de 1978 à 1992.

Chargé de mission sur les services publics de l’Europe et l’Europe sociale au ministère de l’Équipement, puis de l’Écologie de 1991 à 2010.
Spécialiste des services publics en Europe et des institutions européennes.
Pourquoi la laïcité ?
C’est mon activité professionnelle, les négociations en 1999/2000 sur les directives de « non-discrimination », ainsi que les débats et les travaux des deux Conventions qui ont élaboré l’une la Charte des droits fondamentaux de l’UE et l’autre le projet de Traité constitutionnel, qui ont attiré mon attention sur les questions de laïcité en Europe comme principe de non discrimination et de vivre ensemble.»

 

 

Trésorier : Pascal HOCANTE

Après avoir exercé les activités de responsable de processus et chef de projet, j’ai rejoint ÉGALE parce que :

ÉGALE au travers de ses interventions, exprime, sans relâche, qu’en mettant en lumière la compréhension des articles de la loi 1905, la laïcité est garante du vivre ensemble. La loi 1905 n’a pas besoin d’être repensée, mais simplement et clairement interprétée.

Que, la laïcité n’est pas un dogme antireligieux.

Que, la laïcité est « un processus de longue durée, multiforme, inachevé » parce que « l’IVG, le « mariage pour tous » ou la loi sur le port de signes ostensibles dans les établissements scolaires l’expression de « la défense des droits pour les femmes et (des) minorités sexuelles » Gérard Delfau.

Ces nouvelles lois font partie d’éléments enrichissant le processus sociétal : Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.

Avec ÉGALE, je contribue à faire partager les valeurs d’égalité des droits, des genres, la liberté de conscience afin que tout un chacun connaisse, sans distorsion, les principes fondamentaux de la laïcité et laisser le libre choix de croire ou de ne pas croire et de ne pas imposer nos choix privés dans l’espace public.

Nos générations doivent acquérir (obtenir) cette compréhension pour appliquer (respecter) le vivre ensemble et nos lois.

 

 

Conseiller de la Présidente pour les Affaires Européenne : Alain Vivien

Député de Seine-et-Marne (1973-1991), Secrétaire d’État aux Affaires étrangères (1991-1992), conseiller d’État en service extraordinaire (1993-1997).

La laïcité est à mes yeux un des piliers de toute démocratie réelle. Elle a un caractère universel. Qu’elle soit reconnue constitutionnellement ne la rend pas moins nécessaire à l’ensemble des États adhérents à la Déclaration universelle des droits de l’homme, et plus particulièrement encore à ceux qui participent à l’Union Européenne et à ses institutions.

 

 

Délégué à l’Outre-Mer : Michel FOUILLET

Administrateur civil hors classe honoraire, j’ai exercé dans les domaines douaniers, financiers, ressources humaines, outre mer et simplification administrative.

Militant syndical, je suis également engagé politique en Essonne (secrétaire de section et délégué à la laïcité au sein de la fédération départementale de mon parti).

Très tôt, dans ma prime jeunesse, tous les jeudis, j’ai été confronté à la «concurrence » entre le patronage laïque et le patronage catholique.

Bien plus tard, tout au début de ma carrière professionnelle, alors que je prêtais serment comme douanier au tribunal de grande instance de Metz, j’ai été véritablement choqué : derrière le président auquel je m’adressais trônait un immense crucifix.

Dix ans après, toujours dans un tribunal, mais à la Guadeloupe cette fois-ci, la justice était rendue « au nom du peuple français », toujours sous l’ombre tutélaire d’un crucifix ostentatoire, pour ne pas dire attentatoire à la République pourtant constitutionnellement laïque.

Certes, ce signe distinctif d’une religion a désormais disparu de ces lieux de justice, mais ces deux épisodes m’ont fait prendre conscience que la laïcité ne va pas de soi. Aux niveaux européen, national et local, la laïcité est mise à mal.

Ce bien si précieux, nous devons le faire vivre, le défendre et le promouvoir.

L’association ÉGALE, en ce domaine, éveille les consciences et participe à cette promotion de ce trésor que constitue la laïcité.

 

 

Déléguée à l’éducation : Agnès PERRIN

La laïcité a toujours été au cœur de mon parcours personnel et professionnel, d’abord comme militante à la ligue de l’enseignement, ensuite dans l’exercice du métier d’enseignante (comme institutrice puis professeure de Lettres en collège, lycée et en IUFM).

C’est pourtant fort récemment, en formant des enseignants à l’IUFM de Créteil, que j’ai réalisé à quel point les acquis de la loi de 1905 restaient fragiles, menaçant l’équilibre de notre société.
Aujourd’hui, maître de conférences en langue et littérature française à l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de Montpellier, je consacre l’essentiel de mes travaux de recherche à l’enseignement de la lecture et de la littérature pour développer la pensée des élèves et interroger le vivre ensemble dès l’école maternelle.

Deux motivations essentielles pour militer à ÉGALE ; pour mettre mes convictions profondes, ma culture professionnelle, ma connaissance du système éducatif, comme des enjeux de la formation des maîtres ou de la refondation de l’école au service du combat pour la liberté de conscience et l’égalité.

 

 

Délégué aux collectivités territoriales : Michel SEELIG

«Ma formation d’historien m’a presque naturellement conduit à la politique, avec des mandats départements et nationaux et des fonctions électives locales.

J’ai eu la chance par ailleurs de connaître plusieurs « vies professionnelles » intellectuellement enrichissantes : consultant, cadre supérieur, chef d’entreprise… Je viens de quitter ma dernière activité salariée (directeur des relations institutionnelles d’un grand groupe de services aux collectivités) …

J’ai également un lien privilégié avec l’enseignement et la recherche. Longtemps enseignant associé à l’Université, je suis actuellement Président de l’Institut Universitaire de Technologie de Metz.

J’ai très tôt milité dans les grandes « Ligues républicaines » (Ligue de l’Enseignement et LDH) et présidé le Cercle Condorcet de Moselle (qui se nomme Cercle Jean Macé)

Né en Moselle, je réside toujours à Metz, j’ai été très tôt confronté au régime dérogatoire des cultes dans les départements Rhin et de la Moselle. Le retour au 1er plan de l’actualité de ce dossier du Concordat et du régime confessionnel de l’école publique m’a conduit à adhérer à ÉGALE et à y accepter une responsabilité.»

 

 

Webmaster : Yves LE BIHAN

«Les années de vie professionnelle en Europe et en Moyen-Orient m’ont donné la certitude que nous avions un trésor qu’il ne fallait pas perdre».

Mon mandat de conseiller municipal m’a fait voir que la laïcité pour un certain nombre n’était pas une évidence.

Combien nous envient la Loi de 1905 et plus récemment la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques.

Consacrer de l’énergie à ce qu’elles soient vivantes, universelles est une évidence.

ÉGALE me donne la possibilité de mettre mes connaissances à la concrétisation, à l’élaboration et à la diffusion de nos principes.»

 

Président de 2003 à juillet 2016 : Gérard DELFAU

 

 

Coordinateurs d’ÉGALE en Région. 

Bretagne :

29- Pierre Bleuzen

35- Françoise Le Mer

56- Yves Le Bihan, Anne Gourvenec

 

Grand Est :

57- : Michel Seelig

 

Guadeloupe :

971- : José Ludger

 

Île de France :

75- : Alain Azouvi – Maurice Basquin – Jean-Claude Boual – Laure Caille – Michel Fouillet

91- : Pascal Hocante

92- : Martine Cerf

 

Martinique :

972- : Arlette Montalin

 

Nouvelle Aquitaine :

17- : Jean-Pierre Catala

 

Occitanie :

11- : Laurent Adam

12- : Bernard Ferrand

31- : Jean-Philippe Fons

34- : Gérard Delfau – Agnès Perrin

 

Pays de La Loire :

18- : Ali Nemiche

 

Provence-Alpes-Côte d’Azur :

84- : Jean-Pierre Fraysse

Réunion

Aurore Lagardère

 

Pour les contacter : infoegale@gmail.com

Qui sommes-nous ?

ÉGALE a pour objet de promouvoir et faire partager les valeurs humanistes et laïques de la République française et sa devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

En pratique :

  • ÉGALE est habilitée auprès de l’Union européenne et participe aux réunions de dialogue avec la Commission et le Parlement européens (art 17 du traité de fonctionnement de l’UE)
  • ÉGALE a soutenu la crèche Baby-Loup dans son combat pour le respect de la neutralité par les salariés de l’association et a œuvré à ce que la législation du travail autorise les entreprises à imposer la neutralité dans leur règlement intérieur, si elles le jugent nécessaire pour assurer leur bon fonctionnement.
  • ÉGALE est membre du Collectif laïque national et de la Fédération Humaniste Européenne.
  • ÉGALE conçoit et anime des formations, des conférences, des réunions et des colloques sur la laïcité
  • ÉGALE est présidée par une élue de la République, Françoise Laborde, Sénatrice et Vice-Présidente de la Commission aux droits des femmes du Sénat

Comment agissons-nous ?

ÉGALE est une plateforme de réflexion, de coordination et d’action, résolument indépendante de tout parti politique. Elle accueille en son sein des particuliers, des associations et toute structure qui contribue au développement de ses valeurs en France dans l’Union européenne et dans le monde.

ÉGALE publie régulièrement des livres et documents pédagogiques, des dossiers à l’usage des décideurs, des articles dans les médias ou des essais.

ÉGALE travaille en relation avec les élus français et européens afin d’approfondir ensemble la réflexion sur les questions qui se posent à nos sociétés, dans le cadre de ses valeurs. ÉGALE est consultée régulièrement par la Commission européenne et le Parlement européen. En effet le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (art 17), fait obligation aux institutions européennes de rencontrer régulièrement et dans un dialogue transparent les associations religieuses et les associations philosophiques et non confessionnelles.

ÉGALE organise des conférences, des colloques, des cafés laïques, des sessions de formation et intervient dans des évènements organisés à l’initiative d’autres associations, académies, régions, départements, communes…

ÉGALE intervient dans le débat public au travers des médias, par des communiqués de presse, des articles publiés dans des revues ou sur le Web.

AGENDA DES EVENEMENTS LAÏQUES

Samedi 28 septembre 2019 à 14h,

Rassemblement laïque à l’appel de la Brigade des Mères, place du Trocadéro à Paris . Voir l’appel aux amis laïques

 

Lundi 7 octobre 2019

Colloque d’ÉGALE « MOUVEMENTS IDENTITAIRES ET LIBERTES INDIVIDUELLES » organisé avec le Think Tank l’Aurore au Palais du Luxembourg, à Paris. Voir le programme

Lundi 14 octobre 2019

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 25 novembre 2019

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 9 décembre 2019

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 13 janvier 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 10 février 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 9 mars 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 20 avril 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 11 mai 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

 

Lundi 8 juin 2020

Café laïque au Patronage laïque Jules Vallès, Paris 15e à 19h

L’État du Québec devient laïque !

Le Premier ministre, François Legault, s’y était engagé, il a tenu parole, l’État du Québec est devenu laïque.

La loi adoptée le 16 juin 2019 proclame et définit la laïcité de l’État dans le cadre législatif actuel, notamment en introduisant ce principe dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Elle institue donc la séparation de l’État et des religions.

La neutralité religieuse de l’État, légalité de tous en droit et la liberté de conscience et de religion. Elle interdit le port de signes religieux à certaines personnes en position d’autorité, dont les enseignants et directrices et les directeurs des établissements primaires et secondaires publics.

À la suite d’un âpre combat où les partisans de laïcité ont dû subir toutes sortes d’injures et d’accusations infondées venant autant des partisans du multiculturalisme et des accommodements raisonnables que des islamistes radicaux, la loi a été votée.

ÉGALE avait apporté sa contribution en publiant une pétition de soutien signée d’abord par des personnalités, puis par des associations et par 263 personnes sur Change.org dont Djemila Benhabib a pu fait état au cours de son audition en Commission parlementaire.

Micheline Labelle a publié dans Le Monde, une tribune très éclairante sur les accusations portées contre la laïcité québécoise et ceux qui la défendent.

Martine Cerf

 

Un point sur la situation de l’Alsace

Le sentiment identitaire alsacien est largement partagé par la population, quelle que soit la position politique de chacun. C’est pourquoi les mouvements qui se réclament le plus fortement de ce sentiment autonomiste voire indépendantiste, font régulièrement des scores non négligeables aux élections.

Un sentiment identitaire exacerbé

La dernière réforme régionale, avec l’intégration de l’Alsace dans un énorme GRAND EST a exacerbé ce sentiment (d’autant plus que l’Alsace, « riche » est volontiers méprisante vis-à-vis de la Lorraine et de Champagne-Ardenne)  … L’image ci-dessous, placardée à Strasbourg lors des dernières régionales avec des jeunes femmes arborant les couleurs de l’Alsace, de l’Allemagne et de la Suisse alémanique témoigne d’une volonté de s’agglomérer avec les régions limitrophes pour constituer une « région d’Europe ».

Une volonté de pérenniser le droit local

La plupart du temps, les Alsaciens « annexent » le département de la Moselle uniquement pour renforcer leurs revendications sur la pérennisation et l’adaptation nécessaires du « Droit local ».

Dans ce contexte, l’annonce gouvernementale d’une révision constitutionnelle qui accorderait certaines satisfactions à la Corse et un « droit à la différenciation » pour toutes les régions, a entraîné un lobbying intense des élus alsaciens. L’appui du secrétaire général de l’Élysée (Alexis Kohler, lui-même alsacien) n’a pas été négligeable. Ils ont obtenu la présentation en juillet 2018 d’un « amendement gouvernemental » au projet de loi de réforme constitutionnelle, amendement qui permettrait de contourner les décisions du Conseil constitutionnel et donc de faire évoluer plus ou moins librement le droit local. Ce dernier perdrait son caractère de droit historique provisoire, ce qui donnerait peu ou prou à l’Alsace et à la Moselle un droit territorial indépendant…

Un exercice limité pour le gouvernement

Conscient malgré tout d’ouvrir un peu la boîte de Pandore, le Président Macron et le gouvernement croient pouvoir calmer le jeu en n’offrant qu’une partie de leurs revendications aux élus régionaux, en espérant satisfaire leur « désir d’Alsace » sans cesse mis en avant.

Fusionner les deux départements, accorder quelques prérogatives non négligeables mais pas essentielles, et surtout affubler la nouvelle entité d’un titre ronflant : « Communauté européenne d’Alsace », (contre l’avis du Conseil d’État), serait selon le gouvernement suffisant.

Les limites de l’exercice sont cependant clairement annoncées : la nouvelle entité, malgré son titre, reste un DÉPARTEMENT et ne sort pas de la région Grand Est… D’où le mécontentement des plus « identitaires » parmi les Alsaciens et aussi parmi les élus « Les Républicains » qui cherchent des motifs pour s’opposer au pouvoir…

Des réactions vives dans la Région Grand Est

Les autres composantes de la région Grand Est s’inquiètent du poids potentiellement plus important de l’Alsace dans la région et les idées, les ballons d’essai, fusent ; le président de Meurthe-et-Moselle a proposé par exemple la fusion de son département avec les autres départements lorrains dont la Moselle… Refus de la Moselle. D’autres propositions sont avancées… Toutes envisagent que les concessions accordées à l’Alsace soit étendues aux autres départements, avec ou sans fusion… Le président de la Moselle multiplie les gestes plus ou moins symboliques avec la Sarre voisine et revendique lui aussi une qualification « européenne » …etc. etc.

Enfin, il n’est pas exclus que d’autres régions de France qui suivent attentivement le dossier voudront éventuellement être « servies » elles aussi !

Le vote des parlementaires : une double incertitude

La question essentielle qui se pose à présent est de savoir quelle sera l’attitude des différents groupes au Parlement et quelle liberté de vote sera accordée à leurs membres, étant donné qu’ils sont tous assez divisés sur ce dossier. Deux votes restent incertains : le vote du texte sur la création de la nouvelle entité alsacienne, actuellement discuté au Parlement et plus tard, celui de la réforme constitutionnelle…

Michel Seelig

 

20190614 IVG Allemagne

L'Univers de Tokio Hotel: Un Groupe venu d'Allemagne...

En Allemagne, deux gynécologues face à la justice pour «publicité pour l’IVG»
Liberation.fr , par Johanna Luyssen, correspondante à Berlin — 14 juin 2019 à 12:17

Jusqu’en février, le paragraphe 219a du Code pénal interdisait toute mention de l’IVG sur un site professionnel, ce qui valu à Kristina Hänel, de Gießen (Hesse), d’être condamnée à 6 000 euros d’amende en 2017. Photo Silas Stein. dpa. AFP
Deux gynécologues comparaissent vendredi matin à Berlin pour avoir indiqué sur leur site par quelles méthodes elles pratiquaient l’IVG. Elles tombent sous le coup du paragraphe 219a du code pénal allemand, de plus en plus contesté dans le pays.

•   En Allemagne, deux gynécologues face à la justice pour «publicité pour l’IVG»

«Une IVG médicamenteuse et sans drogues anesthésiantes est également pratiquée par la Dr Gaber.» Ces mots ont mené Bettina Gaber devant la justice. Ce vendredi, cette gynécologue berlinoise comparaît devant le tribunal de première instance du Tiergarten, à Berlin, pour «publicité pour l’IVG». Elle est accusée, ainsi que sa collègue Verena Weyer avec qui elle partage son cabinet, d’avoir détaillé sur son site internet les méthodes avec lesquelles elle pratique l’avortement. Or, en Allemagne, c’est interdit. Elle tombe sous le coup du paragraphe 219a du Code pénal allemand, qui réprime toute «publicité pour l’IVG», et risque une forte amende.

Ce n’est pas la première fois qu’une gynécologue est poursuivie pour un tel motif ; mais c’est la première fois depuis que la loi a été légèrement assouplie, en février. Jusqu’ici, le paragraphe 219a du code pénal – relique de l’ère nazie datant de 1933 afin de criminaliser les médecins juifs et communistes – interdisait toute mention de l’IVG sur un site professionnel. Les médecins étaient susceptibles d’être poursuivis pour l’avoir simplement écrit sur leur site. C’est ce qui est arrivé à Kristina Hänel, de Gießen (Hesse), condamnée à 6 000 euros d’amende en 2017. Son cas, très médiatisé, a fini par entraîner un large débat en Allemagne. Des voix en faveur d’un assouplissement de la loi – voire de sa suppression – se sont fait entendre.

C’est ainsi qu’une légère refonte du texte, votée par la grande coalition au pouvoir (CDU-SPD) a été décidée en février. Les professionnels de santé sont désormais autorisés à annoncer qu’ils pratiquent des IVG. Mais pas à en détailler les méthodes, que les patientes peuvent découvrir sur une liste établie par l’Ordre fédéral des médecins – qui n’est toujours pas disponible, quatre mois après le vote du texte. «De toute manière, explique la gynécologue berlinoise Jutta Pliefke, membre de Pro Familia, le Planning familial allemand, il semble peu réaliste d’avoir recours à ce genre de listes. De nombreux docteurs ne souhaitent pas y figurer, de peur de devenir la cible de militants anti-IVG. Et puis, comment la tenir à jour correctement ?»

Les Verts, Die Linke et le FDP demandent la suppression de l’article 219a
«Je ne connais pas un seul collègue qui écrive maintenant sur son site qu’il pratique des IVG, a expliqué Bettina Gaber à Die Zeit. Je ne crois pas non plus que beaucoup de collègues voudront être sur la liste de l’Ordre des médecins. Parce qu’ils se sentent toujours criminalisés.» La réforme reste contestée par les Verts, Die Linke et les Libéraux du FDP, qui demandent la suppression pure et simple du texte. «Le cas de Bettina Gaber montre bien que même après la réforme de la loi, les gynécologues continuent d’être poursuivis»,dit Kate Cahoon, du Collectif pour l’autodétermination sexuelle (Bündnis für sexuelle Selbstbestimmung), représentant plusieurs associations prochoix.

De manière générale en Allemagne, pays conservateur et sous forte influence de l’Eglise, l’IVG est difficile d’accès. Dans son livre témoignage intitulé le Politique est privé, Journal d’une médecine avorteuse (1), Kristina Hänel évoque les nombreuses lettres qu’elle a reçues. Notamment celle d’une jeune femme tombée enceinte sous stérilet. «J’habite dans le sud de la Bavière, explique la jeune femme, et la doctoresse de l’hôpital qui a confirmé la grossesse n’a pas voulu entendre que j’envisageais un avortement. La seule information qu’elle m’a donnée est qu’une telle intervention ne serait effectuée ni dans cet hôpital, ni ailleurs dans la région, et que je devrais me rendre « à Salzbourg ou quelque chose dans le genre ». Le prix de l’avortement est d’environ 800 euros et bien entendu, cet acte n’est couvert par aucune compagnie d’assurance maladie allemande.»

En Allemagne, l’acte est dépénalisé, mais toujours criminalisé – en vertu du paragraphe 218, que les prochoix veulent également voir disparaître. «L’IVG n’a rien à faire dans le code pénal aux côtés du meurtre et de l’infanticide », dit la gynécologue Jutta Pliefke.

Des gynécologues traqués par des militants anti-IVG
L’IVG ne se pratique que sous certaines conditions : après un délai légal de réflexion et après avoir demandé conseil dans un centre spécialisé agréé (ou l’entretien se doit, selon la loi, de «servir la protection de la vie non (encore) née») ; en cas de menace pour la vie de la mère ; à la suite d’un viol. L’acte n’est remboursé que dans très peu de cas. Et cela ne risque pas de changer avec Jens Spahn (CDU) – qui ne cache pas sa profonde hostilité à l’avortement – à la tête du ministère fédéral de la Santé, et qui a annoncé ces derniers temps financer une étude sur «les conséquences psychologiques de l’IVG».

Dans ce contexte, de moins en moins de médecins osent pratiquer cet acte. «Les pressions à leur égard ont augmenté», dit  Jutta Pliefke. Ils sont traqués par les militants antiavortement. Deux d’entre eux, Yannic Hendricks et Klaus Günter Annen, se sont fait une spécialité d’éplucher leurs sites internet afin de les épingler en vertu du fameux paragraphe 219a. C’est ce qui est arrivé à Bettina Gaber et à Kristina Hänel.

Les noms des médecins avorteurs sont listés sur un site appelé «Babycaust », contraction de «Baby» et «Holocauste». Les deux hommes noient les gynécologues sous les fax insultants, les traitent de tueurs d’enfants. Mais leur arme la plus efficace est sans doute ce paragraphe 219a. Car elle touche au portefeuille et épuise les médecins, forcés de se lancer dans une longue et fastidieuse procédure judiciaire. D’autant qu’en Allemagne, contrairement à la France, le délit d’entrave à l’IVG n’existe pas.

Ainsi, pour de plus en plus de médecins, pratiquer l’IVG devient un acte militant. «Bien des gynécologues ont fini par se politiser depuis l’affaire Hänel », commente Kate Cahoon. C’est ainsi que le procureur a proposé à Bettina Gaber d’abandonner les poursuites si elle enlevait de son site la phrase concernant sa pratique de l’IVG. Elle a refusé, expliquant à Die Zeit : «Je me suis rendue compte que c’était aussi une bataille féministe.»

(1) Das Politische ist persönlich. Tagebuch einer Abtreibungsärztin («Le politique est privé, Journal d’une médecine avorteuse), Argument Verlag, 2019, non traduit en français.

Johanna Luyssen correspondante à Berlin

 

En Allemagne, deux gynécologues face à la justice pour «publicité pour l’IVG»

L'Univers de Tokio Hotel: Un Groupe venu d'Allemagne...

Liberation.fr , par Johanna Luyssen, correspondante à Berlin — 14 juin 2019 à 12:17

Jusqu’en février, le paragraphe 219a du Code pénal interdisait toute mention de l’IVG sur un site professionnel, ce qui valu à Kristina Hänel, de Gießen (Hesse), d’être condamnée à 6 000 euros d’amende en 2017. Photo Silas Stein. dpa. AFP
Deux gynécologues comparaissent vendredi matin à Berlin pour avoir indiqué sur leur site par quelles méthodes elles pratiquaient l’IVG. Elles tombent sous le coup du paragraphe 219a du code pénal allemand, de plus en plus contesté dans le pays.

•   En Allemagne, deux gynécologues face à la justice pour «publicité pour l’IVG»

«Une IVG médicamenteuse et sans drogues anesthésiantes est également pratiquée par la Dr Gaber.» Ces mots ont mené Bettina Gaber devant la justice. Ce vendredi, cette gynécologue berlinoise comparaît devant le tribunal de première instance du Tiergarten, à Berlin, pour «publicité pour l’IVG». Elle est accusée, ainsi que sa collègue Verena Weyer avec qui elle partage son cabinet, d’avoir détaillé sur son site internet les méthodes avec lesquelles elle pratique l’avortement. Or, en Allemagne, c’est interdit. Elle tombe sous le coup du paragraphe 219a du Code pénal allemand, qui réprime toute «publicité pour l’IVG», et risque une forte amende.

Ce n’est pas la première fois qu’une gynécologue est poursuivie pour un tel motif ; mais c’est la première fois depuis que la loi a été légèrement assouplie, en février. Jusqu’ici, le paragraphe 219a du code pénal – relique de l’ère nazie datant de 1933 afin de criminaliser les médecins juifs et communistes – interdisait toute mention de l’IVG sur un site professionnel. Les médecins étaient susceptibles d’être poursuivis pour l’avoir simplement écrit sur leur site. C’est ce qui est arrivé à Kristina Hänel, de Gießen (Hesse), condamnée à 6 000 euros d’amende en 2017. Son cas, très médiatisé, a fini par entraîner un large débat en Allemagne. Des voix en faveur d’un assouplissement de la loi – voire de sa suppression – se sont fait entendre.

C’est ainsi qu’une légère refonte du texte, votée par la grande coalition au pouvoir (CDU-SPD) a été décidée en février. Les professionnels de santé sont désormais autorisés à annoncer qu’ils pratiquent des IVG. Mais pas à en détailler les méthodes, que les patientes peuvent découvrir sur une liste établie par l’Ordre fédéral des médecins – qui n’est toujours pas disponible, quatre mois après le vote du texte. «De toute manière, explique la gynécologue berlinoise Jutta Pliefke, membre de Pro Familia, le Planning familial allemand, il semble peu réaliste d’avoir recours à ce genre de listes. De nombreux docteurs ne souhaitent pas y figurer, de peur de devenir la cible de militants anti-IVG. Et puis, comment la tenir à jour correctement ?»

Les Verts, Die Linke et le FDP demandent la suppression de l’article 219a
«Je ne connais pas un seul collègue qui écrive maintenant sur son site qu’il pratique des IVG, a expliqué Bettina Gaber à Die Zeit. Je ne crois pas non plus que beaucoup de collègues voudront être sur la liste de l’Ordre des médecins. Parce qu’ils se sentent toujours criminalisés.» La réforme reste contestée par les Verts, Die Linke et les Libéraux du FDP, qui demandent la suppression pure et simple du texte. «Le cas de Bettina Gaber montre bien que même après la réforme de la loi, les gynécologues continuent d’être poursuivis»,dit Kate Cahoon, du Collectif pour l’autodétermination sexuelle (Bündnis für sexuelle Selbstbestimmung), représentant plusieurs associations prochoix.

De manière générale en Allemagne, pays conservateur et sous forte influence de l’Eglise, l’IVG est difficile d’accès. Dans son livre témoignage intitulé le Politique est privé, Journal d’une médecine avorteuse (1), Kristina Hänel évoque les nombreuses lettres qu’elle a reçues. Notamment celle d’une jeune femme tombée enceinte sous stérilet. «J’habite dans le sud de la Bavière, explique la jeune femme, et la doctoresse de l’hôpital qui a confirmé la grossesse n’a pas voulu entendre que j’envisageais un avortement. La seule information qu’elle m’a donnée est qu’une telle intervention ne serait effectuée ni dans cet hôpital, ni ailleurs dans la région, et que je devrais me rendre « à Salzbourg ou quelque chose dans le genre ». Le prix de l’avortement est d’environ 800 euros et bien entendu, cet acte n’est couvert par aucune compagnie d’assurance maladie allemande.»

En Allemagne, l’acte est dépénalisé, mais toujours criminalisé – en vertu du paragraphe 218, que les prochoix veulent également voir disparaître. «L’IVG n’a rien à faire dans le code pénal aux côtés du meurtre et de l’infanticide », dit la gynécologue Jutta Pliefke.

Des gynécologues traqués par des militants anti-IVG
L’IVG ne se pratique que sous certaines conditions : après un délai légal de réflexion et après avoir demandé conseil dans un centre spécialisé agréé (ou l’entretien se doit, selon la loi, de «servir la protection de la vie non (encore) née») ; en cas de menace pour la vie de la mère ; à la suite d’un viol. L’acte n’est remboursé que dans très peu de cas. Et cela ne risque pas de changer avec Jens Spahn (CDU) – qui ne cache pas sa profonde hostilité à l’avortement – à la tête du ministère fédéral de la Santé, et qui a annoncé ces derniers temps financer une étude sur «les conséquences psychologiques de l’IVG».

Dans ce contexte, de moins en moins de médecins osent pratiquer cet acte. «Les pressions à leur égard ont augmenté», dit  Jutta Pliefke. Ils sont traqués par les militants antiavortement. Deux d’entre eux, Yannic Hendricks et Klaus Günter Annen, se sont fait une spécialité d’éplucher leurs sites internet afin de les épingler en vertu du fameux paragraphe 219a. C’est ce qui est arrivé à Bettina Gaber et à Kristina Hänel.

Les noms des médecins avorteurs sont listés sur un site appelé «Babycaust », contraction de «Baby» et «Holocauste». Les deux hommes noient les gynécologues sous les fax insultants, les traitent de tueurs d’enfants. Mais leur arme la plus efficace est sans doute ce paragraphe 219a. Car elle touche au portefeuille et épuise les médecins, forcés de se lancer dans une longue et fastidieuse procédure judiciaire. D’autant qu’en Allemagne, contrairement à la France, le délit d’entrave à l’IVG n’existe pas.

Ainsi, pour de plus en plus de médecins, pratiquer l’IVG devient un acte militant. «Bien des gynécologues ont fini par se politiser depuis l’affaire Hänel », commente Kate Cahoon. C’est ainsi que le procureur a proposé à Bettina Gaber d’abandonner les poursuites si elle enlevait de son site la phrase concernant sa pratique de l’IVG. Elle a refusé, expliquant à Die Zeit : «Je me suis rendue compte que c’était aussi une bataille féministe.»

(1) Das Politische ist persönlich. Tagebuch einer Abtreibungsärztin («Le politique est privé, Journal d’une médecine avorteuse), Argument Verlag, 2019, non traduit en français.

Johanna Luyssen correspondante à Berlin

 

Formation à la prévention de la radicalisation

ÉGALE vient d’achever, avec la collaboration du CCMM (Centre Contre les Manipulations Mentales) la conception d’un module de formation contre la radicalisation

Ce module est déclinable pour deux types de populations : les collégiens et lycéens d’une part, les personnels des établissements scolaires d’autre part. Il vise à faire comprendre comment ce processus se met en place et comment on reconnait qu’une personne est en cours de radicalisation. Il permet d’aider les personnes concernées à intervenir le plus tôt possible pour aider un proche, avant que le processus ne soit arrivé à son terme et devenu la plupart du temps irréversible.

Pour en savoir plus : s’informer auprès de infoegale@gmail.com.

LA LDIF PUBLIE UNE VIDÉO POUR LES JO DE 2024

La Ligue du Droit International des Femmes publie une vidéo pour demander le respect de la Charte Olympique en 202.

ÉGALE s’associe à cette demande

En 2024, les jeux olympiques seront accueillis à Paris et nous demandons le respect de la charte olympique qui demande qu’il n’y ait aucune manifestation ou signe ostensiblement religieux pendant les compétitions. L’Iran et l’Arabie saoudite enfreignent ouvertement ce règlement en imposant des tenues religieuses aux sportives. Nous demandons que des sanctions soient prises par le Comité olympique contre ces pays, comme il l’avait fait en son temps pour l’Afrique du Sud qui pratiquait l’apartheid entre les sportifs noirs et blancs.

M.C

 

Accompagnements scolaires : LE SÉNAT RENFORCE LA NEUTRALITÉ A L’ÉCOLE.

Les sénateurs ont adopté le 15 mai, par 186 voix contre 100 et 159 abstentions, un amendement LR visant à interdire les signes religieux ostentatoires lors des sorties scolaires. Le point de vue des sénateurs était que les sorties scolaires sont un moment pédagogique, que les accompagnateurs doivent être considérés comme des collaborateurs occasionnels du service public et qu’ils sont donc soumis à la règle de neutralité qui s’applique dans les classes.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer ayant exprimé son opposition à cet amendement, il est probable qu’il ne sera pas retenu en seconde lecture par l’Assemblée nationale.

Un autre amendement interdisant le prosélytisme dans les établissements scolaires et aux alentours, pour lequel Jean-Michel Blanquer s’est positionné favorablement, a également été adopté, avec plus de chances de succès à l’Assemblée.

M.C

Ibiza-gate : le chancelier autrichien convoque des législatives anticipées

Considérée par les tenants d’une droite dure comme un modèle à suivre au sein de l’UE, la coalition droite-extrême droite au pouvoir en Autriche a explosé samedi à quelques jours des européennes après la diffusion d’une vidéo mettant en cause le vice-chancelier Heinz-Christian Strache en lien avec la Russie. (Voir euronews)

« Assez est assez »

Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a annoncé dans la soirée la convocation d’élections législatives anticipées après 18 mois de coalition avec le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) dirigé par M. Strache, au terme de vingt-quatre heures d’un psychodrame inattendu.

Le séisme a été provoqué par la publication vendredi soir par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel d’une vidéo tournée en caméra cachée en 2017 où le patron du FPÖ, un allié de l’Italien Matteo Salvini et de la Française Marine Le Pen, se montrait prêt à offrir à un oligarque russe des marchés publics autrichiens en échange d’un soutien financier.

Tout en dénonçant un procédé « perfide » et en se défendant d’avoir commis la moindre infraction, M. Strache, 49 ans, avait présenté sa démission à la mi-journée, reconnaissant une « erreur ». Il avait proposé l’ancien finaliste FPÖ à la présidentielle Norbert Hofer pour lui succéder.

Mais M. Kurz a jugé que la poursuite de la coalition n’était plus envisageable, malgré la forte adhésion dont la majorité bâtie sur une ligne anti-immigration continuait jusqu’alors à jouir dans un contexte de chômage au plus bas.

« Assez est assez », a estimé le chancelier, déplorant un scandale qui « porte atteinte à la politique du changement (…) et à l’image » de l’Autriche. « Je n’ai pas le sentiment que le FPÖ soit prêt à changer fondamentalement, ce qui serait pourtant plus que nécessaire » , a-t-il relevé, soulignant la multiplication des scandales impliquant ce parti.

Cette annonce a été saluée dans la liesse par quelques milliers de manifestants rassemblés devant la chancellerie pour dénoncer une « honte pour le pays » et réclamer un nouveau scrutin.

Ces révélations ont jeté une ombre sur le rassemblement organisé samedi à Milan par M. Salvini pour fédérer les nationalistes européens, et auquel la tête de liste FPÖ pour les européennes, Harald Vilimsky, a dû renoncer à participer.

Le contenu de la vidéo de l’Ibiza-gate

Dans la vidéo, tournée dans une villa d’Ibiza au cours d’une soirée arrosée apparemment organisée pour le piéger, M. Strache, croyant avoir affaire la nièce d’un oligarque russe, se montre enthousiasmé par l’idée d’un investissement russe dans le plus puissant journal autrichien, Kronen Zeitung, afin d’en faire un média pro-FPÖ

M. Strache explique à son interlocutrice qu’il pourra en échange de ce soutien lui obtenir des marchés publics. « Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd’hui par Strabag » , un groupe autrichien de construction, acteur majeur du secteur, affirme le chef du FPÖ, selon la retranscription de ses propos.

Le FPÖ avait signé avant son arrivée au pouvoir un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui lui vaut des accusations récurrentes de liens troubles avec Moscou.

Dans la vidéo, M. Strache exclut des résistances au sein de la rédaction du Kronen Zeitung : « Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète » , affirme-t-il. Depuis son retour au pouvoir en 2017, le FPÖ est accusé de s’en prendre aux médias, notamment à la télévision publique ORF.

L’homme fort du FPÖ explique également vouloir « construire un paysage médiatique similaire à celui d’Orban » , en Hongrie. Dans ce pays, le Premier ministre Viktor Orban est critiqué pour avoir massivement porté atteinte au pluralisme de la presse.

Selon les extraits publiés, M. Strache décrit également un mécanisme de financement occulte de campagne permettant de tromper la Cour des comptes. Il cite des dons allant de 500 000 à 2 millions d’euros et égrène le nom de grands patrons autrichiens qui financeraient le FPÖ.

L’ex-patron du FPÖ s’est dit victime « d’un attentat politique ciblé » et a promis une riposte judiciaire à cette vidéo, dont l’origine demeure inconnue.

 

Pakistan : six mois après son acquittement, la chrétienne Asia Bibi a quitté le pays pour le Canada

La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, 47 ans, a quitté le Pakistan et a « retrouvé » sa famille au Canada, mercredi 8 mai, six mois après avoir été acquittée d’une condamnation à mort pour blasphème qui avait suscité l’indignation à l’étranger. « Elle est au Canada », où elle a retrouvé ses deux filles, a assuré à l’AFP une source dans le pays, qui a requis l’anonymat.

Asia Bibi a été condamnée à mort pour blasphème en 2010, après avoir été accusée par deux villageoises musulmanes avec qui elle travaillait d’avoir « insulté » le prophète Mahomet pendant une querelle autour d’un verre d’eau. Le 29 janvier dernier, la Cour suprême du Pakistan a confirmé son acquittement prononcé en octobre, lui permettant d’être libre et de quitter son pays. Cette ouvrière agricole a passé huit ans dans les couloirs de la mort.

Mercredi, une source gouvernementale pakistanaise, également sous couvert d’anonymat, a elle aussi confirmé à l’AFP que la chrétienne avait « quitté le Pakistan de son plein gré ». Plusieurs sources sécuritaires au Pakistan ont confirmé qu’Asia Bibi était partie au Canada […]

Après son acquittement, des milliers d’islamistes du groupe Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP) avaient bloqué pendant trois jours les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison. Depuis lors, Asia Bibi était vraisemblablement gardée en résidence surveillée. Les chrétiens, qui représentent environ 2% de la population pakistanaise (très majoritairement musulmane), constituent l’une des communautés les plus déclassées du Pakistan.

 

Un sondage de la fondation Jean Jaurès confirme l’attachement des Français à la laïcité

Dans ce sondage effectué sur un échantillon particulièrement important (2505 interviewés), il se confirme que l’immense majorité des Français se dise attachée à la loi de 1905 : 87 % d’entre eux (dont 80 % des électeurs d’Emmanuel Macron et 75 % de ceux qui se disent musulmans). 83 % des Français plébiscitent la loi de 2004 interdisant le port des signes religieux à l’école et 89 % font de même pour la loi de 2010 interdisant le masquage du visage dans l’espace public.

Enfin 71 % des Français veulent garder la loi telle qu’elle est tandis que 24 % seulement veulent l’assouplir.

Lire le rapport

 

CONSERVER NOTRE CAPACITÉ DE DÉCIDER DE NOS LIBERTÉS FONDAMENTALES

 

Par Gilles Clavreul, délégué général du think tank l’Aurore

On saura bientôt si la décision rendue hier soir par la cour d’appel de Paris, ordonnant à « l’État français » la reprise des traitements de Vincent Lambert, n’aura été qu’un épisode de plus de cette invraisemblable affaire, ou bien au contraire, si la Cour de cassation venait à la confirmer, si elle marque le début d’un processus à l’issue et aux conséquences proprement incalculables.

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Les dessous du hijab de running

Par Nadia Geerts Publié par Lalibre.be, le 27 février 2019

La décision récente de Décathlon France de commercialiser un hijab de running – ou pas, en tout cas pas en France, mais si quand même, et puis plutôt pas – oppose comme d’habitude les gentils partisans de la liberté des femmes de se voiler si elles le souhaitent aux méchants empêcheurs de sortir de chez soi dans la tenue de son choix. Débat mal embouché, s’il en est, mais qui n’est en réalité que la énième resucée d’un débat que l’on rejoue sans fin depuis 1989 et l’affaire du voile à Creil.

Souvenons-nous : en 1989, trois collégiennes étaient exclues de leur établissement scolaire pour avoir refusé d’enlever leur voile à l’école. Précision importante : cette affaire précède la loi d’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école, que la France n’adoptera qu’en 2004. Le principal de l’école qui prend cette décision d’exclusion n’a donc pas à sa disposition un arsenal législatif qu’il lui suffirait d’appliquer. Et la mesure d’exclusion n’intervient donc qu’après une tentative infructueuse de négociation avec les trois jeunes filles, auxquelles il est proposé de troquer leur voile contre un bandana qui couvrirait leur cheveux, mais dégagerait le cou et serait moins explicitement religieux. Ce que les jeunes filles refuseront, avec les conséquences que l’on sait.

Pourquoi ce rappel d’une histoire ancienne ?

Parce que l’ « affaire Décathlon » illustre une nouvelle fois la même stratégie islamiste, à l’œuvre dans toutes une série d’affaires qui, depuis l’affaire de Creil, ont mis l’islam au centre du débat public : burkini, menus halal, prières de rue, etc. ne sont en réalité que les sempiternelles variations sur un même thème, celui de l’islamisation de la société.

Avec le hijab de running, la vraie question n’est pas de permettre aux femmes musulmanes de pratiquer le jogging. Elles le peuvent déjà, quantité d’accessoires – que l’on trouve au rayon running ou au rayon cyclisme – permettant de se couvrir la tête et/ou de se protéger le cou, par temps froid ou par temps chaud, certains accessoires permettant même de faire d’une pierre deux coups. Le problème de ces accessoires ? Ils ne sont pas assez visiblement islamiques, c’est tout. N’importe quelle femme, n’importe quel homme peuvent les porter, et ils ne contribuent donc en rien à rendre l’islam visible.

Or, l’obsession des islamistes, c’est ça. Il faut qu’à aucun moment, ni le musulman, ni la société dans laquelle il vit n’oublient la religion. Il faut, en un mot comme en cent, que tous les secteurs de la vie soient islamisés, du sport à la cuisine en passant par l’école et le monde du travail évidemment.

Sécularisation

Cette entreprise est l’exact contraire du processus de sécularisation par lequel se caractérisent nos sociétés démocratiques modernes – mais aussi par lequel sont passés beaucoup de pays musulmans, comme en témoignent les photos anciennes de femmes iraniennes, algériennes, égyptiennes et autres cheveux au vent … avant que les islamistes ne prennent le pouvoir. La sécularisation se caractérise par le fait que la religion définit de moins en moins « l’économie du lien social » comme le dit Marcel Gauchet. Autrement dit, sans nécessairement cesser d’être croyants, les individus sécularisés ne se réfèrent plus avant toute autre chose à la religion pour poser leurs choix, qu’il s’agisse d’embrasser une profession, de choisir un partenaire amoureux, d’organiser un repas entre voisins ou de s’installer dans un autre pays.

C’est bien cette sécularisation qu’honnissent les islamistes, pour qui la religion doit nécessairement infiltrer et régenter tous les secteurs de la société. Et c’est pour cela que le bandana de la collégienne ne suffit pas, pas plus que ne suffit le bonnet pour couvrir les cheveux de la joggeuse : elles peuvent alors, l’espace d’un instant, oublier qu’elles sont d’abord et avant tout des musulmanes pieuses, se voir et se vivre comme élèves, comme sportives, comme femmes tout simplement.

A ne pas banaliser

Lutter contre cette pernicieuse entreprise de désécularisation est difficile, car on ne peut évidemment interdire la commercialisation d’un hijab de running ou le développement de rayons hallal dans les rayons des supermarchés. Ce serait pourtant une grave erreur de banaliser ces phénomènes. Car si le hijab de running est commercialisé en France, en Belgique, au Maroc au ailleurs, cela aura une conséquence immédiate : celle de rendre beaucoup plus difficile, pour les femmes qui jusqu’ici pratiquaient leur sport avec une simple tenue de sport non-religieuse, de ne pas acheter et porter cet objet. Exactement de la même manière qu’il devient plus difficile à une musulmane pratiquante de se baigner en maillot de bain classique s’il existe un burkini, tellement plus « islamique »…

Le résultat, c’est un renforcement de l’emprise religieuse sur le corps des femmes. Parce qu’il faut être très naïf pour croire qu’il y a, quelque part sur la terre, des femmes qui ne pratiquent pas le jogging jusqu’ici, faute de hijab du même nom, et qui voient comme une annonce libératrice l’arrivée de cet accessoire sur le marché : la réalité, c’est que les femmes qui jouissent de suffisamment de liberté pour pouvoir courir en rue – ce qui n’est certainement pas le cas de toutes les femmes musulmanes – le font déjà, avec ou sans voile. Que celles qui le font avec un voile se rendent probablement vite compte que ce n’est pas très confortable, mais qu’il est parfaitement possible de remplacer ce fichu voile par un accessoire non-islamique, mais tout aussi couvrant.

C’est très exactement ce premier petit pas vers une sécularisation minime qu’il fallait à toute force éviter, et Décathlon – après Nike ! – s’en fait le complice.

Nadia Geerts

Genève accepte la nouvelle loi controversée sur la laïcité

https://www.laliberte.ch/news-agence/detail/geneve-accepte-la-nouvelle-loicontroversee-sur-la-laicite/482734

Les Genevois ont accepté dimanche la nouvelle loi sur la laïcité. Ce texte sur un sujet sensible, qui interdit notamment les signes extérieurs d’appartenance religieuse aux fonctionnaires et aux élus, a été approuvé par 55,05% des votants.

14h30: « une avancée pour la paix religieuse »

Les Églises catholique chrétienne, catholique romaine et protestante saluent l’approbation de la loi sur la laïcité. Ce résultat représente une « avancée pour la paix religieuse », relèvent-elles dans un communiqué.

La loi sur la laïcité de l’État clarifie les termes de la neutralité de l’État et établit des règles communes pour l’ensemble des communautés religieuses établies dans le canton, soulignent les Églises. Bien que satisfaites de ce nouveau dispositif, elles relèvent aussi que cette loi est perfectible.

Elles suivront ainsi avec intérêt les recours déposés contre les articles limitant le port de signes religieux extérieurs, et plus particulièrement celui concernant les élues. Elles resteront aussi particulièrement attentives à la mise en œuvre des articles sur l’usage du domaine public pour des activités culturelles.

Elles veilleront également à ce que les dispositions d’exception concernant les restrictions des signes extérieurs pour prévenir des troubles graves à l’ordre public soient appliquées avec parcimonie et discernement.

les Verts confirment leur recours

Les Verts regrettent l’acceptation de cette nouvelle loi qui, selon eux, « a amené la confusion et a attisé la haine. » Ils ont confirmé qu’ils maintenaient leur recours devant la justice au sujet d’un texte qu’ils jugent anticonstitutionnel. « Le recours à la Chambre constitutionnelle entre en force. Il s’agit désormais de confronter cette loi inique à la justice et au respect des droits politiques », écrivent les Verts dans leur communiqué.

Pour les Verts, cette loi « bafoue les libertés individuelles, porte atteinte aux droits fondamentaux et ne respecte pas la Constitution », notamment car elle interdit aux élus de porter des signes religieux. L’élue Verte Sabine Tiguemounie, conseillère municipale à Meyrin, est directement concernée par cette loi, elle qui porte le voile.

les défenseurs de la laïcité sont soulagés

Le comité et l’association « La laïcité, ma liberté » a pris acte avec « une grande satisfaction » de la victoire du oui à la loi sur la laïcité. Le comité parle d’un vote « sans appel » des électrices et électeurs genevois, qui « ont confirmé que le droit à la différence ne peut et ne doit jamais constituer une différence de droits », écrit-il dans un communiqué.

« La laïcité, ma liberté » estime que cette campagne a été « éprouvante », marquée par « les outrances, les menaces et les contre-vérités de l’alliance référendaire », juge le comité. Il ajoute qu’il restera « attentif aux suites juridiques », les opposants à la loi ayant déjà déposé des recours devant la justice.

Cette loi est toutefois loin de faire l’unanimité. Elle a fait l’objet de quatre référendums, issus des partis de gauche ainsi que des associations syndicales, féministes et musulmanes. Ceux-ci dénoncent une loi liberticide et discriminatoire.

Attaquée par référendums, la loi l’a aussi été en justice. Le Réseau évangélique genevois et les Verts ont d’ores et déjà déposé des recours. Ils seront activés en cas d’acceptation dans les urnes.

 

APPEL CITOYEN: PARTICIPONS SANS RESTRICTION AU GRAND DÉBAT POUR FAIRE VIVRE UNE RÉPUBLIQUE DES LUMIÈRES

Qu’un Président de la République pose une flopée de questions aux citoyens, une trentaine, quoi de plus démocratique au moment où la société française est parcourue de frissons qui mettent à mal la conduite des politiques par les pouvoirs publics ?

Le Grand débat avec les citoyens est donc ouvert. D’ici quelques semaines, à l’instar de ceux qui ne participent pas aux votes nationaux ou locaux, nul ne pourra délivrer une critique recevable s’il n’a pas tenté de s’exprimer dans ce débat. Expression orale ou expression écrite, peu importe, mais expression citoyenne : c’est une impérieuse obligation pour participer à la rénovation du cadre républicain et dynamiser notre fonctionnement démocratique.

Il ne s’agit plus simplement d’agiter un gilet jaune; il faut maintenant délivrer un quasi-mandat au Président et donner suite aux propositions retenues.

Dans un premier temps il n’y aura « pas de questions interdites » quel que soit le thème abordé : impôts, environnement, citoyenneté, immigration

Il s’agit pour chacun de faire connaitre ses propositions et ses idées. Donc il ne s’agit pas d’une usine à gaz incontrôlable, mais d’un processus de clarification de la volonté des citoyens.

Et c’est bien là la difficulté de l’exercice. Au-delà  des associations nationales ou locales dans lesquelles nous militons, il est logique et impératif à cette occasion unique de prendre une place dans le débat, localement avant tout, pour irriguer par les réalités de terrain les décisions à prendre par la Nation.

Sur le fond parmi les thèmes retenus par la lettre présidentielle l’un d’entre eux retient en priorité l’attention des citoyens attachés à la laïcité. Le Président de la République formule sa demande en ces termes :

« Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République?»

Cette interrogation rassure en ce sens que, sur ce sujet, il est hors de question de bricoler : la laïcité n’est pas remise en cause.

L’exigence des laïques est d’affirmer haut et fort qu’il y a une ligne jaune ( tiens, tiens ) à ne pas franchir: PRÉSERVER LA LOI DE 1905 EN L’ ÉTAT. Ceci doit être dit et écrit explicitement dans tous les lieux de débats.

Ce qui correspond très précisément aux mots du chef de l’État qui rappelle que la laïcité est « une valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble (…) des convictions différentes, religieuses ou philosophiques ».

Cependant là où il peut y avoir problème c’est lorsqu’il invite les Français à réfléchir aux moyens de « renforcer » cette laïcité et de « garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ».

Sous cet angle peut-on concevoir un lifting de la constitution? Pourquoi pas?  Mais il est impossible d’ouvrir une discussion et de cautionner des propositions qui correspondent à des accommodements raisonnables autrement dit des propositions législatives qui reviendraient à introduire un communautarisme rampant dans la République ou dans le fonctionnement de notre démocratie.

Dans le questionnement présidentiel, parce que nous sommes laïques,  prononçons nous pour la reconnaissance du vote blanc et même peut être pour le vote obligatoire, pour une dose de proportionnelle aux élections législatives, pour une représentation plus juste de tous les projets politiques, pour une participation citoyenne plus active, in fine pour une démocratie plus participative, pour accroître le recours aux référendums.

La citoyenneté, c’est avant tout le fait de vivre ensemble grâce à l’immuabilité du principe de laïcité.

«Au moment où l’unité citoyenne et la paix sociale sont mises en péril par des casseurs irresponsables il ne peut être question d’affaiblir la laïcité dans notre Démocratie en ouvrant la voie aux exigences de groupes de pression confessionnels et en relativisant le caractère inviolable d’un des principes fondateurs de la République.»

Dans ce grand débat, manifestons concrètement notre adhésion sans réserve à la laïcité et ses exigences concrètes dans tous les domaines où elle doit s’appliquer.

Bernard Ferrand Vice-Président d’ÉGALE

Comment participer au grand débat ?

Nous appelons nos adhérents et sympathisants à participer au grand débat initié par le gouvernement et à répondre aux questions concernant la laïcité, à l’aide de l’argumentation développée ci-dessous : Les Questions posées : Comment renforcer les principes de la laïcité française dans le rapport entre l’État et les religions dans notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Les réponses d’ÉGALE :

– Ne pas toucher à la loi de 1905 et ne pas ouvrir de débat à son sujet

– Rendre obligatoire par décret pour les associations cultuelles, le statut défini dans cette loi.

– Respecter la non-intervention de L’État dans l’organisation des cultes

– Contrôler les fonds venus de l’étranger par des mesures de sécurité indépendantes de cette loi

– Appliquer systématiquement la police des cultes, pour sanctionner les prêches qui attaquent la République, ses valeurs et ses lois, que ce soit dans les églises, les mosquées ou les autres temples.

– Veiller à ce que l’enseignement moral et civique (qui comprend la laïcité et les valeurs de la République) soit régulièrement dispensé dans les établissements scolaires publics et sous contrat avec l’État.

 

Droits des femmes : la duplicité des propos du Pape François

Tribune de Michel DEBOUT, Président du CESEC, publiée dans le cadre de la  Fondation Jean Jaurès

Lors de sa bénédiction «  urbi et orbi  » le 25 décembre 2018 place Saint-Pierre, le Pape François a exhorté les habitants du monde à «  la fraternité entre les personnes d’idées différentes, mais capables de se respecter et d’écouter l’autre  ». Cet appel vaut-il aussi lorsque l’autre est une femme ? On peut en douter lorsque l’on se rappelle la harangue haineuse de ce même Pape contre les praticiens de l’interruption volontaire de grossesse, le 10 octobre 2018, déjà sur la place Saint-Pierre.

Le Pape François, qui a souvent appelé les catholiques à se préoccuper des souffrances humaines face aux violences et aux injustices de la société, venait de reprendre à son compte ce qu’il y a de plus archaïque et de plus machiste dans les positions de l’Église catholique : son obsession à contenir la sexualité de la femme dans une chasteté reproductive. C’est pourquoi il condamne sans appel le droit à l’avortement et il compare sans autre forme de nuance les médecins pratiquant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) à des «  tueurs à gage  » !

Une telle qualification venant de l’autorité morale qu’il représente, pour plus d’un milliard de croyants, peut constituer un véritable appel au meurtre : ceux qui tuent méritent le châtiment suprême, ce qu’a d’ailleurs subi, aux États-Unis, un médecin ayant pratiqué l’avortement assassiné pour ce seul motif. Le ministère de la Justice et le Parquet chargé de la répression des propos racistes, xénophobes et les appels au meurtre devraient examiner le point de savoir s’il n’y a pas lieu de poursuivre l’auteur de telles violences symboliques.

J’ai, dès le début des années 1970, pratiqué ouvertement des avortements illégaux, dans le but de faire changer la loi de 1920 qui qualifiait l’avortement d’acte criminel, et je mets au défi sa Sainteté François de me dire en face que je suis un «  assassin multirécidiviste  ».

Dénonciation des femmes qui avortent et protection des hommes pédophiles

Si l’intention du Pape est de condamner moralement tous les criminels qui polluent la société en échappant à la justice, il doit regarder plutôt du côté du Vatican qui protège des milliers de prêtres pédophiles. Pourquoi a-t-il fallu que tant de scandales éclatent en France, en Irlande, en Pensylvannie… pour que le Pape exprime sa honte et sa souffrance face à ces « crimes ignobles  » ? Pourquoi ne pas s’en référer d’abord à la justice des hommes ? Je sais, par métier, les ravages psychologiques – au-delà du traumatisme physique et sexuel – que provoquent chez les jeunes victimes ces agressions sexuelles qui les marqueront toute leur vie durant.

L’Église catholique a décidément beaucoup de difficultés avec la sexualité humaine ! Comment oublier que l’un des prédécesseurs du Pape François, le Pape Jean-Paul II, champion proclamé des droits de l‘Homme, n’a pas hésité à condamner de façon absolue l’usage des préservatifs en pleine pandémie du sida, vouant des milliers de croyants, souvent parmi les plus démunis, à une mort certaine ? Comment ne pas évoquer ici la parole de l’Apôtre Paul qui dans sa Première Lettre observe : «  celui qui prétend aimer Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère (sa sœur) qu’il voit, celui-là est un menteur  » ?

Encore un effort monsieur le président de l’Ordre national des médecins !

J’ai appris avec beaucoup de satisfaction la réaction indignée du président du Conseil de l’Ordre des médecins, le docteur Patrick Bouet, au propos papal, venant en contrepoint heureux à l’attitude scandaleuse de ce même Ordre au moment du vote de la Loi Veil. Le professeur Lortat-Jacob alors président de l’Ordre des médecins défendait à cette époque, au nom de tous les médecins français, la même idéologie que celle qu’exprime aujourd’hui le Pape François. Cela m’a amené à l’automne 1974 avec mon ami et collègue Daniel Balvet à refuser de payer mes cotisations ordinales pourtant obligatoires.

C’est d’abord la mobilisation des femmes et de certains citoyens souvent professionnels de santé qui ont, à la suite de Simone de Beauvoir et de Gisèle Halimi, mobilisé la société civile pour faire changer la loi. Les députés de gauche notamment du Parti socialiste de François Mitterrand et de Gaston Defferre, président du groupe à l’Assemblée nationale, ont permis le vote de la Loi Veil, loi de compromis qui, bien que défendant l’essentiel (la possibilité pour la femme de recourir à l’IVG), contient un article visant à apaiser les ardeurs liberticides des instances catholiques et médicales de l’époque. Cet article souvent nommé «  clause de conscience  » dispose que tout médecin confronté à la demande d’une femme peut lui annoncer qu’il refuse de l’accompagner dans sa démarche.

J’avais dénoncé à l’époque le contenu de cet article, tout en approuvant le vote de la loi, parce qu’il laissait à penser que seuls les médecins opposés à l’avortement avaient une conscience, alors que je revendique pleinement ma conscience de citoyen et de médecin, pour ne pas abandonner une femme à la mort, à la mutilation, à la culpabilité, provoquées par le recours à l’avortement clandestin.

Plus fondamentalement, cette clause s’oppose à l’esprit même du Code de déontologie dont l’Ordre des médecins est le garant, qui impose au médecin de ne refuser aucun soin à toute personne dont il réprouve les actions et la pensée. Dans sa relation à l’autre, la seule règle que le praticien doit observer, c’est l’utilité de son acte pour le bien-être du patient ; il ne peut imposer sa propre idéologie dans ses choix thérapeutiques.

J’invite le président de l’Ordre à soutenir la démarche de plusieurs députés qui demandent que l’Assemblée nationale abroge l’article 162-8 de la loi sur l’IVG.

 

APPLIQUER LA LOI DE 1905 PLUTÔT QUE LA MODIFIER

Comme cela s’est déjà produit par le passé, le gouvernement envisage de changer une loi qui, selon lui, « ne marche pas », sans se préoccuper d’abord de s’assurer qu’elle soit pleinement appliquée.

Force est de constater qu’au cours des dernières années, ni les préfets ni les communes n’ont encouragé les nouvelles associations cultuelles à se constituer selon la loi de 1905. Pourtant, ce statut leur aurait ouvert de facto le droit à les dégrèvements fiscaux sur les dons et legs avec, en contrepartie, l’impossibilité de recevoir des fonds publics et l’engagement de n’avoir comme seule activité celle d’organiser le culte.

Au lieu de cela, les autorités ont préféré les laisser s’organiser selon le régime de la loi de 1901, se donnant ainsi la possibilité de contourner la loi en leur attribuant des subventions en fonction de leurs impératifs électoraux ou de leurs propres convictions d’inspiration assez peu laïques.

Pourtant, l’article 18 de la loi de 1905 est clair : « Les associations formées pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public d’un culte devront être constituées conformément aux articles 5 et suivants du titre Ier de la loi du 1er juillet 1901. Elles seront, en outre, soumises aux prescriptions de la présente loi. »

De même, pour ce qui concerne les dispositions des articles relatifs à la police des cultes du Titre V de la loi, elles sont sous-utilisées par les tribunaux. Pourtant, elles autorisent la justice à sanctionner les violences et les pressions faites sur un individu pour qu’il exerce un culte ou s’en détache (art. 31), ou encore les propos tenus lors d’un prêche, encourageant la rébellion contre les lois de la République (art. 34).

Mais une question se pose : à quoi servirait de renforcer les sanctions dans la loi, si on ne se donne pas les moyens de les faire appliquer par la suite ?

Le courage politique serait déjà d’appliquer la loi existante sans faiblesse. En outre, la modifier sans cesse renvoie un signal d’affaiblissement d’une République qui ne défendrait plus ses propres valeurs.

C’est ce que nous espérons pouvoir le dire de vive voix au Ministre de l‘Intérieur qui multiplie les consultations avec les représentants des cultes et à qui nous avons demandé audience dès l’annonce de l’étude de ce projet.

Françoise Laborde et Martine Cerf

29/11/18

 

Maryam Pougetoux ou le devoir de réserve d’une représentante associative

Tout citoyen peut se présenter à l’élection d’une présidence d’association. Il n’y a dans le droit français pas d’autres impératifs que celui d’appartenir à ladite association et de remplir les conditions définies dans ses statuts. Maryam Pougetoux a ainsi été élue présidente de la section locale de l’UNEF de Paris IV. Elle s’est ensuite présentée devant les médias en arborant un voile islamique rigoureux. Qu’elle le veuille ou non, sa tenue exprime possiblement trois engagements de sa part (et il s’agit là de ce que les professionnels appellent de la communication non verbale):

1 – Qu’elle est adepte d’une pratique rigoureuse de l’islam.

2 – Qu’elle défend un ordre patriarcal où les femmes sont soumises aux hommes et n’ont pas les mêmes droits.

3 – Qu’elle revendique le droit d’afficher son identité musulmane pour se distinguer du reste de la population.

Que ce soit pour une ou deux de ces raisons ou pour toutes les trois à la fois, peu importe, cela ne regarde qu’elle. Cependant, en sa qualité de présidente d’association, ce n’est plus ses propres valeurs qu’elle doit mettre en avant, mais celles de l’association. Et c’est précisément là que le bât blesse, car l’UNEF ne défend aucun des trois engagements qu’elle exprime par sa tenue. L’UNEF ne revendique pas une appartenance religieuse particulière, défend l’égalité des hommes et des femmes, et ne soutient pas les revendications identitaires.

En affirmant des valeurs contraires à celles de son association, Madame Pougetoux ne respecte pas son mandat et l’obligation de réserve dans l’exercice de ses fonctions qui en découle. Il faut lire l’article de Didier Leschi dans le Parisien, dont l’argumentation rigoureuse est éclairante sur la question.

Martine Cerf

 

RÉVISION DE LA LOI DE 1905 : ATTENTION DANGER

Sous couvert de bonnes intentions, à savoir réguler l’islam de France, le président Macron souhaite modifier la loi de 1905. Mais prudence, il pourrait, ce faisant, ouvrir la boite de Pandore et mettre à mal des principes fondamentaux contenus dans la loi de séparation. ÉGALE alerte sur les possibles conséquences des mesures préconisées.

1. Les mesures envisagées :

Le 5 novembre, l’Opinion révélait un avant-projet du gouvernement pour modifier la loi de 1905. Nicole Belloubet, garde des Sceaux, interviewée le matin même sur France Inter n’a pas démenti. Au menu, comme l’explique fort bien le Journal du Dimanche, la mise en place d’un label pour les associations religieuses et un meilleur encadrement des financements. Seuls seraient concernés les articles de 18 à 36, soit le régime des cultes, avec 6 propositions phare.

Mise en place d’un label d’état pour les associations religieuses ; Selon L’Opinion, l’état pourrait décerner une « qualité cultuelle » aux associations afin d’éviter qu’elles ne soient régies par la loi 1901 sur les associations. Ce label, d’une durée de cinq ans,  pourrait être retiré en cas de manquement.

Les subventions publiques adaptées et la comptabilité analysée. Il existe des exceptions concernant le financement des cultes, les édifices publics datant d’avant 1905 ou le patrimoine classé monument historique pouvant y avoir recours. Le gouvernement pourrait intervenir également en cas de « réparations et rénovation énergétique » des édifices religieux. En contrepartie, la comptabilité des associations religieuses devrait être transparente et soumise à l’analyse de la Cour des comptes. Des amendes de 9.000 euros s’appliqueraient en cas d’infraction.

Un contrôle des financements de l’étranger. Pour limiter les financements étrangers et leur influence notamment sur l’islam, « tout don dépassant 10.000 euros et provenant d’un Etat, d’une entreprise ou d’un particulier étrangers devra faire l’objet d’une déclaration. Pour les seuls Etats, une déclaration devra être également faite en cas de dépassement d’un plafond de 10.000 euros sur une année. Un don non-déclaré pourrait alors imposer à une association une amende égale au quart de la somme en question. » explique le JDD

Des revenus locatifs permis pour les cultes. Afin de diversifier leurs ressources et d’optimiser leur autonomie, les associations religieuses pourront enfiler la casquette de propriétaire bailleur.

Empêcher les « prises de contrôle inamicales ». « Dans l’idée d’empêcher certaines structures de tomber entre de mains « inamicales », selon le texte du gouvernement, une disposition « antiputsch » serait créée. Il s’agirait d’un outil juridique afin d’empêcher notamment « la captation de l’enceinte culturelle par des prédicateurs radicaux », en insistant sur la nécessité d’une délibération collégiale en cas de changement des statuts ou de cession d’un bien. » confie le JDD

Une police des cultes renforcée. Les infractions des prédicateurs religieux seraient mieux surveillées et réprimées  grâce à la « police des cultes ». « Inciter directement autrui à ne pas respecter les lois ou les ordres de l’autorité publique » pourrait ainsi être à l’avenir passible de 12.000 euros d’amende. Une entrave à l’exercice du culte par des menaces, d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende, etc.

2. Les alertes d’ÉGALE sur les possibles conséquences

ÉGALE s’inquiète des dérives possibles de ces modifications d’une loi qui est le fondement de la laïcité à la française et s’en explique point par point. Dans une note du 6 novembre 2018, Martine Cerf demande que soient mises en œuvre des mesures qui  garantiront l’application de la police des cultes

Mise en place d’un label d’État pour les associations religieuses. Le label d’État existe déjà. C’est le statut de 1905 pour les associations cultuelles. Ce qui est prévu consisterait à le rendre obligatoire pour toute association responsable de l’exercice d’un culte et soumis tous les cinq ans à un agrément de l’État.

ÉGALE demande depuis longtemps que toutes les associations cultuelles soient constituées sous le statut de 1905 et cette mesure y répondrait. Le contrôle exercé par l’État est sans doute souhaitable dans le cadre de la prévention de la radicalisation, mais il paraît délicat de l’imposer à toutes les associations cultuelles dont l’écrasante majorité ne justifie pas ce contrôle.

L’adaptation de subventions publiques et surveillance de la comptabilité des associations cultuelles. Véritable gabegie, les subventions pour « réparation et rénovation énergétique » des édifices religieux pourraient conduire à un détournement de l’argent public en faveur de tous les édifices religieux. Les communes doivent déjà financer l’entretien des églises construites avant 1905, une part souvent démesurée de leur budget pour les plus petites d’entre elles. Or le gouvernement se déchargera très probablement sur elles pour la mise en œuvre de cette mesure.

Il n’est pas acceptable de charger ainsi les budgets communaux, qui devront alors arbitrer pour trouver l’argent ailleurs. En particulier cela rentrerait en concurrence avec les fonds alloués aux écoles. Nous demandons que le gouvernement privilégie l’éducation de tous plutôt que l’exercice du culte de quelques-uns.

Le contrôle des financements de l’étranger. Le constat que certains fonds étrangers (Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) induisent des fonctionnements discutables dans certaines mosquées où les prêcheurs attaquent frontalement la République, ses valeurs et ses lois, est un fait acquis. Mais cette mesure risque fort d’être inefficace aujourd’hui, dans la mesure où les salafistes, les wahhabites, les frères musulmans… et autres tendances rigoristes sont déjà implantées sur notre sol. Les prêches concernés sont aussi le fait d’imams français rémunérés par une association cultuelle musulmane française. S’il apparaît qu’il est un peu tard pour prendre cette mesure, elle peut garantir un peu mieux l’avenir.

Les revenus locatifs pour les associations cultuelles. Cette ouverture accordée aux associations cultuelles de disposer de revenus locatifs peut éventuellement s’envisager à la condition expresse que cela ne donne lieu à aucune subvention indirecte de l’État sous la forme d’avantages fiscaux inhérents au statut de 1905. On peut citer par exemple : la réduction de l’impôt sur le revenu, l’exonération des droits de mutation, les exonérations de taxe foncière, l’exonération locale de la taxe d’équipement…

Si on n’était pas vigilant à cela, cette mesure reviendrait automatiquement à faire financer par l’argent public l’acquisition et le fonctionnement de ces immeubles de rapport.

Empêcher les « prises de contrôle inamical ». Cette mesure de prudence nous paraît souhaitable, mais pour l’instant nous manquons d’informations sur les modalités pratiques.

Renforcer la police des cultes. Les mesures annoncées consistent à renforcer les amendes infligées en cas d’entrave à l’exercice d’un culte ou d’infraction de certains prédicateurs religieux. On sait aujourd’hui que cette partie de la loi de 1905 n’est tout simplement pas appliquée systématiquement. Il n’apparaît pas clairement qu’alourdir les amendes serve à quelque chose. Le problème que nous rencontrons aujourd’hui est un défaut d’application de la loi et non pas une insuffisance de son contenu.

Martine Cerf

 

Des juges et des élus tentent de se plier aux usages culturels

Un jeune homme originaire du Bangladesh acquitté d’un viol parce qu’ il « n’avait pas les codes culturels » français  … On se pince. Malheureusement, on ne rêve pas.

A l’heure où le gouvernement pense à modifier la loi de 1905 sur la laïcité pour permettre la mise en œuvre d’un « islam de France », des signaux plus qu’inquiétants voient le jour.

Acquitté d’un viol sur mineure parce qu’il n’avait pas les codes culturels

– Dans la Manche, le 21 novembre dernier, la Cour d’Assises a acquitté un jeune Bangladais d’un viol sur mineure de 15 ans au prétexte qu’il n’avait pas les codes culturels pour comprendre qu’il imposait un rapport sexuel par crainte ou par surprise. Il avait pourtant déjà été condamné à 2 ans de prison avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve pour agression d’une autre jeune fille mineure, à quelques semaines d’intervalle. La Manche Libre évoque de surcroît le témoignage du capitaine de police de la sûreté départementale de Saint-Lô qui explique que lors de la garde à vue de l’accusé, il a dû placer un brigadier entre l’interprète et le prévenu qui tentait de lui peloter les cuisses. Selon lui, l’accusé « considère les femmes françaises comme des p… et il a un comportement de prédateur ».

Les experts eux l’ont décrit comme narcissique et égocentré et empreint de la culture de son pays où les femmes sont reléguées au statut d’objet sexuel.

D’après l’avocat de la plaignante, les débats ont tourné autour de la notion de consentement. Les jurés ont estimé que le prévenu n’avait pas conscience de l’absence de consentement de la victime, qui, tétanisée, a exprimé verbalement son refus, mais se serait laissée faire sans réagir. Après le verdict, précise le Figaro, le président de la Cour d’Assises a expliqué à la victime qu’on la croyait, mais que les faits n’étaient pas suffisamment établis pour constituer l’infraction. Et ce d’autant que, dans un premier temps, sa plainte avait été classée sans suite. L’enquête a été ouverte après la plainte d’une seconde jeune fille. D’aucuns plaideront que le prévenu a été acquitté faute de preuve. Pourtant, on sait aujourd’hui que les femmes sont souvent incapables de réagir face à ces comportements, surtout lorsqu’elles sont aussi jeunes.

Qu’en est-il alors de cette priorité nationale de lutte contre les violences faites aux femmes qui semble manifestement bafouée ?

Quand des élus veulent expérimenter la non-mixité à Paris pour lutter contre le harcèlement

Quatre élus EELV du Conseil de Paris (Fatoumata Koné, David Belliard, Joëlle Morel et Marie Atallah) ont voulu promouvoir l’égalité homme/femme dans le sport en pronant la non-mixité !

Et ce, parce que 26 % des femmes se disent victimes de harcèlement au cours de leurs activités sportives, un chiffre qui se monte à 52 % chez les étudiantes. Nos écolos proposent donc d’expérimenter des solutions innovantes comme les joggings collectifs et d’encourager la création de créneaux non mixtes pour aider les femmes à reprendre confiance. Ils suggèrent également d’aider les associations proposant ce type d’initiative. Comme le dit très bien Caroline Fourest dans Marianne, s’il s’agit d’associations religieuses comme celles des Frères Musulmans proches de Tarik Ramadan, cela cautionne leur misogynie. Elle conclut  : « N’importe quelle association – religieuse, homo ou autre – doit pouvoir organiser des événements non mixtes si elle le souhaite. Cela fait partie de la liberté associative. Le débat commence lorsque les pouvoirs publics sont sollicités. Ils doivent se demander s’ils cautionnent une non-mixité visant l’égalité ou une ségrégation visant l’inégalité. Comme les intégristes sont malins, ils jouent sur les deux tableaux.

Comme les politiques le sont moins, ils tombent dans le panneau… C’est le cas lorsque la mairie de Lille a instauré des « créneaux non mixtes » dans une piscine publique, prétendument à la demande de femmes religieuses ayant des « complexes », avant d’y renoncer. »

Nelly Fouks

 

Les association féministes laïques ne défileront pas le 24 novembre 2018

posté le 21/11/2018

Une grande marche féministe est prévue à l’occasion de la Journée Mondiale de Lutte contre les violences faites aux femmes (25 novembre). Afin de rassembler le maximum d’associations, les organisatrices, Caroline De Haas et le CNDF (Comité National des Droits des Femmes), sont peu à peu passées de la volonté de compromis à la compromission caractérisée. Il est à craindre que nombre d’associations et de personnalités ne se rendent pas compte du piège dans lequel elles sont entraînées à leur insu et défilent tranquillement avec des militantes qui défendent des valeurs contraires aux leurs.

Sont venues s’agglomérer des associations de défense de la prostitution, d’autres identitaires et racialistes, qui ont exigé et obtenu que les mots d’ordre « universalisme » et « laïcité » soient interdits lors de la manifestation. Regroupées dans #NousAussi, alors que la manifestation signe #NousToutes, ces professionnelles du différentialisme ne donnent pas vraiment l’impression de rechercher l’union des féministes pour lutter contre toutes les violences, mais plutôt une occasion de se donner de la visibilité en affirmant leur différence et en utilisant un événement fondamentalement universaliste pour mettre en valeur leur démarche excluante et fort peu féministe.

Par conséquent, un nombre important d’associations féministes et universalistes Femmes solidaires, Ligue du Droit International des femmes, Libres Mariannes, l’Assemblée des femmes …) ne défileront pas le 24 novembre en expliquant le pourquoi de cette décision.

Martine Cerf

Voir le communiqué de Femmes solidaires

 

Alsace et Moselle, frontières, territoires et statuts

Michel Seelig intervenait au cours du colloque organisé par Institut du Droit de l’Espace, des Territoires, de la Culture et de la Communication de l’Université TOULOUSE 1 CAPITOLE, les 8 et 9 novembre 2018.

Que l’on partage ou non les analyses de Régis Debray, l’on admettra aisément que sa formule « Partout sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles ou d’antiques frontières », que cette formule convient bien aux territoires que l’on m’a demandé de présenter ce matin…

Lire son intervention

 

Peut-on dénigrer Mahomet en Autriche? La Cour européenne des droits de l’Homme ne reconnaît pas le blasphème, MAIS

Le 25 octobre 2018 (E.S. c. Autriche), la CEDH a considéré qu’être condamné en Autriche, en vertu du droit national, pour avoir« taxé Mahomet de pédophilie » n’était pas contraire à la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Retour au délit de blasphème, voire application de la charia ? Ce sont des intégristes chrétiens qui ont, les premiers, poussé des hauts-cris. Et à l’origine de l’affaire, on trouve l’extrême- droite autrichienne… Raisons de plus pour se montrer circonspect, et examiner attentivement l’affaire !

En réalité, ni les circonstances de l’espèce, ni le cadre juridique appliqué ne justifient cette agitation. Le blasphème n’est pas reconnu. En revanche, il y a effectivement lieu de s’inquiéter : la jurisprudence de la CEDH ne vise-t-elle pas à mettre en place un dispositif de contournement ?

Simple « critique d’une religion », ou appel à la haine ?

La personne condamnée, Mme Elisabeth Sabbaditsch-Wolf, tenait des séminaires intitulés « informations de base sur l’islam » organisés par le parti FPO (« parti de la liberté »), formation d’extrême-droite qui dénonce notamment « l’islamisation » de l’Autriche. En fait d’« information », il s’agissait plutôt d’actions de formation de militants, ou de propagande politique. En soi, rien d’illégal.

Néanmoins, ces séminaires étant ouverts au public, il y avait sans doute lieu d’y contrôler ses paroles…Or des propos tenus par Mme E.S. en 2009 ont été enregistrés, puis déférés devant la justice autrichienne. En voici les principaux extraits (c’est nous qui traduisons, et qui soulignons) :

« Un des problèmes les plus graves auxquels nous devons faire face aujourd’hui est que Mahomet est considéré comme l’homme idéal, l’humain parfait, le musulman parfait. Cela signifie que le commandement le plus élevé pour un homme musulman est de vivre sa vie dans l’imitation de Mahomet. Ce qui n’est pas réalisable dans le cadre des normes et les lois de notre société. Parce qu’il était chef de guerre, il disposait d’un usage des femmes relativement important, si je puis m’exprimer ainsi, et ne détestait pas non plus les enfants (…). C’est avec ça que nous avons d’énormes problèmes aujourd’hui, parce que les musulmans entrent en conflit avec la démocratie et notre système de valeurs. »

(…)

[Relatant une conversation avec sa sœur] « Un adulte de 56 ans et une enfant de six ans ? (…) Comment l’appelons-nous, si ce n’est pas de la pédophilie ? » (…) « Mais c’était une autre époque » -Non,ce n’était pas bien en ce temps-là, et ce n’est pas bien aujourd’hui. Point barre ! Et ça se passe encore aujourd’hui. Jamais on ne peut admettre ce genre de chose. (…)»

Les passages soulignés montrent le véritable objectif du propos. C’est, non pas une« information de base », mais une propagande politique visant à convaincre que « les musulmans » sont incompatibles avec « la démocratie » et « nos valeurs ». Et insinuant au passage (dernière phrase soulignée) que, soucieux de ressembler en tous points à leur prophète,qui a épousé une fillette de 6 ans, ils seraient susceptibles comme lui d’admettre la « pédophilie ».

Il ne s’agit donc nullement de la critique d’une religion –qui n’aurait rien d’illégal-,mais manifestement d’un appel à la haine contre une communauté religieuse et à son rejet du pays (1) : délit de droit commun suffisamment caractérisé (le passé de l’Autriche étant une circonstance aggravante) pour se voir pénalement sanctionné.

Au demeurant, il est aussi peu sérieux pour un examen critique des religions de taxer Mahomet de pédophilie, que de dénoncer le Christ pour incitation au cannibalisme, ou Abraham pour infanticide.

Dans une « société démocratique », de tels propos sont inacceptables pour tous, pas seulement pour les croyants concernés. Les laïques ne peuvent les défendre. Or la justice autrichienne a choisi le petit bout de la lorgnette,mettant le focus sur la « pédophilie du prophète »(2).

Le code pénal autrichien protège prioritairement les religions…

Qu’on en juge, d’après ses deux articles invoqués en l’espèce (traduction personnelle et soulignements C.A.) :

Article 188 -Dénigrement des doctrines religieuses

«Quiconque, dans des circonstances où son comportement est susceptible de susciter une indignation justifiée, dénigre ou insulte publiquement une personne ou une chose constituant un objet de vénération pour une Eglise ou une communauté religieuse établie dans le pays, ou un dogme, une coutume ou une institution légalement autorisé de ladite Eglise ou communauté religieuse est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois ou d’une peine pécuniaire d’un maximum de 360 jours-amendes. »

Article 283 (version en vigueur au moment des faits) – Incitation à la haine

« 1. Quiconque, de façon susceptible de porte atteinte à l’ordre public, incite publiquement à commettre un acte hostile contre une Eglise ou une communauté religieuse établie dans le pays ou contre un groupe défini par son appartenance à cette Eglise ou à cette communauté religieuse, à une race, à une nation, une ethnie ou un État, est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

2. De même, quiconque incite publiquement à la haine contre un groupe défini au paragraphe 1 ou tente de l’insulter ou de le dénigrer de façon portant atteinte à la dignité humaine est passible des mêmes peines.

Le « dénigrement » des « objets de vénération » religieux est donc un délit, mais à condition qu’il s’exprime en public et suscite une « indignation justifiée » (art. 188). C’est évidemment donner aux croyants un « droit à l’indignation » qui l’emporte sur la liberté de conscience des incroyants !

Quant à la notion « d’incitation à la haine » (art. 283), elle protège d’abord les « Églises et communautés religieuses » ainsi que les « groupes » qui

s’en réclament –les autres motifs de discrimination viennent en second. La référence à « l’insulte » ou au « dénigrement » (paragraphe 2) des groupes religieux renforce la protection particulière dont ceux-ci disposent en vertu de l’art. 188 contre les critiques de leurs croyances, ainsi que leurs auteurs.

En l’espèce, Mme E.S. a fait l’objet d’une condamnation en première instance en février 2011, au seul titre de l’art. 188, pour « dénigrement des doctrines religieuses ». Les griefs fondés sur l’art. 283 –pourtant les plus évidents- n’ont curieusement pas été retenus. La cour d’appel en décembre 2011, puis la Cour suprême en décembre 2013, ont confirmé la condamnation en Autriche.

…mais la CEDH admet ses limitations de la liberté d’expression, sans pour autant reconnaître le blasphème!

La CEDH, saisie de l’affaire en juin 2012, devait simplement dire si l’application faite à Mme E.S. des sanctions prévues par le code pénal autrichien était ou non autorisée par l’art. 10 de la Convention (« liberté d’expression »). Cet article prévoit effectivement, en son paragraphe 2, que des restrictions peuvent être apportées à la liberté d’expression, dans un certain nombre de cas, limitativement énumérés :

« 2. L’exercice de [la liberté d’expression] comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. »

La mention, placée en tête, « des devoirs et des responsabilités »pose a priori des limites à la liberté d’expression. Mais il semble bien qu’en outre, la jurisprudence de la CEDH ait quelque peu élargi la portée des motifs de restriction autorisés (en gras).

Ainsi, examinant la légitimité de l’art. 188, elle a repris à son compte l’argument de l’Autriche soutenant qu’il s’agissait de préserver la « paix religieuse ». Or ce motif ne figure nulle part au paragraphe 2 de l’art. 10. La paix religieuse ne garantit en aucun cas les droits des incroyants, agnostiques, indifférents, qu’elle peut au contraire exposer à des pressions « œcuméniques ».

La Cour procède en outre à une combinaison de l’art. 10 avec l’art. 9 (3) pour en déduire un « droit des croyants au respect de leur liberté de pensée, de conscience, de religion ». Or nulle part n’est reconnu un tel droit, qui reviendrait à interdire toute critique des religions,dont pourtant la Cour elle-même admet la légitimité !

La CEDH interprète par ailleurs (de longue date) l’art. 9 comme obligeant les États à « assurer une coexistence pacifique et de tolérance entre les différents groupes, religieux et non-religieux, et les membres de la société ». Dénigrer publiquement une personne objet de vénération religieuse constituerait donc une « violation malveillante de l’esprit de tolérance », qui excède la liberté d’expression. La« large marge d’appréciation »que la Cour reconnaît aux États la conduit à renvoyer à chaque pays l’appréciation des conditions nécessaires à la tolérance, et des restrictions qui peuvent en découler pour la liberté d’expression.

Ce raisonnement permet à la CEDH de juger « nécessaires dans une société démocratique » les restrictions posées par l’art. 188 du code pénal autrichien, en considérant que la condition exigée de « l’indignation justifiée » des croyants écartait toute incrimination générale pour « blasphème » ou « atteinte au sentiment religieux », dont il est important de noter qu’elle se démarque formellement.

Formellement, certes. Mais il n’en va pas de même sur le fond.

Une construction jurisprudentielle pour remplacer le « délit de blasphème » ?

Il faut rappeler que les juges de Strasbourg ont un regrettable précédent à leur actif : l’affaire Otto Preminger Institut c. Autriche (20 septembre 1994). La Cour a estimé que la confiscation par les autorités autrichiennes du film Le Concile d’Amour,jugé blasphématoire par le diocèse d’Innsbrück (4) ne constituait pas une violation de l’art. 10 de la Convention. Pour cela, elle a déjà examiné le fameux article 188, et considéré que « l’indignation justifiée » de la « population du Tyrol, en grande majorité catholique », ainsi que le caractère public de la diffusion, remplissaient les conditions d’incrimination.

La liberté d’expression est-elle donc à géométrie variable selon les « sentiments religieux » présents -ou non- dans la population concernée ? Un tel relativisme est évidemment inacceptable, quelles que soient les différences d’histoire, de tradition et de sensibilité des États parties à la Convention.

La Cour rappelle que le « délit de blasphème » est de moins en moins toléré dans les « sociétés démocratiques ».

Une recommandation de 2007 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (5) « considère que le blasphème, entant qu’insulte à une religion, ne devrait pas être considéré comme un délit pénal », et que devraient seulement être punies les manifestations de la liberté d’expression « portant sur les questions religieuses qui, intentionnellement et gravement, portent atteinte à l’ordre public et appellent à la violence publique. »

La Commission européenne pour la démocratie par le droit (commission de Venise), autre organe du Conseil de l’Europe, a pour sa part déclaré, en 2008, « qu’il n’est ni nécessaire ni souhaitable de créer une infraction d’insulte religieuse (c’est-à-dire d’insulte au sentiment religieux) pure et simple, sans la condition d’incitation à la haine comme élément essentiel. »

Le Comité des droits de l’Homme de l’ONU (6), celui-là même qui vient de se distinguer par ses « constatations » contre la France, a considéré en 2011 que « l’interdiction des manifestations de manque de respect envers une religion ou un autre système de croyance, y compris les lois sur le blasphème, est incompatible avec le Pacte [international relatif aux droits civils et politiques], sauf [en cas d’appel à la haine] »

Ces références figurent dans l’arrêt lui-même ! Rappelons en outre que la très catholique Irlande vient de décider l’abrogation du délit de blasphème, par le référendum du 26 octobre 2008. La France avait fait de même, par la loi du 26 janvier 2017, pour l’Alsace et la Moselle (art. 166 du code pénal allemand).

Le blasphème est si peu présentable qu’une association chrétienne intégriste (ECLJ, Centre européen pour le droit et la justice) a soutenu Mme E.S. comme tiers intervenant devant la CEDH –sans doute par volonté de faire pièce à une supposée« islamisation de l’Occident ». Mieux, son représentant Grégor Puppinck (juriste vatican, par ailleurs spécialisé dans la lutte contre le droit à l’IVG…), interviewé par Le Figaro, n’hésitait pas à dénoncer « deux poids deux mesures » dans l’arrêt, estimant le christianisme défavorisé ! Même son de cloche (bénite) sur le site intégriste chrétien pro-occidental et anti-islamique Gatestone Institute, qui dénonce la CEDH comme adoptant « la définition du blasphème de la charia »-ce qui est faux.

Les partisans (juristes anglo-saxons, mais aussi États musulmans) de l’érection de la liberté de religion au-dessus de celle de conscience doivent donc trouver un autre argument que le blasphème. Il est à craindre que la jurisprudence de la CEDH ne le leur serve sur un plateau.

Ne dites plus « blasphème », dites « sentiments religieux blessés » !

Si l’arrêt E.S. c. Autriche n’innove pas totalement, il conforte une entreprise de contournement du « blasphème » par le recours à la notion de « sentiments religieux blessés ».

Jeanne Favret Saada, dans un ouvrage récent sur Les sensibilités religieuses blessées rappelant la censure d’un certain nombre de films (ou d’affiches) qui avaient « blessé les sentiments des chrétiens », montre comment les cléricaux, faute de pouvoir invoquer le blasphème, ont ainsi changé leur fusil d’épaule…

C’est cela qui doit inquiéter, dans l’affaire analysée. Non que les propos de Mme E.S. ne soient pas condamnables : mais ils pouvaient l’être pour atteinte à l’ordre public, et incitation à la haine, y compris dans le cadre du code pénal autrichien. La CEDH eût d’ailleurs été fondée à requalifier les faits, voire à retenir une lecture différente de la loi autrichienne. C’est ce qu’elle a fait dans l’affaire SAS c.France, en contestant la loi française(7). En choisissant de reprendre l’argumentation du gouvernement autrichien et la qualification de « dénigrement religieux », elle trace une voie très dangereuse pour la liberté de conscience, qui n’aura plus qu’à s’agenouiller devant les dogmes.

Désormais, il suffit qu’un seul intégriste, de quelque religion que ce soit, se prétende « blessé » par on ne sait quelle manifestation politique, artistique ou autre, pour que la Cour accueille ses griefs -certes dans les limites de la « marge d’appréciation » du pays, mais parmi les 47 États membres du Conseil de l’Europe, lesquels sont laïques ? La liberté d’expression, décidément, est moins « sacrée » que toute autre.

1. S’il n’était surtout utilisé pour faire taire les laïques, le terme « islamophobie » serait ici justifié.

2. Non sans ridicule : à sa suite, la CEDH a repris l’argument selon lequel, Mahomet ayant une première épouse plus âgée que lui, il ne pouvait être considéré comme habituellement amateur d’enfants…

3.Art. 9 : liberté de pensée, de conscience, de religion. 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique,à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

4.Dieu le Père y est présenté comme un vieillard infirme et incapable, Jésus comme un « petit garçon à sa maman » faible d’esprit et la Vierge Marie comme une dévergondée ; tous conspirent avec le Diable

5. La CEDH est un organe du Conseil de l’Europe (47 États membres, à ne pas confondre avec l’Union Européenne).

6. A ne pas confondre avec le Conseil (interétatique) du même nom,qui, sous la pression de l’Organisation de la Conférence islamique, combat quasi-exclusivement « la violence contre les personnes à raison de leur religion ou conviction »

7. flash-20181112 Loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public

Charles Arambourou

 

L’art consommé du « en même temps » en matière de laïcité

Après avoir fait des déclarations inquiétantes sur la laïcité, le Président de la République a décidé de ne pas s’exprimer dans les médias sur ce sujet. « En même temps », il a laissé plusieurs de ses proches s’exprimer librement sur le sujet. Successivement, Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer, Richard Ferrand, ont exposé clairement leur conception de la laïcité à laquelle nous adhérons sans réserve.

On a pu entendre à la fois que la loi ne devait pas être opposée systématiquement aux demandes des responsables religieux, puis qu’il fallait se méfier d’une certaine « radicalisation » de la laïcité, qu’il fallait institutionnaliser le dialogue avec les responsables des cultes (Gérard Collomb) et tout à la fois qu’il fallait respecter la séparation et la loi du 9 décembre 1905 et préserver nos libertés.

Est-ce un art consommé du « en même temps » qui cherche à concilier des opinions contraires ? Ou l’expression de positions inconciliables qui coexistent au sein du gouvernement ? Jusqu’au moment où des décisions concrètes seront prises, nous resterons donc dans l’incertitude quant aux orientations réelles impulsées par le Président de la République.

On peut aujourd’hui se féliciter du renforcement du nombre d’interlocuteurs référents sur la laïcité au sein du ministère de l’Éducation nationale. On peut se rassurer avec les propos sans équivoque de Marlène Schiappa : «  Les institutions religieuses ne doivent obliger aucune femme, nulle part, jamais, à rien ». Mais on peut s’inquiéter de la volonté de renforcer l’enseignement des religions à l’école ou d’augmenter le financement des écoles privées au détriment de l’école publique. On peut aussi s’inquiéter du danger qu’un dialogue institutionnalisé avec les responsables des cultes pourrait faire peser sur les libertés individuelles toujours si régulièrement contestées par les préceptes religieux.

Notre vigilance reste plus que jamais nécessaire.

Martine Cerf

 

Pakistan : la Cour suprême acquitte Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème

Pakistan : la Cour suprême acquitte Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème

Chrétienne du Pendjab, cette mère de cinq enfants avait bu l’eau d’un puits supposé réservé aux musulmans. Elle va être libérée « immédiatement ».

Le Monde.fr avec AFP | 31.10.2018 à 05h56 • Mis à jour le 31.10.2018 à 10h12

Cette affaire avait suscité l’indignation à l’étranger. La Cour suprême du Pakistan a acquitté en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010, selon un verdict rendu mercredi 31 octobre. « Elle a été acquittée de toutes les accusations », a déclaré le juge Mian Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict, ajoutant qu’elle allait être libérée « immédiatement ».

Chrétienne du Pendjab, Asia Bibi, ouvrière agricole, ramassait des baies rouges le 14 juin 2009 dans le village d’Ittan Wali, lorsqu’elle commit l’irréparable aux yeux de ses voisines : boire de l’eau dans un puits supposé réservé aux musulmans.

Parce qu’elle a répondu aux femmes qui l’accusaient d’avoir sali l’eau, cette mère de cinq enfants a été accusée de « blasphème », un acte passible de la peine de mort au Pakistan. Aussitôt jetée en prison, Asia Bibi a été jugée en novembre 2010 et condamnée à la peine capitale par pendaison. Cette mère de famille, qui clame son innocence, avait fait appel de cette décision.

Lors de l’examen de son recours, début octobre, les juges de la Cour suprême avaient semblé s’interroger sur le bien-fondé de l’accusation. « Je ne vois aucune remarque désobligeante envers le Coran dans le rapport d’enquête », avait observé le juge Saqib Nisar, tandis qu’un second juge, Asif Saeed Khan Khosa, relevait plusieurs points de non-respect des procédures.

Colère des milieux religieux fondamentalistes

Son cas avait eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. En 2015, l’une des filles d’Asia Bibi avait rencontré le pontife argentin. Ce verdict pourrait susciter la fureur des milieux religieux fondamentalistes, qui appelaient de longue date à l’exécution d’Asia Bibi. Des islamistes radicaux avaient ces dernières semaines menacé les juges statuant sur son cas en cas de jugement favorable.

« Les musulmans pakistanais prendront les mesures adéquates face aux juges (…) et les conduiront à une fin horrible », avaient fait savoir des responsables du Tehreek-e-Labaik Yah Rasool Allah Pakistan (TLY), un groupe religieux extrémiste devenu parti politique, qui fait de la punition du blasphème sa raison d’être. « Les adorateurs du Prophète ne reculeront face à aucun sacrifice », avaient-ils lancé.

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays très conservateur où l’islam est religion d’Etat. La loi prévoit jusqu’à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’offense à l’islam.

Mercredi, la capitale Islamabad avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’Agence France-Presse.

AFP

 

Les Irlandais se sont massivement prononcés pour l’abrogation du délit de blasphème

Le vendredi 26 octobre, 69% d’entre eux ont fait disparaître l’article 40.6.1 de la loi fondamentale qui punissait de 25 000 euros d’amende tout outrage fait à la religion.

C’est donc par referendum que la société irlandaise conquiert ses libertés. En mai 2015, les électeurs avaient voté favorablement pour le mariage homosexuel, en mai 2018, ils avaient été 66,4 % à dire oui à la légalisation de l’avortement.

 

Les humanistes européens appellent le peuple irlandais à voter « oui » au référendum sur le blasphème

La Fédération humaniste européenne appelle les électeurs irlandais à voter oui au référendum sur le retrait de la condamnation du blasphème de la Constitution irlandaise.

Le référendum de ce vendredi décidera s’il faut retirer le blasphème de la liste des limites à la liberté d’expression. Cela préparera le retrait du crime de blasphème du Defamation Act de 2009.

« La liberté d’expression est l’un des fondements de nos sociétés modernes pluralistes où la diversité des opinions peuvent coexister. Alors qu’elle peut être limitée légitimement dans certains cas comme l’appel à la haine ou à la violence, les lois qui pénalisent le blasphème dépassent largement ces limites. La FHE est opposé aux lois sur le blasphème. Alors que nous soutenons le respect, nous pensons que le droit à la liberté de religion ou de croyance ne n’inclut pas le droit d’avoir une religion ou une croyance qu’il serait impossible de critiquer ou de tourner en ridicule. » dit Hervé Parmentier, directeur exécutif de la Fédération humaniste Européenne.

Encore aujourd’hui, en Europe, des lois sur le blasphème sont en vigueur dans plus d’une demi-douzaine de pays et dans certains d’entre eux, elles sont toujours utilisées. Par exemple, en Grèce le blogueur Philippos Louizos risque d’être condamné à 10 mois de prison pour avoir « osé »  faire un jeu de mots sur le nom d’un moine grec sur les médias sociaux. De même l’acteur espagnol Willy Toledo a été convoqué par un tribunal pour avoir « offensé des sentiments religieux » sur Facebook.

Globalement, les régimes répressifs utilisent les lois sur le blasphème pour réduire au silence toute critique de la religion d’État. Dans quelques pays, ces offenses sont punies de mort. Ces régimes font référence aux lois existantes sur le blasphème pour justifier leur politique répressive.

Si l’Europe veut parler plus fermement pour promouvoir les droits de l’Homme, la compréhension mutuelle et la coexistence pacifique dans le monde, elle doit d’abord supprimer chez elle les lois portant atteinte à la liberté.
Les électeurs irlandais ont une chance historique de contribuer à cela en votant oui vendredi.

 

UNE ÉGLISE ILLÉGITIME

Le pape François qui, comme ses prédécesseurs, ne s’est jamais beaucoup préoccupé des conditions de vie des femmes, a toujours condamné l’IVG. Il a atteint un sommet en comparant l’avortement à un meurtre pour lequel on aurait commandité un tueur à gages1. Il n’a cessé de donner ainsi la préférence à un embryon pas encore né, qu’il considère comme un être humain, sur une femme dont l’existence bien réelle, ne mérite pas d’être prise en considération.

Mais à quelle autorité morale peut encore prétendre un pape dont l’Église a généré et couvert tant de pédophiles par le monde ?

De quelle connaissance de la nature humaine peut-il encore se prévaloir quand Bernard Xibaut, prêtre et chancelier de l’archevêché de Strasbourg (Bas-Rhin) dit pour justifier le silence coupable de l’Église envers les prêtres pédophiles : « Eh bien parce qu’on n’était pas suffisamment conscients de ce que produisait chez les enfants, pour leur vie entière, ce type d’acte. On pensait que pour l’enfant, ce serait un mauvais souvenir et qu’il allait s’en remettre. »2.

Quelle supériorité morale peut-il encore afficher quand l’archevêque de Santiago du Chili, Ricardo Ezzati, conseille d’« éviter de pratiquer des massages », d’« embrasser sur la bouche » les enfants ou de « toucher leurs parties génitales » ? En quoi ces ignorants de la nature humaine seraient-ils légitimes à affirmer que des embryons doivent être considérés comme des êtres humains à part entière dès le premier jour de leur conception ?

En quoi ces hommes qui ont banni les femmes de leur vie peuvent-ils s’arroger le droit de définir et imposer les devoirs qui leur reviennent selon eux ? Notre liberté et notre raison imposent que nous leur demandions maintenant de se taire et de consacrer leurs sermons aux messages spirituels. Les hommes et les femmes n’ont pas besoin d’eux pour construire leur État de droit et leur morale laïque, car c’est l’Église qui doit des comptes à la société et non l’inverse.

Martine Cerf

1 Homélie place Saint Pierre à Rome, le 10 octobre 2018

2 Émission « C Politique », diffusée sur France 5, dimanche 23 septembre 2018.

 

La Roumanie organise un référendum pour que la définition constitutionnelle de la famille soit l’union d’un homme et d’une femme

La question de la définition du mariage en Roumanie s’est posée en 2015, lorsqu’une ONG « La coalition pour la famille » a réuni 3 millions de signatures afin de déclencher le processus de modification de la Constitution. Le but ? Rendre le mariage de deux personnes de même sexe légalement impossible. Concrètement, cela signifiait modifier la définition actuelle du mariage dans la Constitution en passant de «union entre époux» à «union entre un homme et une femme».

La Coalition pour la famille porte les signatures au Parlement. Photographie de George Popescu.

Qu’est-ce que la Coalition pour la famille ?

En théorie, il s’agit simplement d’une alliance laïque et informelle de plus de 40 ONG sans personnalité juridique, qui soutiennent la famille. En pratique, la liste des membres compte de nombreuses ONG religieuses et conservatrices. Elle entretient des liens étroits avec l’Église orthodoxe roumaine (l’Église majoritaire en Roumanie, à laquelle adhère 81% de la population) et a signé des protocoles avec les principaux partis roumaines de l’éventail politique. La portée et les ressources financières du réseau lui ont permis de recueillir 3 millions de signatures pour initier le changement constitutionnel. De plus, à l’automne 2017, la coalition a ont organisé une tournée à travers le pays pour promouvoir les valeurs familiales et chrétiennes. L’invitée principale était la greffière américaine Kim Davis, célèbre pour son refus d’approuver les actes de mariage et l’interdiction faite à ses collègues de le faire également, après la légalisation du mariage homosexuel aux États-Unis.
L’appui en faveur d’un référendum et la série de conférences organisées dans tout le pays ont coûté cher, et la question de savoir qui a fourni les fonds n’est pas transparente. La coalition semble être financée par diverses organisations protestantes aux États-Unis et des organisations favorables à la famille dans les pays d’Europe orientale.

Une affiche pour une conférence intitulée «Un témoignage américain sur la liberté de conscience» à la bibliothèque publique du comté de Sibiu. Le hashtag se lit : #ReferendumForRomania.

Un processus semé de doutes et de vices de procédure

Outre le manque de transparence sur le financement, la campagne a été caractérisée par de nombreuses lacunes juridiques et procédurales. Premièrement, l’implication de l’Église dans la collecte des signatures a suscité beaucoup d’attention. On a signalé des cas de prêtres nommant des volontaires de congrégations pour recueillir des signatures.

En outre, la Constitution actuelle stipule qu’une initiative visant à modifier la Constitution doit être votée par le Parlement dans les six mois suivant le dépôt de la demande. Cela s’est produit beaucoup plus tard dans cette affaire.

De plus, la Chambre de décision du Parlement a voté l’approbation de la modification le 11 septembre et prévu le référendum le 27 octobre, laissant aux administrations locales moins d’un mois pour se préparer.

En plus de cela, le gouvernement a adopté mardi 18 septembre une ordonnance d’urgence prolongeant d’un jour la période de vote, afin que celui-ci se déroule sur toute la fin de semaine. Bien qu’il soit techniquement illégal de modifier les règles d’un référendum à moins de six mois de son déroulement, le nouveau calendrier des votes restera inchangé, à moins que le Médiateur ne s’attaque à l’ordonnance d’urgence.

En raison du temps très court laissé pour l’organisation, le système électronique qui doit prévenir la fraude électorale en recoupant l’identité des électeurs dans une base de données nationale ne sera pas disponible pour le référendum. Cela suscitera d’autres doutes sur les résultats.
Le référendum coûtera 35 millions d’euros à l’État roumain. De plus, le libellé de la question est très ambigu : «Êtes-vous d’accord avec la loi sur la révision constitutionnelle adoptée par le Parlement?». De nombreux chrétiens modérés considèrent que le référendum est un gaspillage d’argent et qu’il servira au gouvernement à distraire l’opinion publique des nombreux scandales de corruption dans lesquels le parti majoritaire est impliqué.

Pas de stratégie gagnante pour les défenseurs des droits de l’homme
Pour que le changement proposé soit adopté, deux conditions doivent être remplies : un minimum de 30% des inscrits doit exprimer un vote valide et une majorité simple des participants doit approuver le changement.

C’est pourquoi la plupart des ONG LGBT et des Droits de l’Homme en Roumanie ont appelé au boycott du vote, ce qui n’est pas qu’un détail technique; Bien sûr, ne pas atteindre le seuil de 30% invaliderait le référendum, mais il est peu probable que cela se produise. La position est surtout morale, car elle envoie le message que la majorité ne devrait pas être en mesure de voter pour restreindre les droits d’une minorité.

Afin de garantir le succès du référendum, les Églises ont lancé une campagne massive ; des prêtres encouragent les gens à aller voter dans leurs sermons, des affiches sont apposées dans les églises. Dans certaines écoles, les enfants ont reçu des dépliants qui exhortent les parents à voter oui au référendum.

Dans certaines villes, d’énormes bannières sont apparues dans les espaces publics, invitant les gens à voter, sous peine de voir les homosexuels « emmener leurs enfants ». Des personnes ont déclaré avoir reçu un SMS qui leur enjoignait de voter en faisant appel à leur sentiment religieux, ou en faisant craindre que des couples homosexuels adoptent des enfants.

Traduction : Venez au référendum! Votez OUI pour le mariage entre un homme et une femme! Défendre la famille roumaine et les enfants! Si vous ne venez pas voter, deux hommes pourront adopter votre enfant.

En outre, certaines mairies ont publié des messages officiels soutenant le oui, en violation de la loi roumaine, selon laquelle l’administration doit s’abstenir de prendre position.
Dans de nombreuses villes, des militants du oui arrêtaient les gens dans la rue pour leur donner des tracts et leur dire que s’ils ne votaient pas pour le changement de Constitution, des étrangers viendraient dans notre pays pour dire aux enfants qu’ils pouvaient changer de sexe facilement s’ils le souhaitaient. Certaines de ces actions sont illégales, mais le temps très court et le manque de responsabilité rendent très difficile l’arrêt de cette campagne.

Perspectives pour le référendum et actions futures

En regardant comment des pays d’Europe de l’Est qui ont voté sur la question, on peut malheureusement supposer que le changement sera adopté et que la Constitution roumaine interdira le mariage entre personnes du même sexe. C’est un coup dur pour la minorité LGBT et pour les couples vivant ensemble sans être mariés, d’autant plus que la Roumanie n’a pas de loi sur les partenariats civils. Deux initiatives de ce type ont été rejetées au Parlement au cours des six dernières années.

Cependant, il pourrait y avoir une lueur d’espoir. En 2016, un couple homosexuel formé d’un Roumain et d’un Américain, marié en Belgique, a poursuivi l’État roumain en justice pour ne pas avoir reconnu leur mariage et contraint le partenaire américain du couple à utiliser un simple visa de touriste pour rester dans le pays avec son mari pour un nombre limité de mois. Cet été, la Cour constitutionnelle a finalement reconnu le droit du couple à circuler librement dans l’Union européenne, le mariage ayant été célébré dans un pays de l’Union européenne. La Cour précisait que les droits de ce couple doivent être considérés comme des droits de la famille, quel que soit leur sexe, et que c’est à l’État de prendre des mesures pour les protéger, que ce soit par le mariage ou par un partenariat civil. Cette décision, publiée officiellement ces derniers jours, confie essentiellement à l’État roumain la responsabilité d’offrir une sorte d’union légale, y compris pour des couples de même sexe.

Le référendum a été discuté lors des réunions du groupe socialiste et démocrate du Parlement européen avec la première ministre roumaine Viorica Dancilaà Bruxelles, et le 1er octobre, par le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, au sein de la commission des libertés civiles du Parlement européen. Timmermans a déclaré que même s’il était lui-même père de famille et qu’il avait des enfants, il ne voulait pas invalider d’autres types de familles ni utiliser la famille pour justifier l’homophobie. Il a également déclaré être fier des Pays-Bas, un des premiers pays à offrir aux couples homosexuels un accès égal au mariage.

Les activistes craignent que ce ne soit qu’un début

Cependant, nombreux sont ceux qui craignent que ce ne soit que la première étape de l’agenda de la Coalition pour la famille. Son site Web mentionne explicitement l’interdiction des unions civiles, car cela «réduirait» le nombre de mariages. Il indique également clairement que le rôle premier du mariage est la procréation et la protection de l’enfant. Par conséquent, il propose de mettre fin à la contraception et à l’avortement financés par l’État et d’interdire aux mineurs d’accéder à des mesures de contraception ou à des avortements sans accord parental.

La Roumanie est sur le point de faire le premier pas vers un agenda anti libéral, dans lequel une majorité religieuse peut interdire les droits d’une minorité. Les associations humanistes en Roumanie condamnent fermement la légitimité de ce processus et considèrent que les Droits de l’Homme ne sont pas négociables, quelle que soit leur orientation sexuelle.

 

La Maire du 20e arrondissement de Paris, Frédérique Calandra blanchie par le Tribunal d’Instance de Paris

En 2015, Rokhaya Diallo avait été invitée par une adjointe de la maire à des débats sur l’égalité femmes-hommes. Frédérique Calandra, jugeant que cette personne n’avait pas sa place dans ce débat, s’y était opposée. Le collectif 8 Mars, (aujourd’hui dissous) avait alors porté des accusations de racisme contre Madame Calandra. Selon un procédé maintenant bien établi, tout désaccord avec une personne « racisée », comme le disent ces mouvements proches des Indigènes de la République est aussitôt qualifié de raciste. L’injure et la diffamation plutôt que l’argumentation sont devenues les marques de fabrique de cette mouvance identitaire.

La Maire a donc attaqué en diffamation et a obtenu gain de cause, puisque les quatre militantes incriminées pour leurs écrits devront verser 2 000 € de frais de justice et 2 000 € de dommages et intérêts. Elles sont de plus condamnées chacune à 500 € d’amende avec sursis.

Martine Cerf

CR du procès : proces Calandra _Rokhaya Diallo

Communiqué de Frédérique Calandra, Maire du 20e arrondissement de Paris, suite à la décision de justice rendue le 2 octobre 2018 dans le procès en diffamation qu’elle a intenté

La 17e Chambre Correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu le 2 octobre 2018 sa décision dans l’affaire pour « diffamation publique envers un citoyen chargé d’un mandat public » m’opposant à Sarah Benichou, Marcia Burnier, Rokhaya Diallo, Cécile Lhuillier, Emmanuelle Mallet et Sylvie Tissot, qui avaient publié deux textes me faisant passer – textuellement ou avec des réserves stylistiques de pure forme – pour une Maire raciste.

Quatre d’entre elles – Sarah Benichou, Marcia Burnier, Cécile Lhuillier et Emmanuelle Mallet – co-rédactrices de l’un des deux textes en question et membres du « Collectif 8 mars pour TouTEs », ont été en effet reconnues pénalement coupables de diffamation publique envers un citoyen chargé d’un mandat public, et condamnées à payer 500 € d’amende avec sursis, 2.000 € de frais de justice, et 2.000 € de dommages et intérêts que je reverserai intégralement à des associations qui luttent pour les droits des femmes et contre l’obscurantisme.

Le Tribunal rejette également les demandes formulées par les mêmes ainsi que par la directrice de la publication « Les mots sont importants » – Sylvie Tissot – de me voir condamnée pour procédure abusive et reconnait que mon action en justice n’était « ni téméraire, ni abusive » pour aucun des deux textes publiés.

Ces décisions sont importantes en ce que le tribunal énonce clairement qu’aucune des tentatives de justification de leur texte par les condamnées n’établit « qu’une politique raciste aurait été mise en place [par moi-même] en ma qualité de Maire du 20e arrondissement » et reconnait le « préjudice moral concret et évident » qui est le mien dans les propos publiés. La 17e Chambre Correctionnelle relève ainsi que « le ton de l’article [publié] est sans réserve ni nuance pour [me] qualifier (…), sans base factuelle, de Maire raciste ».

Si quatre des accusées sont ainsi condamnées pour des écrits sans nuance, et que deux y échappent par l’utilisation de précautions oratoires dans leur texte en privilégiant la forme interrogative qui n’était pourtant que de pure forme, cette procédure n’a jamais été pour moi une affaire de personnes, mais bien une affaire de principes fondamentaux pour le respect de la chose publique et des élus, fondement même de notre démocratie. Et l’essentiel est là : le fond des propos écrits par les accusées a clairement été déclaré diffamatoire par la 17e Chambre Correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris.

 

Des Sénateurs demandent la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG

  Dans le cadre de la journée mondiale du droit à l’avortement le 28 septembre, Laurence ROSSIGNOL et de nombreux sénateurs et sénatrices socialistes demandent la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG.

L’interruption volontaire de grossesse est légale en France depuis la loi Veil de 1975, issue d’un compromis entre la ministre Simone VEIL déterminée à garantir à toutes les femmes l’accès à l’IVG et une majorité parlementaire souvent hostile à la légalisation de l’avortement. Les concessions ont été nombreuses. Depuis, malgré de nombreuses attaques contre la liberté des femmes à disposer de leur corps, ces dispositions (exigence d’une situation de détresse, délai de réflexion…) ont été abrogées ou réformées, grâce au soutien des Français.e.s.

Seule la clause de conscience spécifique a perduré.

Les adversaires de l’IVG n’ont jamais renoncé à rendre ineffectif le droit à l’avortement.

En Italie, si l’IVG est légale, près de 70 % des médecins refusent de la pratiquer en se déclarant objecteurs de conscience. En mai dernier, à Paris, une association anti-choix a organisé une formation à l’attention des professionnel.le.s de santé autour des moyens de contourner l’IVG. Enfin, les propos récents du président du Syndicat national des gynécologues obstétricien.e.s français.e.s qualifiant l’avortement d’homicide révèlent que l’opposition à l’IVG n’est pas une opinion marginale mais institutionnelle. Ces évènements ne sont pas anecdotiques. Le droit à l’IVG doit être réaffirmé ; comme le réclament plus de 50 000 signataires de la pétition contre la clause de conscience spécifique.

Comme l’a souligné Laurence ROSSIGNOL, 1ère signataire de la proposition de loi, « Cette clause est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes.C’est une menace constante et insidieuse qui pèse sur nous toutes ».

Les professionnel.le.s de santé disposent déjà, dans le code de la déontologie, du droit de refuser de pratiquer des actes médicaux pour des raisons personnelles. La clause de conscience spécifique à l’IVG est un doublon dont la seule finalité est de culpabiliser et dissuader les femmes. La supprimer adresse aux adversaires de l’IVG et à la société un message fort : le corps des femmes leur appartient. A elles seules.

Contact presse : Yseline FOURTIC – 06 59 39 14 84 // l.rossignol@senat.fr

 

INFORMATION & DÉSINFORMATION SUR LA LAICITÉ

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Introduction, Françoise Laborde, sénatrice et présidente d’ÉGALE

et Les différents aspects de la désinformation, Martine Cerf –  Secrétaire générale d’ÉGALE

 

 

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000007.jpgMedias/Réseaux sociaux et fournisseurs de contenus : journalistes, organisations, université, animée par Michel Ferreboeuf – ÉGALE

  • Gérard Biard – rédacteur en chef de Charlie Hebdo
  • Juliette Grange – enseignante-chercheur à l’Université de Tours, auteur de « Les néoconservateurs »
  • Fatiha Boudjahlat – enseignante et co fondatrice de Vivre la République, auteure de « Le grand détournement »

 

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000025.jpg École/Université/Politiques animée par Bernard Ferrand, Vice président d’ÉGALE

  • Catherine Louveau, Sociologue, Professeure émérite Université Paris Sud
  • Sandrine Sirvent – enseignante
  • Charles Arambourou – Responsable commission laïcité à l’Ufal

 

C:\Users\Martine User\Documents\EGALE\ACTIONS FRANCE\2018 ACTIONS FRANCE\2018 COLLOQUE INFO DESINFO\PHOTOS COLLOQUE\P1000033.jpg Pédagogie laïcité, sens critique, action politique. Expériences dans les établissements scolaires, animée par Jean-Claude Boual, Secrétaire général adjoint d’ÉGALE

  • Jean-Pierre Gross – Enseignant
  • Véronique Stephan – Académie de Paris
  • Martine Souweine – secrétaire générale de l’ACREN (Association des citoyens réservistes de l’éducation nationale)

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Le défi identitaire par Gilles Clavreul – Délégué général du think tank l’Aurore.

 

 

 

 

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Conclusion des débats et perspectives : Françoise Laborde, Sénatrice et présidente d’ÉGALE

 Affaire Baby Loup : la Cour de cassation ne doit pas se plier au diktat de l’ONU

Tribune parue dans Le Figaro du 14/09/2018.

Le comité des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies a désavoué la France, le 10 août dernier, dans l’affaire de la crèche Baby Loup. Le comité considère que l’obligation imposée à la plaignante de retirer son foulard lors de sa présence à la crèche constitue «une restriction portant atteinte à la liberté de religion»de la salariée et viole dès lors le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Les positions du comité, entité dont la nature exacte reste à déterminer, mais qui n’est sûrement pas une juridiction, ne lient pas juridiquement la France. Le vrai danger réside dans un revirement de jurisprudence de la Cour de cassation, tel que son premier président, M. Bertrand Louvel, l’a évoqué lors du discours d’installation des nouveaux magistrats à la Cour le 3 septembre 2018. «Le comité [des droits de l’homme de l’ONU], expose le premier président, a constaté que notre assemblée plénière avait elle-même méconnu les droits fondamentaux reconnus par le Pacte international des droits civils et politiques dans l’affaire connue sous le nom de Baby Loup.»

Il existe certes une différence qualitative entre les obligations de neutralité applicables aux agents publics et celles qui sont éventuellement applicables au personnel des entreprises et associations privées. Dans le premier cas, l’exigence de neutralité s’impose de façon générale et absolue. Elle trouve son fondement dans la loi de séparation de 1905, qui, sur ce point, a valeur constitutionnelle. Dans le second cas, la neutralité n’est pas un impératif légal. Elle ne peut être imposée que dans la mesure justifiée par les intérêts légitimes (commerciaux, moraux, etc.) de l’entreprise, ou par la «tendance» à laquelle elle se rattache (associations liées à une sensibilité politique, philosophique), ou encore par des circonstances particulières (clientèle connaissant des tensions intercommunautaires, par exemple). Elle doit être en outre clairement énoncée dans un règlement intérieur prévoyant des sanctions proportionnées.

La nature d’une activité privée peut donc justifier une obligation de neutralité. C’est ce qui semblait désormais solidement établi par le dénouement judiciaire de l’affaire Baby Loup. Dans un arrêt rendu le 25 juin 2014, l’assemblée plénière de la Cour de cassation (à la suite d’une «révolte» des cours d’appel de Versailles et de Paris) avait renversé la solution précédemment prise par la chambre sociale de la Cour de cassation dans un arrêt du 19 mars 2013.

La prohibition du foulard islamique faite au personnel de cette associationa finalement été jugée  légale eu égard au caractère très ouvert de la crèche aux familles d’un quartier marqué par une grande diversité ethnique et religieuse. Ainsi, comme le relève la cour d’appel de Paris, «L’association Baby Loup a, au terme de ses statuts, pour objectif de développer une action orientée vers la petite enfance en un nouveau revirement de jurisprudence de la Cour de cassation aboutirait à une solution totalement en retrait par rapport à celle qui a été adoptée au niveau européen, en matière d’ostentation religieuse, par les cours de Luxembourg et de Strasbourg.

milieu défavorisé et d’œuvrer pour l’insertion sociale et professionnelle des femmes sans distinction d’opinion politique et confessionnelle.

Au regard tant de la nécessité de protéger la liberté de pensée, de conscience et de religion à construire pour chaque enfant, que de celle de respecter la pluralité des options religieuses des femmes au profit desquelles est mise en œuvre une insertion sociale et professionnelle aux métiers de la petite enfance, dans un environnement multiconfessionnel, ces missions peuvent être accomplies par une entreprise soucieuse d’imposer à son personnel un principe de neutralité pour transcender le multiculturalisme des personnes auxquelles elle s’adresse».

La cour d’appel de Paris, a souligné l’assemblée plénière de la Cour de cassation en 2014, a pu déduire des dispositions du règlement intérieur de la crèche, au terme d’une «appréciation concrète des conditions de fonctionnement d’une association de dimension réduite en relation directe avec les enfants et leurs parents», que la restriction à la liberté de manifester sa religion édictée par le règlement intérieur était justifiée par la nature des tâches accomplies et proportionnée au but recherché. La cour d’appel a donc pu retenir que le licenciement pour faute grave de la salariée était justifié par son refus d’accéder aux demandes licites et réitérées de son employeur de s’abstenir de porter son voile.

Pour le juge judiciaire, la cause semblait donc entendue depuis quatre ans: l’obligation de neutralité était légale, car elle était une condition de l’ouverture de la crèche à la diversité de son environnement.

Un nouveau revirement de jurisprudence de la Cour de cassation aboutirait à une solution totalement en retrait par rapport à celle qui a été adoptée au niveau européen, en matière d’ostentation religieuse, par les cours de Luxembourg et de Strasbourg.

La Cour de justice de l’Union européenne s’est prononcée sur la question au titre d’une directive du 27 novembre 2000 créant «un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail» qui proscrit les discriminations sur les lieux de travail (publics ou privés), notamment en raison de la religion.

La directive de 2000 a recours à la redoutable notion de «discrimination indirecte» qui prohibe toute règle générale (sauf exceptions strictement et objectivement justifiées), fût-elle neutre, si elle entraîne un désavantage pour un groupe religieux. C’est faire la part belle aux pratiques religieuses les plus exhibitionnistes, qui seront toujours les plus incommodées par une règle non dérogeable et seront donc les premières à faire valoir un désavantage indirect.

Pourtant, dans ses arrêts du 14 mars 2017 Achbita et Bougnaoui, la Cour de justice de l’Union européenne admet qu’une règle interne prohibant le port visible de signes religieux peut être justifiée par un objectif légitime «tel que la poursuite par l’employeur, dans ses relations avec ses clients, d’une politique de neutralité politique, philosophique ou religieuse».

Face à la montée de l’intégrisme et du communauta​risme, il est grand temps que la loi soutienne les initiatives prises par les associations, les entreprises et les organismes publics ou parapublics en faveur de la discrétion ​religieuse sur les lieux de travail.

Pour sa part, la Cour européenne des droits de l’homme n’a pas jugé la loi du 15 mars 2004 interdisant aux élèves des écoles, collèges et lycées publics le port de «signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse» contraire

à la liberté de religion proclamée par l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme (Dogru contre France, 4 décembre 2008 ; Tuba Aktas contre France, 30 juin 2009).

Un retournement de la Cour de cassation remettrait en cause cette législation, ainsi que l’article L. 1321-2-1 du Code du travail (issu de la loi El Khomri), aux termes duquel «Le règlement intérieur peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés, si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché.»

Au-delà du droit, un retournement de la Cour de cassation porterait atteinte au pacte de discrétion religieuse scellé dans notre pays depuis 1905.

La Cour de cassation va-t-elle emboîter le pas au comité des droits de l’homme de l’ONU, qui, négligeant superbement les problèmes soulevés en France, en raison de son histoire et de sa coutume républicaine, par la seule ostentation religieuse, ne craint pas d’affirmer que le port du foulard islamique ne saurait être regardé comme un acte de prosélytisme?

Ce revirement, s’il se produisait, appellerait une réaction ferme du législateur. Face à la montée de l’intégrisme et du communautarisme, il est grand temps que la loi soutienne les initiatives prises par les associations, les entreprises et les organismes publics ou parapublics en faveur de la discrétion religieuse sur les lieux de travail. Le législateur doit faire barrage à la remise en question de telles initiatives par des instances supranationales ou par des jurisprudences complaisantes.

En attendant, la «note» du comité de l’ONU dans l’affaire Baby Loup, qui fait si peu de cas de notre identité constitutionnelle, de notre modèle de vie commune et des sentiments de notre peuple, ne doit recevoir aucune suite.

À l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières, les apôtres d’un modèle multiculturel qui n’est pas le nôtre ne voient-ils pas qu’ils alimentent une réaction populiste? Et qu’ils risquent de maudire un jour les effets dont ils auront fomenté les causes?

Le cercle Droit et débat public est présidé par Noëlle Lenoir (ancienne ministre et membre honoraire du Conseil constitutionnel)et comprend notamment comme membres Dominique de la Garanderie(ancien bâtonnier de Paris), Denis Jeambar (écrivain), Jean-Claude Magendie (ancien premier président de la cour d’appel de Paris), Bertrand Mathieu (professeur agrégé des facultés de droit), Jean-Yves Naouri (chef d’entreprise), Emmanuel Piwnica (avocat aux Conseils), Jean-Éric Schoettl (ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel) et Philippe Valletoux (consultant), signataires de la présente tribune.

 

Chaque matin à 7 h 45, la BBC endort ses auditeurs

Une pétition demande l’ouverture de l’émission confessionnelle historique de la BBC, « Thought for the day », à des contributeurs non croyants, alors que la majorité des Britanniques se déclarent désormais « sans religion ».

Philippe Bernard pour Lemonde.fr

Chaque matin peu après 7 h 45, les sept millions d’auditeurs de « Today », la session d’information de BBC Radio 4 la plus prestigieuse et l’une des plus écoutées du Royaume-Uni, subissent un choc. L’avalanche des infos, interviews et reportages s’interrompt subitement pour laisser la place à… un sermon.

« Thought for the day » (« La pensée du jour ») dure moins de trois minutes, mais l’émission a le don d’exaspérer une partie des auditeurs.

« C’est le bon moment pour aller aux toilettes ou allumer la bouilloire pour le thé », ironise Terry Sanderson, président de la très laïque National Secular Society, à l’origine d’une pétition, en août, demandant une réforme de cette séquence. Sur un ton sentencieux, un évêque, un théologien, rarement un rabbin ou un imam, délivre sa « pensée du jour », mélange de morale, de références bibliques et de café du commerce plus ou moins lié à l’actualité. Le texte est lu, parfois laborieusement, ce qui confère à la séquence une tournure surannée, genre « chers auditeurs ».

Jeudi 6 septembre, le grand rabbin Mirvis annonçait la fête de Roch Hachana (Nouvel An juif) en dissertant sur le poids de nos actions individuelles sur les générations futures. L’avant-veille, Tina Beattie, professeure de théologie catholique insistait en toussotant sur la force que donne la foi pour résister aux trahisons et aux agressions. Le jour de la rentrée scolaire, le révérend Rob Marshall magnifiait l’engagement des professeurs dans la transmission de la sagesse. Les platitudes s’enchaînent, produisant un filet d’eau tiède plutôt soporifique à l’heure où l’auditoire haut de gamme de « Today » s’ébroue.

« Elément du patrimoine britannique »

Selon la présentation officielle de la BBC, « Thought for the day » est une « ponctuation » qui propose aux auditeurs « des réflexions du point de vue de la foi sur les sujets et les gens qui font l’actualité ». La séquence est la lointaine héritière de « Lift up your hearts » (« Hauts les cœurs »), la causerie religieuse quotidienne créée par la BBC en 1939 pour entretenir le moral du pays en temps de guerre.

Début septembre, Sarah Sands, la rédactrice en chef de « Today », a admis qu’elle n’en était pas fan. Mais pas question de s’en passer : « Thought for the day » « appartient à l’héritage de l’émission, a-t-elle déclaré. Elle existe parce que c’est un élément du patrimoine britannique ». Après tout, le Royaume-Uni n’est pas un pays laïque. Sa chef de l’État, la reine Elizabeth II est la patronne de l’Église anglicane.

Pourtant, le « god talk » matinal de la radio publique est au centre de controverses depuis des décennies. Dans les années 1980, des évêques anglicans l’avaient utilisé pour dénoncer la politique sociale de Margaret Thatcher et, dans les années 1990, une contributrice y avait dénoncé la tolérance de l’Église envers l’homosexualité. En 2010, le message du pape Benoît XVI diffusé dans le cadre de « Thought for the day » avait enragé les libres penseurs.

Aujourd’hui, l’émission est critiquée à la fois par les membres des religions minoritaires, qui se plaignent d’être réduits à la portion congrue, et surtout par les athées et les agnostiques qui dénoncent leur exclusion.

« Thought for the day » « opère une discrimination explicite contre les non religieux, comme s’ils ne pouvaient pas émettre eux aussi des “pensées” importantes pour le pays », proteste la pétition de la National Secular Society. Le texte réclame non pas la suppression de la séquence, mais son ouverture à de nouveaux contributeurs indépendamment de leur identité religieuse ou non.

De façon fugace, en 2002 puis en 2013, un athée avait obtenu une séquence de deux minutes et demie dans un autre créneau matinal pour s’exprimer, mais la BBC a toujours refusé de déconfessionnaliser l’émission en l’ouvrant à des contributeurs athées. En juillet, Stuart Jeffrey, druide à Stonehenge a assuré avoir recueilli 2 000 signatures sur une pétition revendiquant « une voix païenne au moins une fois par an » à l’émission de 7 h 45.

Des « sans religion » majoritaires

Le sermon matinal n’agace pas seulement certains auditeurs et quelques druides. En octobre 2017, John Humphrys, star sexagénaire de « Today » l’a qualifié de « souvent profondément, profondément barbant ». Pourquoi sommes-nous obligés d’interrompre « une émission formidable pour écouter quelqu’un nous raconter que Jésus était vraiment chouette ? », peste cette grande voix de la BBC.

L’auditeur perçoit d’ailleurs parfois l’agacement à peine contenu avec lequel les animateurs lancent à l’antenne le prêcheur du jour. « Il n’est pas normal, a ajouté John Humphrys, que nous devions diffuser presque trois minutes ininterrompues de religion alors que plus de la moitié de la population n’en a aucune. »

De fait, depuis 2017, les « sans religion » sont majoritaires (53 %) au Royaume-Uni. Seuls 15 % des Britanniques se disent « anglicans » (seulement 3 % chez les moins de 24 ans) et 9 % catholiques, chiffre probablement gonflé par la présence de nombreux résidents originaires d’Europe de l’Est. Cela n’empêche pas vingt-six sièges d’être réservés aux évêques de l’Église d’Angleterre (anglicane) à la Chambre des lords.

Mais la BBC tient bon. Elle refuse l’ouverture aux non-religieux, arguant de son souci de proposer « un éclairage différent sur l’actualité » et de ne pas « diluer » la spécificité de la séquence. « Je ne vois pas quel problème pose le fait de consacrer un temps à un sujet spécifique tel que la religion, comme la BBC le fait pour le sport, les sciences ou les femmes », argue Giles Fraser, pasteur anglican, longtemps chroniqueur religieux au Guardian. « Tought for the day est « un cours interlude qui, dans l’idéal, convainc les gens, même fugitivement, de se montrer un tout petit peu plus attentionné, bienveillant ou courageux », défend de son côté Robert Shrimsley, chroniqueur au Financial Times.

Mais les laïques britanniques ne désarment pas. Un site satirique intitulé « Platitude of the day », plateforme des idées scientistes et rationalistes, se donne pour mission de ridiculiser la « minute de Dieu » de la BBC et son présupposé selon lequel « seuls ceux qui communient avec leur ami magique invisible peuvent avoir une moralité ». Son animateur, Peter Hearty, se présente comme « un ancien séminariste catholique, dans la force de l’âge, en surpoids, mauvais joueur de cornet à piston et athée ».

Quant à la National Secular Society, pragmatique, elle propose une application pour smartphone qui permet d’abandonner automatiquement BBC Radio 4 juste pendant le temps de « Thought for the day ».

 

Raphaël Enthoven :  » J’aimerais être une femme noire pour qu’on arrête de m’emmerder »

Accusé de racisme et d’antiféminisme dans « Le Monde » et « Libération », le philosophe défend sa vision universaliste du droit des femmes comme de l’antiracisme.

 Propos recueillis par Thomas Mahler, publié le 04/09/2018 à 18:59 | Le Point.fr

Raphaël Enthoven serait-il à la fois raciste et misogyne ? C’est l’impression qui, ces jours-ci, ressort de la lecture de deux quotidiens de référence. Sur Le Monde.fr, une chronique d’Hamidou Anne est devenue l’article le plus lu du site en expliquant que le philosophe, mais aussi Laurent Bouvet ou Gilles Clavreul (du Printemps républicain) contribuent à un acharnement raciste contre Rokhaya Diallo. «  De manière quasi quotidienne, avec une obsession qui frise la pathologie, ces hommes blancs, intellectuels médiatiques, la livrent en pâture à leurs followers. Ils savent qu’ils peuvent agir de la sorte sans devoir se justifier, surtout dans une période de libération de la parole raciste et d’excitation du phénomène identitaire  », écrit Hamidou Anne, qui se présente comme «  consultant en communication institutionnelle sénégalaise  ». Dans Libération, c’est Léa Domenach qui publie une lettre ouverte à Marlène Schiappa pour déplorer la présence de Raphaël Enthoven parmi les «  intervenant.e.s  » aux universités d’été du féminisme, organisées les 13 et 14 septembre. «  Ses prises de position à l’antenne sont autant de claques dans la figure du féminisme  », assure cette réalisatrice. Frappés par ces deux attaques véhémentes, nous avons donné la parole au présentateur de Philosophie sur Arte.

Le Point : Hamidou Anne, communicant et chroniqueur du Monde Afrique, vous range parmi « ces hommes blancs, intellectuels médiatiques » qui livrent en pâture Rokhaya Diallo à vos followers et la « lynchent médiatiquement »…

Raphaël Enthoven : Le lexique n’est pas innocent. Mais raciste et outrancier. Déduire mes opinions de la couleur de ma peau, c’est du racisme. Parler de « pâture » ou de « lynchage », voire de « harcèlement » (pour désigner, en ce qui me concerne, de courtoises invitations à discuter), c’est outrancier. On sent, dans cette tribune, le dépit d’une censure qui n’a pas les moyens de sa haine. L’auteur déclare, en préambule, que Mme Diallo « dérange ». Or, Rokhaya Diallo ne dérange rien du tout ! Ses prises de position (toutes prévisibles) sur des sujets comme la couleur des pansements, l’accusation systématique d’être un « nègre de salon » faite à tout interlocuteur noir en désaccord, et l’obstination à se présenter comme la victime d’une sainte alliance « république-pouvoir blanc » font d’elle un poids mort dans la lutte pour l’égalité et contre le racisme. Pire (et sans vouloir retourner l’accusation) : les seuls à déclarer, après la victoire de la France, que la Coupe du monde avait en fait été gagnée par l’Afrique, étaient les identitaires blancs (pour s’en désoler) et les identitaires « racisés » (comme ils se désignent) pour s’en réjouir…

 

Libérez le blogueur saoudien Raif Badawi !

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons aujourd’hui, monsieur le Président, avec le soutien de vingt neuf  associations, afin de porter à votre attention une situation d’une extrême gravité qui requiert une intervention de la France dans les meilleurs délais. Il s’agit de la vie même du prix Sakharov 2015, le blogueur saoudien Raïf Badawi, âgé de 34 ans et emprisonné depuis le 17 juin 2012 dans son pays d’origine, l’Arabie saoudite, en raison de sa défense pacifique des droits humains.

Ce jeune père de famille fut publiquement flagellé de cinquante coups de fouet le 9 janvier 2015 après la prière du vendredi sur une place faisant face à la mosquée al-Jafali à Jeddah. La sentence complète de M. Badawi est de 1000 coups de fouet, de dix ans d’emprisonnement, d’une amende de plus de 200 000 euros et d’une interdiction de quitter le territoire saoudien pendant dix ans après avoir purgé sa peine. Ce digne défenseur des droits de la personne est de plus coupé du monde et placé en isolement.  Sa santé s’est gravement détériorée ces derniers mois, nous affirme son épouse, Mme Ensaf Haidar, présidente de la fondation Raïf Badawi, que nous avons rencontrée le 13 janvier dernier à Saint-Denis et avec laquelle nous nous sommes longuement entretenus.

En effet, à l’invitation de quelques associations œuvrant dans le domaine de la laïcité et des droits des femmes en partenariat avec plusieurs médias, Ensaf Haidar nous faisait l’honneur de participer à l’événement Avec Charlie, laïcité j’écris ton nom qui se tenait en présence de plus de 400 personnes dont une trentaine de représentants du monde associatif. Ce jour-là, madame Haidar a rappelé l’engagement infaillible de son mari en faveur de la liberté de conscience, de la liberté d’expression et des droits des femmes. À travers des mots simples et percutants Mme Badawi a notamment expliqué les circonstances et les enjeux entourant l’arrestation de son compagnon et père de ses trois enfants (3). « Mon époux était coupable, selon son acte d’accusation, d’avoir « insulté l’islam » et d’avoir « par ses productions, troublé l’ordre public, les valeurs religieuses et la morale ». En fait, son crime n’était autre que sa conviction profonde à exprimer librement ses opinions – la liberté d’expression est au cœur même de la question. Il ne s’agit pas d’un choc de civilisations, ni d’un conflit est-ouest. Il s’agit d’un droit universel que revendiquent, partout dans le monde, les défenseurs et les militants des droits humains. Ils demandent ce droit, tout simplement parce qu’il est la pierre angulaire de tout système démocratique, transparent et ouvert »

Voilà un jeune homme né dans un pays hostile à toute forme de liberté, en particulier celle qu’incarne d’une façon magistrale l’esprit de notre Révolution française ainsi que ses grands idéaux. Comment ne pas voir en lui un Voltaire d’Arabie ? Comment rester insensible au terrible sort de cet humaniste qui croupit dans les geôles d’un pays qui suffoque sous la férule de lois qui abaissent l’être humain, bafouent sa dignité et abrogent les libertés ?

L’engagement du prix Sakharov 2015 ne peut nous laisser indifférent. Plus encore, il interpelle nos consciences, agit sur nos mémoires, questionne notre capacité à faire respecter les droits humains. Une chose est sûre, considérant les risques encourus : nous ne pouvons le laisser seul face à l’arbitraire. Pour nous tout comme pour sa famille, son emprisonnement est insupportable ! M. Badawi mérite de rejoindre les siens le plus tôt possible. Ces derniers sont installés au Canada depuis 2013. C’est pourquoi nous vous demandons d’intercéder pour sa libération.

Nous savons pertinemment bien, monsieur le Président, que notre requête est délicate. Cependant, les récentes mesures du Royaume saoudien à l’endroit des femmes sont autant de signaux positifs, porteurs d’espoirs qui augurent une ère plus propice à la discussion et aux échanges.

Bientôt vous recevrez à Paris le prince héritier Mohamed Ben Salmane. Nous vous prions donc de saisir cette opportunité pour en appeler à la libération de Raïf Badawi, notre frère en humanité. Nous vous faisons confiance pour trouver les mots justes, le ton approprié ainsi que le moment opportun pour plaider en sa faveur et nous vous serions reconnaissant de bien vouloir nous faire connaitre la suite qui sera donnée à notre demande.

La France a un rôle éminemment important à jouer dans le concert des nations. Nous ne vous apprenons évidemment rien ici.  Elle ne saurait donc rester sourde aux appels de Ensaf Haidar et de ses soutiens afin de faire libérer Raïf Badawi. Il y va de son honneur et des valeurs qu’elle défend vaillamment. Il y va aussi de son image dans le monde. Ce n’est qu’en maintenant la France à la hauteur de ses valeurs de justice et de liberté que vous mettrez en cohérence la République et ses principes fondateurs.

Acceptez, monsieur le Président, l’expression de notre plus haute considération.

André Gomar : Président de l’Observatoire de la Laïcité de Saint-Denis

Sémira Tlili : Présidente de Réseau 1905

Premiers signataires

1             Observatoire de la Laïcité de Saint-Denis (OLSD)

2             #Reseau1905

3             Ligue du Droit International des Femmes

4             La Clef

5             Collectif Femmes sans voile d’Aubervilliers

6             Égalité-Laïcité-Europe (ÉGALE)

7             Initiative de Femmes pour la Citoyenneté et les Droits Universels (WICUR)

8             Les VigilantEs

9             La Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (CAMS)

10           Conseil Européen des Fédérations (WIZO)

11           Le Grand Orient de France (GODF)

12           Comité 1905 de Draguignan

13           Vivre la République

14           Libres MarianneS

15           Mouvement pour la Paix et Contre le Terrorisme (MPCT)

16           Regards de Femmes

17           Réussir l’Égalité Femmes-Hommes (REFH)

18           Union des Familles Laïques (UFAL)

19           Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA)

20           Femmes solidaires

21           Africa 93

22           Association des Libres Penseurs de France (ADLPF)

23           Conseil National des Associations Familiales Laïques (CNAFAL)

24           Réseau Féministe « Ruptures »

25           ESAN-Solidarités

26           Assemblée des Femmes (ADF)

27           Femmes contre les intégrismes_Lyon

28           Le Chevalier de la Barre

29           Mouvement Jeunes femmes

30           Parité

31           Grand Chapitre Général Féminin de France

 

BABY LOUP ENCORE INSTRUMENTALISÉ

Malgré la triple défaite (en première instance, en appel et en cassation), de la salariée voilée dans l’affaire de la crèche Baby-Loup, l’islam politique ne désarme pas et fait appel au Comité des droits de l’homme de l’Onu. 

Les islamistes ont obtenu la mise en défaut de la France par le Comité des droits de l’homme de l’Onu, qui n’a rien d’une Cour de justice et qui doit être distingué de la Cour Internationale des Droits de l’Homme qui émet des jugements contraignants pour la France. Ce Comité comprend des experts dits indépendants qui défendent très inégalement les droits de l’Homme dans le monde, n’ayant jamais cru bon de dénoncer les mauvais traitements réservés aux athées en Égypte ou aux libres penseurs, ou encore aux femmes en Arabie saoudite ou en Iran par exemple. Ajoutons quelques « experts » issus de pays où le communautarisme à l’anglo-saxonne fait loi et on comprend mieux le pourquoi de sa récente prise de position contre les jugements français dans l’affaire Baby Loup. Il leur parait en effet urgent de dénoncer le soi-disant racisme de nos institutions plutôt que d’épingler les multiples condamnations à mort, à la prison et à la torture de ceux qui comme Raïf Badawi en Arabie Saoudite, ne font que réclamer leur liberté de pensée et de croire.

Les habituels relativistes de la gauche dogmatique qui défendent la thèse de l’existence d’un racisme institutionnel en France  ont bien sûr applaudi à cette prise de position.

Rappelons simplement que le fait que cette affaire ait été portée à la connaissance du Comité des droits de l’Homme de l’ONU montre surtout que les avocats qui défendent Madame A. sont largement financés pour monter en épingle ce genre d’affaire devant toutes les entités internationales susceptibles de leur donner raison, afin de contraindre les démocraties à céder sur leurs valeurs de liberté et d’égalité, tandis que ceux qui défendent les Raïf Badawi ont au mieux de quoi s’occuper de leur client dans son pays uniquement.

Pour bien comprendre les enjeux de cette condamnation et surtout de sa proclamation sans aucune vergogne dans des journaux d’une gauche qui prouve chaque jour qu’elle a renoncé à défendre les valeurs républicaines, découvrez l’interview de Richard Malka par Élisabeth Levy dans Causeur. Fr

Martine Cerf et Nelly Fouks

Le danger de banaliser l’inacceptable

Le danger de banaliser l’inacceptable

Cet été, plusieurs évènements qui auraient dû susciter l’indignation sont passés quasi inaperçus dans le ralentissement des vacances. Leur répétition autant que la complaisance des médias à l’égard de tous les discours qui déconstruisent les valeurs qui fondent notre société amène insensiblement à banaliser des faits inacceptables, au point de ne quasiment plus susciter de réaction. Fatigue ? Démobilisation ? Renoncement ? Les trois seraient un grand danger pour nos libertés.

 

L’évènement le moins médiatisé en dehors de la sphère féministe a été l’éviction de Fatiha Boudjahlat et Christine Le Doaré, toutes deux actives partisanes de l’universalisme, de l’égalité hommes femmes et de la laïcité, d’un colloque organisé par le Congrès International des Recherches Féministes de la Francophonie : car il est acquis aujourd’hui que la majorité des mouvements dits féministes ont renoncé à défendre l’égalité entre les hommes et les femmes dans le cas très précis des femmes nées dans une culture où règne le patriarcat. Le plus souvent des femmes « racisées » comme ils disent dans leurs discours jargonnants et dogmatiques. Celles-ci sont définitivement « assignées à culture », avec interdiction d’en sortir sous peine d’être accusées de céder aux sirènes postcoloniales. Cette thèse, dont le racisme évident ne saute pas aux yeux de tout le monde porte aussi la négation pure et simple de la liberté individuelle au profit des intérêts d’un groupe ethnique ou religieux…

publié le 22/08/2018

 

César et Dieu, Michel Seelig, L’Harmattan, 2018

Synthèse inédite sur les relations complexes entre les cultes religieux et les pouvoirs politiques, l’ouvrage couvre toute la période historique, de la conquête romaine à nos jours. Pour l’Église, il traite aussi bien de l’évolution du statut de l’évêque dans son environnement local au Moyen Âge, que du développement du gallicanisme à l’époque du Roi Très Chrétien ou encore de l’invention de la laïcité à partir de la Révolution française. Il aborde également l’évolution de la situation des cultes minoritaires, tout au long de la période étudiée.

Michel Seelig fut professeur associé à l’université Paul Verlaine de Metz. Il est aujourd’hui président du Conseil de l’IUT de Metz (Université de Lorraine). Il a récemment délivré un cours sur l’histoire juridique des régimes des cultes. Il préside également le Cercle Jean Macé (réseau des Cercles Condorcet).

PUBLICATION DU RAPPORT 2017-2018 DU COLLECTIF LAÏQUE NATIONAL

« Pour la laïcité, pour la République ! » N°3 : 2017-2018.

Le commander

 SOMMAIRE

  1. Former à la laïcité
  2. La citoyenneté commence à l’école
  3. Développer l’école publique laïque, un « devoir » constitutionnel de L’État
  4. Protéger la laïcité de la sphère publique : les sorties scolaires
  5. La question des cantines scolaires
  6. Appliquer la loi de 1905 sans chercher à la contourner
  7. Respecter la neutralité religieuse des bâtiments et terrains publics
  8. Neutralité religieuse des structures privées en charge de la petite enfance : une novation du Comité des droits de l’Homme de l’ONU ?
  9. La laïcité, condition de l’égalité femmes-hommes et du respect des droits des femmes
  10. La laïcité de l’enseignement et de la recherche à l’Université.
  11. Régimes dérogatoires des cultes dans certains territoires de la République
  12. Le cas particulier de l’Alsace et de la Moselle : Concordat, blasphème, statut scolaire local, cours de religion.
  13. Les tentatives concordataires et néo-gallicanes autour d’un « Islam de France »
  14. Poids des comportements communautaristes dans les entreprises
  15. Laïcité à l’hôpital public
  16. Sport et neutralité religieuse
  17. Europe

Combat européen contre l’islam politique : le Danemark interdit la burqa

Depuis le 31/052018, le Danemark rejoint la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Bulgarie et l’Autriche et devient le 6ème pays européen à interdire la burqa. ÉGALE s’en réjouit. 

Doucement, trop doucement, l’Europe avance dans son combat timide contre l’islam politique. Aujourd’hui, 6 pays membres s’opposent à ce que les visages soient cachés par un voile dans l’espace public. Mais au sein d’autres pays, certaines régions s’y opposent également. La Bavière en Allemagne, la Catalogne en Espagne et le Tessin en Suisse ont également banni la burqa au niveau de leur région, tandis que la Norvège a déposé une loi qui en interdit le port dans les écoles publiques. Les interdictions ont apparemment pour but de restreindre la prolifération de l’islam politique en Europe.

Un combat de presque une décennie au Danemark

Dès 2009, le Parti populaire danois avait tenté d’obtenir une interdiction de la burqa au Danemark. Cet évènement a été salué par le député Martin Henriksen  qui a déclaré que les burqas et les niqabs « sont incompatibles avec la culture danoise ». Il a ajouté « ll a fallu près de dix ans pour rassembler une majorité au parlement contre le port de la burqa et du niqab dans l’espace public. Le Parti populaire danois estime que le Parlement doit maintenant aller plus loin dans la promulgation d’autres mesures contre l’islamisation du Danemark. » Sa déclaration a été appuyée par le ministre de la Justice Søren Pape Poulsen par ces propos :« Dérober son visage au regard des autres dans les lieux publics est incompatible avec les valeurs de la société danoise et irrespectueux vis-à-vis de la communauté. Il faut veiller au respect de notre communauté et des valeurs qui nous unissent. En interdisant le voilement du visage, nous traçons une limite et soulignons qu’au Danemark, la confiance et le respect ne peuvent avoir lieu que dans le face à face. »

Les musulmans intégristes vent debout contre l’interdiction

Au Danemark, les musulmans ont aussitôt affiché leur hostilité à la nouvelle loi : une douzaine de femmes vêtues de burqas et de niqabs ont fait le siège de la galerie des visiteurs du parlement de Copenhague. « Jamais je ne transigerai avec mes principes », a déclaré l’une d’elles. En réponse à ce mouvement de contestation, le ministre de la Justice Søren Pape Poulsen a déclaré que « certaines personnes ne veulent pas s’intégrer à la société danoise et tentent de créer des sociétés parallèles avec leurs propres normes et règles ». Ce refus a-t-il ajouté prouve la nécessité d’une interdiction de la burqa : « Nous voulons vivre dans une société où nous pouvons nous regarder dans les yeux. Pouvoir se regarder est le signe d’une démocratie ouverte. C’est ainsi, en tant que Danois, que nous souhaitons vivre. »

Amnesty International s’oppose à cette décision, contre l’avis de la CEDH

Amnesty International s’est élevé contre la nouvelle loi qui constituerait pour cette association une « violation des droits de la femme », mais la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé, à deux reprises, que les interdictions de la burqa étaient légales. C’est ainsi qu’en juillet 2017, elle a confirmé à l’unanimité l’’interdiction belge de la burqa dans les lieux publics. La cour a estimé que le gouvernement avait pris une mesure « contre une pratique incompatible avec les règles de l’échange dans la société belge, incompatible avec les règles qui régissent les relations sociales, relations indispensables à la vie en société … et essentielles au fonctionnement d’une société démocratique. »

Historique de l’interdiction de la burqa en Europe et des jugements de la CEDH

EN FRANCE : – En octobre 2010, la France a été le premier pays européen à interdire le voilement islamique du visage en public. Le Premier ministre de l’époque, François Fillon, avait affirmé que l’interdiction avait pour but de « réaffirmer solennellement les valeurs de la République ». Il a fait valoir que       « dissimuler son visage … place les personnes voilées en position d’exclusion et d’infériorité ; position incompatible avec les principes de liberté, d’égalité et de dignité humaine que promeut la République française. » Pour le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, la burqa est « une forme d’asservissement qui n’est pas la bienvenue dans la République française ». Jacques Myard, ancien député conservateur qui a soutenu l’interdiction, affirmant que la burqa était un « choc » pour la culture française : « Le visage est la dignité d’une personne. Le visage est votre passeport. Quand vous vous dérobez à mon regard, je deviens une victime. »Un citoyen français d’origine pakistanaise, âgé de 24 ans, a tenté d’obtenir une condamnation de la loi anti burqa par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Mais en juillet 2014, la cour l’a débouté, confirmant le droit de la France d’interdire la burqa, validant l’argument du gouvernement français que cette interdiction favorise le « vivre ensemble ».

EN BULGARIE : – en octobre 2016, le parlement bulgare a promulgué l’interdiction du voilement du visage en public, punissant chaque infraction d’amendes pouvant aller jusqu’à 1 500 levs (770 euros), et la suspension des prestations sociales.

AUX PAYS-BAS : – En novembre 2016, le parlement des Pays-Bas  a voté à une écrasante majorité une interdiction partielle du voile islamique quand il couvre le visage dans certains espaces publics, notamment les écoles, les hôpitaux, les édifices publics et les transports publics.

EN AUTRICHE : En octobre 2017, l’Autriche a elle aussi interdit la burqa. La loi dite anti-voilement du visage (Anti-Gesichtsverhüllungsgesetz) interdit également l’utilisation de foulards, de masques et de peinture sur le visage. Toute infraction à la loi est passible d’une amende de 150 €.

d’après Soeren Kern, Senior Fellow à l’Institut Gatestone de New York.

 

Les femmes espagnoles manifestent en masse contre la meute

L’union fait la force et les féministes espagnoles l’ont bien compris. Alors que le tribunal de Pampelune a décidé de la mise en liberté provisoire de « la meute » : cinq Sévillans condamnés en première instance pour viols en réunion, les femmes déferlent en nombre dans les rues de plusieurs villes espagnoles et les manifestations se renouvellent, avec toujours plus de participantes.

Lire sur France TV Info

 

Dossier Suisse

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Nous publions un dossier sur la Suisse où le Canton de Genève vient de voter une loi sur la laïcité qui comporte une forte parenté avec la loi française du 9 décembre 1905. Bien que votée à une large majorité par le Grand conseil genevois, cette loi est aujourd’hui contestée.

Pourquoi une loi maintenant sur la laïcité à Genève ?

En Suisse, chacun des 26 cantons se prononce sur les religions. Seuls ceux de Genève et de Neufchâtel ont opté pour une laïcité avec séparation stricte de l’État et des Églises. En 1907, à Genève, était votée une loi sur la suppression du budget des cultes, dans un contexte de conflit entre catholiques et protestants. Dans les autres cantons, c’est généralement la neutralité confessionnelle de l’État qui prévaut, avec une forte influence religieuse, appuyée par des subventions directes aux cultes reconnus ou par un impôt ecclésiastique.

La nouvelle loi sur la laïcité votée le 26 avril 2018 par les députés du Grand conseil genevois a été adoptée par une large majorité : 63 oui, contre 25 non et 3 abstentions. Elle découle de la nouvelle Constitution genevoise, en vigueur depuis le 1er juin 2013 qui indique simplement dans son article 3, alinéa 3 que «les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses». Il importait donc de préciser la nature de ces relations.

Le contenu de la loi ne modifie pas sensiblement les mesures déjà en vigueur, mais il pose un principe revendiqué très fortement dans le seul canton de Genève : celui de la neutralité religieuse de l’État. La loi interdit le port de signes religieux ostentatoires aux élus comme aux agents de l’État, du canton, des communes.

La fin de la contribution ecclésiastique : dans dix ans est programmée la fin de la contribution libre des Genevois en faveur des Églises. Mais l’État continu de collecter la contribution volontaire des citoyens limités à 1,5 % du revenu imposable.

Un droit de préemption des communes lors de transactions de vente de certains biens appartenant aux Églises.

La garantie (art 8) d’« un accompagnement philosophique, spirituel ou religieux » pour toute personne se trouvant dans des structures fermées, par des personnes agréées par l’autorité compétente.

Le fait religieux enseigné dans les écoles publiques doit l’être par les enseignants de ces établissements.

Selon le Pasteur Emmanuel Fuchs, président de l’Église protestante de Genève, les débats qui ont duré plus de trois ans ont été assez bien menés et chacun a pu exposer ses positions de manière très claire.

Selon Pascal Desthieux, vicaire épiscopal de l’Église catholique romaine, le texte proposé serait plus juridique qu’auparavant et illustrerait un état d’esprit qui témoigne « d’une certaine méfiance envers les religions”. Il craint que la suppression de la contribution volontaire ne mette en péril les revenus de l’église dont environ 15 % étaient assurés par ce moyen.

Les associations musulmanes ne sont pas toutes favorables à ce texte, car certaines rejettent la laïcité française, notamment, l’interdiction pour les élus et les fonctionnaires de porter des signes religieux ostentatoires. Il faut garder en mémoire l’influence forte de Hani Ramadan que la France a préféré reconduire à la frontière en 2017.

Vers une votation populaire?

Les opposants à cette loi tentent de déclencher une votation (référendum) qui pourrait la faire abroger, tandis que ses partisans se mobilisent pour faire échouer cette tentative.

Martine Cerf

Sources : Dictionnaire de la Laïcité, Armand Colin, 2016, sites hdps://www.cath.ch, hdp://

reformes.ch, hdps://www.rts.ch, hdps://lesobservateurs.ch, hdps://lemuslimpost.com

Pourquoi un référendum contre la loi sur la laïcité ?

Le mode de fonctionnement suisse à ce8e par6cularité que les citoyens sont fréquemment

Interrogés directement sur des sujets de société brûlants. Bien que la loi genevoise sur la

laïcité a été votée fin avril par le Grand conseil à une forte majorité, quatre demandes de

référendum ont été lancées contre elle. Les organisations demandeuses se sont réunies dans

une coordination référendaire qui rassemble des membres d’organisations politiques, religieuses, féministes et syndicales. Les reproches faits à la loi sur la laïcité de l’État sont de

plusieurs ordres :

  • elle manifesterait une ingérence de l’État genevois dans l’organisation des

communautés religieuses

  • elle serait attentatoire aux droits des personnels du secteur public à manifester leurs

convictions religieuses

  • elle soumet les manifestations religieuses aux règles ordinaires des manifestations

dans le domaine public alors que selon les signataires ce ne devrait pas être le cas.

  • Elle discriminerait les femmes en les excluant de l’accès au travail dans le secteur public

On peut reconnaître des débats très parents de ceux qui sont rencontrés en France en

particulier avec des mouvements féministes dont l’unique revendication et de pouvoir porter le voile, comme s’il n’était pas un symbole d’un ordre patriarcal où la femme à moins de droits que les hommes et leur doit obéissance. Ces mêmes mouvements ne prennent

jamais en considération les milliers de femmes qui subissent des violences et parfois perdent

la vie parce qu’elles ne veulent pas porter ce même voile.

Les autres mouvements, d’inspiration multiculturaliste, considèrent qu’il est légitime de faire

toutes sortes d’accommodements qui permettent à ceux qui se revendiquent d’une religion

d’échapper à la loi commune. Loin de contribuer à la pacification de la société, ces

mouvements attisent au contraire le feu des divisions et il serait dangereux qu’ils obtiennent

gain de cause.

S’ils parviennent à rassembler 5200 signatures d’ici le 20 juin, un référendum aura bien lieu et ce sera la population qui dira si elle accepte ou rejette cette loi sur la laïcité.

Martine Cerf

Un appel des laïques pour soutenir la loi sur la laïcité.

Les partisans de la laïcité dans le canton de Genève se sont également mobilisés pour contrer ceux qui appellent à rejeter la loi sur la laïcité. Nous publions ici cet appel que l’on peut signer et appuyer sur la page Facebook : hFps://www.facebook.com/laicitegeneve2018 :

Appel pour une laïcité garante de la paix et de nos libertés

Pour une laïcité garante de la paix et de nos libertés

Le Grand Conseil vient d’adopter à une large majorité la loi sur la laïcité de l’État après deux ans de travaux en commission et un long débat en séance plénière. Cette loi délimite les domaines dans lesquels la laïcité pourra s’exercer à Genève tout en garantissant les libertés fondamentales. Fruit d’une négociation et d’un accord entre les composantes de la société genevoise, cette loi nous paraît répondre à la situa5on actuelle. Elle est équilibrée et conforme aux principes républicains.

La laïcité garantit la neutralité confessionnelle de l’État ainsi que la liberté individuelle de chacun d’adhérer ou non à une religion. La laïcité est en vigueur à Genève depuis 1907. Elle a permis de mettre un terme à une longue période de tensions religieuses, de protéger la paix confessionnelle et de maintenir la concorde sociale.

Les anciens textes de loi, marqués de l’esprit des siècles passés, devaient être adaptés aux conditions d’aujourd’hui. La loi sur la laïcité de l’État récemment adoptée est le résultat de cette mise à jour. Cette loi éloigne le danger intégriste, elle assure la sérénité de l’enseignement, elle renforce la neutralité de l’administration, elle limite enfin l’usage abusif de l’espace public par des organisa5ons prosélytes ou sectaires.

La laïcité demeure le plus sûr rempart contre la résurgence de nouveaux conflits. Or, des groupes minoritaires représentants d’intérêts communautaires et séparatistes ont entrepris de combattre cette loi par référendum. Nous sommes bien conscients du péril potentiel que la remise en cause de cette loi ferait courir aux institutions publiques ainsi qu’à la bonne marche de la démocratie genevoise.

Nous refusons la régression souhaitée par les référendaires. Hors de toute considération politicienne, idéologique ou partisane, nous refusons le recul de nos droits fondamentaux et nous signons cet appel pour défendre la laïcité garante de la paix civile et de notre liberté.

Signataires :

Pierre Gauthier, initiateur de l’appel

Magali Orsini, expert-comptable, ancienne enseignante de droit fiscal HEG

Dimitri Châtelain, agent de voyages

Jean-Louis Carlo, employé municipal Ville de Genève

Marco Polli, acteur culturel, membre de la rédac5on de ‘Culture en jeu’

Mireille Vallette, essayiste et blogueuse

Vincent Schmid, pasteur honoraire

Salika Wenger, styliste retraitée

Patrick Lussi, responsable communal de sécurité retraité

Natacha Buffet-Desfayes, enseignante

Minou Cavin, citoyenne

Nicolas Girod, enseignant

Saïda Keller-Messahli, journaliste, écrivaine, Forum pour un Islam progressiste

Olivier Zimmermann, employé de commerce

Jean Romain, chroniqueur, écrivain

Joëlle Gauthier-Perrin, assistante médicale retraitée

Bertrand Reich, avocat

Fabienne Alfandari, coach

Rivka Gianni, psychologue, coach

Karine Launay, traductrice

Sébastien Desfayes, avocat

Chantal Viollaz, enseignante retraitée

Gabriel Thullen, enseignant, joueur international de handibasket

Joël Flaks, chef de production audiovisuelles et spectacles

Léon Meynet, animateur socioculturel, rela5ons publiques

Corinne Humberset, assistante juridique

Alain Rieder, musicien

Soutiens internationaux :

Anne-Laure Neron (France), rédactrice-conceptrice

Ibtissame Betty Lachgar (Maroc/France), militante pour les libertés individuelles

Djemila Benhabib (Canada), écrivaine, journaliste, enseignante et conférencière

Louise Mailloux (Canada), philosophe, conférencière et essayiste

Guy Haarscher (Belgique), professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles, professeur au Collège d’Europe à Bruges.

BILLET D’HUMEUR : L’EUROPE, REPOUSSOIR OU MODÈLE ?

C’est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter ! En Pologne, les conservateurs bienpensants au pouvoir veulent supprimer presque toute possibilité de pratiquer un avortement. En Hongrie, le pouvoir multiplie les déclarations antisémites. En Bavière, les autorités imposent le crucifix dans les bâtiments publics. En Italie, l’alliance Cinq-étoiles/Ligue du Nord souhaite proscrire les francs-maçons de la vie publique …

Mais ces nuages noirs ne doivent pas nous empêcher de voir et de célébrer des avancées certaines pour les libertés, et tout particulièrement la liberté de conscience ! Les Irlandais ont massivement refusé de suivre l’Église catholique lors du referendum sur l’IVG. Le Grand-Duché de Luxembourg a en très grande partie effacé les effets du Concordat et autres textes favorables aux cultes datant du XIXe siècle. Et en Suisse (je sais, elle n’est pas dans l’UE, mais c’est un de nos proches voisins), le canton de Genève vient d’adopter une loi exemplaire sur la laïcité…

Alors en France ? De quel côté allons-nous nous diriger ? Du côté des « autorités » religieuses, ou dans le sens du progrès en prenant, enfin, des décisions courageuses sur la bioéthique, la fin de vie, et … les régimes d’exception qui régissent les cultes en Alsace, Moselle et outre-mer ?

Michel Seelig

 

En Egypte, un athée expulsé d’un plateau TV, accusé de maladie mentale

Mohammad Hashem a été expulsé de ce plateau TV. Son tort ? Ne pas croire en Dieu.

Lors d’une émission de la télévision égyptienne, un jeune homme ayant affirmé son athéisme a été expulsé du plateau et invité à se rendre à l’hôpital psychiatrique, par un présentateur dans un état second.

La scène est difficile à croire. Elle s’est déroulée le 11 février sur le plateau de la chaîne égyptienne Alhadath Alyoum TV. L’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI) l’a relayée ce vendredi, diffusant la vidéo de ce moment surréaliste où un jeune homme athée est expulsé d’un débat pour avoir eu l’outrecuidance… de ne pas croire en Dieu.

Dans cette séquence, le calme du « mécréant » contraste avec l’hystérie bigote du présentateur télé, Mahmoud Abd Al-Halim. Le jeune homme, qui s’appelle Mohammad Hashem, énonce son opinion tout à fait tranquillement : « Je suis athée, cela veut dire que je ne crois pas en l’existence de Dieu. Je ne crois pas en Lui. » Une affirmation qui fait d’abord réagir un troisième homme présent sur le plateau, le cheikh Mahmoud Ashour, membre de l’université cairote d’Al-Azhar : « Quoi ? Qu’est-ce que c’est que ça ?« . Mohammad Hashem répond de manière polie : « Je n’ai pas besoin de la religion pour avoir des valeurs morales, ou pour être un membre productif de la société ». « Je suis désolé, Mohammad mais vous ne pouvez pas rester avec nous dans l’émission » Il n’en fallait pas plus pour déclencher la colère éruptive du présentateur égyptien, qui apostrophe sans ménagements son invité : « Qui vous a créé ? Comment existez-vous dans ce monde ? ». Son interlocuteur tente alors de lui expliquer qu’il adhère plutôt à la théorie du Big Bang, présentant « beaucoup plus de preuves que le créationnisme, ce à quoi Mahmoud Abd Al-Halim répond : « Parlez arabe ! Vous êtes en Égypte,et vous vous adressez à des personnes normales, donc n’utilisez pas des grands mots sans raison. »

Surréaliste, l’échange se poursuit par une excommunication express du jeune athée par le présentateur : « Vous êtes confus, et pas digne de confiance. Vous niez l’existence de Dieu, et rejetez notre religion et nos principes« . Un crime de lèse-divinité pour le « journaliste » fanatisé, qui achève le débat d’un ton péremptoire : « Vous offrez l’athéisme ! Vous offrez l’hérésie ! Je m’excuse auprès des téléspectateurs pour avoir un Egyptien de ce genre-là dans notre émission. Je suis désolé, Mohammad mais vous ne pouvez pas rester avec nous dans l’émission. Parce que vos idées sont inappropriées, je suis triste de le dire. Nous ne pouvons promouvoir des idées si destructrices. »

L’athéisme en danger en Egypte

C’est alors que le cheikh Mahmoud Ashour reprend la parole pour diagnostiquer… la folie du jeune athée. « Ecoutez, chez Mohammad, vous avez besoin d’un traitement psychiatrique. Beaucoup de jeunes personnes aujourd’hui souffrent de maladies mentales, en raisons de circonstances matérielles ou mentales…« . Evidemment, le présentateur embraie, enjoignant Mohammad Hashem de « quitter le studio pour aller directement à l’hôpital psychiatrique« . Le jeune homme s’exécutera avec un sourire navré. Ridicule, voire risible, la séquence n’en est pas moins révélatrice de l’ambiance actuelle en Egypte, où le rigorisme moral fait des ravages et la liberté de conscience menacée : le Parlement égyptien s’apprête en effet à étudier un projet de loi visant à criminaliser l’absence de croyance en Dieu.

Le conseil des sages de l’Éducation nationale publie un vademecum de la laïcité

C’est la première production de ce conseil des sages qui vient réactualiser le livret laïcité publié en 2016 sous le précédent gouvernement. Ce document composé de 22 fiches pratiques toutes conçues selon le même plan. Elles décrivent le cadre juridique des situations rencontrées et recommandent très précisément les actions à mener par les directions d’établissements scolaires et les enseignants.

Plus volontariste que les livrets laïcité 2015 et 2016, ce document affirme, ce qui n’est pas négligeable, la volonté de l’administration centrale de l’Éducation nationale de faire respecter le principe de laïcité à l’intérieur des établissements scolaires. Il est extrêmement clair sur les mesures à prendre et élimine les risques de mauvaises interprétations des règles en vigueur que l’on trouvait encore à partir des livrets précédents.

On peut regretter que comme cela se voit trop souvent dans l’éducation nationale, le rapport ait repris l’enseignement « des faits religieux » et non du fait religieux, ce qui implique forcément un élargissement des contenus enseignés en matière de religions. Mais c’est toute l’Éducation nationale qui a pris cette option. Il est intéressant de consulter les ressources mises en ligne par le ministère sur le réseau Canope où Isabelle Saint-Martin, directrice de l’institut européen en sciences de la religion (IESR), expose les principes, les objectifs et les contenus de l’enseignement des faits religieux. On peut également regretter que cet enseignement occulte les convictions autres que religieuses.

On peut aussi regretter enfin que les dimensions émancipatrice et pacificatrice de la laïcité soient peu mises en avant, ce qui pourrait renforcer l’opinion trop répandue dans le corps enseignant, comme parmi les élèves, que la laïcité est une succession d’interdictions.

Mais les travaux du conseil des sages ne sont pas achevés et nous attendons la suite…

Martine Cerf

Consulter le vademecum

 

Georges Bensoussan, relaxé en appel

Georges Bensoussan, relaxé en appel,

posté le 28/05/2018

Georges Bensoussan n’est pas encore au bout de ses peines. Accusé de racisme et d’incitation à la haine par le CCIF (comité contre l’islamophobie en France, la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié en les peuples) pour avoir osé dire, dans une émission d’Alain Finkielkraut, que l’antisémitisme, dans les familles arabes d’obédience salafiste, « on le tète avec le lait de la mère », l’historien vient d’être relaxé une deuxième fois lors de son procès en appel. Pour la Cour d’appel, il n’a pas visé l’ensemble de la communauté arabo-musulmane mais uniquement l’idéologie salafiste. A l’heure où le « nouvel antisémitisme qui prend racine dans les banlieues » fait de plus en plus souvent la Une de nos journaux, il est scandaleux que le Parquet et la Ligue des Droits de l’Homme aient pu être solidaires de ce mauvais procès.

Le CCIF, qui ne désarme pas, se pourvoit en cassation. On ne peut qu’espérer que ces deux instances, cette fois, ne lui suivront pas dans cette posture typique des Frères Musulmans et consorts pour épuiser psychologiquement leurs victimes par ce qu’ils nomment le jihad judiciaire.

 

Nelly Fouks

 

France : quand les partisans d’Ergodan bafouent notre liberté d’expression

France : quand les partisans d’Ergodan bafouent notre liberté d’expression

posté le 28/05/2018

Le 26 mai dernier, une dizaine de partisans d’Erdogan ont fait retirer l’affiche du Point dont ils désapprouvaient la teneur : Le dictateur, jusqu’où ira Erdogan.

L’affaire s’est passée au Pontet et semble-t-il à Valence. Indisposés par la Une du Point, qu’ils trouvaient insultante pour leur champion, une dizaine de Turcs pro-Erdogan s’en sont pris à un kiosquier, le mettant en demeure de retirer l’affiche sous peine d’incendier son kiosque s’il n’obtempérait pas. Ce dernier, inquiet et voyant le nombre de protestataires grossir sans arrêt, a fait appel à JCDecaux pour qu’il retire l’affiche litigieuse, ce qu’il n’était pas habilité à faire de son propre chef. Les autorités locales s’en sont indignées.

Le Point obligé de négocier pour réinstaller l’affiche

A la demande du Point, l’affiche a été réinstallée le samedi dans l’après-midi, sous la surveillance des gendarmes. Mais la situation ne s’est pas calmée pour autant et les manifestants ont obtenu l’autorisation de placarder un encart « publicité mensongère » sur le kiosque.

La liberté d’expression bafouée

Comme un certain nombre de personnalités politiques, Egale s’indigne que la liberté d’expression et la liberté de la presse soit ainsi bafouée sans que les Pouvoirs Publics ne réagissent à hauteur de l’affront qui est fait à notre constitution.

Nelly Fouks

 

Lycée Averroès : EGALE se réjouit de l’acquittement de Sofiane ZITOUNI

Le professeur de philosophie Soufiane Zitouni dénonçait des dérives islmamistes dans le lycée.

Lycée Averroès, la condamnation de l’ex-enseignant annulée en cassation

Soufiane Zitouni, ancien professeur de philosophie du lycée musulman Averroès à Lille, poursuivi pour avoir critiqué, dans des courriels, certaines dérives islamistes au sein de l’établissement, a été définitivement relaxé lundi.

Journal La Croix. Claire Lesegretain 09/05/2018 

Tout avait commencé en février 2015 par une tribune publiée dans le quotidien Libération, juste après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, intitulée « Aujourd’hui, le prophète est aussi Charlie ».

Soufiane Zitouni, professeur de philosophie du lycée musulman Averroès à Lille, y dénonçait des dérives islamistes au sein de l’établissement, évoquant pêle-mêle « l’antisémitisme quasi culturel de nombre d’élèves », « un mélange malsain et dangereux de religion et de politique », des dérapages verbaux lors des attentats, une pratique religieuse jusque dans la salle des professeurs, des enseignants membres de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans), et surtout le double langage de la direction, l’un « policé » pour les médias, l’autre « diffusant de manière sournoise une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme ».

« Un nid de vipères hypocrites »

Au sein du premier lycée privé musulman sous contrat avec l’État, sa tribune dérange. Les jours suivants, dans un échange de courriels avec une collègue, il accuse la direction de l’établissement d’« être un nid de vipères hypocrites ». Et dans la foulée, il démissionne du lycée.

Peu de temps après, l’établissement lance une procédure judiciaire contre lui, sur la base de ce courriel envoyé à une collègue, qu’il avait ensuite transféré à trois autres professeurs. L’une de ces quatre personnes l’avait transmis à la direction.

Soufiane Zitouni est condamné en première instance par le tribunal de police de Lille, en septembre 2015, pour diffamation non publique. Il est à nouveau condamné par la cour d’appel de Douai en mai 2016 qui le sanctionne même de 10 € d’amende et de 1 € de dommages et intérêts.

La plus haute juridiction

Mais l’enseignant se pourvoit en cassation. Lundi 7 mai, la plus haute juridiction française, a annulé cet arrêt de la cour d’appel de Douai du 26 mai 2016, rappelant que les expressions diffamatoires contenues dans une correspondance personnelle visant une personne autre que le destinataire « ne sont punissables sous la qualification de diffamation non publique que si cette correspondance a été adressée dans des conditions exclusives de tout caractère confidentiel ».

« En l’espèce, les propos litigieux sont contenus dans un courriel privé adressé initialement à une seule personne » et « n’ont perdu leur caractère confidentiel que par l’initiative de l’un de ses destinataires », a considéré la Cour de cassation.

Poursuivi également pour sa tribune publiée dans Libération, il avait été relaxé en février 2017 par le tribunal correctionnel de Nanterre.

Soufiane Zitouni, depuis, enseignait au lycée Notre-Dame de Valenciennes. Mais, selon la direction de cet établissement catholique, il « n’y enseigne plus depuis plusieurs mois et a dû être remplacé ».

En avril 2016, il avait publié « Confessions d’un fils de Marianne et de Mahomet » (1), dans lequel il dénonçait « l’islam des Frères musulmans (qui) se diffuse partout en France, et maintenant par le biais d’établissements musulmans. Il faut combattre cette conception politique de l’islam ».

Dans cet ouvrage, il plaidait aussi pour une prise de parole des musulmans contre l’islamisme. « Je dis aux musulmans : ‘Réveillez-vous, cessez de faire le dos rond, prenez la parole. Dites que cet islam-là n’est pas votre islam’. Beaucoup de musulmans ont du mal à être des sujets libres, à dire ‘je’ : ‘je’ ne suis pas d’accord, ‘je’ pense que. C’est l’instinct grégaire, l’instinct de troupeau », regrettait-il.

 

Égale soutient le manifeste de Philippe Val contre le nouvel antisémitisme

Parce que l’anti-sémitisme ne cesse de progresser en France et en Europe, parce qu’il n’est plus l’apanage unique de l’extrême droite mais que la mouvance islamiste apparaît aujourd’hui comme un de ses principaux contributeurs, ÉGALE soutient la tribune des 300 intellectuels contre le nouvel anti-sémitisme publiée dans « Le Parisien-Aujourd’hui en France Dimanche » et approuve sa demande d’abroger en France les passages du Coran incitant à la haine et au meurtre des Juifs.

Nelly Fouks

Manifeste «contre le nouvel antisémitisme»

« Cette terreur se répand »

« L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

« Une épuration ethnique à bas bruit »

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie – qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre – dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne… Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »

« Le Nouvel Antisémitisme en France », Ed. Albin Michel, 213 p., 15 euros.

 La liste des signataires 

Charles Aznavour ; Françoise Hardy ; Pierre Arditi ; Elisabeth Badinter ; Michel Drucker ; Sibyle Veil ; François Pinault ; Eric-Emmanuel Schmitt ; Marceline Loridan-Ivens ; Radu Mihaileanu ; Elisabeth de Fontenay ; Nicolas Sarkozy ; Pascal Bruckner ; Laure Adler ; Bertrand Delanoë ; Manuel Valls ; Michel Jonasz ; Xavier Niel ; Jean-Pierre Raffarin ; Gérard Depardieu ; Renaud ; Pierre Lescure ; Francis Esménard ; Mgr Joseph Doré ; Grand Rabbin Haïm Korsia ; Imam Hassen Chalghoumi ; Carla Bruni ; Boualem Sansal ; Imam Aliou Gassama ; Annette Wieviorka ; Gérard Darmon ; Antoine Compagnon ; Mofti Mohamed ali Kacim ; Bernard Cazeneuve ; Bernard-Henri Lévy ; Philippe Val ; Zabou Breitman ; Waleed al-Husseini ; Yann Moix ; Xavier De Gaulle ; Joann Sfar ; Julia Kristeva ; François Berléand ; Olivier Guez ; Jeannette Bougrab ; Marc-Olivier Fogiel ; Luc Ferry ; Laurent Wauquiez ; Dominique Schnapper ; Daniel Mesguich ; Jack Lang ; Enrico Macias ; Philippe Labro ; Francis Szpiner ; Raphaël Enthoven ; Brune Poirson ; Florence Berthoud ; Stéphane Beaudet ; Marine Gozlan ; Joseph Laroche ; Richard Abitbol ; Laurent Bouvet ; Pierre-André Taguieff ; Jacques Vendroux ; Georges Bensoussan ; Christian Estrosi ; Brice Couturier ; Imam Bouna Diakhaby ; Eric Ciotti ; Jean Glavany ; Maurice Lévy ; Jean-Claude Casanova ; Jean-Robert Pitte ; Jean-Luc Hees ; Alain Finkielkraut ; Père Patrick Desbois ; Aurore Bergé ; François Heilbronn ; Eliette Abécassis ; Bernard de la Villardière ; Richard Ducousset ; Juliette Méadel ; Daniel Leconte ; Jean Birenbaum ; Richard Malka ; Aldo Naouri ; Guillaume Dervieux ; Maurice Bartelemy ; Ilana Cicurel ; Yoann Lemaire ; Michel Gad Wolkowicz ; Olivier Rolin ; Dominique Perben ; Christine Jordis ; David Khayat ; Alexandre Devecchio ; Gilles Clavreul ; Jean-Paul Scarpitta ; Monette Vacquin ; Christine Orban ; Habib Meyer ; Chantal Delsol ; Vadim Sher ; Françoise Bernard ; Frédéric Encel ; Christiane Rancé ; Noémie Halioua ; Jean-Pierre Winter ; Jean-Paul Brighelli ; Marc-Alain Ouaknin ; Stephane Barsacq ; Pascal Fioretto ; Olivier Orban ; Stéphane Simon ; Laurent Munnich ; Ivan Rioufol ; Fabrice d’Almeida ; Dany Jucaud ; Olivia Grégoire ; Elise Fagjeles ; Brigitte-Fanny Cohen ; Yaël Mellul ; Lise Bouvet ; Frédéric Dumoulin ; Muriel Beyer ; André Bercoff ; Aliza Jabes ; Jean-Claude Zylberstein ; Natacha Vitrat ; Paul Aidana ; Imam Karim ; Alexandra Laignel-Lavastine ; Lydia Guirous ; Rivon Krygier ; Muriel Attal ; Serge Hefez ; Céline Pina ; Alain Kleinmann ; Marie Ibn Arabi-Blondel ; Michael Prazan ; Jean-François Rabain ; Ruth Aboulkheir ; Daniel Brun ; Paul Aidane ; Marielle David ; Catherine Kintzler ; Michèle Anahory ; Lionel Naccache ; François Ardeven ; Thibault Moreau ; Marianne Rabain-Lebovici ; Nadège Puljak ; Régine Waintrater ; Michèle Anahory ; Aude Weill-Raynal ; André Aboulkheir ; Elsa Chaudun ; Patrick Bantman ; Ruben Rabinovicth ; Claire Brière-Blanchet ; Ghislaine Guerry ; Jean-Jacques Moscovitz ; André Zagury ; François Ardeven ; Estelle Kulich ; Annette Becker ; Lilianne Lamantowicz ; Ruth Aboulkheir ; Christine Loterman ; Adrien Barrot ; Talila Guteville ; Florence Ben Sadoun ; Michèle Anahory ; Paul Zawadzki ; Serge Perrot ; Patrick Guyomard ; Marc Nacht ; André Aboulkheir ; Laurence Bantman ; Josiane Sberro ; Anne-Sophie Nogaret ; Lucile Gellman ; Alain Bentolila ; Janine Atlounian ; Claude Birman ; Danielle Cohen-Levinas ; Laurence Picard ; Sabrina Volcot-Freeman ; Gérard Bensussan ; Françoise-Anne Menager ; Yann Padova ; Evelyne Chauvet ; Yves Mamou ; Naem Bestandji ; Marc Knobel ; Nidra Poller ; Brigitte-Fanny Cohen ; Joelle Blumberg ; Catherine Rozenberg ; André Aboulkheir ; Caroline Bray-Goyon ; Michel Tauber ; André Zagury ; Laura Bruhl ; Eliane Dagane ; Paul Zawadzki ; Michel Bouleau ; Marc Zerbib ; Catherine Chalier ; Jasmine Getz ; Marie-Laure Dimon ; Marion Blumen ; Simone Wiener ; François Cahen ; Richard Metz ; Daniel Draï ; Jacqueline Costa-Lascoux ; Stéphane Lévy ; Arthur Joffe ; Antoine Molleron ; Liliane Kandel ; Stéphane Dugowson ; David Duquesne ; Marc Cohen ; Michèle Lévy-Soussan ; Frédéric Haziza ; Martine Dugowson ; Jonathan Cohen ; Damien Le Guay ; Patrick Loterman ; Mohamed Guerroumi ; Wladi Mamane ; William de Carvalho ; Brigitte Paszt ; Séverine Camus ; Solange Repleski ; André Perrin ; Sylvie Mehaudel ; Jean-Pierre Obin ; Yael Mellul ; Sophie Nizard ; Richard Prasquier ; Patricia Sitruk ; Renée Fregosi ; Jean-Jacques Rassial ; Karina Obadia ; Jean-Louis Repelski ; Edith Ochs ; Jacob Rogozinski ; Roger Fajnzylberg ; Marie-Helène Routisseau ; Philippe Ruszniewski ; André Senik ; Jean-François Solal ; Paule Steiner ; Jean-Benjamin Stora ; Anne Szulmajster ; Maud Tabachnik ; Daniel Tchenio ; Julien Trokiner ; Fatiha Boyer ; Cosimo Trono ; Henri Vacquin ; Caroline Valentin ; Alain Zaksas ; Slim Moussa ; Jacques Wrobel ; Roland Gori ; Nader Alami ; Céline Zins ; Richard Dell’Agnola ; Patrick Beaudouin ; Barbara Lefebvre ; Jacques Tarnéro ; Georges-Elia Sarfat ; Lise Boëll ; Jacques Wrobel ; Bernard Golse ; Céline Boulay-Esperonnier ; Anne Brandy ; Imam Karim ; Sammy Ghozlan.

 

MARROU et GRÉGOIRE

Parmi les nombreuses personnalités citées dans son dernier discours du 9 avril devant les prélats et les auditeurs de l’Académie catholique de France, Emmanuel Macron a mentionné deux noms qui semblent ne pas voir retenu l’attention des médias (à de rares exceptions près).

Henri Marrou tout d’abord, professeur à la Sorbonne au siècle dernier, était un historien de l’Église catholique. Parmi ses ouvrages, on peut citer particulièrement le tome premier de la Nouvelle Histoire de l’Église, des origines à Saint Grégoire le Grand, paru au Seuil en 1963 et coécrit avec le célèbre cardinal Daniélou. Les cours dispensés par Marrou, fervent disciple de saint Augustin, ne s’écartaient guère de ses choix confessionnels. S’agissant de l’époque contemporaine, ils reflétaient une profonde hostilité à l’égard du grand historien des Lumières, Edward Gibbon, qui le premier avait mis en évidence les conséquences de la collusion de l’Église chrétienne, dès les premiers siècles, avec les pouvoirs politiques impériaux. Gibbon en effet avait souligné les débuts de cette sorte de Sainte-Alliance quand l’empereur Théodose mit un terme à la liberté de conscience dans l’ensemble de l’Empire romain en interdisant tout autre culte religieux que le catholicisme et en persécutant pêle-mêle les fidèles des autres confessions, les hérésiarques reconnus comme tels par les conciles ainsi que les esprits libres détachés de toute croyance. Doit-on voir dans le choix d’une telle référence à Henri Marrou, parmi d’autres intellectuels catholiques contemporains, le signe d’une adhésion du président de la République aux thèses centrales de l’historien ? Emmanuel Macron situerait alors son mandat dans une perspective juridique et morale fort glissante.

L’autre nom cité dans le discours du 9 avril étonne par son extrême brièveté car ni le prénom ni la qualité de prêtre catholique ne sont bizarrement mentionnés. Il s’agit du fameux abbé Henri Grégoire qui au temps de la Révolution, se signala par son action contre les pratiques esclavagistes, milita pour que les juifs bénéficient sans discrimination de la citoyenneté française, contribua à la sauvegarde du patrimoine national mis à mal par l’action conjuguée des entrepreneurs de démolition et des déchristianisateurs. Dans les périodes les plus troublées de la Convention, Henri Grégoire, élu député, maintint ses convictions personnelles sans jamais rompre avec l’autorité pontificale en matière de dogme. Mais l’abbé Grégoire était aussi un homme du peuple et un démocrate. En essayant de rendre aux fidèles la part d’autorité usurpée par les instances confessionnelles, Grégoire tenta l’impardonnable : essayer de réorganiser l’Église sur une base non monarchique où la voix populaire se fasse entendre avant l’ordination des prêtres et des évêques et séparant de fait les domaines temporel

et spirituel. Une telle démarche préfigurait, un siècle à l’avance, la loi de séparation de 1905. Hostile à toute forme de connivence juridique, Grégoire condamna le concordat bonapartiste de 1801/1802 qui tout en rétablissant le catholicisme « religion de la majorité des Français » plaçait l’ensemble du clergé sous la surveillance policière d’un serment obligatoire. Persécuté quand, en 1815, le retour de la monarchie restaura l’alliance du trône et de l’autel, Grégoire fut voué aux gémonies par les autorités catholiques nouvelles. Haine si violente qu’elles allèrent jusqu’à lui refuser des obsèques religieuses. Elle perdure jusqu’à nos jours : lorsque François Mitterrand décida par un geste officiel le transfert des restes de Grégoire au Panthéon, le très réactionnaire cardinal Lustiger refusa la participation du clergé à la cérémonie. Et dans un livre récent consacré au catholicisme contemporain, le journaliste Henri Tincq persiste encore dans la même attitude négative. Quelle pouvait être l’intention d’Emmanuel Macron en citant (à mi-voix) le nom de l’abbé Grégoire ? Car, dans un discours aussi mûri, il ne peut s’agir d’une inadvertance. S’agit-il d’un message subliminal adressé à la hiérarchie catholique ?

Alain Vivien

 

Discours d’Emmanuel Macron aux Bernadins, catholiques, philosophe et politique réagissent

Devant les évêques de France, le président de la République, Emmanuel Macron a dit vouloir « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État ». Cette entorse inexcusable à la laïcité choque unanimement tous les partisans de la laïcité à la française et du respect intangible de la loi de 1905.

Découvrez ci-dessous les réactions édifiantes de :

l’Observatoire Chrétien de la laïcité,

Jean Glavany

Catherine Kintzler

Pas de lobbying facilité pour les religions

Pas de lobbying facilité pour les religions !

EGALE appelle les députés à retirer du texte de loi sur la transparence, la modification de la loi de séparation qui élargit les financements publics des cultes et la possibilité qui leur est donnée de faire du lobbying en toute opacité, sans obligation de se déclarer comme tels.

Le communiqué a été envoyé directement aux députés, alors que les derniers débats sur ce texte sont prévus aujourd’hui 20 mars 2018

 

Laïcité et totalitarisme islamiste : Francoise Laborde monte au créneau

15e législature 

Question d’actualité au gouvernement n° 0262G de Mme Françoise Laborde (Haute-Garonne – RDSE), publiée dans le JO Sénat du 21/03/2018 – page 2434 

Mme Françoise Laborde. Monsieur le Premier ministre, cette question du groupe du RDSE porte sur les offensives conduites par ceux qui tentent de diviser les Français en propageant une vision du monde communautariste, accusant de tous les maux les valeurs fondamentales de notre République : la liberté, l’égalité, la fraternité, sans oublier la laïcité.

Mon groupe tient à faire une mise au point après la publication, aujourd’hui, de l’appel de 100 personnalités contre la volonté séparatiste de certains mouvements islamistes.

La liberté d’expression subit des attaques incessantes et croissantes, en particulier sur les réseaux sociaux. Ces derniers jours, des associations laïques sont la cible d’activistes sur des médias comme Wikipédia, Twitter ou Facebook. La gouvernance de ces supports est dépassée par ces attaques d’un nouveau genre face auxquelles nous sommes démunis.

Ne nous y trompons pas, ce sont des tentatives pour déstabiliser notre modèle républicain et diviser nos concitoyens en jouant sur les difficultés qu’ils traversent au quotidien.

C’est pourquoi le groupe du RDSE veut rappeler combien il est attaché aux valeurs de notre République.

Oui, la liberté est la même pour chacun dans notre pays.

Oui, l’égalité entre tous, femmes ou hommes, est la loi.

Oui, la fraternité est un pilier de notre République, faite d’humanisme et d’universalisme.

Oui, la laïcité est le ciment de ces principes républicains, tout comme la loi de 1905, qui instaure la neutralité de l’État et sépare son organisation de celle des cultes.

Bien que les intégristes de tous bords tentent de discréditer la laïcité, nous rappelons qu’elle ne stigmatise aucune religion, aucun croyant, aucun non-croyant, et qu’elle garantit l’égalité de traitement de tous nos concitoyens. Face aux offensives qui se multiplient, nous devons rester vigilants et déterminés.

C’est pourquoi je vous demande, monsieur le Premier ministre, comment vous comptez repousser ces nouvelles formes d’activisme communautariste et préserver notre démocratie. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe La République En Marche, du groupe socialiste et républicain, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

Réponse du Premier ministre, publiée dans le JO Sénat du 21/03/2018 – page 2434 

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Madame la sénatrice, avant de me poser votre question, vous avez formulé toute une série d’affirmations, presque une litanie (Exclamations amusées sur les travées du groupe La République En Marche, du groupe socialiste et républicain et du groupe Union Centriste.), qui prennent plutôt la forme d’un credo (Sourires et applaudissements.), que je partage.

Je crois, comme vous, que la laïcité est désormais intimement imbriquée dans les valeurs de la République. Je pense que nous devons la défendre, l’expliquer.

Nous devons expliquer à ceux qui doutent encore de son sens ou souhaitent le remettre en cause, et à ceux qui font mine de l’ignorer qu’elle est un principe de liberté – la liberté de tout citoyen de croire ou de ne pas croire et d’exercer librement son culte – et de neutralité – la neutralité absolue de toute personne dépositaire de l’autorité publique.

Vous l’avez dit, madame la sénatrice, nous sommes extrêmement attachés à la laïcité et nous devons la défendre.

Le Gouvernement a présenté, à l’occasion d’un comité interministériel qui se déroulait à Lille, un ensemble de mesures pour prévenir la radicalisation et lutter contre celle-ci.

Dans votre question, vous avez insisté sur les réseaux sociaux. Je veux y revenir de façon spécifique.

Il y a quelque chose de profondément choquant à accepter le dispositif juridique qui prévaut en France à l’heure où nous parlons. Hérité des années 2000, il fait une différence fondamentale entre les éditeurs et les hébergeurs.

Si quelqu’un ici – non, par nature pas quelqu’un ici ! –, si donc quelqu’un rédigeait sur le site d’un journal un commentaire qui viendrait enfreindre des lois proscrivant l’expression d’opinions antisémites ou racistes, le directeur de la publication verrait immédiatement sa responsabilité pénale engagée. Sur un réseau social, le même commentaire passera parce que la responsabilité de l’hébergeur n’est pas celle de l’éditeur.

Il est profondément choquant que les réseaux sociaux soient en mesure d’empêcher la diffusion en direct d’un match de football, comme Facebook sait très bien le faire quand il veut éviter de créer des problèmes avec les ligues de football.

En revanche, nous ne sommes pas suffisamment en mesure de garantir le retrait rapide de contenus racistes et antisémites. Nous voulons y travailler et changer les choses. Le Président de la République s’y est engagé. Nous voulons faire en sorte que ces écrits – ces délits – puissent être constatés, sanctionnés et retirés sans délai des réseaux sociaux.

Nous avons indiqué que nous étions prêts à étudier avec nos partenaires européens le moyen de créer, entre le statut d’éditeur et celui d’hébergeur, un troisième statut qui responsabiliserait davantage les réseaux sociaux, afin d’éviter cette impunité délétère, cette sensation d’anonymat qui laisse croire que tout peut être écrit sur ces réseaux. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, du groupe Les Indépendants – République et Territoires, du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

 

Un rapport EPF sur l’organisation des activistes chrétiens pour « restaurer l’ordre naturel »

  Le Forum des parlementaires, une association impliquée dans la promotion des droits et de l’égalité nous fait parvenir un rapport sur l’organisation mise en place par des organisations d’extrême droite hostiles à l’égalité, aux droits des femmes des homosexuels et au droit de mourir dans la dignité.

L’organisation en question vise particulièrement l’Europe au travers du think tank Agenda Europe. La Manif pour Tous est une émanation française. Inspirés par le christianisme, les contributeurs connaissent parfaitement les circuits de décision de l’Union Européenne. Violents et agressifs dans le ton, ils veulent « Restaurer l’ordre naturel » lutter contre la contraception, le divorce, l’égalité homme/femme, l’homosexualité et la procréation médicalement assistée.

Lire le rapport : EPF-V08-VF

Nelly Fouks

 

Laïcité : quand Macron crée la polémique 

Devant les évèques de France, Emmanuel Macron a dit vouloir « réparer » les liens entre l’Église et l’État. Des propos qui ont fait vivement réagir à gauche. Pour revenir sur cette polémique, Rebecca Fitoussi reçoit sur le plateau d’OVPL, la sénatrice Françoise Laborde, Frédéric Lefebvre, du parti Agir, Guylain Chevrier du Comité Laïcité et République et Bruno Cautres, politologue. VOIR

 

Discriminations et persécutions envers les non-croyants dans le monde

Réunion avril 2018

Le Parlement européen, à l’initiative de la Vice-Présidente Mairead McGuinness, avait convié les associations philosophiques et non confessionnelles à une réunion de travail sur le thème des persécutions et discriminations exercées dans le monde à l’encontre des non croyants. Séminaire de travail avec le Parlement européen le 11 avril 2019.

Martine Cerf est intervenue pour ÉGALE, pour rappeler que même au sein de l’Union européenne, le respect de la liberté de conscience n’était pas encore satisfaisant.

 

Nouveau pas en faveur de l’euthanasie

En pleins États généraux de la bioéthique, un avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) favorable à une aide active à mourir a fait l’effet d’un pavé dans la mare. Adopté à 107 voix pour, 18 contre et 44 abstentions, cet avis appelle à une nouvelle loi sur «les derniers soins» qui donnerait la possibilité à une personne malade de recevoir «une sédation profonde expressément létale» à sa demande.

La «troisième assemblée» de la République, instance consultative régulièrement critiquée pour son inutilité, a ainsi apporté un soutien inattendu aux partisans de l’aide active à mourir. Sa contribution sera notamment prise en compte par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Pour expliquer sa prise de position, la commission «fin de vie» du Cese invoque la «persistance de situations dramatiques» : des demandes d’euthanasie qui ne rentrent pas dans le cadre de la loi actuelle. Elle juge aussi que la mise en œuvre de la loi Leonetti-Claeys de 2016 sur la fin de vie est «entravée par des difficultés d’ordre tant médical que juridique et éthique». Ce texte avait consacré le droit des patients en fin de vie à une sédation profonde et continue jusqu’au décès, soit un droit de «dormir avant de mourir pour ne pas souffrir». L’avis fait enfin état des sondages qui «montrent depuis plus de quinze ans que la grande majorité des Français est favorable à une évolution de la législation».

Une «clause de conscience»

Ce droit à des «derniers soins» serait soumis à des conditions et serait assorti d’une «clause de conscience» pour permettre à «tout médecin de refuser de pratiquer l’acte d’euthanasie».

«La loi ne peut pas dire qu’une vie ne vaut plus d’être vécue»

La demande d’une aide active à mourir devrait notamment être réitérée dans un délai minimal de 48 heures après la formulation initiale. Elle ne pourrait s’appliquer qu’aux personnes en souffrance atteintes «d’une affection incurable, en phase avancée voire terminale». L’avis évoque également la possibilité de demander une euthanasie même avec un pronostic vital estimé à six mois. Autrement dit, la sédation létale aurait pu répondre à la demande d’Anne Bert, cette romancière atteinte de la maladie de Charcot qui avait plaidé à l’automne dernier pour la liberté de choisir sa fin de vie en France, avant de partir se faire euthanasier en Belgique. Rapporteur de l’avis, Pierre-Antoine Gailly, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de région Paris Île-de-France, confie d’ailleurs avoir été personnellement en contact avec des personnes atteintes par cette maladie dégénérative incurable mais assure que cet avis n’a pas été rédigé «sous emprise émotionnelle forte». Au sein même de la commission fin de vie du Cese, présidée par Jean-François Naton, du groupe CGT, quelques membres issus de l’Unaf (Union nationale des associations familiales) et de la CFTC, ont cependant mentionné leur opposition à une sédation létale. «La loi ne peut pas dire qu’une vie ne vaut plus d’être vécue», ont fait valoir dans le rapport ces voix dissonantes.

Les autres préconisations du texte sont très largement dédiées au développement des soins palliatifs en France. L’avis insiste notamment sur la nécessité d’accroître et mieux répartir leur offre sur tout le territoire, d’exclure ces soins à l’hôpital de la tarification à l’activité (T2A) ou encore de lever les obstacles à la prise en charge palliative de ville.

Un oxymore

En se positionnant à la fois en défenseur des soins palliatifs et en partisan de l’euthanasie sans la nommer, la commission «fin de vie» du Cese semble vouloir abolir les frontières qui séparent les soins palliatifs de l’aide active à mourir. L’utilisation des expressions «derniers soins» et «sédation profonde» reflète cette volonté de situer dans une continuité les soins palliatifs et un geste médical létal.

«Donner la mort n’est pas un soin. C’est un geste en contradiction totale avec la philosophie des soins palliatifs»

«Entre une sédation profonde et continue à effet quasi instantané et une sédation expressément létale, je ne vois pas très bien où est la limite», commente Pierre-Antoine Gailly. Une approche jugée «scandaleuse» par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). «Qualifier l’euthanasie de “derniers soins”, c’est un oxymore. Donner la mort n’est pas un soin. C’est un geste en contradiction totale avec la philosophie des soins palliatifs, s’insurge Anne de la Tour, présidente de la Sfap. Alors que des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) ont précisé le mois dernier l’application de la loi Leonetti-Claeys sur la fin de vie, elle dénonce par ailleurs l’utilisation du terme «sédation profonde» dans l’avis du Cese.

«Aujourd’hui, il est très clair que l’objectif de cette sédation n’est pas d’entraîner la mort. Cet avis du Cese risque d’entraîner une nouvelle confusion», s’inquiète-t-elle. «Peut-on qualifier de dernier soin l’acte de se donner la mort? Il y a des limites et des confusions que l’on ne saurait franchir», avait lancé dès lundi soir Mgr Pontier, dans son allocution au collège des Bernardins, en présence d’Emmanuel Macron. «Ce déguisement de concept est particulièrement grave pour tous ceux qui sont attachés à la confiance entre soignants et soignés», abonde Tugdual Derville, d’Alliance Vita et porte-parole du collectif Soulager mais pas tuer. À l’inverse, Jean-Luc Romero, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), a salué sur les réseaux sociaux la volonté du Cese «certes pudiquement, avec la sédation profonde explicitement létale» de proposer de légaliser l’euthanasie. L’instance, appelée à devenir une «chambre de la société civile» à l’occasion de la réforme des institutions, a précisé s’être autosaisie du sujet de la fin de vie en réponse aux préoccupations citoyennes «exprimées tant au travers de sondages récents que de pétitions en ligne (en faveur d’une aide active à mourir, NDLR) ayant recueilli plus de 350.000 signatures».

 

Monsieur le Président, il faut respecter la Constitution dont vous êtes le garant !

Communiqué

Non content de rétablir des rencontres institutionnalisées avec les représentants des cultes, au mépris du principe de séparation des Églises et de l’État, Monsieur le Président, vous avez déclaré aux Bernardins à l’invitation de la Conférence nationale des évêques de France, le 9 avril 2018, qu’il fallait « réparer » le lien entre l’Église et l’État qui aurait été « abîmé ».

Non, vous ne pouvez pas « réparer » un lien « abimé » avec l’Église catholique, car la République laïque n’a de lien ni avec elle, ni avec aucun culte.

Non, vous ne pouvez pas imposer aux citoyens une priorité donnée aux représentants des cultes dans les débats de société, alors que ceux-ci ne cessent de clamer leur opposition aux libertés chèrement conquises.

Non, vous ne pouvez pas bafouer aussi ouvertement les citoyens de la  République laïque en affirmant que seule la religion peut donner du sens à leur vie.

Non, vous ne pouvez pas redonner à l’Église catholique un poids politique que la loi de Séparation du 9 décembre 1905 lui a fait perdre afin de préserver la liberté de conscience de tous.

En un mot, Monsieur le Président, respectez la laïcité, c’est-à-dire les choix de croyances et de conviction de chacun et le bel idéal d’émancipation qu’il vous revient de mettre en œuvre dans la République.

Paris, le 10 avril 2018

Françoise Laborde, Présidente, f.laborde@senat.fr

Martine Cerf, Secrétaire générale, martinecerf@orange.fr

publié le 10/04/2018

 

En Irlande, la légalisation de l’avortement signe la victoire des femmes contre l’Église

En Irlande, la légalisation de l’avortement signe la victoire des femmes contre l’Église

posté le 20/12/2018

En mai 2018, les Irlandais avaient voté à plus de 66 % contre l’interdiction de l’avortement.

Le 13/12/18, le parlement irlandais a adopté un projet de loi légalisant l’IVG.

Le 13 décembre dernier, le Parlement irlandais, en opposition avec l’Église, a dépénalisé l’avortement, entérinant ainsi les résultats du référendum historique de mai dernier contre l’interdiction constitutionnelle de l’avortement.

Le texte, dont l’examen avait commencé en octobre, prévoit d’après lemonde.fr « l’autorisation de l’IVG sans conditions jusqu’à douze semaines ou dans les cas de « risque pour la vie » ou de « grave danger pour la santé » de la femme enceinte. Il permet aussi l’avortement en cas d’anomalie du fœtus qui pourrait conduire à sa mort in utero. Le premier ministre, Leo Varadkar, a salué un « moment historique », sur son compte Twitter. »

Amnesty International a déclaré sur twitter  « C’est un progrès important pour les droits fondamentaux des femmes, mais des obstacles demeurent dans le projet de loi ».  L’ONG regrette en particulier les « délais obligatoires d’attente » et la « poursuite de la criminalisation des professionnels de santé ». La loi doit encore être signée par le président Michael Higgins avant d’entrer en vigueur.

Nelly Fouks

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Le Grand Duché de Luxembourg et les cultes, Synthèse historique

  [Voir les textes de référence dans le dossier documentaire]

1) De 1795 à 1815, le Luxembourg fait partie de la République française puis de l’Empire de Napoléon 1er. Il constitue l’essentiel du département des Forêts.

En 1815, il passe sous domination hollandaise, puis belge en 1830, puis prussienne en 1839… et devient un État souverain en 1867.

Depuis 1815, jusque tout récemment, le Grand-Duché continue d’appliquer des dispositions héritées de la période française, notamment :

  • la loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), autrement dit les Articles organiques (qui, pour le culte catholique, constituent le copieux versant règlementaire du Concordat de 1801)
  • le décret du 30 décembre 1809 concernant les fabriques des églises.

2) La Constitution du Grand-Duché tient compte de ces dispositions, elle dispose ainsi que « Les traitements et pensions des ministres des cultes sont à charge de l’État et réglés par la loi. » (Article 106)

En revanche, les dispositions grand-ducales sur l’enseignement religieux relèvent de la législation ordinaire de l’État.

3) En 2013, les Chrétiens-sociaux (parti de Monsieur Junker) perdent pour la première fois depuis longtemps la majorité parlementaire.

Une nouvelle majorité de coalition arrive au pouvoir. Elle comprend le Parti Démocratique (libéral dirigé alors par Xavier Bettel, depuis lors chef du gouvernement), le Parti Socialiste Ouvrier Luxembourgeois (social-démocrate) et le Parti des Verts.

Cette coalition proposait un programme de gouvernement qui prévoyait notamment :

  • une politique très avancée dans le domaine sociétal
  • une réforme constitutionnelle portant notamment sur
    • le financement des ministres des cultes ;
    • les droits politiques des concitoyens non luxembourgeois ;
    • la participation des jeunes au processus politique ;
    • la limitation dans le temps des mandats ministériels.
  • une révision complète du régime des cultes :

Les réalités sociétales requièrent une remise en cause des relations Actuelles entre l’État et les cultes. Les partis de la coalition gouvernementale affirment le principe du respect de la liberté de pensée, de la neutralité de l’État à l’égard de toutes les confessions religieuses ainsi que de l’autodétermination des citoyens. 

Le Gouvernement dénoncera les conventions existantes pour entamer des négociations avec les cultes, lancer une discussion sur leur financement et redéfinir les relations entre les communes et les cultes. La législation relative aux fabriques d’église sera remplacée par une réglementation qui garantira la transparence au niveau du patrimoine et des ressources des Églises. 

Il sera introduit un cours unique neutre et harmonisé d’éducation aux valeurs pour tous les élèves de l’enseignement fondamental et secondaire, lequel remplacera les cours actuels « Formation/Éducation morale et sociale » et « Instruction religieuse et morale » dans l’enseignement fondamental et secondaire.  

Dès 2014, les célébrations officielles de l’État pour la Fête nationale connaîtront un acte central à caractère civil.

4) Les réformes sociétales sont pratiquent toutes adoptées (le Premier ministre Bettel épousera son compagnon immédiatement après la promulgation d’une loi sur le « mariage pour tous »).

5) La réforme constitutionnelle n’aboutit pas :

  • La majorité parlementaire est trop étroite
  • Pour un référendum les électeurs (comme souvent partout) votent pour ou contre celui qui pose la question, plutôt que sur la question posée. Or, en 2015, le gouvernement tente une telle consultation populaire sur trois sujets qui, pour deux d’entre eux au moins, semblaient devoir faire consensus (le droit de vote à 16 ans ; le vote de certains résidents étrangers ; la limitation à 10 ans la durée maximum, en continu, d’un mandat ministériel). Le vote Non l’emporte très largement pour les 3 questions … Le gouvernement ne tentera plus d’autre consultation directe de la population (Son mandat de plus s’achève cette année 2018).

6) Le gouvernement négocie et signe avec tous les cultes (dont l’Église catholique représentée par l’archevêque de Luxembourg – qui subira les critiques de sa base !) une Convention qui redéfinit complètement le régime de ces cultes.

7) Les dispositions de cette convention sont traduites progressivement en textes de lois adoptés par le Parlement :

  • Une loi modifie le décret de 1809 sur les fabriques paroissiales : les communes sont déchargées de tout financement des paroisses.
  • Les bâtiments cultuels catholiques et leurs annexes (presbytères etc.) sont confiés à une Fondation nationale catholique qui doit prendre en charge la totalité des frais d’entretien de ceux-ci.
  • 6 autres lois définissent les relations avec tous les cultes « reconnus » :
    • il s’agit des cultes catholique, protestant, orthodoxe, anglican, israélite et musulman
    • pour le culte catholique, les ministres en fonction continuent à percevoir un traitement jusqu’à 65 ans, puis une pension. Les nouveaux « embauchés » seront à la charge directe de l’Église. Celle-ci perçoit une subvention globale qui diminue progressivement (elle passera immédiatement de 24,6 à 8,3 millions d’euros)
    • pour les autres cultes, une subvention globale est aussi allouée (suivant l’importance des communautés, elle varie de 125 000 à 450 000 euros annuels).

8) Un cours « Vie et société » remplace le cours d’instruction religieuse et morale et le cours d’éducation morale et sociale, d’abord dans l’enseignement secondaire, puis dans le primaire. Les enseignants actuels de religion sont « recyclés ».

9) Selon les sondages, il n’est pas certain que la coalition actuelle soit reconduite aux prochaines élections… normalement en octobre 2018.

L’opposition chrétienne-sociale, qui pourrait revenir au pouvoir, n’a pas toujours accepté les réformes présentées ci-dessus. Or, celles-ci sont parfois contestées juridiquement : elles ont été adoptées sans que préalablement la Constitution soit modifiée…

Un nouveau gouvernement fin 2018 reviendrait-il sur certaines des réformes ? Difficile de répondre aujourd’hui à cette question…

Michel Seelig

 

 

L’appel des 100 intellectuels contre le « séparatisme islamiste. »

Le Figaro publie dans son n° daté du 20 mars 2018, l’appel de 100 intellectuels qui dénoncent la volonté séparatiste de certains mouvements islamistes, rappellent les dégâts sur la société généré par l’apartheid et rappel que les choix de la France sont à l’opposé de ces conceptions séparatistes. Ils rappellent le principe de laïcité, au fondement de nos libertés : « nous voulons vivre dans un monde complet où aucune religion ne fait la loi »

Voir l’appel et la liste des signataires

 

Les consignes de vote de l’Église aux catholiques italiens

  En Italie, l’Église est toujours intervenue pour indiquer à ses fidèles en faveur de qui voter. Toutefois, lors des élections du 4 mars dernier, presque tous les partis politiques italiens, de l’extrême-droite à la gauche, assuraient absolument convenir aux catholiques. Comment, dans ce panorama complexe, l’Église italienne a-t-elle pu donner tout de même des consignes de vote à ses fidèles ? Pour avoir une réponse à cette question, nous avons analysé les conseils électoraux de la Conférence épiscopale italienne, de la puissante organisation ecclésiale « Comunione e Liberazione » et de la revue jésuite Civiltà Cattolica.

Jusqu’en 1994, l’Église italienne n’avait aucune hésitation pour élaborer ses consignes de vote. La puissante Démocratie chrétienne (D.C.) était la courroie de transmission politique de l’Église dans le domaine public. À chaque élection, il s’agissait donc de rappeler aux fidèles que leur devoir de catholiques était de voter pour le parti de l’Église. Ces consignes étaient transmises tant par les médias catholiques que par les prédicateurs en chaire de vérité. Dans les pays étrangers où de fortes communautés d’émigrés italiens étaient établies, c’étaient les missionnaires catholiques italiens qui s’affairaient pour que leurs compatriotes votent en faveur de la D.C.

Les catholiques italiens ne suivaient cependant pas unanimement ces consignes, comme en témoigne, pendant toute la guerre froide, la puissance électorale du Parti communiste italien, composé en partie de « catho-communistes » — malgré l’excommunication prononcée contre eux par Pie XII en 1949. En témoignent aussi la victoire du divorce et de la dépénalisation de l’avortement lors de deux référendums, alors que l’Église avait pourtant voulu peser de tout son poids en sens contraire.

Mais l’année 1994 a fait éclater ce schéma simple : la Démocratie chrétienne disparaît alors sous les coups des scandales de corruption et de l’opération « Mani pulite » (mains propres). Les catholiques italiens, un moment regroupés au sein du Parti populaire italien (PPI), finissent par entrer dans l’ensemble des partis et spécialement dans le Parti démocrate (P.D.) ou dans Forza Italia et Popolo della Libertà, les deux partis successifs de Silvio Berlusconi, mais aussi dans le parti Cinque Stelle (Cinq étoiles), fondé en 2013. Pendant les années où Silvio Berlusconi a été président du Conseil ou a dominé le champ politique italien, les sympathies des évêques allaient généralement vers le centre-droit, comme l’a concédé dans une récente interview (Corriere della Sera, 7 février 2018), le cardinal Ruini, qui a présidé la Conférence épiscopale (CEI) de 1991 à 2007.

L’arrivée du pape François sur le trône pontifical a redistribué différemment les cartes politiques. Bien sûr, il n’a pas renié ce qu’étaient autrefois des principes non négociables pour adouber un homme politique catholique — le soutien aux écoles privées, à la famille et au « respect de la vie » —, mais il a ajouté d’autres points au programme de base catholique, des points qui peuvent le rapprocher des programmes de gauche. Ainsi en est-il de l’accueil des migrants, de la lutte contre la xénophobie ou de la mobilisation active contre le chômage et la pauvreté.

Le président de la CEI, le cardinal Gualtiero Bassetti, a affirmé que ces priorités énoncées par le pape, ne lient l’Église à aucun parti mais sont proposées à tous. Le 22 janvier 2018, en ouverture des travaux du Conseil épiscopal permanent, il précisait que reconstruire, recoudre et pacifier étaient des buts à poursuivre par les chrétiens en politique. Ces objectifs doivent être appliqués à toute l’Italie, du Sud au Nord, et contribuer à construire des ponts. Le cardinal a rappelé que la famille humaine est une, que l’Église doit voir dans les vaincus de l’histoire et les étrangers le visage du Christ et que chaque chrétien se doit d’aller vers eux en surmontant la peur et la xénophobie.

Pour le président de la CEI, les discours sur la « race » rappellent les lois raciales italiennes de 1938, insupportables pour des chrétiens. En termes politiques, il est évident que cette prise de position est clairement dirigée contre une partie de la droite italienne (Ligue du Nord, Ligue lombarde) qui divise les Italiens entre ceux du Nord et du Sud et qui tient des discours sur la protection de la « race blanche ». Attilio Fontana, par exemple, pressenti par la droite pour le poste de gouverneur de la région Lombardie, avait affirmé le 15 janvier 2018, sur les ondes de la radio de la Ligue du Nord, qu’il fallait protéger « notre ethnie », « notre race blanche ». C’est bien contre cette déclaration que réagissait une semaine plus tard le cardinal Bassetti qui, par ailleurs, condamnait aussi les promesses électorales irréalisables et l’absentéisme électoral. À ses yeux, trop d’Italiens n’ont plus confiance en la politique et désertent les urnes.

Mais la conférence épiscopale italienne n’a pas été la seule à proposer des directives aux électeurs catholiques. « Comunione e Liberazione » (C.e L.) est, sans aucun doute, la plus grande association politico-ecclésiale d’Italie. Son « Meeting » annuel, qui réunit des milliers de participants, voit défiler à sa tribune des dizaines d’hommes et de femmes politiques qui tiennent à y être vus. À l’ouverture de l’édition 2017, qui s’est tenue en août à Rimini, non moins de six ministres en exercice étaient présents et c’est le premier ministre Paolo Gentiloni en personne qui a ouvert le programme.

Régulièrement, des présidents de la République, anciens ou en exercice, comme d’anciens hommes politiques communistes, participent au « Meeting ». C’est dire que les consignes électorales de ce puissant mouvement sont largement répercutées par les médias. Mais, actuellement, les candidats C.e L. se sont dispersés dans les différents partis nationaux et régionaux de la botte, sauf peut-être à l’extrême-gauche et dans le parti de Beppe Grillo.

On retrouve donc, par exemple, des membres de C.e L. dans Forza Italia et Noi per l’Italia, mais le mouvement a aussi diffusé un discours du pape François en vue des élections du 4 mars (Cesena, 1er octobre 2017), où celui-ci précise ce que doit être la politique et l’engagement pour le bien commun. Le catholicisme démocratique et ses associations restent ancrés au Parti démocratique et Matteo Renzi, lui-même ancien scout catholique, n’a cessé de faire les yeux doux à la gauche de C.e L. ; aucun(e) candidat(e) n’a toutefois reçu un imprimatur quelconque ou un mandat du mouvement ecclésial.

Les jésuites italiens aussi ont donné leur point de vue sur les élections.

Leur revue, la Civiltà cattolica, qui diffuse depuis 1850 leur pensée, est le plus ancien périodique d’Italie et apparaît même, depuis le pontificat du pape François, lui-même jésuite, comme une sorte de Moniteur alternatif du Vatican. Le 3 février 2018, le bimensuel semi-officiel du Saint Siège (Cahier 4023), publie un article intitulé « À la veille des élections politiques en Italie ». Il défend fermement la Constitution italienne et ses valeurs, et propose cinq critères pour exprimer un vote « responsable ».

L’article du père Francesco Occhetta invite clairement à ne pas voter « Cinque Stelle », ni pour les droites identitaires de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) et Matteo Salvini (Ligue du Nord). Il condamne ceux qui exaltent le nationalisme et font oeuvre de démagogie.

L’organe des jésuites, qui est dirigé par le père Antonio Spadaro, conseiller du pape, et dont les épreuves sont revues par la Secrétairie du Vatican, voit dans de larges coalitions politiques au pouvoir la meilleure solution pour gouverner l’Italie, et tire un bilan très positif du gouvernement sortant de Paolo Gentiloni, un gouvernement de centre-gauche. Si la consigne de vote n’est pas totalement explicite, elle est claire.

Les consignes de vote de la CEI, de C.e L. et de la Civiltà cattolica allaient finalement dans le même sens. Mais les catholiques sont le 4 mars dernier arrivés aux urnes en ordre dispersé et les partis considérés comme vainqueurs des élections (Cinque Stelle, Lega, Fratelli d’Italia…) sont justement ceux contre lesquels l’Église mettait en garde les catholiques italiens. Ces derniers sont donc restés, dans une large mesure, imperméables aux consignes de vote que leur donnait l’Église — une Église italienne dont le pouvoir de conviction politique est ainsi, assurément, surestimé.

(Université libre de Bruxelles).

ÉGALE | Egalité Laïcité Europe  Courriel : contact@egale.eu

Association Loi 1901

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Mauvais genre en Bulgarie

Dans les manifestations diverses de la montée des populismes et nationalismes dans les pays de l’Union européenne, la dernière en date, qui devrait nous inquiéter tout particulièrement , est le refus , par un certain nombre de pays, de   ratifier La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, plus connue sous le nom de Convention d’Istambul.

Cette convention est le premier traité européen prenant spécifiquement pour cible les violences faites aux femmes et la violence domestique. Elle repose sur l’idée que, s’agissant d’une forme de violence sexiste exercée sur les femmes parce qu’elles sont des femmes, il incombe aux états de la combattre, de prendre des mesures pour la prévenir, pour protéger les victimes et poursuivre les auteurs.

Dès lors, comment des pays qui ont participé à l’élaboration de cette convention et l’ont signée  refusent-ils soudain de la ratifier (ou, comme la Pologne, menacent-ils de s’en retirer), en contradiction avec la volonté d’égalité entre les femmes et les hommes qu’ils continuent de proclamer ?

C’est maintenant le gouvernement bulgare, pourtant favorable à la ratification, qui vient de la supprimer de l’agenda parlementaire, qui plus est le 7 mars, à la veille de la Journée des droits des femmes, à l’issue d’un véritable happening, envahissant l’espace médiatique et politique local.

Au prétexte d’arguties sur la notion de genre, évoquée dans le texte, et sa traduction en Bulgare, la convention a été accusée de promouvoir une indifférenciation des sexes, voire un « 3e genre » (sic) et d’engager la déliquescence de la société bulgare.

Premiers à sonner la charge : « L’Union des Patriotes » alliance de partis ultra nationalistes et populistes, a menacé de quitter la coalisation gouvernementale si la Convention, considérée comme une machine de guerre visant à détruire les valeurs traditionnelles du pays, était ratifiée.

L’Église orthodoxe de Bulgarie, emboîtant le pas, a multiplié les interventions publiques, et, dans la foulée d’ un communiqué aux relents ouvertement sexistes et homophobes, a réclamé l’excommunication des députés qui s‘exprimeraient en faveur de la ratification.

« L’utilisation du terme « genre » et ses dérivés poursuivent des buts différents de ceux qui sont proclamés, à savoir la défense de la femme contre la violence. Ces termes sont utilisés pour faire de la politique de l’État une idéologie qui nie que l’être humain existe comme homme ou femme. »

Le Grand Mufti de Bulgarie pour ne pas être en reste, a condamné la Convention comme étant « un instrument de déstabilisation de la famille », sans pertinence sur la situation des femmes qui sont « traitées par les musulmans bulgares, selon les prescriptions du prophète, sans violence et avec respect »

Le Parti Socialiste Bulgare, tournant le dos à une longue tradition d’engagement pour les droits des femmes s’est joint au concert des « anti genre » refusant toute éducation sexuelle ou combattant les stéréotypes de genre.

La palme de l’inanité revenant au président Rumen Radev déclarant qu’il « ne servait à rien de signer le Traité puisque la violence existait toujours dans les pays qui l’avaient signé. », sans pour autant préciser si, selon cette même logique, il allait cesser de poursuivre tous les crimes et délits qui perduraient malgré les lois qui les répriment……

Cette volteface du gouvernement bulgare, cédant à la pression d’une opinion hystérisée par les forces religieuses et politiques les plus obscurantistes, réactionnaires et misogynes du Pays, unies dans un improbable attelage de circonstance, est un très mauvais signal à un moment où la Bulgarie vient de prendre la Présidence de l’UE et, à ce titre, pèse sur le processus de ratification de la Convention d’Istamboul, par l’Union européenne.

Tout ce désordre nous rappelle, s’il en était besoin, que l’intervention des Églises dans le débat législatif est toujours source de régression, pour les droits des femmes en premier lieu.

Enfin, la multiplication, en Europe et tout particulièrement dans les pays de l’ECOBB , de coalitions identitaires hétéroclites, menant des campagnes de désinformation et créant des foyers de déstabilisation au sein de l’Union européenne, ne peut qu’accréditer l’idée que ces désordres ne sont ni spontanés ni fortuits.

Laure Caille

 

Quand les tunisiennes manifestent pour l’égalite hommes/femmes en matière d’héritage

En Tunisie, seul pays du Magreb où les femmes jouissent d’une certaine liberté, elles sont toujours largement défavorisées en ce qui concerne les successions. Le samedi 10 mars 2018, elles sont descendues dans la rue pour manifester. 

Égalité ! « ,  » Égalité !  » Le slogan était partout, samedi 10 mars, dans le quartier du Bardo, à -Tunis, la capitale.  » Égalité ! «  dans les mots hurlés.  » Égalité ! «  sur les pancartes brandies.  » Égalité ! «  dans les esprits et les cœurs d’une foule de Tunisiens – environ 2 000 personnes – marchant pour que cesse la discrimination frappant les femmes en matière d’héritage.  » C’est un événement historique « , se réjouit Emna Ben  Miled, psychologue et anthropologue, à l’initiative de ce rassemblement.

La première manifestation contre l’inégalité successorale.

La Tunisie des droits des femmes a connu des manifestations plus massives que celle-là – notamment lorsque les islamistes d’Ennahda étaient au pouvoir (fin 2011-début 2014) –, mais c’était bien la première fois qu’une manifestation était spécifiquement organisée contre l’inégalité successorale, sujet éminemment sensible car inscrit dans d’immémoriales traditions. Selon la loi tunisienne, issue en l’occurrence des préceptes du Coran, la femme n’hérite que de la moitié de la part de l’homme du même degré de parenté.

Un débat promis à s’installer en force.

Le débat autour de l’inégalité successorale promet de s’installer avec force ces prochains mois sur la scène publique en Tunisie. L’initiative en revient au président de la République, Béji Caïd Essebsi, qui avait annoncé, le 13  août 2017, son souhait d’aboutir en Tunisie à  » l’égalité – entre hommes et femmes – dans tous les domaines « .  » Et toute la question réside dans l’héritage « , avait-il alors ajouté. A cette fin, il a mis sur pied une  » commission de l’égalité et des libertés individuelles « , chargée de réfléchir à une réforme de l’arsenal législatif afin d’en éliminer les dispositions attentatoires aux libertés individuelles ou sources de discrimination.  » Il s’agira d’un projet civilisationnel « , explique la présidente de ladite commission, Bochra –Belhaj Hmida, avocate féministe et députée affilée à Nidaa Tounès, le parti du président Essebsi.

Une échéance probable en juin avec extension à toutes les inégalités de genre.

Le rapport de la commission devait être rendu en février, mais la perspective d’élections municipales en mai a reporté l’échéance, vraisemblablement en juin. Si la question de l’héritage est le chantier emblématique de cette commission, celle-ci examinera aussi toute la gamme d’inégalités de genre. La question de la dépénalisation de l’homosexualité sera également abordée. Tous ces sujets demeurent très sensibles en Tunisie, où la frange progressiste  de la population doit toujours compter sur un environnement majoritairement conservateur. Les esprits, toutefois, évoluent, à en croire les militants les plus impliqués sur ces combats sociétaux.  » La population tunisienne est davantage prête que ne l’admettent les hommes politiques « , assure Wahid Ferchichi, professeur de droit et président de l’Association tunisienne de défenses des libertés individuelles. Le simple fait que la question de l’égalité dans l’héritage, taboue jusqu’il y a quelques années, soit désormais débattue dans la sphère publique est  » une victoire pour les féministes en Tunisie « , se réjouit Monia Ben Jemia, président de l’Association tunisienne des femmes démocrates.

Une réforme  » révolutionnaire « 

La coalition gouvernementale, forgée en  2015 autour des partis Nidaa Tounes ( » moderniste « ) et Ennahda ( » islamiste « ) – le premier étant en position dominante – et qui a contribué à dépassionner les grandes querelles idéologiques de l’après-révolution de 2011, crée sûrement un contexte politique favorable à une avancée. Désireux de polir leur image, notamment sur la scène internationale, les dirigeants d’Ennahda affichent une ouverture d’esprit nouvelle, même si une partie du camp  » moderniste  » continue de douter de la sincérité de leur évolution.  » Si une réforme doit passer, c’est maintenant ou jamais, affirme Mme Ben Jemia. L’actuel rapport des forces politiques permet une entente entre les deux formations. «  Mais qu’en serait-il en cas de réalignement de la scène politico-électorale ? Aussi Mme Belhaj Hmida est-elle résolue à ne pas laisser passer l’occasion. Elle annonce une réforme  » révolutionnaire « ,  » aussi importante que le code du statut personnel « . Ce code, imposé en  1956 au lendemain de l’indépendance par Habib Bourguiba, le  » père de la nation « , a placé la Tunisie à l’avant-garde du monde arabo-musulman en matière de droits des femmes. Cet arsenal législatif a aboli la polygamie, institué le divorce judiciaire – se substituant à la répudiation –, fixé un âge minimum pour le mariage – 15 ans pour les femmes, devenu plus tard 18 ans – et exigé le consentement des deux époux lors de l’union. Socle de ce qu’on a appelé le  » féminisme d’Etat « , le code du statut personnel demeure toutefois  » ambivalent « , souligne Sana Ben Achour, professeure de droit et figure du féminisme tunisien. Car il dispose toujours que le père est le  » chef de famille « , demeure hermétique à l’idée de viol conjugal et ne touche pas à l’inégalité successorale.

Une évolution sociétale qui rend indispensable l’ajustement de la loi aux nouvelles réalités.

L’évolution sociétale de la Tunisie, où les femmes représentent désormais plus du quart de la population active et contribuent ainsi à la formation du patrimoine familial, rend impératif, aux yeux des féministes tunisiennes, un ajustement de la loi aux nouvelles réalités. Une partie de la société a d’ailleurs elle-même commencé à prendre les devants sans attendre une réécriture de la loi. De nombreuses -familles instituent déjà l’égalité entre frères et sœurs à travers des donations octroyées du vivant des parents, surtout depuis qu’elles font l’objet d’exonérations fiscales.

Une nouvelle étape décisive pour les droits des femmes.

La Tunisie est-elle à la veille d’un nouveau grand chambardement ? La publication, en juin, des conclusions du rapport de la commission de Mme Belhaj Hmida promet assurément d’être une étape décisive. Un  » code des libertés individuelles  » en émergera, ainsi qu’une série de projets de loi dépoussiérant le corpus législatif existant. Mais, avec une Constitution de 2014 qui proclame tout à la fois que l’Etat garantit  » la liberté de conscience « et  » protège le sacré « , la Tunisie demeure dans une certaine schizophrénie.

Afin de ménager les sensibilités, la commission de Mme Belhaj Hmida pourrait ainsi proposer une égalité de principe assortie d’options, une manière d’accommoder les familles qui souhaiteraient perpétuer les traditions. Mais, sur la question de l’héritage, Mme Belhaj Hmida, est formelle :  » Même s’il y a des options, on restera dans l’égalité. « 

d’après Frédéric Bobin pour Le Monde

 

Des anciens Bernardins à la nouvelle Académie catholique de France

Emmanuel Macron a choisi le 9 avril dernier de s’exprimer devant la Conférence des évêques catholiques de France dans un ancien couvent dit le « collège des Bernardins ».

Ce bâtiment accueillait depuis le XIIIe siècle et jusqu’à la fin du XVIIIe des moines cisterciens et des étudiants en théologie. Il ne rassemblait que quelques moines quand l’Assemblée Constituante la sécularisa en 1790. Tout au long du XIXe il servit tour à tour de prison, de grenier à sel, et enfin, de caserne de pompiers. La Ville de Paris cherche alors à se débarrasser d’un bâtiment délabré et instable (des fondations reposent sur les alluvions d’un bras de la Bièvre). L’archevêché de Paris dirigé par le cardinal Lustiger se porte alors acquéreur. La transaction est opérée sous le mandat du maire PS de la ville, Bertrand Delanoë, dont les sentiments cathophiles sont connus. Les travaux de restauration, extrêmement coûteux, sont pris en charge en commun par l’association diocésaine par les collectivités publiques, région d’Île-de-France et Ville de Paris ainsi que par l’État, au nom de la préservation d’un édifice historique. Agrandi en cette occasion, il s’étend désormais sur 5000 m² de surface utile. L’archevêché en possession du site donne à l’ancien collège des Bernardins l’appellation d’« Académie catholique de France ».

Outre des manifestations cultuo-culturelles, six départements d’études de l’École cathédrale s’y implantent: •économie, hommes et société •société, liberté et paix •judaïsme et christianisme •la parole des arts •éthique biomédicale Les personnes fréquentant ces départements appartiennent très souvent aux courants les plus conservateurs de l’Église catholique, notamment en ce qui concerne les questions de bioéthique. L’ « École cathédrale » tend à promouvoir la présence de prêtres et de croyants dans l’enseignement, la recherche et les milieux artistiques.

L’Académie catholique de France, au 16 de la rue de Poissy, profite de la proximité territoriale de la cathédrale Notre-Dame et de ses bureaux adjacents, de son parvis rebaptisé « Jean-Paul II » sous la mandature municipale de Delanoë et du pont de l’archevêché (sous-titré « Jean-Marie Lustiger » à la même période). L’ensemble immobilier de la rue de Poissy et son environnement mi-public mi-confessionnel forme un embryon de cité épiscopale comme il en existait sous l’ancien régime dans de nombreuses villes.

Alain Vivien

 

Les candidats à la direction du PS se positionnent sur la laïcité

Des militants ont soumis aux quatre candidats en lice un questionnaire sur leur attachement à la laïcité et sur leur conception de sa mise en oeuvre. Ils ont posé les questions d’actualité, y compris celles qui correspondent à des demandes des associations laïques, jamais prises en considération dans le précédent quinquennat. On peut citer en exemple l’abrogation de l’enseignement religieux obligatoire à l’école publique en Alsace et en Moselle, ou encore l’application de la loi de 1905 en Guyane.

Il ressort des réponses que le seul à s’être réellement impliqué dans l’exercice est Olivier Faure, qui affirme son attachement au principe de laïcité et à son application effective, au-delà des déclarations d’intention.

Stéphane Le Foll répond rapidement et avec une prise de position étonnante sur l’abrogation du délit de blasphème, puisqu’il énonce une contre vérité sidérante : « Sur le sujet du blasphème comme délit, la France et sa doctrine sont une exception et un particularisme dans l’Europe et dans le Monde ». La réalité est plutôt que non seulement l’Union européenne, mais aussi le Conseil de l’Europe demandent depuis longtemps que le délit de blasphème soit abrogé partout. Il n’existe d’ailleurs plus dans la plupart des pays de l’UE. Cela, Stéphane Le Foll l’ignore superbement.

Emmanuel Maurel se contente d’une déclaration d’intention rapide et globale et ainsi évite d’entrer dans la précision du questionnaire.

Quant à Luc Carvounas qui ne s’est pas donné la peine de répondre, il faut, pour connaître sa position sur le sujet, reprendre son interview du 9 janvier 2018 dans Libération , dans laquelle il prône, ni plus ni moins, que les communes financent les lieux de culte et qu’à la fois elles respectent la loi de 1905 (qui l’interdit) :

« Q. Sur la laïcité, êtes-vous sur la ligne de votre ancien mentor [Manuel Valls] ?

R. Tout le monde n’arrête pas de dire «la loi de 1905, toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905». Sauf qu’on est en 2018 et que parce que j’ai été maire, je sais que cela nous oblige à faire des contorsions pas possibles pour financer des lieux de culte, en séparant culturel et cultuel. Je demande la création d’une Agence nationale de la laïcité, distribuant des fonds aux municipalités pour créer des lieux de culte. Elle aurait un pouvoir de contrôle de l’action des maires et pourrait sanctionner les manquements à la loi de 1905. On peut avoir tous les projets du monde, si le premier guichet républicain – le maire – déraille, c’est tout le collectif qui déraille. »

Cela au moins a le mérite d’exposer au grand jour la confusion qui règne depuis longtemps à la direction du PS au sujet de la laïcité. Il faudra attendre les élections internes à ce parti pour connaître sa position sur l’application du principe de laïcité.

Martine Cerf

Voir les réponses des candidats

 

Au Sénat, braderie de printemps pour la laïcité… et la transparence

UFAL,13 mars 2018

 L’art 38 de la loi « société de confiance » aggravé par la droite sénatoriale !

Débat de tous les dangers au Sénat les 13, 14, 15 et 20 mars sur le projet de loi « pour un Etat au service d’une société de confiance ». Son article 38 s’attaque au principe de laïcité comme nous l’avons déjà exposé. Alors que l’Assemblée, en première lecture, avait renoncé à modifier l’art. 19 de la loi de 1905, voilà que la commission des lois du Sénat y revient, et en rajoute !

 Tout pour « renforcer les ressources » des Églises…

Le 30 janvier, en première lecture, l’Assemblée avait abandonné la disposition de l’art. 38-I visant à modifier l’art. 19 de la loi de 1905. Il s’agissait de permettre aux « associations cultuelles »(1) de détenir et gérer des immeubles à objet lucratif (et non plus exclusivement cultuel), pour « renforcer leurs ressources ». Toutefois, elle avait voté le scandaleux 38-II, exemptant les seules associations cultuelles de l’obligation de déclarer leurs actions de lobbying auprès des décideurs publics !

Eh bien, la droite, majoritaire au Sénat, a fait pire en commission spéciale. Elle a :

  • rétabli la disposition l’art. 38-I modifiant l’art. 19 de la loi de 1905 : cadeau aux cultes ;
  • inséré un nouvel art. 38-III protégeant contre toute préemption par une collectivité publique les immeubles acquis par donation entre vifs aux « fondations, congrégations, associations ayant la capacité à recevoir des dons » (dont les associations cultuelles). Ainsi, le patrimoine non cultuel désormais autorisé aux Eglises par le 38-I sera mis à l’abri de l’intérêt public !

Notons que les sénateurs des groupes Socialistes et républicains, et RDSE (ex-PRG) ont déposé, évidemment sans succès, des amendements de suppression, de modification ou de rejet partiel(2).

Mais il y a encore mieux !

 Les élus locaux contre la loi sur la transparence et la lutte contre la corruption

Elargissant le 38-II maintenu, la majorité de la commission spéciale du Sénat a adopté une disposition nouvelle, qui « détricote » la loi sur la transparence et la lutte contre la corruption elle-même. Ainsi, les art. 38-IV et 38-V nouveaux rétrécissent la liste des décideurs publics, auprès desquels les démarches des « représentants d’intérêts » doivent être déclarées(3). Ils en suppriment :

  • du côté des fonctionnaires (manifestement pour afficher une fausse symétrie Etat/collectivités) : les membres de cabinets des autorités territoriales et la quasi-totalité des hauts-fonctionnaires ou décideurs précédemment visés par les obligations de la loi ;
  • du côté des collectivités (le véritable objet poursuivi) : les présidents des grandes collectivités déconcentrées (conseils régionaux, départementaux, assemblées et exécutifs de Corse et d’outre-mer…), les maires de communes de plus de 20 000 habitants ; les adjoints au maire de celles de plus de 100 000 habitants ; les conseillers régionaux, départementaux, exécutifs, etc.

La liste des exemptés est impressionnante, et contient l’essentiel des décideurs publics en matière d’investissements – puisque l’Etat n’est plus qu’un investisseur marginal ! Le lobby des élus locaux n’aime pas la transparence sur les lobbies (principalement économiques) auxquels il ouvre ses portes (avec quelques pots de vins au passage ?). Les « représentants d’intérêt » ont de nouveau de beaux jours devant eux : la corruption pourra rester plus facilement ignorée du public.

Oui, le combat laïque et le combat social ont vraiment partie liée !

Charles ARAMBOUROU

 

Article 38 adopté par la commission spéciale du Sénat 

I. – Après le huitième alinéa de l’article 19 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : « Elles pourront posséder et administrer tout immeuble acquis à titre gratuit. » 

II. – (Non modifié) À la fin du d de l’article 18-2 de la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, les mots : « , dans leurs relations avec le ministre et les services ministériels chargés des cultes » sont supprimés. 

III (nouveau). – Après le 4° de l’article L. 213-1-1 du code de l’urbanisme, il est inséré un 5° ainsi rédigé : « 5° Au profit des fondations, des congrégations, des associations ayant la capacité à recevoir des libéralités et, dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, des établissements publics du culte et des associations inscrites de droit local. » 

IV (nouveau). – Les 6° et 7° de l’article 18-2 de la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique sont abrogés. 

V (nouveau). – Le b du 2° du IV de l’article 25 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique est abrogé.

1. C’est-à-dire aux seuls cultes chrétiens et juif.
2. Que faisait le Groupe Communiste, républicains, citoyens et écologistes
3. A la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

 

Algerie : comment le voile s’impose aux jeunes filles

Algerie : comment le voile s’impose aux jeunes filles

posté le 07/03/2018

Le journal algérien, El Watan, consacre un article aux pressions subies par les jeunes filles et tout particulièrement les étudiantes pour qu’elles portent le voile.

Les témoignages recueillis par El Watan interpellent. Un certain nombre de jeunes Algériennes portent le voile, non par choix, mais pour éviter les agressions. D’autres au contraire le retirent, réalisant qu’il ne les protège pas. On peut aussi légitimement se poser la question du port du voile dans les quartiers en France sur le même mode de fonctionnement.

Il sublime provoque, suscite des polémiques ; le voile, cet accoutrement ostentatoire islamique, continue à bouleverser la société algérienne.

Ces dernières années, il tend à devenir ce paréo censé protéger les filles du harcèlement dans la rue. Pour d’autres, il ne s’agit que d’un phénomène de mode.

Pour les islamistes, il est l’objet phare sur lequel se fonde leur idéologie et devient une cause prioritaire. Face à la pression, familles et filles cèdent au chantage.

Je continuerai à les harceler jusqu’à ce qu’elles le portent toutes et qu’elles le portent correctement. C’est normal qu’on les harcèle ou qu’on les agresse, ce n’est pas notre faute si elles n’ont pas de pudeur.

Dieu a dit qu’une femme qui se respecte se voile, elle n’ira pas montrer ses attributs à ses frères musulmans. Mais les filles de nos jours ne se respectent plus et s’en foutent de la religion. Honte à elles !», déclare un jeune sur une chaîne de télévision privée à relents islamistes. Le message est sans équivoque et ne souffre d’aucune ambiguïté.

Depuis quelques années, le phénomène du harcèlement des étudiantes dans les campus prend de l’ampleur et des proportions alarmantes qui va jusqu’à l’agression, et rares sont celles qui portent plainte, de peur de représailles. Il n’est donc pas toujours facile d’être étudiante sans porter le voile.

Imane, 23 ans, étudiante à Bouzaréah, a vécu un chauchemar «Un jour en rentrant de l’université, un jeune homme est venu m’aborder. Je ne m’y intéressais pas, je continuais mon chemin vers l’arrêt de bus normalement. Comme je ne lui portais aucune attention, il me tira par les cheveux et me retourna face à lui pour me donner par la suite un coup de poing en plein visage.

J’étais sous le choc, je ne pouvais rien faire et personne ne voulait m’aider ! Il m’insultait par tous les noms et il est parti comme si de rien n’était», raconte-t-elle avec amertume, visiblement toujours bouleversée par la tournure que cette affaire allait prendre. «Arrivée chez moi, ma mère avait remarqué mon œil au beurre noir.

 

En lui expliquant ce qui m’était arrivée, elle finit par me faire comprendre que c’était de ma faute parce que je ne me respectais pas et qu’elle ne voulait pas en parler à mon père pour ne pas assumer la responsabilité. Après quoi, j’ai été obligée de porter le voile». Pourtant Imane n’a jamais réellement subi la pression de ses parents pour porter le hidjab. «Certes, ma mère m’a souvent demandé de le porter, mais sans jamais m’obliger. Consciente de la pression sociale, elle pensait faire bien et me protéger, les faits, hélas, lui ont donné raison», indique-t-elle.

 

Pression familiale

Imane n’est apparemment pas la seule à avoir vécu cette situation, Hanane, 21ans, étudiante en droit, renonce à porter le hidjab pour, étrangement, le même motif. Pour elle, le porter ou pas cela ne changerait rien à la donne «J’ai porté le voile à mes quinze ans, ma mère m’avait dit que ça me protègerait. En avril dernier, je me rendais à l’université, et puisque j’habitais loin, je devais sortir tôt, à l’heure où il n’y a pas beaucoup de monde dehors. Un garçon d’à peu près mon âge me suivait dans la rue.

J’avais remarqué sa présence, alors j’accélérais dans mes pas pour arriver rapidement à l’arrêt de bus. Il m’avait rattrapé et tiré par le bras, j’avais essayé de le repousser, mais il finit par me toucher là où il ne fallait pas. Je lui ai donc donné un coup de pied au ventre et je suis retournée chez moi en courant», se souvient-elle les larmes les yeux, avant de poursuivre : «A ce moment-là, je pleurais parce que je me sentais maltraitée et j’étais vraiment en colère.

J’avais tout raconté à mes parents, je leur avais demandé de respecter mon choix, parce que porter le hidjab ou non ça ne changeait absolument rien à ma situation. J’ai donc décidé de l’enlever et de ne plus porter le voile.» Voilée ou non voilée, rien ne change en définitive.

Aux transports, à l’entrée de l’université ou à l’intérieur, le voile censé les protéger n’aura servi à rien. Pour certaines, le voile attirerait plus d’ennuis qu’on ne l’imagine, «on nous appelle ‘‘Kinder suprise’’» ironise l’une d’elles. «Les agents de sécurité nous harcèlent, ils trouvent toujours un motif pour nous appréhender, celles non voilées ont moins de problèmes avec eux, dans leur imaginaire ce sont des filles de la nomenklatura, donc intouchables», explique-t-elle.

 

Campagne de «hidjabisation»

Ces faits ont été accentués par le retour en force de la mouvance islamiste dans les campus du pays, aidée par les autorités peu regardantes. Ainsi, des campagnes de «hidjabisation» sont souvent organisées, elles consistent à inciter les jeunes étudiantes non voilées à porter le hijab, par un discours teinté de prêches religieux.

Et ce sont en général  des étudiantes islamistes qui mènent ces campagnes dans les universités, les écoles supérieures, les cités universitaires et même sur certaines pages Facebook, telles que ‘‘Mon voile, le secret de mon bonheur’’, une page qui a été supprimée suite aux signalements.

Farah, étudiante de vingt ans, originaire de Boumerdès, s’est vu contrainte de prendre une chambre universitaire à Alger, elle ne pouvait plus supporter les aller-retours éreintants, surtout le soir.

À sa grande surprise, elle découvre qu’aux résidences universitaires, les islamistes extrémistes font la loi : «Pendant plusieurs mois, elles n’ont pas arrêté de me répéter que le voile protégerait mon honneur, que j’ai seulement besoin de l’amour de Dieu et son respect bien plus que de celui des gens qui m’entourent.

La pression psychologique que je subissais était infernale. Mes colocataires mettaient du Coran tout le temps : le soir, à l’heure où je devais me coucher, comme quoi ça m’aiderait à bien dormir, même les soirs de révisions, car écouter la sainte parole vaut mieux que les notes que j’obtenais. Sans oublier les affiches collées dans les couloirs, des photos de femmes portant le voile couronnée par des versets et des hadiths.

Je n’ai rien contre ma religion,  je suis moi-même musulmane.» Face à cette pression elle a fini par céder : «Après des mois de combat, j’ai fini par me résigner. Je ne me souviens plus comment ni quand j’ai fini par porter le voile. Ma famille m’en veut de ne pas avoir su résister, mes parents ont toujours été contre le port du voile.» Ces campagnes s’attaquent à des filles qui paraissent fragiles et seules, dans le seul but de les persuader sans vraiment les conseiller sur ce qui est bon pour elles.

C’est ce que nous retrouvons à l’École normale supérieure de Bouzaréah (ENS), des murs tapissés de photos de femmes occidentales converties à l’islam et portant le foulard, ainsi que des affiches comportant des sourates et hadiths valorisant le port du voile. Des agissements qui  inquiètent sérieusements les responsables de l’école.

Dans certaines cités U, ce sont les intendantes qui se sont érigées en gardiennes de la morale et qui font office de police religieuse. «Elles guettent nos moindrs faits et gestes, et comme je suis kabyle, l’intendante focalise son énergie et son attention sur moi.

Il ne se passe pas un jour sans qu’elle me fasse la morale et m’incite à me voiler comme les autres, j’ai dû déposer un recours auprès de l’administration et je n’hésiterais pas à le faire la prochaine fois devant la justice», confie une étudiante d’une résidence universitaire d’Alger.

*Les prénoms ont été changés

 

Guerre sur la Toile

Suite à ces faits signalés ici et là, les étudiantes s’organisent et dénoncent cet état de fait sur les réseaux sociaux, ainsi les initiatives et les dénonciations se multiplient.

Plusieurs pages, événements et groupes dénoncent ces comportements. Sur Facebook, ‘‘Girl power algérien’’ est la page la plus en vue, les témoignages postés donnent lieu à un vrai espace d’échanges et de débats, des articles concernant le rôle de la femme dans la société algérienne y sont aussi souvent partagés.

L’année dernière, l’événement ‘‘Hashtag je raconte mon agression’’ avait fait le buzz , généré par la page ‘‘Féministes algériennes-dz blog’’.

Dédié entièrement aux personnes qui ont connu des faits bouleversants dans leur vie, les poussant alors à tout tenter pour se protéger et se sentir en sécurité.

http://www.elwatan.com/hebdo/etudiant/le-hidjab-malgre-moi-14-02-2018-362604_264.php Pages hebdo Etudiant

 

La justice espagnole s’associe à l’Église pour lutter contre l’avortement

Après la condamnation de 5 femmes ayant manifesté dans une église pour le maintien du droit à l’avortement en Espagne, Laura Dorado, militante féministe, membre de l’organisation de jeunesse Arran et César Oltra, membre de Alerta Solidària, l’organisation de soutien aux militants mis en accusation et frappés de représailles s’expriment sur les dérives anti-laïques et anti féministes de l’état espagnol. 

« Entre mars 2014, nous luttions pour le maintien du droit à l’avortement et nous avions décidé de dénoncer le rôle de l’Église catholique, apostolique et romaine dans l’instigation de cette loi anti-IVG à venir, » précise Laura Dorado. « Nous voulions attirer l’attention sur cette relation implicite et tacite, qui semble ne pas exister, entre Église et État, et qui n’apparaît pas seulement dans la contre-réforme de la législation sur l’avortement, mais aussi dans de nombreux commentaires et déclarations de la Conférence épiscopale, d’évêques et de prêtres, non seulement contre les droits des femmes, mais aussi contre toute dissidence sexuelle. Il paraît que L’État espagnol est un État a-confessionnel, ce qui n’est pas la même chose que laïque, mais cette religion s’impose à nous dans de nombreux domaines de notre vie. Bien que l’article 16.3 de la Constitution espagnole déclare qu’« aucune confession n’a de caractère étatique », le même alinéa de l’article établit que les pouvoirs publics doivent établir « des relations de coopération avec l’Église catholique » et il est significatif que la sentence de l’Audience des Baléares rappelle que « la religion catholique est la seule qui jouisse d’une reconnaissance constitutionnelle explicite ». Quelques semaines après l’approbation de la Constitution en 1978, L’État espagnol avait signé un nouveau concordat avec le Vatican. Il impose des restrictions à la liberté académique pour ne pas contredire la doctrine chrétienne qui doit être enseignée obligatoirement dans tous les établissements d’enseignement par un personnel enseignant désigné individuellement par l’évêché. Il reconnaît le droit de L’Église à établir des centres d’enseignement non universitaires et à organiser des cours dans les universités publiques, impose le devoir de L’État de maintenir l’Église catholique avec des fonds publics. Il lui concède une myriade d’exemptions fiscales et confirme l’adoption du calendrier chrétien comme calendrier officiel des jours fériés ».

Une intrusion pacifique d’une dizaine de minutes

Pour dénoncer cette collusion entre l’Église et l’État, vingt ou trente femmes dont plusieurs militantes d’Arran sont entrées dans l’église Saint Michel de Palma le 9 mars pour crier « Avortement gratuit et dehors les rosaires de nos ovaires », interrompant la messe pendant une dizaine de minutes. Le prêtre avait décidé de ne pas les dénoncer, ce qu’il a pourtant fait après pressions de l’évêché qui porta plainte le 14/3. Les premières arrestations ont eu lieu 3 jours plus tard. Les militantes ayant refusé de négocier avec l’évêché et refusé de demander pardon à l’Église pour leur intrusion, elles ont été condamnées en première instance à une peine de prison. Après rejet récent de leur pourvoi en cassation, elles viennent d’être condamnées à 1 an de prison ferme qu’elles n’effectueront pas puisqu’elles n’ont pas d’antécédents judiciaires et que la peine est inférieure à deux ans de prison.

Un procès qui met en lumière la tutelle de l’Église sur l’état

« Dans la sentence du Tribunal suprême, la liberté religieuse est mise au-dessus de notre liberté d’expression, » explique Laura Dorado. «  Et pourtant, du droit à la liberté religieuse ne se déduit pas l’interdiction de réaliser des actes de protestation politique pacifique dans les églises. D’autant moins quand l’objectif de la protestation n’était pas de dissoudre la cérémonie, mais de protester contre l’avant-projet de Ruiz Gallardón et la position de la hiérarchie ecclésiastique dans ce conflit. En outre, le fait que les peines prévues dans l’article 523 du Code pénal soient plus élevées que celles que prévoit l’article 514.4 est discriminatoire pour les réunions et manifestations non religieuses et viole le principe de l’égalité de tous les Espagnols proclamé dans l’article 14 de la Constitution. Tout cela met en évidence, une fois de plus, les privilèges dont jouit la religion catholique dans l’ordre juridique espagnol. »

Des militantes fières de leur action et prêtes à continuer le combat

Nous ne vivons pas comme une défaite d’avoir été condamnées à une année de prison parce que nous avons réussi beaucoup de choses : la contre-réforme de Ruiz Gallardón a été freinée, en dépit d’un article restrictif sur l’interruption volontaire de grossesse,  nous n’avons pas demandé pardon ni ne nous sommes agenouillées à aucun moment, nous avons exposé leurs dérives à la vue de toute la société majorquine, au point que même les personnes pieuses qui nous connaissent n’arrivent pas à croire qu’ils aient pu demander des peines aussi exorbitantes.

Nelly Fouks d’après  un entretien de Daniel Escribano et Ariadna Suari, repris sur « entreleslignesentrelesmots »

 

 

Il faut autoriser le suicide assisté et l’euthanasie

Nous avons presque tous été témoins, directs ou indirects, de situations de fin de vie accompagnées de conditions trop souvent insupportables, voire de souffrances qui n’ont pas été suffisamment soulagées, malgré les moyens dont dispose le corps médical. Nous avons tous ressenti ce jour-là des sentiments d’impuissance, de colère et d’incompréhension devant les limites des médecins, lesquels, dans le meilleur des cas, ne pouvaient proposer que ce qu’autorise la loi actuelle, soit une sédation profonde et continue et l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, jusqu’à ce que la mort survienne.

Nous sommes nombreux à avoir rencontré et peut-être accompagné des personnes qui ont fait le douloureux choix d’aller finir leur vie comme elles le souhaitaient, en Belgique ou en Suisse.

Nous savons tous les difficultés psychologiques et physiques que cette décision d’exil a entraînées pour ces personnes et pour leur famille. Il n’est pas inutile de rappeler ici que beaucoup de Français ont été déçus par François Hollande, qui n’a pas respecté son engagement présidentiel, pris dans le cadre de la proposition 21, de faire voter une loi pour que «toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité». Comment la République peut-elle à ce point bafouer ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Nous voulons croire que notre actuel président de la République et les législateurs feront preuve de volonté et de courage, et profiteront de la révision des lois de bioéthique pour voter une loi qui répondra à la demande d’une majorité importante de Français.

Deux pétitions citoyennes, apolitiques et sans l’aide d’associations, mises en ligne, l’une par Nathalie Gueirard Debernardi en 2014 et la seconde, par Marie Godard, le 2 août 2017, ont recueilli à ce jour 260 000 signatures, ce qui a décidé le Conseil économique social et environnemental à se saisir du dossier de la fin de vie, un autre signe de l’importance qu’a pris ce sujet dans l’esprit des Français.

Nous croyons que l’intention exprimée par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, de continuer d’améliorer l’accessibilité aux soins palliatifs partout en France, est toujours louable et doit être encouragée.

Nous estimons cependant que les soins palliatifs et l’accès à la sédation profonde et continue, encore très peu connus des soignants et des patients au dernier stade de la maladie, ne prennent pas totalement en compte de nombreux cas de personnes atteintes de maladies graves et terminales qui ne peuvent plus être entièrement soulagées de cette manière ou qui ne veulent pas prolonger leurs souffrances physiques ou psychiques au-delà d’une certaine limite et, notamment, les personnes atteintes de maladies neurodégénératives. L’un des éléments clés de la loi actuelle est le respect de la volonté de la personne lorsque celle-ci est en mesure de l’exprimer, ou grâce à ses directives anticipées, si ce n’est plus le cas.

Nous pensons que cette mesure phare de la loi Claeys-Leonetti doit progresser pour permettre à chacun de choisir le moment et la manière de sa mort. La sédation profonde et continue est une avancée qui, aujourd’hui, n’est pas totalement satisfaisante. Il faut avec des critères stricts autoriser le suicide assisté et l’euthanasie, avec l’assistance de membres du corps médical et sous réserve que ceux-ci acceptent de pratiquer cet acte… De nombreux témoignages de malades démontrent que le fait d’avoir la liberté de demander et d’obtenir cette aide si leurs souffrances deviennent insupportables les apaisent et, sans forcément qu’ils choisissent d’y recourir, rend ainsi plus sereine la traversée de la fin de vie.

Nous demandons au président de la République et aux parlementaires de prendre en compte ce qui précède et de mettre tout en œuvre pour que soit maintenant votée une loi qui permette à chaque Français de choisir le moment et la manière de sa mort, lorsqu’il juge que la maladie ou un accident lui a totalement retiré toute qualité de vie.

Parmi les signataires :

Olivier Adam (écrivain), Isabelle Alexis (scénariste, écrivain et actrice), Gilles Antonowicz (Avocat et historien), Pierrette Aufiere (avocate), Hugues Aufray (auteur, compositeur, interprète), Annie Babu (infirmière), Philippe Bataille (sociologue), Anne Barth (réalisatrice), Etienne-Emile Baulieu (médecin), Guy Bedos (humoriste), Florence Ben Sadoun (journaliste), Jacqueline Bergel-Hatchuel (avocate), Louis Bériot (journaliste, écrivain scénariste et producteur), Jacques Birgé (médecin), Francis Carrier (président de Grey Pride), Martine Cerf (secrétaire générale de l’association Egale), Benoit Chalmin (cancérologue et radiothérapeute), Olivier Chambon (psychothérapeute), Jacques Chareyre (avocat), Noëlle Châtelet (universitaire et écrivaine), Marie-Christine Clément (pédopsychiatre), François de Closets (journaliste et écrivain), Sonia Cohen-Lang (avocate), André Comte-Sponville (philosophe), Simone Cordoliani (peintre), Maryvonne David-Jougneau (docteure en sociologie), Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste), Mylène Demongeot (actrice), Danièle Enoch-Maillard (avocate), Olivier Falorni (député), Hélène Faure Aufray (danseuse), Olivier Fillieule (écrivaine), Maria Franchini (écrivaine, traductrice), François Galichet (docteur en philosophie), Danièle Ganancia (magistrate à la retraite), Thélème Gédéon (retraité), Martine Gercault (psychanalyste), Michel Germain (professeur émérite des universités), Claude Georges Grimonprez (comédien), Anne Giuntini (grand reporter), Marie Godard (écrivaine), Martine Gross (ingénieure), Nathalie Gueirard Debernardi (à l’initiative de la pétition «Pour une loi sur le suicide assisté en France»), Karin Huet (écrivaine), Nancy Huston (écrivaine), Sam Karmann (acteur, réalisateur), Eliane Katz (médecin), Catherine Kersual (avocate), Patrick Kessel (journaliste, essayiste), Pascal Landa, Jacqueline Laurent (généticienne), Bernard Lebeau (pneumologue et cancérologue), Marie-Jo Lécuyer (Zazo de la Télindière) (aide-soignante en Ehpad), Dominique Lefeuvre (écrivain), Françoise Levaillant (directrice de recherche honoraire au CNRS), Caroline Loeb (artiste), Philippe Maddaleno (médecin), Noël Mamère (homme politique), Véronique Massonneau (ex-députée), Bruno Masure (journaliste), Jean-Claude Mauléon (peintre),  Ariane Mnouchkine (metteure en scène), Edouard Moradpour (écrivain, membre de l’ADMD), Jocelin Morisson (journaliste scientifique, écrivain) Claire Nihoul-Fékété (chirurgienne), Mathieu Nocent (ancien porte-parole de l’inter-LGBT), Isabelle Oger (artiste plasticienne), Yann Olivier (médecin), Yves Paccalet (écrivain, philosophe), PIEM (dessinateur), Emmanuel Pierrat (avocat), Claudette Pierret (déléguée adjointe ADMD), Paule Plouvier (écrivaine), Arlette Portenseigne (psychothérapeute et psychanalyste), Colette Prochasson (écrivain), Christian Rauth (acteur et scénariste), Eric Rémès (écrivain, journaliste), Martine Risch (médecin), Michel Rostain (écrivain), Johanne Saison (professeure de droit public), Jean-Pierre Sakoun (président du Comité Laïcité République), Jacqueline Salenson (militante), Damien Seguin (skipper, triple médaillé paralympique), Bernard Senet (médecin), François de Singly (sociologue), Franck Spengler (directeur éditorial des éditions Blanche), Alfred Spira (épidémiologiste), Antoine Spire (vice-président  de la Licra) Anthony Stavrianakis (anthropologue), Sophie Taïeb (radiologue), Georges Tarer (ex-membre du comité de parrainage de l’ADMD), Martine-Joséphine Thomas (artiste), Marie-Claude Treilhou (cinéaste), George Vigarello (historien), Brigitte Weber (sage-femme), Marthe Villalonga (actrice), Martin Winckler (médecin), Robert Wohlfart (médecin), Jeanine Yon-Kahn (directrice de recherche honoraire au CNRS).

Paru dans Libération le 1er mars 2018

CRI d’Alarme pour les athées en Égypte !

A l’annonce du projet de loi visant à interdire et à sanctionner durement par des amendes et de la prison les personnes se déclarant athées en Égypte on peut se sentir glacé d’effroi.

La Liberté de Conscience est un droit fondamental qui appartient à chacun de nous, quels que soit son pays, son histoire, ses traditions. C’est le droit de croire, de ne pas croire, d’être indifférent, d’être agnostique, athée, de vivre selon des convictions philosophiques et spirituelles choisies.

L’expression de ce droit n’est pas reconnue dans de nombreux pays, la peur habite des millions de femmes et d’hommes qui n’osent exprimer ce qu’ils pensent.

En France, nous avons mené de longs combats pour que cette liberté fondamentale soit respectée. Beaucoup de pays européens sont dans ce cas même et des tentatives dangereuses de restriction de cette liberté et de son expression publique surgissent çà et là et de plus en plus ouvertement,  allant jusqu’à menacer la vie de nos concitoyens.

A ce jour, je n’ai pas connaissance qu’un libre penseur, un incroyant, un agnostique, un indifférent ait menacé qui que ce soit en raison de ses croyances et de sa foi et encore moins, pour ces raisons, ait attenté à la vie de quiconque.

Dans de multiples régions du monde y compris en Europe, nous assistons à une collusion, de plus en plus ouverte, entre pouvoir politique et pensée religieuse, qui porte atteinte à la liberté de conscience et à la liberté d’expression de chacun.

Chaque fois qu’une liberté est bafouée, nous ne pouvons nous taire.

Ne sommes-nous pas suffisamment nombreux  à nous être dégagés et de longue date de toute emprise religieuse, pour nous rassembler et faire entendre avec force notre voix,  en France, en Europe et dans le monde afin d’aider tous ceux qui sont aux prises avec leur communauté d’origine dans leur démarche d’émancipation.

Aujourd’hui nous devons dénoncer haut et fort cette nouvelle atteinte à la Liberté de Conscience et aux Droits de l’Homme en Égypte.

Françoise Le Mer

les athées seront-ils bientôt mis en prison ? En Égypte, pourra-t-on bientôt aller en prison parce que l’on ne croit pas en Dieu ? Dans le huis clos du parlement au Caire, c’est une possibilité à laquelle travaillent les députés. Aucun parlementaire n’a accepté de nous parler de ce projet controversé, mais dans les rues de la ville, il est généralement bien accueilli, comme par cette jeune femme : « Les athées ne croient en rien. Juif ou chrétien, ça va encore, mais ne pas avoir de religion, franchement… ». Déclarer sa religion aux autorités est obligatoire L’Égypte est un pays à 90% musulman ; l’Islam y est la religion d’État depuis 38 ans. Le christianisme et le judaïsme, mentionnés dans la constitution, sont eux aussi reconnus officiellement. Mais la tolérance s’arrête là. Il est obligatoire de déclarer sa religion aux autorités, qui la feront ensuite apparaitre sur la carte d’identité de chaque citoyen égyptien. Se déclarer non croyant n’est pas une possibilité offerte par l’administration, et dans les faits, cela peut même déjà vous conduire devant les tribunaux. La Constitution protège théoriquement la liberté de croyance, mais remettre en cause l’existence de Dieu est considéré comme un blasphème par les autorités, et déjà puni à ce titre. Dans le centre du Caire, cet établissement surnommé « Le café des athées » a été fermé par la police. Beaucoup des non-croyants que nous avons contactés ont préféré se taire par crainte de représailles. Les athées sont désormais considérés comme des extrémistes. Dans l’Égypte du maréchal Sissi, la liberté de croire ou de ne pas croire semble de plus en plus réduite.

franceinfo 27/02/2018

 

La CEDH toute proche de la lévitation

Une CEDH « hors sol »[1] condamne la France pour l’expulsion d’un terroriste algérien[2]

Un citoyen algérien condamné en France à 7 ans de prison en 2006 pour des faits en lien avec le terrorisme, condamnation assortie d’une interdiction judiciaire de se maintenir, à sa sortie de détention, sur le territoire français, a réussi par diverses voies de droit à se maintenir sur le territoire national, puis à faire condamner la France le 1er février dernier par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH, 5ème Section) pour l’avoir mis, in fine, le 20 février 2015, dans un avion à destination de l’Algérie, le pays de sa nationalité[3].

Comme sources documentaires, le texte de l’arrêt de la CEDH et son communiqué de presse sont donnés en Documents médias joints (décision CEDH communiqué de presse Arrêt M.A. c. France et Arrêt de la Cour CEDH MA c France).

La France a procédé à l’expulsion le 20 février 2015 alors que, débouté du droit d’asile par l’OFPRA le 17 février[4], l’intéressé avait saisi la CEDH d’une nouvelle demande de protection contre une mesure d’éloignement réputée par lui dangereuse pour sa personne. Il fut ainsi éloigné vers l’Algérie dès le 20 février alors que la Cour, le même jour, demandait à la France de ne pas le faire avant le 25 février, le temps de statuer sur sa requête. Mais la demande de sursoir formulée par la Cour parvint à la police des frontières alors que les portes de l’avion étaient fermées et que celui-ci décollait… [5]

Quoi qu’il en soit, on peut légitimement se demander par quel prodige le maintien sur le territoire français d’un terroriste patenté, alors qu’il y est interdit par le juge, a pu se produire pendant plusieurs années et aussi, lorsqu’il y a été mis un terme par l’expulsion, comment la France a–t-elle pu s’en trouver condamnée alors que l’Europe est la cible constante des terroristes islamistes et au prix de plusieurs centaines de morts innocents[6].

Sans entrer dans des détails juridiques et procéduraux inutiles à la problématique fondamentale de cette affaire, cette dernière nous pose deux questions essentielles et appelle une réaction déterminée de notre pays.

1 – Deux questions fondamentales se trouvent posées par la décision de la CEDH

La France est condamnée d’une part pour violation de l’article 3 [7] de la convention européenne qui interdit la torture, les peines ou traitements inhumains ou dégradants[8] et, d’autre part, pour violation de l’article 34 de la convention relatif au droit de requête individuelle[9].

Cet arrêt du 1er février 2018 (M.A. c. France) fait suite à une autre décision de la CEDH du 9 janvier 2018 (X. c. Suède) et ces deux décisions semblent instaurer, à l’opposé de la jurisprudence habituelle, ce qu’on pourrait qualifier de « présomption de pays non sûr », qui apparaît « hors sol » au regard du contexte du terrorisme en Europe.

La condamnation est certes purement formelle car sans indemnisation autre que les dépens, mais elle est néanmoins extrêmement gênante au plan symbolique pour notre pays ainsi que par son effet d’aubaine potentiel pour d’autres terroristes. Fondée davantage sur des pétitions de principe que sur des éléments concrets et établis pour le cas à juger, nous n’hésitons pas à le dire, c’est une décision critiquable [10].

1-1. La première question qui se trouve posée est celle de savoir si la protection de l’article 3 de la Convention européenne, et celle d’ailleurs des autres valeurs démocratiques et principes fondamentaux que cette convention porte, est due à un terroriste condamné de manière définitive par la justice d’un pays démocratique à quitter son territoire.

Sous une apparence provocatrice et même incongrue au regard du champ des droits humains qui peut apparaître désormais sans limite, cette question n’est pas néanmoins insensée. Elle est même fondamentale et doit être posée très clairement ; on doit y répondre sans faux semblant.

On rappellera d’abord que la Cour européenne des droits de l’Homme a, au début des années 2000, refusé sa protection à un parti politique islamiste turc dissous dans son pays et qui entendait contester cette dissolution sur le fondement de la Convention européenne laquelle, selon lui, faisait obstacle à sa dissolution [11]. La Cour de Strasbourg a refusé à ce parti islamiste, qui prônait l’instauration de l’islam politique et de la charia au besoin par la violence, la protection de la Convention car, a-t-elle considéré, on ne peut demander la protection des valeurs démocratiques et des principes fondamentaux que l’on récuse. Exit donc la demande de ce parti.

Comment donc refuser la protection CEDH à un parti qui prône par l’action politique l’instauration de l’islam radical et de la charia et l’octroyer à ceux-là même qui mettent en œuvre, là pour de vrai dira-t-on, les mêmes objectifs par la violence et les armes à la main ? Les commanditaires ne seraient pas protégés et ceux qui mettent en œuvre si.

Étonnant. Telle est pourtant la position de la CEDH qui semble résulter depuis 2008 d’une décision de Grande Chambre (Saadi c/ Italie 28 février 2008 §147) qui érige en principe absolu la protection des personnes physiques contre les risques mentionnés à l’article 3 de la convention[12]. Toutefois, l’arrêt Saadi ne concerne pas le cas d’un individu jugé et condamné pour des faits de terrorisme, mais de droit commun (trafic, faux et recel).

Il ne s’agit pas pour notre pays de refuser par principe la protection de la CEDH à tout individu suspecté ou condamné pour actes terroristes, tout comme on ne peut refuser à qui que ce soit le droit à un procès équitable et celui d’y être défendu. Il s’agit de subordonner toute décision de protection à un examen approfondi et serré des situations, tant celle de l’individu concerné que celle du pays de retour et des risques réels qu’il y encourt et de ne pas s’en tenir à des considérations et assertions générales ou, encore moins, à une sorte de « présomption de pays non sûr ».

Nous ne pouvons souhaiter voir les terroristes bénéficier d’un tel système de présomption et sommes en droit d’exiger que la réalité de la menace résultant pour eux de leur retour dans leur pays (où ils peuvent aussi être appelés à être jugés notamment, comme en l’espèce, pour des faits de terrorisme) soit démontrée au cas par cas.

C’est pourtant, de manière regrettable, ce que n’a pas fait la 5ème Section de la CEDH dans la présente affaire et cela est très clair lorsque l’on lit l’Opinion dissidente de la juge O’Leary qui, en complément de l’arrêt, explique très clairement l’aspect « hors sol » de la décision M.A c. France.

C’est un premier motif pour la France de faire remonter l’affaire en Grande Chambre pour qu’il soit statué sur cette question de principe au niveau le plus solennel de cette juridiction et que soit ainsi fixée, compte tenu du contexte qui est celui de l’Europe en matière de terrorisme, une doctrine jurisprudentielle de la Cour qu’appliqueront les sections [13].

Notre pays ne peut admettre sans barguigner une jurisprudence qui, en statuant dans le cadre d’un système de présomption, ne lui permettrait plus d’assurer sa sécurité ni celle des personnes présentes sur son sol, non plus que l’exécution des décisions de ses propres juridictions.

1-2. La seconde question qui se trouve posée est de bon sens tout autant que juridique

Comment la CEDH peut-elle retenir la violation de l’article 3 alors que sur les mêmes faits et le même pays, l’Algérie, et selon le même principe protecteur, l’OFPRA a refusé le droit d’asile au prix, lui, d’un examen serré ?

On se perd en conjectures sur cette dissonance et on ne comprend pas. La contradiction est rendue criante par le fait que le requérant n’ayant pas exercé de voie de recours contre le rejet de sa demande par l’OFPRA, le refus d’asile est devenu définitif. [14]

Entre l’OFPRA, pourtant peu suspect de rigueur excessive en matière d’octroi de l’asile aux personnes menacées dans leur pays et la CEDH qui prend le contrepied total de son refus d’asile, nous avons ainsi un problème de cohérence. Le même objectif humaniste – protéger ceux qui pourraient être menacés dans leur intégrité physique par un retour dans leur pays, ce à quoi on ne peut qu’adhérer – aboutit, sur un même cas d’espèce, à deux décisions diamétralement opposées. Nous avons donc avec cette décision de la CEDH une difficulté dont pourraient profiter d’autres terroristes islamistes étrangers sur notre sol. Il convient donc de vider cet abcès.

Il faut donc sur le terrain du bon sens que, sans hésiter, la France utilise elle aussi les voies de recours que lui offre le droit et qu’elle ne soit pas plus niaise que ses ennemis. Il est impératif que la France fasse remonter l’affaire en Grande Chambre de la Cour.

2 – Une action déterminée en faveur d’une mise en cohérence

Il appartiendra au Gouvernement de définir sa stratégie de défense à l’appui de sa demande de remontée de l’affaire en Grande Chambre, mais il nous semble que notre pays devrait se positionner clairement sur la question des droits des individus terroristes par rapport à ceux d’un parti politique qui serait moins bien protégé, question qui n’a jamais été à notre connaissance explicitement tranchée par la Cour.

Si la France peut parfaitement concevoir les droits des personnes physiques comme plus larges que ceux des partis politiques pour des motifs évidents d’humanité, ce ne peut être qu’à certaines conditions très strictes s’agissant de terroristes avérés et jugés comme tels par sa justice.

Il ne s’agira donc pas de demander à la CEDH d’infliger aux personnes physiques condamnées comme terroristes une exclusion de principe de la protection de la convention (même si ces individus en récusent les valeurs fondamentales), exclusion du type de celle que la CEDH a infligé à un parti politique islamiste. En effet, une telle demande ne serait pas conforme à notre propre déclaration des droits de 1789 et serait, pour notre pays et au regard de ses principes, marqué du sceau de l’infamie.

En revanche, notre pays sera éminemment fondé à demander, selon le raisonnement exposé par la juge O’Leary dans son opinion dissidente sur l’arrêt, que la Cour, s’agissant d’un individu condamné pour des faits de terrorisme, procède à un examen très approfondi et de sa situation individuelle et de celle du pays de retour, l’Algérie, sans s’en tenir seulement à des considérations générales et datées, telles celles émises par des comités ad’hoc relevant de l’Organisation des Nations Unies ou d’ONG et auxquelles la Cour s’est référée. En effet, les avis sur lesquels la Cour s’est appuyée relèvent plus de pétitions de principe « hors sol » que d’un examen détaillé, actuel et sérieux, tel que doit être celui d’un véritable juge.

Faire remonter l’affaire en Grande Chambre serait l’occasion de combattre le système de « présomption de pays non sûr » qui se dessine à la Cour de Strasbourg depuis janvier 2018 et, en même temps, par voie de conséquence de faire reconsidérer la décision de la 5ème Section. Compte tenu des faits et circonstances de l’espèce, il serait normal de ne pas voir la France, in fine, condamnée dans cette affaire s’agissant de l’Algérie, pays avec lequel nous avons au demeurant un accord d’extradition et dans lequel le Sieur M.A. n’a manifestement rien subi d’inhumain ou de dégradant depuis son retour[15].

En effet, la condamnation de la France dans cette affaire paraît être, pour l’observateur de bon sens, une aberration qui ne s’explique même pas par une mauvaise humeur de la CEDH[16]. C’est en fait, après les récents arrêts de Sections concernant la Suède puis la France en ce début 2018, une véritable option de politique jurisprudentielle sur laquelle qu’il s’agit de revenir en Grande Chambre.

L’option qui sera choisie par elle donnera sa couleur à la CEDH : le juge de réalités démontrées (ou pas) par le demandeur, ou bien le juge d’une « présomption de pays non sûr » par trop favorable à certains terroristes et, sans aucun doute possible, très bien perçue comme telle par l’opinion publique. Puisqu’il appartient éminemment aux juges, y compris de la CEDH, de protéger aussi et au premier chef nos concitoyens.

Notes de bas de pages

[1] Arrêt de la 5ème Section de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, voir sur le site de la Cour : http://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-180488

[2] http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/02/02/terrorisme-une-double-condamnation-de-la-france-parla-cedh_5250798_1653578.html

[3] Exposé complet des faits rappelé par la CEDH : « Le requérant est un ressortissant algérien, né en 1976 et se trouvant actuellement en Algérie. Impliqué dans des mouvements islamistes en Algérie dans les années 1990, le requérant quitta son pays d’origine en 1999 pour l’Espagne puis la France. Il fut condamné en 2006 à sept ans d’emprisonnement ainsi qu’à une interdiction définitive du territoire français pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme.

En 2010, les autorités françaises cherchèrent à mettre à exécution cette interdiction définitive du territoire. Le 19 avril de cette année, le requérant saisit la Cour d’une demande de mesure provisoire (article 39 du Règlement). Le 26 avril, la Cour indiqua au Gouvernement de ne pas procéder au renvoi du requérant vers l’Algérie pour la durée de la procédure. Le requérant fut remis en liberté le 30 avril et assigné à résidence. Dans une décision du 1e juillet 2014 (requête n° 21580/10), la Cour déclara la requête du requérant irrecevable pour non-épuisement des voies de recours internes et la mesure provisoire prit fin.

En décembre 2014, le requérant déposa une demande d’asile qui fut rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 17 février 2015. La décision de l’OFPRA fut notifiée au requérant le 20 février dans le commissariat où il s’était rendu dans le cadre des obligations de son assignation à résidence. Les autorités mirent à exécution la mesure d’éloignement et le requérant fut immédiatement conduit à l’aéroport de Roissy.

L’avocate du requérant, informée que son éloignement était en cours, saisit la Cour d’une nouvelle demande de mesure provisoire, à laquelle la Cour fit suite le jour même en indiquant au Gouvernement de ne pas procéder au renvoi du requérant vers l’Algérie avant le 25 février. Cependant, lorsque les services de police reçurent les instructions nécessaires, les portes de l’avion à bord duquel se trouvait le requérant étaient déjà closes. L’avion décolla pour l’Algérie à 16h15.

À son arrivée en Algérie, le requérant fut arrêté, placé en garde à vue puis mis en examen et placé en détention provisoire. D’après les informations communiquées par les parties à la Cour, il serait toujours détenu au centre pénitentiaire de Chlef. »

[4] A noter que l’intéressé n’a pas exercé son droit de recours contre ce refus d’asile devant la Commission nationale du droit d’asile ni déféré au juge administratif l’arrêté préfectoral qui ordonnait son expulsion en Algérie, il a préféré saisir la CEDH…

[5] Dans son arrêt la Cour a donné acte à la France de sa bonne foi et on ne peut voir dans cette décision surprenante une manifestation de sa part d’un quelconque courroux du fait que l’intéressé ait été renvoyé en Algérie malgré la demande de la CEDH d’attendre quelques jours…

[6] Voir à cet égard l’article de Me Goldnadel, Avocat, http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/02/05/31003-20180205ARTFIG00109-goldnadel-le-premier-devoir-de-l-homme-est-de-proteger-ses-enfants-innocents.php et les statistiques sur le terrorisme en Europe http://cat-int.org/index.php/2018/01/23/terrorisme-dans-lunion-europeennebilan-2017/

[7] Article 3 – Interdiction de la torture « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »

Cet article 3 interdit aux États membres de pratiquer la torture, ou de soumettre une personne relevant de sa juridiction à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ; la jurisprudence de la CEDH est venue traduire cette interdiction en ajoutant que (7 juillet 1989 – Soering C. Royaume-Uni) cette disposition interdit l’extradition vers un pays étranger d’une personne si celle-ci est susceptible d’y être victime de torture

[8] La France n’est pas accusée au cas particulier d’avoir pratiqué de tels traitements inadmissibles mais d’avoir renvoyé le requérant dans un pays dans lequel il risquait d’en subir ; en effet, la jurisprudence de la CEDH est venue traduire cette interdiction en ajoutant que (7 juillet 1989 – Soering C. Royaume-Uni) que cette disposition interdit l’extradition vers un pays étranger d’une personne si celle-ci est susceptible d’y être victime de torture ou de tels traitements

[9] Article 34 – Requêtes individuelles. « La Cour peut être saisie d’une requête par toute personne physique, toute organisation non gouvernementale ou tout groupe de particuliers qui se prétend victime d’une violation par l’une des Hautes Parties contractantes des droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles. Les Hautes Parties contractantes s’engagent à n’entraver par aucune mesure l’exercice efficace de ce droit »

[10] Que d’aucuns qualifieront d’irresponsable s’agissant de terroristes confirmés avec le Front Islamique du Salut en Algérie dans les années 90, puis ensuite en France jusqu’à une condamnation pénale à 7 ans d’emprisonnement

[11] Voir Cour européenne des droits de l’Homme: cedh-charia-n003-697689-705588 et cedharr_c3_aat_20refah_20partisi_20c_3a_20turquie_20_28grande_20chambre_29_20du_20_3a2003 ; :http://hudoc.echr.coe.int/eng#{« dmdocnumber »:[« 702044″], »itemid »:[« 001-64174 »]} ;http://www.blog.samialdeeb.com/2011/01/18/la-loi-islamique-est-incompatible-avec-la-democratie-et-les-droits-de-lhomme/ voir aussi notre présentation et commentaire de cette décision fondamentale de la CEDH : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/les-4-principales-questions-que-pose-l-islam-radical-notre-etat-dedroit et sur https://lumiereslaiques.com/2017/01/13/islam-radical-quatre-questions-concretes-pour-notre-etat-dedroit/

[12] https://www.doctrine.fr/d/CEDH/HFJUD/GRANDCHAMBER/2008/CEDH001-85275

[13] Rappelons que la France dispose de trois mois à compter du prononcé de la décision de la 5ème Section (simple chambre) pour demander que l’affaire soit traitée et jugée en Grande Chambre, soit jusqu’au début mai ; il appartient au Ministre de l’Intérieur et à celui des affaires étrangères de s’y employer sans mollir

[14] On rappellera que l’OFPRA (et à sa suite la CNDA lorsqu’elle est saisie) juge de la réalité de la menace dans le pays d’origine (et/ou de retour) pour le refugié ou le futur expulsé pour conférer ou pas un droit (le droit d’asile) et que la CEDH juge, elle, de la réalité de la menace pour censurer ou pas l’expulsion qui est projetée par le pays membre de la Convention européenne ; on est donc en présence de deux procédures juridiques différentes mais qui porte sur une même réalité (menaçante ou pas) et sur un même individu ; la dissonance au regard du bon sens est donc grave et même incompréhensible ! Essayez d’en expliquer le bien fondé au coin de la rue…

[15] Le contre examen complet et sérieux du dossier par la juge O’Leary dans son opinion dissidente très argumentée montre que cette mise hors de cause de la France serait absolument normale et que le terroriste de l’espèce ne subit en Algérie depuis quatre ans maintenant aucun des mauvais traitement qu’il craignait y subir, si l’on met à part le fait qu’il a été mis en examen et en détention pour les faits commis par lui en Algérie ; quoi de plus normal que du subir les foudres de la justice de son pays quand on y a commis des crimes ou des délits ; on ose croire que ce ne peut être l’objectif de la CEDH que de le lui éviter… Dans la présente affaire, l’individu renvoyé en Algérie n’a depuis fait l’objet que de procédures judiciaires normales dans un Etat de droit pour les faits qu’il y a commis… rien d’anormal n’y a été signalé y compris par lui-même et ses proches ou défenseurs …

[16] En fait un différé de la mesure de cinq jours avait été demandé par la CEDH pour permettre à la Cour de statuer. Cette demande étant parvenue trop tard, ce dont la Cour nous a donné acte, nous avons donc joué de malchance…

François Braize, Jean Petrilli, ancien avocat, Bruno Bertrand, magistrat

 

L’égalité homme/ femme, une priorité pour Macron

Ségolène Neuville, ancienne secrétaire d’État, en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Conseillère Départementale PS des Pyrénées-Orientales, médecin et d’autres femmes très impliquées dans la vie politique en doutent très ouvertement. Égale relaye leur tribune, parue dans le Huffington Post

Pour une femme, vaut-il mieux vivre dans le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron ou dans « l’ancien monde »? Il est permis de s’interroger sur la réalité de la volonté politique du Président de la République en matière de droits des femmes !

En ce mois de mai 2018, l’œuvre de Simone de Beauvoir entre enfin aux éditions de La Pléiade…trente-six ans après celle de Jean-Paul Sartre. Simone de Beauvoir fait désormais partie des quatorze écrivaines à avoir ce privilège, parmi 209 écrivains. On est encore très loin de la parité! L’actualité littéraire nous rappelle ainsi, s’il en était besoin, que le combat féministe est loin d’être gagné, et qu’il reste encore beaucoup à faire pour parvenir, dans tous les domaines, à une véritable égalité entre les femmes et les hommes.

Pourtant, un an après l’élection d’Emmanuel Macron, et alors que l’égalité femmes-hommes a été déclarée « grande cause du quinquennat », il est permis de s’interroger sur la réalité de la volonté politique du Président de la République en matière de droits des femmes. Les paroles et les opérations de communication ne peuvent pas remplacer les actes, et pour faire avancer l’égalité, il ne suffit pas d’être un Président jeune, de se prétendre moderne et de souhaiter enterrer « l’ancien monde ». Il convient avant tout de rappeler où nous en étions il y a un an : nous n’avons pas à rougir du bilan du quinquennat de François Hollande dans le domaine de l’égalité femmes hommes, bien au contraire. Dès 2012 un ministère des droits des femmes de plein exercice a été créé et a travaillé en lien étroit avec l’ensemble des associations spécialisées. La liste des actions réalisées et des lois votées est longue et il serait fastidieux de tout énumérer de façon exhaustive : nouvelle loi sur le harcèlement sexuel en juillet 2012, décret du 18 décembre 2012 sur l’égalité salariale, création du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes en 2013, loi de 2014 pour l’égalité réelle, réforme du congé parental, augmentation des allocations pour les familles monoparentales précaires, création de la garantie des impayés de pension alimentaire, 4ème plan interministériel contre les violences faites aux femmes avec amélioration des mises à l’abri des femmes victimes, montée en charge de l’ordonnance de protection, mise en place du numéro d’appel permanent, formation de tous les professionnels concernés, campagne destinée au grand public sur le harcèlement dans les transports, loi d’avril 2016 pour renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, renforcement du droit à la contraception et à l’IVG… Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles avancées, au-delà de l’agitation médiatique constante de la nouvelle Secrétaire d’Etat aux droits des femmes ? Le premier signal défavorable est survenu dès le mois de mai 2017, lorsque Emmanuel Macron devenu Président de la République a décidé de ne pas garder un Ministère des Droits des Femmes de plein exercice et l’a remplacé par un simple Secrétariat d’Etat. Quelques semaines plus tard, en juillet 2017, une nouvelle alerte est survenue : le budget dédié au Secrétariat d’Etat aux droits des femmes pour l’année 2017 a été amputé de 7,5 millions par annulation de crédits. Depuis, le budget a été sanctuarisé pour la durée du quinquennat selon M. Schiappa, mais l’inquiétude persiste pour les associations spécialisées dans la défense des droits des femmes, car elles n’ont que peu de contact avec le Secrétariat d’État. Elles étaient pourtant habituées à travailler de façon quasi-quotidienne avec les prédécesseures de M. Schiappa, mais la méthode a changé, et cette dernière aime le rappeler : elle n’est pas « la ministre des militantes féministes ». Pourtant depuis 50 ans, ce sont bien les associations féministes et leurs militantes qui ont permis toutes les avancées en matière de droits des femmes, et notamment le fait qu’il y ait des femmes Ministres ou même Secrétaires d’État… Mais le nouveau monde est ainsi fait : il ne s’inscrit dans aucune histoire collective et n’est légataire d’aucun acquis social. Dernière annonce en date qui inquiète les associations : début mai 2018, la Secrétaire d’État déclare dans les médias la création d’un numéro vert dédié aux femmes victimes de violences au travail, géré par le Ministère du Travail. Pourtant, un tel numéro existe déjà, même s’il a été temporairement fermé depuis quelques semaines par manque de moyens : il a été créé et est géré depuis des années par l’association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Il paraît peu probable que deux numéros verts continueront d’exister sur la même thématique, cela signifie donc à terme la fermeture du numéro de l’association. Dans quel but ? Alors que les juristes de l’AVFT sont formées et très expérimentées ? Qui répondra aux appels du numéro vert géré par l’État ? Il est peu probable que le Ministère du travail embauche de nouveaux-elles fonctionnaires, et le risque est grand qu’au final la gestion soit déléguée à des entreprises privées, avec des employés peu ou pas formés sur le sujet. Inquiétude également sur la volonté du gouvernement de faire appliquer la loi du 10 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel. Les associations abolitionnistes attendent toujours le rapport d’évaluation du gouvernement, qui aurait dû être publié deux ans après l’adoption de la loi, c’est-à-dire en avril dernier. Simple retard dans le calendrier de travail du ministère, ou volonté politique affichée de ne pas mettre en œuvre cette loi sur la sortie de la prostitution ? Autre motif d’inquiétude sur le réel engagement du gouvernement pour l’égalité femmes hommes, la position de la France sur le congé parental européen. Si cette réforme se faisait, il s’agirait d’une avancée majeure pour un meilleur partage des responsabilités familiales entre les femmes et les hommes, et donc pour les carrières professionnelles des femmes, avec un congé parental plus court, mieux rémunéré, et partagé en deux moitiés égales pour les deux parents. Emmanuel Macron a d’ailleurs déclaré qu’il en approuvait le principe. En revanche il s’oppose catégoriquement à sa mise en œuvre car il juge cette réforme trop coûteuse. Autrement dit, d’accord pour l’égalité entre les femmes et les hommes, si elle ne coûte rien… Hasard du calendrier ou pas, exactement au même moment il annonce vouloir faire un nouveau cadeau aux plus riches avec la suppression de l’exit tax. La semaine dernière, la ministre de la Santé est venue en renfort, et a déclaré que le congé parental européen tel qu’il est actuellement proposé par l’Europe « éloignerait les femmes du travail ». Affirmation pour le moins surprenante, quand on sait qu’actuellement en France 96% des congés parentaux sont pris par les femmes ? On ne voit pas bien comment le fait de raccourcir la durée du congé et mieux le rémunérer pourrait aggraver cette inégalité. Enfin, à tout cela se surajoute maintenant les inquiétudes sur la loi contre les violences sexistes et sexuelles. Cette loi était très attendue, car elle devait permettre de mieux protéger les mineurs de 15 ans et moins contre les violences sexuelles. Mais le texte finalement proposé par le gouvernement puis adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale soulève plus de craintes qu’il n’en enlève, car il institue un nouveau délit d’atteinte sexuelle avec pénétration chez un mineur de moins de 15 ans par un majeur, sans améliorer la possibilité de qualifier cet acte de crime. C’est-à-dire qu’il n’améliore absolument pas la protection des enfants contre les viols, et à l’inverse il crée une polémique chez les spécialistes du sujet qui redoutent la possibilité de déqualification des viols sur mineurs, de crime en simple délit. Par manque d’écoute et de concertation, un texte très attendu se transforme ainsi en inquiétude supplémentaire, et provoque une levée de boucliers contre son adoption avec une pétition en ligne ayant recueilli plus de 100 000 signatures. Ainsi, un an après l’élection d’Emmanuel Macron, dans le domaine de l’égalité femmes hommes il y a « en même temps » beaucoup d’inquiétudes et beaucoup d’annonces, et malheureusement peu de réalisations concrètes. Pour nous convaincre que vous êtes réellement moderne parce que féministe, Monsieur le Président, il va falloir faire mieux. Pour poursuivre ce qui a déjà été réalisé, pour faire encore davantage et conduire en France une profonde transition féministe, il convient maintenant d’adapter les moyens et les actes à l’ambition affichée.

Signataires : Ségolène Neuville, ancienne secrétaire d’État, membre du bureau national du PS, Laurence Rossignol, ancienne Ministre des Droits des Femmes, sénatrice PS, Geneviève Couraud, Présidente de l’association « l’Assemblée des Femmes », membre du conseil national du PS Maud Olivier, ancienne députée socialiste, ancienne Vice-Présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale, Marie-Arlette Carlotti, ancienne Ministre, membre du bureau national du PS Martine Pinville, ancienne Secrétaire d’État, membre du bureau national du PS, Clotilde Valter, ancienne Secrétaire d’État, membre du bureau national du PS Olivia Polski, adjointe à la Maire de Paris, membre du bureau national du PS Michèle Meunier, sénatrice socialiste de Loire-Atlantique, Marie-Pierre Monier, sénatrice socialiste de la Drôme, Angèle Préville, sénatrice socialiste du LotSophie Taillé-Polian, sénatrice du Val-de-Marne, Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste et conseillère de Paris

 

Appel à la fraternité laïque : Ne laissons pas mourir Mohamed Louizi

Communiqué

Mohamed est l’auteur de trois ouvrages(1) sur l’islam et l’islamisme (qui est l’instrumentalisation politique réactionnaire de la religion musulmane) dans lesquels il n’hésite pas à prendre une plume précise, sans concession et sans haine pour informer de la dangerosité de l’islamisme et des concessions politiques qui lui sont faites(2). Fort de sa connaissance des milieux « fréristes », il agit en homme libre et en citoyen indéfectiblement lié à la laïcité.

Ses enquêtes, son histoire et ses pensées doivent être entendues !

L’appel aux dons en soutien à Mohamed Louizi nous a permis de récolter 810 €. Merci à tous les contributeurs !

L’ensemble de la collecte lui sera intégralement reversée pour qu’il puisse poursuivre son combat devant les tribunaux.

Mais s’attaquer aux milieux islamistes n’est pas de tout repos : ses détracteurs utilisent diverses pressions pour le faire taire. Ils le coupent de sa famille et se servent de la machine judiciaire pour le mettre sans cesse en examen : en 2 ans et demi, Mohamed Louizi a été poursuivi 6 fois ! Il n’a cependant jamais été condamné, mieux il a toujours gagné les procès qui ont abouti (trois, les trois autres sont en cours).

Pire encore : lors de sa dernière audition, les services de police n’ont pas retrouvé la plainte qu’il avait déposée en septembre 2017 à l’encontre de la personne qui le poursuit aujourd’hui, alors qu’elle délivrait à son encontre un « permis de tuer » symbolique sur sa page Facebook

Le 18 février 2018, Mohamed Louizi a indiqué dans une publication Facebook qu’il commencait une grève de la faim car « trop c’est trop ! ».

Nous manifestons notre soutien au combat de Mohamed Louizi et nous vous invitons à signer et à faire signer cette pétition de soutien en démonstration de notre fraternité.

Nous manifestons ainsi notre attachement à la laïcité au singulier et sans adjectif, à la loi de 1905 et à la liberté d’expression et d’information : nous ne pouvons admettre que les extrémistes continuent de l’étouffer dans l’absence de réaction du gouvernement qui doit pourtant la défendre, en particulier auprès du parquet.

Nous demandons aux services de police que toute la lumière soit faite sur l’étrange perte de la plainte déposée par Mohamed Louizi !

Soutenir Mohamed Louizi, c’est soutenir avec convictions la laïcité en se battant contre ceux qui veulent la détruire !

SIGNEZ LA PÉTITION POUR SOUTENIR MOHAMED LOUIZI !

Pétition lancée par l’UFAL avec ÉGALE, le Comité Laïcité République, l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise, le Comité 1905 (Draguignan PACA), l’ADLPF, la GLMU, l’association Femmes Contre les Intégrismes

 

Un regard optimiste sur la laïcité dans l’actualité

Aucune intention d’élaborer pour vous une revue de presse du premier trimestre 2018; simplement le besoin d’analyser à grands traits deux événements politiques récents: l’un littéraire avec la sortie du livre de Marlène Schiappa « Laïcité, point ! », l’autre le discours de Bastia du Président Macron en Corse.

Le livre de Marlène Schiappa

Pourquoi lier ces deux actualités? Elles illustrent à mon sens ce qui, dans le positionnement et l’action gouvernementale, doit être souligné pour donner un peu d’optimisme aux défenseurs de la laïcité en tant que «socle de la République». Marlène Schiappa secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes développe dans un opuscule dense paru en janvier une conception exigeante et éminemment politique de la laïcité. Elle y défend notamment la laïcité comme condition de l’exercice des droits des femmes. Aucune révélation à attendre, ce qui est bien compréhensible puisque la laïcité « c’est le principe selon lequel l’État affirme la préséance de la raison, de la science, de la recherche de la vérité, sur l’obscurantisme». Mais des rappels concrets qui parlent à tous. Par exemple dit-elle « les institutions religieuses ne doivent pas décider si en tant que femme j’ai le droit d’avorter, de divorcer, de manger, d’aimer et de travailler » parce que dans notre République laïque les lois sont supérieures pour l’État aux lois d’un Dieu et que «les institutions religieuses ne doivent obliger aucune femme, nulle part, jamais à rien.» Rappel est fait, à titre d’exemple que, pour la République, seul le mariage civil est reconnu et que les règles de divorce sont les mêmes pour les femmes et les hommes contrairement à certains textes religieux. Au-delà, elle passe au tamis de sa réflexion les exigences et les objectifs de l’école républicaine, des services publics ou soutient, plus avant dans son texte la liberté de caricaturer, de blasphémer. Elle réaffirme avec force que dans l’espace des lois de notre République la liberté de conscience est absolue et que de très nombreux tabous peuvent être librement dépassés. Elle insiste par ailleurs sur le fait que la laïcité doit être conçue comme le bien commun d’une nation unique et d’un peuple unique. C’est en symbiose avec cette affirmation qu’on mesure la détermination de l’action gouvernementale en Corse.

Le discours du Président en Corse

A cet égard le discours du Président Macron le mercredi 7 février sur l’avenir de la Corse est conforme aux vœux du plus grand nombre de laïques. Il est éminemment Républicain. LA ligne politique formulée consiste à donner un avenir économique et politique à l’Ile à laquelle le Chef de l’ État promet «l’ordre républicain », écarte dans cette logique l’amnistie des crimes contre l’État, ferme la porte à la co-officialité de la langue corse et au statut spécifique de résident. Dans le même temps, l’engagement de reconnaitre nominativement la Corse et de l’inclure dans une refonte de l’article 72 de la constitution me semble parfaitement justifié au même titre que la valorisation de cette région insulaire dans les politiques propres à la méditerranée. A titre anecdotique, je trouve puérile et non conforme à l’éthique républicaine l’attitude de Gilles Siméoni président du Conseil Exécutif de Corse de ne pas participer au déjeuner organisé en l’honneur de la venue du Président de la République. Il est un temps où par exemple en Aveyron, un territoire que je connais bien, autour des années 80, lorsque le Président Giscard d’Estaing venait exposer sa volonté d’étendre le camp militaire du Larzac, perspective terriblement contestée, les élus d’ opposition marquèrent leur désaccord en participant au déjeuner présidentiel… mais en retournant leur assiette !

Alors, ou bien en Corse la gestuelle républicaine a évolué, ou bien la goujaterie républicaine mine notre vivre ensemble. Dans ce contexte, ne serait-il pas utile de rappeler une fois encore que la République laïque dans l’idéal reconnait les droits et revendications émanant d’individus citoyens et non de communautés ethniques, religieuses ou territoriales ? L’égalité républicaine n’interdit elle pas toute inégalité issue de race, de religion de sexe sur un territoire constitutionnellement « indivisible » ? Un livre et une parole sont là pour rappeler ces évidences.

Bernard FERRAND

 

REFONTE DE L’ISLAM DE FRANCE, NE BAISSONS PAS LA GARDE

Face à la réforme de l’islam de France annoncée par Emmanuel Macron, ÉGALE s’inquiète des possibles atteintes de cette nouvelle organisation à la loi de 1905 qui régit depuis plus d’un siècle la laïcité.

Le président Macron annonce pour le dernier semestre 2018 une réforme en profondeur de l’islam de France. Le but avoué est de prévenir la radicalisation en évitant que les imams soient payés par des gouvernements étrangers qui financent également les mosquées. Louable, certes, mais quelle sera la manière d’y parvenir ?

Des intentions voilées

Emmanuel Macron avance voilé. Il ne dit rien de ses intentions et affirme être dans le temps de la réflexion et de la concertation. D’après le JDD qui l’a interviewé le 11/2, il rencontre des personnalités aussi différentes que Hakim El-Karoui, Gilles Kepel, Haïm Korsia ou Youssef Seddik.

Pour Mohamed Louizi qui signe dans le Figaro du 13/2 une tribune intitulée «Si réforme il faut mener, c’est celle de l’islam et non de la laïcité », dénoncer la radicalisation de la laïcité et rencontrer Youssef Seddik, un fervent critique de l’islamisme, c’est une nouvelle version du « en même temps ». « Toutefois- poursuit Mohamed Louizi sur son blog Ecrire sans censure- l’on peut craindre que, au bout du compte, la ligne d’Hakim El-Karoui soit privilégiée et que certaines préconisations de l’Institut Montaigne ne soient désormais dans les tuyaux des ordonnances macronniennes ou du 49.3. » Car Hakim El-Karoui, un proche d’Emmanuel Macron cité plusieurs fois dans le JDD, ne détesterait pas bousculer la loi de 1905 pour l’adapter à l’islam et à la tradition évangélique.

Le financement et la formation des imams en ligne de mire

Le financement et la formation des imams sont les points les plus délicats à résoudre et les plus dangereux pour la laïcité. Car c’est par là que les pays du Golfe Persique influencent les musulmans de France. L’idée d’une taxe sur les produits halal est souvent évoquée, mais soulève bien des réticences. Alors, un concordat avec l’islam comme il en existe un en Alsace et Moselle avec l’Église Catholique ? Plusieurs personnes, dont Jean Pierre Chevènement ou Haim Korsia, le grand rabbin de France seraient partants. Quant à Gérard Collomb, sur France Inter le 11/02, il ne semblait pas voir de problème à financer les imams puisque l’état salarie déjà les aumôniers des prisons et des a les prisons. Ce qui n’a rien à voir avec le salariat des prêtres, que le Conseil constitutionnel a rejeté dans sa réponse à la question prioritaire de constitutionnalité ( QPC) 2012-297 du 21/2/213.

Ce serait donc plus que la loi de séparation qu’il faudrait modifier : il faudrait retirer la mention de « République laïque » dans la Constitution pour pouvoir le faire.

Une modification de la loi de 1905 dans le viseur ?

D’après le JDD, Emmanuel Macron n’est pas prêt au concordat. Par contre, un de ses proches signale que la loi de 1905 n’a rien d’un texte sacré et qu’elle a déjà été modifiée treize fois.

Voilà pourquoi la prudence est de mise et qu’ÉGALE reste vigilante.

Nelly Fouks

 

LA LIGUE DES DROITS DE L’HOMME ET LA NEUTRALITE DES DEPUTES

Les adhérents n’approuvent pas tous le communiqué de la Ligue des Droits de l’homme à propos des tenues des députés. En témoigne la réaction de Myriam André, de la section de Rodez

Rodez le 1er février 2018

A l’attention du Secrétaire Général de la LDH, Dominique Guibert

Monsieur,

Je suis membre de la LDH section Rodez/ Millau et suis consternée à la lecture du communiqué du service communication (voir ci-dessous) relatif à la décision du bureau de l’Assemblée Nationale D’abord le vocabulaire employé: le ridicule le dispute au toxique /participe dangereusement.

Ensuite sur le fond :

1/ Il est écrit: « ’exiger la neutralité d’un-e député-e revient tout bonnement à exiger son silence. »: Lorsque j’ai voté pour le député de ma circonscription je ne me suis nullement renseignée sur ses convictions religieuses, seuls m’ont importé ses propos et actes politiques durant ses mandats locaux éventuels. Il se serait présenté en réunion publique arborant des signes religieux ostentatoires ou des vêtements faisant la promotion de telle ou telle enseigne commerciale, cela aurait été jugé inacceptable par la plupart de mes concitoyens.

D’où vous vient l’idée qu’en n’affichant pas ses opinions religieuses ou ses choix personnels de vie on serait contraint au silence ?

Je préfère comprendre une position à travers une argumentation clairement développée plutôt que d’emblée la déduire d’un vêtement porté !.

2/ Il est ensuite noté : « Ou encore que le principe de laïcité, malheureusement évoqué en cette affaire, est ici plusieurs fois trahi. D’abord parce l’impératif de neutralité s’applique aux fonctionnaires ou aux exécutifs agissant au nom de l’État, certainement pas aux élu-e-s  » Il faudrait que vos conseillers revoient à mon avis, les définitions de l’Etat, de la République et les principes fondamentaux de notre constitution.

D’après ces propos, nos représentants à l’Assemblée Nationale chargés de créer notre droit commun, nos élus chargés à tous les stades de le faire vivre, devraient pouvoir arborer leur conviction religieuse dans l’hémicycle, les mairies, les conseils régionaux et départementaux, tout en étant régis par notre constitution qui elle seule serait laïque !!!

Mais d’après vous qui incarnerait alors cette République laïque supposant la neutralité de l’état mis à part les responsables et les agents du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire ?

Et d’ailleurs qui rémunère ces responsables et ses agents ? N’est-ce pas les impôts de tous les français et non les contributions d’une communauté particulière de conviction identique ?

3/ Enfin, il est mentionné : « et il est dommage d’avoir à le rappeler, parce que la loi de 1905 vise à assurer la liberté de conscience et à protéger la liberté d’expression, « même religieuse » (article 10 de la Déclaration de 1789). » Oui la loi de 1905 garantit notre liberté d’expression, nous avons individuellement le droit de dire, d’exprimer, d’afficher nos convictions dans les espaces publics, dans les lieux de service public en tant qu’usagers.

Mais vous semblez oublier que la parole d’un élu vise l’intérêt général: il parle au nom de ceux qu’il représente et tout citoyen doit pouvoir se sentir représenté y compris lorsqu’il ne partage pas les prises de positions majoritaires. Que deviendrait notre Assemblée Nationale si en plus d’identifier nos élus dans l’hémicycle par leur emplacement géographique, apparaissaient des groupuscules identifiables par leur appartenance religieuse !

Je vous demande en conséquence de bien vouloir retirer ce communiqué rédigé sans concertation préalable ainsi que votre demande d’annulation de la décision du bureau de l’Assemblée Nationale qui à mon avis, discrédite notre mouvement et nos engagements locaux.

Cordialement,

Myriam ANDRE Section Rodez/Millau

 

HOMMAGE à Guy Georges


Guy Georges, notre ami, est décédé le 3 février 2018.

Il nous avait envoyé, le 31 janvier, une note dénonçant le dernier en date des errements du parti socialiste en matière de laïcité.

Alain Azouvi lui rend hommage

 

Egale s’associe à l’appel de l’observatoire de la laïcité de Saint-Denis en faveur du bloggeur égyptien Raïf Badaoui

Egale s’associe à l’appel de l’observatoire de la laïcité de Saint-Denis en faveur du bloggeur égyptien Raïf Badaoui

posté le 30/01/2018

Raïf Badaoui est un libre penseur qui n’a fait qu’user de sa liberté de parole sur le Net. Comme le disait son épouse, Ensaf Haidar à Saint-Denis 13 janvier 2018, « Mon époux était coupable, selon son acte d’accusation, d’avoir « insulté l’islam » et d’avoir « par ses productions, troublé l’ordre public, les valeurs religieuses et la morale ». En fait, son crime n’était autre que sa conviction profonde à exprimer librement ses opinions… »

Dans un pays où la liberté de conscience n’est pas respectée, où les athées sont poursuivis comme des criminels, le simple droit à la liberté d’expression ne signifie rien. Les autorités égyptiennes instrumentalisent la religion pour ne pas la respecter.

Raïf Badawi est aujourd’hui condamné à subir 1000 coups de fouet, à dix ans d’emprisonnement, à payer une amende de plus de 200 000 € et à ne pas quitter le territoire saoudien pendant dix ans après avoir purgé sa peine.

L’observatoire de la laïcité de Saint-Denis adresse un appel au président de la République, à intervenir en faveur de ce militant des droits de l’Homme.

Lire l’intervention de Ensaf Haidar

M.C

 

ÉGALE réagit après une réunion de concertation avec les Cultes au Parlement européen

Le 6 décembre 2017, avait lieu au Parlement européen, une réunion de concertation avec la vice-présidente du Parlement, Mairead McGuinness. Cette réunion s’inscrivait dans le cadre de l’article 17 du Traité de fonctionnement de l’UE, qui prévoit des concertations régulières avec les organisations confessionnelles et non confessionnelles. ÉGALE y était invitée et représentée par Jean-Claude Boual, secrétaire général adjoint. Il a pu relever plusieurs propos étonnants, tenus par quelques responsables de cultes, auxquels il a réagi sur place, comme la mise en accusation de la laïcité qui serait la cause des crises européennes ou la nécessité d’enseigner les religions à l’école en raison de la baisse manifeste de la pratique religieuse des citoyens européens.

En accord avec Mairead McGuinness, EGALE a envoyé une réponse écrite aux questions posée au cours de la réunion. Cette note a reçu un très bon accueil auprès de la vice-présidente et de son cabinet.

MC

 

Un Conseil des sages de la laïcité au Ministère de l’Éducation

Présidé par la sociologue Dominique Schnapper ce conseil sera chargé de « définir la règle du jeu de la laïcité », dans l’institution scolaire selon le ministre Jean-Michel Blanquer et de « préciser la position de l’institution scolaire en matière de laïcité et de fait religieux ».

Ce conseil pourra aussi intervenir en matière de méthodes et de pédagogies. Il comporte une dizaine de membres « de sensibilités différentes ». Alors qu’il n’existe pas encore de liste officielle des membres de ce conseil, des noms circulent qui font penser que ce conseil saura respecter la rigueur républicaine.

Le ministère a publié la procédure à suivre afin de pouvoir respecter la principe de la laïcité à l’école, ce qui précise le travail des différentes instances.

MC

Voir la procédure du ministère

 

Le rapport de l’IHEU sur la liberté de pensée et ses tristes constats

Présenté le 5 décembre au Parlement Européen à Bruxelles par l’IHEU (International Humanist and Ethical Union) le Rapport sur la liberté de pensée est alarmant. 

La discrimination des non croyants, une pratique trop courante

Il montre que 85 états discriminent de manière grave et systématique les non croyants, qui constituent pourtant plus d’un tiers de la population mondiale, et sont en croissance constante.

L’existence et l’aggravation de persécutions actives à l’encontre des non religieux aurait été avérée en 2017 dans sept pays asiatiques et africains, à savoir l’Inde, la Malaisie, les Maldives, la Mauritanie, le Pakistan, l’Arabie Saoudite et le Soudan. Enfin, l’IHEU dénonce avec force l’impunité qu’accordent certaines autorités publiques aux crimes et aux persécutions à l’encontre des non croyants.

L’athéisme et l’apostasie passibles de la peine de mort

Publié annuellement depuis 2012, le rapport offre désormais, en ligne, des appréciations relatives à chaque pays. On note la participation de Ensaf Haidar, la militante des droits humains qui s’est  fait connaître pour la campagne qu’elle mène en vue de la libération de son époux, Raif Badawi, et d’autres prisonniers de conscience en Arabie Saoudite, l’un des pays les plus sévères dans sa répression de l’athéisme et de l’incroyance. L’athéisme y est illégal et l’apostasie (abandonner ou de changer de religion) y est toujours passible de la peine de mort ce qui est le cas dans 11 autres états parmi lesquels l’Afghanistan, l’Iran, la Malaisie, la Mauritanie, le Nigeria, le Qatar, la Somalie, le Soudan… .

Des droits bafoués

Le rapport, cinglant, précise :«L’écrasante majorité des pays ne respectent pas les droits des humanistes, des athées et des non-religieux. (…) il y a des lois qui nient le droit des athées à identifier, révoquer leur droit à la citoyenneté, restreindre leur droit de se marier, entraver leur accès à l’éducation publique, leur interdire d’occuper des fonctions publiques, les empêcher de travailler pour l’État ou criminaliser l’expression de leur point de vue et de leur critique de la religion. Dans le pire des cas, l’État ou les acteurs non étatiques peuvent exécuter les non-religieux pour avoir quitté la religion de leurs parents, nier le droit des athées à exister ou chercher à contrôler totalement leurs croyances et leurs actions ».

Pouvoir politique et justice aux services de l’intransigeance religieuse

Dans de nombreux pays, des lois criminalisant le blasphème — passible lui aussi de la mort dans six pays dont le Pakistan —, l’offense à la religion ou au sacré offrent non seulement un cadre légal très élastique pour persécuter les incroyants, mais fournissent une justification aux crimes commis par des activistes religieux ou des foules fanatisées lorsqu’elles se rendent coupables de violences à leur égard. De surcroît, le rapport montre que dans ces pays, le pouvoir politique comme la justice ont manqué de détermination pour dénoncer ou punir ces abus et ces crimes, et ce, sans compter les disparitions et assassinats extrajudiciaires envers lesquels l’impunité est généralement la règle.

Nelly Fouks 

 

Le Liban… vers la partition ou la laïcité

  Allons-nous vers l’effondrement de l’État libanais, à la décomposition de son corps social, politique, moral et économique ? Peut-on encore éviter le chaos ?

Le Liban vit dans une atmosphère ambiante de fatalisme et d’impuissance. Aujourd’hui, plus personne ne regarde vers l’avenir, plus personne n’imagine l’avenir, tant le désarroi est profond. Notre système institutionnel actuel est sclérosé, rétrograde et ne correspond plus au monde du XXIe siècle. Notre Constitution de 1943 a vu naître un régime basé sur un délicat équilibre comptable confessionnel qui a volé en éclats dès le début de la guerre de 1975. Hélas, l’accord de Taëf de 1989 a accentué le poids confessionnel et partisan qui engendre continuellement un marchandage politique entre les clans et de facto une instabilité de nos institutions contenant en elles les germes d’un prochain conflit qui pourrait nous conduire cette fois-ci vers la désintégration de notre identité et la partition réelle du Liban.

Le changement réel est conditionné par la sortie du système actuel basé sur le féodalisme, mal de la société, un cancer qui sévit dans nos gènes depuis l’occupation ottomane jusqu’à nos jours. Le citoyen libanais s’est vu imposer (et malheureusement s’en est accommodé) une gouvernance féodale confessionnelle et politique qui le transforme en pion au service de son maître. Il suffit d’observer comment les dirigeants font appel à l’instinct basique de leurs fidèles pour les mobiliser et les manipuler au service de leurs propres intérêts. Au lieu que ces dirigeants rassemblent les citoyens autour de valeurs communes et transconfessionnelles, tels l’édification de l’État, le développement économique, l’éducation, la réduction de la pauvreté et de l’inégalité, la lutte contre le chômage ou encore l’écologie, ils les divisent, les abrutissent, les asservissent et les cantonnent dans leurs appartenances ethniques ou religieuses.

Rappelons la mise en garde jadis de notre bien-aimé philosophe Gibran Khalil Gibran : « Malheur à la nation divisée où chacune des parties se considère comme une nation. »

Pourtant, un moment, on avait cru à un espoir d’un vrai changement et de renouveau avec le général Michel Aoun, mais, malheureusement, une fois rentré au pays, il n’a pas pu résister au chant des sirènes du confessionnalisme et du clientélisme qui mine l’âme de la société libanaise. Finalement, seul Raymond Eddé, la conscience du Liban, avait pu garder une constance dans les paroles et les actes tout au long de sa vie publique, et ce malgré les difficultés et les menaces qui ont jalonné son parcours politique. Mais que faire face à cette chape de plomb et à cet immobilisme morbide ? Une transformation profonde de notre système politique s’impose, où le citoyen est une valeur en soi, où la religion est séparée de l’État, où la liberté de conscience est indiscutable, où la femme a les mêmes droits que l’homme, où le mérite et l’intégrité prédominent l’appartenance confessionnelle, où l’engagement public s’affranchit de toute forme d’allégeance. Seul un système basé sur la laïcité les garantit. Loin des clichés faciles, la laïcité n’est pas la négation des religions; elle ne les relègue aucunement dans la sphère strictement privée, mais elle leur permet de jouer un rôle dans le débat public surtout pour des projets de société touchant à la conscience et à la dignité humaines. Cette idée avait déjà existé au XIXe siècle avec « la Nahda » où certains penseurs arabes chrétiens et musulmans (citons Boutros al-Boustani, Francis Marrache, Jorge Zeydan, Mohammad Abdo, Abdel Rahman al-Kawakibi…) étaient des avant-gardistes et plaidaient pour un mouvement de réforme politique, culturel et religieux, dissociant les affaires de la cité des convictions religieuses « personnelles ». On a grand besoin aujourd’hui de revivifier cet esprit. Rien n’est fait par une classe politique corrompue pour faire évoluer les mentalités des citoyens, mais au contraire tout est entrepris pour laisser ces derniers dans la pauvreté, l’ignorance et une totale dépendance pour faire perdurer le statu quo. Le pays ne sait même plus ce qu’est être libre. Ce concept a quitté l’esprit du peuple.

C’est pourquoi, il faudrait que le citoyen se réveille et se libère lui-même de l’emprise de son chef religieux ou politique pour retrouver sa dignité et son droit à décider librement de son avenir. Les exemples dans le monde ne manquent pas de ces régimes qui se croyaient éternels et indéboulonnables mais qui ont été vaincus par la soif de liberté, un trésor incommensurable pour l’humanité. Quel que soit son appartenance religieuse, philosophique ou ethnique, l’homme finira tôt ou tard par choisir la liberté plutôt qu’un autre concept de vie ou de société qu’on veut lui imposer. La société civile doit jouer pleinement son rôle de boussole et d’accompagnement pour aider à cette émancipation des citoyens. J’en appelle aux intellectuels, universitaires, jeunes, journalistes, syndicats, hommes d’affaires et aussi la diaspora libanaise pour être le catalyseur de ce changement. L’instauration d’un système laïc au Liban est plus que nécessaire pour la survie du pays et pour le bénéfice de nos générations futures. Il faudra du courage, du temps et de la persévérance. C’est la seule voie possible pour préserver à terme l’unité du Liban, mais aussi un modèle à suivre pour les pays voisins.

Président du Cercle Khalil Gibran (France)

 

Plusieurs réactions intéressantes reçues par EGALE

Plusieurs réactions intéressantes reçues par EGALE

posté le 29/01/2018

Lorsque nous avions envoyé notre courrier au président Macron et au ministre de l’Intérieur, pour lui faire part de nos inquiétudes concernant le respect de la laïcité alors qu’il avait annoncé le 22 septembre, devant des autorités religieuses protestantes que : « la manière que j’aurai d’aborder ces débats ne sera en rien de dire que la politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr. », nous avions également retransmis ce courrier à un certain nombre de membres du gouvernement et à des parlementaires. Depuis, nous avons reçu plusieurs réactions et des invitations à rencontrer des conseillers en matière de laïcité. Le ministre de l’Intérieur n’a pas jugé bon de répondre.

Il faut citer une réaction du président de l’Assemblée nationale ainsi qu’un rendez-vous avec sa conseillère qui nous ont pleinement rassuré quant à leur engagement laïque.

Le premier ministre Édouard Philippe nous a répondu directement par courrier et un rendez-vous est planifié avec une conseillère de l’Élysée. S’il est manifeste que plusieurs ministres et personnalités éminentes du mouvement En Marche ! ont des engagements en faveur de la laïcité de longue date, il reste toujours cette ambiguïté que nous aurons probablement du mal à lever au niveau du Président de la République lui-même. Nous aurons de la chance s’il n’impose rien qui serait susceptible de faire reculer la laïcité, alors qu’à titre personnel, il fait peu la différence entre la séparation et le dialogue institutionnalisé avec les cultes. Un tel dialogue, quoiqu’en disent ceux qui s’en défendent, conduira forcément à  octroyer des concessions supplémentaires aux cultes, comme par exemple augmenter les subsides indirects qu’ils reçoivent ou voir entrer la religion dans l’enseignement ou encore les traiter en interlocuteurs privilégiés du politique sur les sujets de société.

Martine Cerf

Voir la lettre envoyée au Président de la République et la réponse du Premier ministre

 

Le ministère de l’Intérieur fait respecter l’espace public à Paris

Cela faisait des années que les riverains se plaignaient des prières de rue qui bloquaient la rue Morand en totalité ou en partie. Apparues après l’attentat contre les tours jumelles de New-York en 2001, ces prières de rue devant la mosquée salafiste Omar se déroulaient tous les vendredi.

Des riverains avaient contacté la mairie, la police et la préfecture pour se plaindre de la gêne occasionnée, mais en vain puisque ni la police, ni la préfecture n’avaient ordre d’intervenir. La situation pourrissait donc depuis …17 ans.

Depuis le 29 décembre, des camions de policiers se positionnent aux alentours de la mosquée et veillent à ce que les fidèles puissent entrer tranquillement pour faire leur prière. Une fois la mosquée pleine, les portes sont fermées et les retardataires sont invités à se rendre dans d’autres mosquées.

Deux affichettes de l’association Foi et Pratique qui gère la mosquée, expliquent la situation aux fidèles.

Voir les affichettes : Communiqué et Avis aux fidèles

 

La Bavière conservatrice impose des crucifix dans les bâtiments publics

À partir du 31 mai 2018, chaque bâtiment public devra arborer un crucifix dans son entrée. Un décret du ministre-président Markus Söder (membre du CSU, branche bavaroise du parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel) l’impose désormais pour « reconnaitre une identité » à la Bavière.

Cette mesure est contestée à la fois par les libéraux, les laïques qui dénoncent une atteinte à la liberté de conscience de tous dans une société où de multiples confessions sont représentées. De même dans les rangs des religieux, musulmans et catholiques contestent le bienfondé de ce décret. En particulier l’archevêque de Munich, Reinhardt Marx (qui a également présidé la COMECE, la représentation du Vatican auprès de l’Union européenne) considère que cela ne peut produire que de la division et déclare que « le symbole primordial du christianisme est instrumentalisé et abusé en tant que symbole d’exclusion ».

Il est difficile de ne pas voir le calcul politique derrière cette décision, puisque les élections régionales auront lieu le 14 octobre et que le CSU entend bien faire barrage à la montée populiste d’extrême droite.

Mais flatter cet électorat qui a peur de l’immigration en adoptant ses plus bas instincts identitaires et xénophobes ne saurait donner de bons résultats pour la démocratie et les libertés.

Martine Cerf

 

Des amis nous ont quittés : Roger Cordier, Maudy Piot

D’abord Roger Cordier, président des Comités 1905, toujours présent pour défendre la laïcité et les libertés avec détermination dans la région Rhône-Alpes principalement dans cette région où l’initiative d’hommes politiques plus soucieux de préserver la position de l’église catholique et le dialogue interculturel que la laïcité, Roger Cordier s’est toujours élevé contre les financements abusifs ou les tentatives d’installation de crèches de la nativité dans les bâtiments publics. Il était aussi un compagnon de route au Collectif Laïque National et son départ prématuré nous a laissé un vide.

Et puis Maudy Piot, la grande Maudy dont ceux qui l’ont connu sont unanimes à saluer la volonté et l’engagement constant en faveur des femmes handicapées, trop souvent victimes de violence. Cette violence qui s’exprime d’autant plus facilement que les victimes sont affaiblies ou sans défense possible. Cette violence que leurs auteurs justifient parfois par des prétextes religieux. Maudy avait bien compris que la laïcité contribuait à protéger les femmes de ces débordements. Elle ne désarmait jamais, ne renonçait jamais, toujours avec la même chaleur humaine. Nous sommes heureux de l’avoir connue.

Martine Cerf

 

 

JEAN MERCIER RELAXE

Jean Mercier, cet octogénaire poursuivi par la justice pour avoir aidé son épouse à mourir, vient d’être définitivement relaxé.

Henri Duchez, président du comité de soutien à Jean Mercier, nous informe de l’arrêt de la Cour de Cassation de Paris qui confirme la relaxe prononcée en novembre 2016 par la Cour d’Appel de Lyon. Il se réjouit de cette décision éclairée et courageuse de la justice.

Quant à Jean Mercier, joint au téléphone par Henri Duchez, il était soulagé de pouvoir tourner la page après tant d’années et de se consacrer maintenant à sa propre fin de vie.

Il remercie tous ceux qui lui ont apporté leur soutien pendant ces années difficiles.

Henri Duchez s’associe à ses remerciements et s’aperçoit de l’importance de la solidarité qui devrait faire réfléchir nos gouvernants, pour faire enfin voter une loi de liberté et d’égalité.

Nelly Fouks

 

LE RETOUR DES GUERRES DE RELIGION ?

  Des jeunes catholiques intégristes, membres de Civitas, s’opposent violemment à des réunion oecuméniques réunissant catholiques et protestants, contraires selon eux à la loi de Dieu…
Le 1er décembre 2017, les militants du Mouvement de la Jeunesse Catholique de France et de France Jeunesse Civitas se sont réunis pour empêcher une célébration œcuménique dans l’église Saint Irénée de Lyon organisé par le cardinal Barbarin et des pasteurs protestants. Ils s’étaient donné pour mission de réparer publiquement cette offense faite à Dieu et à son Église. L’office a été interrompu en dépit du fait que des policiers en arme soient intervenus pour tenter de rétablir l’ordre.
Un mois plus tôt, le 31 octobre, alors que l’église Notre-Dame des Blancs Manteaux fêtait Halloween à sa façon en accueillant un office dit œcuménique avec une femme pasteure de l’église protestante unie, de jeunes catholiques intégristes sont venus « réparer ce sacrilège » en priant le chapelet avant d’être évacués et interpellés par la police.
Un comportement préoccupant
Ce comportement qui rappelle celui des intégristes islamistes comme celui de tous les intégristes religieux préoccupe à plus d’un titre. D’abord pour son intolérance qui peut faire craindre le pire, à savoir le retour des guerres de religions et autres croisades qui ne demandent qu’à renaître. Seule leur foi compte et elle est la seule juste. De plus, ils s’opposent aux prêtres comme aux plus hautes instances religieuses de leur foi pour proclamer qu’eux seuls détiennent la vérité et que toutes les démarches qui s’en éloignent sont à proscrire, si besoin est par la force.
ÉGALE, comme tous les partisans de la laïcité ne peut que s’inquiéter de telles dérives.
A visionner pour en savoir plus.

MACRONISME ET LAÏCITÉ : QUELLE COMPATIBILITÉ

112 ANS APRÈS

MACRONISME ET LAÏCITÉ : QUELLE COMPATIBILITÉ ?

 

Une approche du macronisme sur la laïcité est d’actualité à l’heure où le Président consulte pour déterminer les initiatives qui dans le cadre de ce principe devraient marquer son quinquennat. Un petit retour en arrière peut éclairer le lecteur.

Baptisé à sa demande à l’âge de 12 ans, passé par le lycée jésuite de la Providence d’Amiens, le Président Macron  se dit agnostique, mais « réceptif à la transcendance de nos vies ». Son escapade à la basilique de Saint-Denis, la nécropole où sont inhumés les rois de France le jour de sa candidature à la Présidence en a surpris plus d’un. Plus récemment son acceptation du titre honorifique de chanoine de St Jean de Latran[1] conféré par le Vatican a aussi désagréablement étonné ceux qui pensaient que le Chef d’État était le protecteur de nos institutions constitutionnelles et donc de la laïcité.

Afin d’objectiver nos observations,  rappelons quelques  propos  d’Emmanuel Macron au sujet de la laïcité.

Avant l’élection présidentielle

Au cours de la campagne, le candidat a esquissé l’idée d’une laïcité inclusive. Cette conception  aussi philosophique que politique – est  notamment le fruit de discussions avec Gérard Collomb et plus substantiellement la résultante de l’influence de Paul Ricœur sur la pensée et la posture du Président[2]. La formule consacrée à la laïcité dans « Révolution »,  livre-programme de Macron, est pesée au trébuchet. « La laïcité est une liberté avant d’être un interdit, écrit le candidat. Elle est faite pour permettre à chacun de s’intégrer […] Comment peut-on demander à nos concitoyens de croire en la République si certains se servent de la laïcité, pour leur dire qu’ils n’y ont pas leur place ? »

Après l’élection

Puis Macron devint président… et les mots évoluent. Le chef de l’État place au cœur de sa diplomatie la lutte contre «le terrorisme islamiste». Un «défi d’ordre civilisationnel», dit-il lors de la présentation de sa loi antiterroriste le 18 octobre 2017. Le président assume, dès lors, de mener un «combat autoritaire». Dans son entourage on prétend : «Toutes ces questions, ça n’était pas son univers au départ, il a pris conscience qu’il fallait bouger». On entend aussi: «Il n’a rien à voir avec la gauche communautariste ou islamo-gauchiste. Il est très dur avec elle.» Les exégètes de la pensée présidentielle affirment que Macron n’a aucune raison de s’affronter avec l’islam et qu’il fait en sorte de ne pas faire de différences entre les religions et à ne pas créer de fractures.

Sur ces sujets il semble avoir la volonté de rester sur une ligne de crête qui manque encore de lisibilité parce qu’elle oscille entre bienveillance et autorité. La manière dont il manie l’histoire et le spirituel a de quoi interpeller. Quel est ce président qui se dit «attaché à laïcité» autant qu’au divin ? En effet Emmanuel Macron devait prononcer un discours sur ces questions pour le 112e anniversaire de la loi de 1905, ce 9 décembre. Peine perdue ou du moins entreprise remise à plus tard !

Au lieu et place le tout nouveau délégué national de LREM Christophe Castaner, qui souhaite « ramener les intellectuels à l’intérieur des partis », a lancé dans le parti présidentiel un groupe de travail sur ce thème et entend trouver un positionnement « entre Jean-Louis Bianco« , qu’il juge « un peu trop laxiste » et Manuel Valls, qui, lui, tiendrait des propos « un peu trop guerriers. » Emmanuel Macron a-t-il donc arrêté sa position de son côté ? Non, pas encore, si l’on en croit le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, qui assure qu’il continue à consulter des intellectuels et des experts sur le sujet.

En résumé, le chantier laïcité du Président serait encore ouvert. À nous de mobiliser nos forces, de valoriser nos compétences et de nous faire entendre afin que la laïcité imprime davantage toutes les actions de ce quinquennat.

Bernard FERRAND

Vice-Président d’ÉGALE

 

[1] Cette tradition remonte à Louis XI, en 1482, et avait été renouvelée en 1604 par Henri IV . Sous la Vième République le général de Gaulle en 1967, Valéry Giscard d’Estaing en 1978, Jacques Chirac en 1996 et Nicolas Sarkozy en 2007 s’étaient rendus à Rome pour prendre possession de ce titre. Ce que n’avaient fait ni Georges Pompidou, ni François Mitterrand, ni François Hollande.

 

[2] Macron par Ricoeur de Pierre Olivier Monteil Ed : Lemieux

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Le retour des guerres de religion

Le retour des guerres de religion ?

posté le 04/12/2017

Des jeunes catholiques intégristes, membres de Civitas, s’opposent violemment à des réunions oecuméniques réunissant catholiques et protestants, contraires selon eux à la loi de Dieu.

Le 1er décembre 2017, les militants du Mouvement de la Jeunesse Catholique de France et de France Jeunesse Civitas se sont réunis pour empêcher une célébration oecuménique dans l’église Saint Irénée de Lyon organisé par le cardinal Barbarin et des pasteurs protestants. Ils s’étaient donné pour mission de réparer publiquement cette offense faite à Dieu et à son Église. L’office à été interrompu en dépit du fait que des policiers en arme soient intervenus pour tenter de rétablir l’ordre.

Un mois plus tôt, le 31 octobre, alors que l’église Notre-Dame des Blancs Manteaux fêtait Halloween à sa façon en accueillant un office dit œcuménique avec une femme pasteure de l’église protestante unie, de jeunes catholiques intégristes sont venus « réparer ce sacrilège » en priant le chapelet avant d’être évacués et interpellés par la police.

Un comportement préoccupant

Ce comportement qui rappelle celui des intégristes islamistes comme celui de tous les intégristes religieux préoccupe à plus d’un titre. D’abord pour son intolérance qui peut faire craindre le pire, à savoir le retour des guerres de religions et autres croisades qui ne demandent qu’à renaître. Seule leur foi compte et elle est la seule juste. De plus, ils s’opposent aux prêtres comme aux plus hautes instances religieuses de leur foi pour proclamer qu’eux seuls détiennent la vérité et que toutes les démarches qui s’en éloignent sont à proscrire, si besoin est par la force.

ÉGALE, comme tous les partisans de la laïcité ne peuvent que s’inquiéter de telles dérives.

A lire et visionner pour en savoir plus :

De jeunes catholiques empêchent une célébration œcuménique dans l’église Saint Irénée de Lyon

Nelly Fouks

Rubriques : Laïcité France, Intégrismes

 

LE SCANDALE DU STAGE « RACISE » DE SUD-EDUCATION 93

Ce syndicat d’enseignants organise un stage visant notamment à analyser le « racisme d’État » en France. Au programme, des conférences données par des proches du Parti des indigènes de la République et du CCIF, ainsi que des ateliers interdits aux Blancs.

Le syndicat Sud-Education 93 propose aux enseignants un stage de 2 jours sur les thèmes suivants : »Au croisement des oppressions : où en est-on de l’antiracisme à l’école ? ». Le rendez-vous, qui doit se tenir les 18 et 19 décembre à Saint-Denis, promet à ses participants une « déconstruction des discriminations raciales », « des outils de lutte en vue d’une transformation sociale » à fournir à leurs élèves, ainsi qu' »analyse du racisme d’État dans la société et en particulier dans l’Éducation nationale ». Cerise sur le gâteau : les participants à ce stage, qui qualifie l’Éducation nationale d’institution gangrénée par le « racisme » et « l’islamophobie », seront payés… par l’Éducation nationale. En effet, Sud-Education 93 prend soin de préciser que « chaque fonctionnaire ou agent non titulaire, syndiqué ou non, peut bénéficier de 12 jours de formation par an sans aucun retrait de salaire ».

Des intervenants très communautaristes

Ces deux journées de conférences et d’ateliers servent justement de plateforme à des intervenants défendant une vision racialiste et communautariste de la société : on y trouve ainsi Marwan Muhammad, ancien porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), mais aussi Nacira Guénif-Souilamas et Fatima Ouassak, proches du PIR (parti des indigènes de la république. On y trouvera des enseignements du style : « Qu’est-ce qu’un-e élève racisé-e ? Où en est-on de l’antiracisme à l’école ? » ; « Le racisme et les privilèges dans la société et dans l’Éducation nationale » ; « Comment enseigner une histoire décoloniale ? » ; « Enseignant-e-s blanc-he-s : interroger nos représentations et nos postures dominantes ».

ÉGALE approuve la réaction ferme et sans appel du ministre Michel Blanquer

Le ministre de l’Éducation Nationale a immédiatement réagi. « Je condamne avec fermeté le projet d’une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine. » a-t-il déclaré.

Il a également porté plainte pour diffamation contre la formulation « racisme d’État » qu’ÉGALE, trouve, comme lui, inacceptable. Nous déplorons de même que le syndicat Sud Éducation ait refusé de se désolidariser de sa section litigieuse.

Nelly Fouks d’après Hadrien Mathoux pour Marianne.fr

 

EN AVEYRON, LE DIOCESE ANNULE PUIS REPROGRAMME UN SPECTACLE SUR L’EGALITE HOMMES/FEMMES

  ÉGALE se réjouit du revirement du diocèse d’Aveyron qui renonce à l’annulation d’un spectacle sur l’égalité hommes/femmes dans deux collèges.

La polémique est née d’un article publié sur riposte-catholique.fr dénonçant l’entrée du lobby LGTB dans l’enseignement catholique de l’Aveyron alors que la compagnie toulousaine, l’An 01 avait programmé dans deux collèges catholiques de la région, la représentation de X,Y et moi, une pièce qui sous l’aspect d’une conférence d’une délégation interministérielle, anticipe des villes non mixtes, tout en faisant largement réagir le public sur les questions d’égalité hommes-femmes.

Les réseaux sociaux se sont emballés, les chefs d’établissement ont été débordés par les appels des inquiets des parents après que le groupe Manif pour tous Grand Rodez leur ait envoyé le mail ci-contre :  » Mobilisez-vous et mobilisez votre entourage pour empêcher ces individus de venir “déconstruire” le cerveau de nos enfants à un âge fragile où ils rentrent dans l’adolescence. » Sans reprendre l’article de Riposte-catholique, le courriel présente la compagnie comme proche du mouvement LGBT ce que réfute son directeur.

Le diocèse, qui se disait  » victime d’une cabale montée par certains mouvements  » et insistait sur le fait que  » l’enseignement catholique porte de nombreux partenariats avec les collectivités ou les MJC, envisageait de -présenter la pièce à des parents d’élèves. Pour calmer le jeu et -discuter sereinement « . C’est aujourd’hui chose faite. L’interdiction a été levée. Le directeur diocésain Claude Bauquis et deux chefs d’établissement ont assisté à une représentation jugée « de qualité » car « elle invite à réfléchir sur l’égalité et la complémentarité hommes-femmes. »

ÉGALE qui s’était inquiétée de la puissance des lobbys des catholiques intégristes, se réjouit de cette décision. Grâce au bon sens du directeur diocésain qui a su résister aux tentatives des extrémistes, ce spectacle sera finalement représenté avec une semaine de retard.

Nelly Fouks d’après Philippe Gagnebet Le Monde et 20minutes.fr

 

POLOGNE : UN PAS EN AVANT VERS LA LAÏCITÉ

POLOGNE : UN PAS EN AVANT VERS LA LAÏCITÉ

Varsovie a accueilli ces 21 et 22 octobre 2017, et ce pour la 1re fois en Pologne, une conférence sur la sécularité, à laquelle ÉGALE a été invitée à s’exprimer.

Cette conférence a été organisée par le Congrès pour la sécularité, association regroupant une plate-forme de 20 organisations luttant pour les Droits de l’Homme et pour la sécularisation ainsi que des groupes politiques ; ces différentes organisations travaillent ensemble depuis avril dernier pour réfléchir à la stratégie la plus pertinente pour parvenir à un État laïque dans les faits.

 

La  Pologne connaît une situation complexe sur la laïcité. 90% des Polonais se déclarent catholiques, les autres religions représentent environ 2% de la population et environ 8% se déclarent sans croyance, incroyante ou n’appartenant à aucune religion. L’Église catholique joue un rôle prépondérant dans la société. Cependant comme dans toutes les sociétés européennes, la sécularisation progresse lentement. La Constitution prévoit la liberté de conscience, pourtant, l’Église catholique bénéficie de privilèges de fait ou légaux, qui sont concrétisés par un concordat qui lui donne une force politique certaine et une capacité d’intervention dans tous les aspects de la vie. Par exemple, bien que l’enseignement religieux ne soit pas obligatoire à l’école, celui-ci est enseigné dès la maternelle dans  72% des établissements scolaires et l’État paye pour cela 31 625 catéchistes, principalement des curés ; l’épiscopat catholique demande que la religion soit une matière facultative au baccalauréat. L’État finance des « Universités cardinales », « Académies théologiques », « École supérieure philosophico-théologique  » et de nombreuses chaires théologiques à l’université.

Lors du Congrès, qui a réuni plus de 300 participants croyants ou non croyants, les débats ont souligné précisément les nombreux sujets de conflit existant du fait du manque de séparation stricte de l’Église catholique et de l’État polonais,  en matière de financement des Églises,  d’atteintes aux  droits des femmes, aux droits des enfants, aux droits des LGBT, à  la liberté de parole et à l’expression artistique. Les intervenants polonais ont dénoncé les privilèges juridiques et financiers importants de l’Église catholique.

 

Diverses autres associations européennes  étaient invitées pour présenter la façon dont la séparation entre les Églises et L’État, la sécularisation des sociétés et les principes de laïcité étaient mis en œuvre en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, en Norvège. ÉGALE a présenté la situation en France et dans l’Union européenne et a incité les associations nationales et européennes laïques à se coordonner afin de faire contrepoids aux organisations confessionnelles dans le cadre du  dialogue  auprès des institutions européennes et dans les débats dans la société civile.

Un Manifeste du Congrès pour la sécularité présenté par les organisateurs a été approuvé, pour la première fois dans l’histoire de la Pologne,  par les huit partis politiques polonais de gauche. Ce Manifeste plaide pour une Pologne plus laïque et demande notamment :

 

  • la suppression du financement public de toutes associations religieuses et des Églises.
  • Une éducation publique neutre.
  • La suppression de tous symboles  et cérémonies religieux dans les enceintes publiques et étatiques.
  • Le respect des standards internationaux en matière de droits de l’Homme, sans lien avec la religion.

Djémila Boulasha et Jean-Claude Boual

 (lire le manifeste en polonais ou en anglais dans suite)

publié le 30/10/2017

 

laïcité, un débat récurrent

La laïcité, un débat récurrent

posté le 23/10/2017

Voir et écouter

France 3 Languedoc Roussillon diffusait le 29 octobre 2017 un débat  sur la laïcité : deux visions principales se sont opposées :

– l’une attachée à la stricte neutralité religieuse dans l’espace public,

– l’autre qui tolère les signes d’appartenance religieuse.

Le débat de l’émission : le concept de laïcité doit-il évoluer ? 
Parmi les invités, Agnès Perrin Doucey, d’EGALE.

  • Agnès Perrin Doucey, universitaire référente laïcité Faculté de l’éducation de Montpellier
  • Hocine Drouiche, imam à Nîmes et vice-président de la conférence des imams de France
  • Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier

 

EGALE a écrit au gouvernement pour demander le respect de la séparation

posté le 09/10/2017

Lors d’une réunion avec les autorités religieuses protestantes qui s’est tenue le 22 septembre, le Président de la République avait déclaré : « la manière que j’aurai d’aborder ces débats ne sera en rien de dire que le politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr ». Ces propos nous avaient bien évidemment inquiétés, car ils constituent très directement une menace sur plusieurs de nos libertés, plus précisément toutes celles qui ont été acquises en contradiction avec des préceptes religieux.

Toujours en septembre, le ministre de l’Intérieur publiait une « feuille de route » dans laquelle il annonçait pour décembre la création « d’une nouvelle instance informelle de dialogue interconfessionnelle » qui serait constituée auprès du ministre.

Égale a demandé au Président de la République, au Premier ministre, et au ministre de l’Intérieur de faire respecter la séparation inscrite dans la Constitution et dans la loi et de veiller ainsi à la préservation de nos libertés.

 

 

La crèche vendéenne autorisée, l’Auvergnate interdite

Installation de la crèche de Noël dans le hall de l’ Hotel du département du conseil général de Vendée.

A Nantes, le tribunal reconnaît un usage culturel et festif

A Nantes, les juges ont « que l’installation temporaire d’une crèche de Noël dans l’hôtel du département de la Vendée résulte, compte tenu des caractéristiques de la crèche et de ses conditions d’utilisation, d’un usage culturel local et d’une tradition festive de plus de 20 ans constituant des circonstances particulières ». D’où sa compatibilité avec le principe de laïcité selon les critères définis par le Conseil d’État.

La cour de Nantes a donc débouté la Fédération de la Libre pensée de Vendée, qui avait saisi la justice administrative en 2012.

Pas de caractère culturel en Auvergne-Rhône-Alpes

Le Tribunal administratif de Lyon en revanche, a annulé la décision de Laurent Wauquiez, président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, d’installer une crèche de Noël dans les locaux de l’Hôtel de région en décembre 2016, ne lui reconnaissant aucun « usage local ». Il avait été saisi par saisi par la Ligue française pour la défense des droits de l’Homme et du citoyen et la Fédération de la Libre pensée et d’action sociale du Rhône. La fabrication de santons par des artisans locaux n’a pas suffit à démontrer ce caractère culturel, selon le tribunal, puisque jamais encore une crèche n’avait été installée dans les locaux du conseil régional de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le cabinet de M. Wauquiez a indiqué qu’il comptait faire appel de cette décision.

M.C

 

 

 

Ma Liberté c’est la laïcité, 2e éd, Armand Colin, 2017.

Martine Cerf et Marc Horwitz. Préface de Robert Badinter, illustré par Nono

Un ouvrage pédagogique qui présente des textes historiques et fondateurs de la laïcité. Une chronologie complète met en évidence le caractère indissociable de la laïcité et de la République et montre qu’elle n’avance dans la conquête de nouvelles libertés qu’avec les gouvernements attachés aux valeurs républicaines.

Il comporte aussi des témoignages qui démontrent qu’au-delà du droit, la laïcité se vit au quotidien au travers de nos comportements et qu’il dépend aussi de chacun de nous de préserver une société pacifiée.

Cette nouvelle édition comprend également la Charte de la laïcité à l’école.

Martine Cerf présente le livre

 

Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, 2017

La Moselle n’est pas alsacienne !

Alors que des identitaires Alsaciens cherchent le moyen de se désolidariser de la région Grand Est dont l’Alsace fait partie, des voix s’élèvent pour proposer de regrouper une « région Alsace-Moselle » qui n’a jamais existé. Le seul point commun à ces trois départements : leurs régimes dérogatoires, et notamment  celui des cultes, qui datent de Napoléon Bonaparte et de Bismarck.

 

Le département de la Moselle actuel est une entité composite. Il est normal que le Conseil départemental cherche à promouvoir ce qui serait son « identité ». Pourtant, entre le « Bitcherland », l’ancien Bassin houiller, le Pays haut et les vallées sidérurgiques, le Saulnois et le Pays messin, que d’histoires, de pratiques culturelles et linguistiques différentes.

 

Dans le contexte politique actuel, s’il fallait définir une identité mosellane, elle s’exprimerait avec une forme négative : la Moselle n’a jamais été et n’est toujours pas alsacienne !

Entre la Moselle et l’Alsace, il n’y a, en fait, que moins de 50 ans d’histoire commune : de 1871 à 1918 … C’est beaucoup diront ceux qui sont attachés à l’héritage de cette période : le droit local. Au regard de l’Histoire avec une majuscule, c’est très peu.

Si l’on s’en tient aux « capitales » », Metz et Strasbourg, on notera déjà qu’à Metz on n’a jamais parlé un dialecte germanique (et l’allemand seulement de manière minoritaire en tant que langue d’importation, très progressivement imposée après 1870, et bien entendu durant les 4 années de domination nazie).

Metz est d’ailleurs sous autorité française depuis 1552, Strasbourg depuis 1681 (et Nancy 1766 !).

En ce qui concerne le droit local, il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir qu’il se vide peu à peu de sa substance. Le Conseil constitutionnel (Décision SOMODIA 2011) a réaffirmé son caractère provisoire et interdit toute évolution qui ne serait pas un rapprochement avec le droit général français : ce qui fragilise notamment la « sécu » locale, désormais plus chère pour un salarié du privé en activité que le régime national avec sa mutuelle d’entreprise payée à parité employeur/employé…

 

En ce qui concerne les aspects religieux, on ne pourra plus « éternellement » évoquer la religiosité particulière des Mosellans alors que nos voisins Luxembourgeois qui étaient soumis à un régime similaire ont, presque sans bruit, depuis 2013, supprimé progressivement le salariat des prêtres, le financement des paroisses par les communes et l’enseignement religieux à l’école publique.

Décidément, la Moselle, dans l’Académie de Nancy-Metz, engagée dans une coopération transfrontalière avec la Wallonie, le Grand-Duché, la Rhénanie-Westphalie et la Sarre, (et non pas dans une alliance du Rhin supérieur avec la Suisse alémanique et le Pays de Bade), ne peut en aucune manière constituer une entité politique et administrative avec l’Alsace !

Michel SEELIG

 

publié le 06/10/2017

 

L’écrivaine Anne Bert a décidé de se faire euthanasier en Belgique

Déterminée, posée et sûre de son fait, l’écrivaine Anne Bert, 59 ans, atteinte de la maladie de Charcot, a décidé de se faire euthanasier en Belgique.

L’occasion, pour Eric Favereau (Libération du 14 septembre) de revenir sur cette question douloureuse, toujours d’actualité chez nous au-delà des quelques avancées de la loi Claeys-Léonetti du 27 janvier 2016.

Anne Bert elle-même montre dans ce dossier une force morale impressionnante, capable d’une analyse qui lui fait dire, par exemple, qu’« il n’y a pas d’émotion particulière, c’est comme d’habi-tude. Il n’y a pas d’émotion parce qu’on est ainsi fait que, même si l’on sait que c’est la dernière fois, il y a quelque chose en vous qui ne peut pas le concevoir. » 

On apprend également, d’une interview de François Damas, président du comité d’éthique de l’hôpital Citadelle de Liège, la différence de comportements entre les patients atteints de la maladie de Charcot qui, très généralement, acceptent et savent discuter de leur fin, et ceux atteints de myopathie, qui ont toujours vécu avec leur handicap et sont très peu nombreux à décider d’arrêter de vivre.

Par ailleurs, en Belgique, la loi autorisant l’euthanasie a permis, c’est l’un de ses aspects très positifs, que le sujet devienne débattable. En revanche, la très grande majorité des médecins ne se sent pas concernée par l’acte et ne se l’est pas approprié. Dans l’hôpital du docteur Damas, par exemple, « à peine 5 médecins sur 300 » s’occupent de l’euthanasie.

Mutatis mutandis, c’est aussi la situation de la France au regard de la dernière loi : bien que prévue par le texte, la sédation profonde et continue n’a été à ce jour que rarement appliquée, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) notamment, ne voulant y voir qu’un acte exceptionnel -ce qui, fait remarquer E. Favereau, revient à laisser la décision entre les mains des médecins alors que la loi dit explicitement le contraire.

Alain Azouvi

 

Qu’est-ce que la laïcité ?

Une vidéo pédagogique de l’UFAL (durée : 5mn)

La laïcité… Qu’est-ce qu’elle est ? Qu’est-ce qu’elle n’est pas ? À quoi sert-elle ? Pourquoi ?
Ce clip illustré et animé répond à ces questions par des exemples concrets afin de permettre à tous (y compris les plus jeunes) de mieux comprendre cette notion essentielle à la liberté et à la vie citoyenne.

La laïcité en danger dans certains collèges de zones sensibles

UN PRINCIPAL EN RETRAITE TÉMOIGNE

Bernard Ravet, principal dans plusieurs collèges de zones sensibles de la région de Marseille, sort du silence. Nouvellement retraité et donc déchargé de son devoir de réserve, il publie un ouvrage édifiant sur les dérives de l’islamisme dans l’éducation nationale : Principal de collège ou imam de la république? aux éditions Kero

Il raconte sa vie, la violence, la montée du religieux. Il décrit ces familles au mieux absentes, au pire fracassées, tacle l’hypocrisie et le clientélisme des politiques et déplore l’immense solitude des personnels de direction et des enseignants qui ressentent un profond sentiment d’abandon par leur hiérarchie. Son récit montre que sa fonction s’apparente à celle du commissaire de police, du directeur d’ONG pédagogique et, de plus en plus, face à la montée du religieux, d’imam de la république. Avec, pourtant, chevillée au corps, la conviction qu’il est encore possible d’agir pour que des élèves otages de leur environnement échappent à cette fatalité. A condition que les autorités réagissent. Et cela vaut autant pour le rectorat que pour les instances gouvernementales.

En un mot, Bernard Ravet met en lumière tout ce qu’au sein d’ÉGALE et de nombreuses autres associations laïques nous dénonçons sans être entendus. L’islamisme radical nous livre une guerre sans merci, de moins en moins rampante face à laquelle les autorités n’ont pas le courage de s’opposer. A force de renoncement, les islamistes grignotent nos libertés fondamentales jusque dans les écoles et les collèges. Dire que nous le regrettons est un euphémisme. Il serait temps que nos institutions prennent l’entière mesure des combats à mener pour préserver la laïcité à la française.

Nelly Fouks

 

Les laïques indignés par la participation d’élus au renouvellement des voeux échevins

ÉGALE les soutient, car cette cérémonie obscurantisme de 1643, abolie sous la révolution, consacrait l’allégeance des élus lyonnais au pouvoir spirituel. Ni l’Empire, ni les monarchies qui ont suivi, n’ont osé la rétablir. Pas plus que des maires comme Justin GODART, Victor AUGAGNEUR ou Edouard HERRIOT ne se prêtèrent à cette fâcheuse incursion du religieux dans la vie publique.

Une lettre a été adressée aux élus par des associations laïques.

 

Laïcité : quels critères pour juger les programmes des candidats

Laïcité : quels critères pour juger les programmes des candidats ?

Si ÉGALE n’a pas vocation à faire campagne pour l’un ou l’autre candidat, notre association étudiera de près les propos et les écrits des candidats à l’élection présidentielle sous l’angle de la laïcité et de l’égalité. Pour cela il faut avoir bien isolé les critères à prendre en compte afin d’évaluer leur degré réel d’attachement au principe de laïcité. Une première liste non exhaustive en fait apparaître trois, incontournables.

 

1 . La défense de l’école publique,

avec une question récurrente : les investissements publics continueront-ils d’être détournés vers le privé ?

Le candidat envisage-t-il d’ouvrir enfin des établissements publics dans les secteurs où il n’y en a pas et où les parents sont obligés de payer pour la scolarité de leurs enfants ?

Maintiendra-t-il l’effort de pédagogie à la citoyenneté et à la laïcité entamé dans la réforme des programmes ?

 

2. La défense des libertés.

Le candidat maintiendra-t-il la séparation des églises de l’État ou compte-t-il accentuer la dérive vers le dialogue institutionnel avec les cultes et les financements indirects? Sera-t-il attentif à ce qu’attend la majorité des Français qui se disent athées ou sans religion ou écoutera-t-il plutôt ceux qui veulent interdire « le blasphème », le droit l’IVG, et récusent le droit de choisir sa fin de vie ?

 

3. La défense de l’égalité femmes-hommes.

Le candidat est-il prêt à inscrire la non-discrimination en raison du sexe dans l’article 1 de la Constitution, à pénaliser les propos sexistes à l’égal des propos racistes, comme le recommande le rapport Jouanno ? 

 

Ce dernier point n’est pas à négliger, car défendre l’égalité femmes-hommes, c’est aussi faire barrage aux idéologies rétrogrades portées par les bigots qui s’opposent ouvertement à nos droits et à nos libertés.

Martine Cerf

publié le 09/02/2017

Lallab, une association qui se dit féministe

Cette association se positionne sur la défense de la liberté des femmes musulmanes à porter le voile islamique. Elle avait demandé à bénéficier de trois personnes en service civique, c’est-à-dire d’une aide financière de l’État. L’association « Vivre la République » et d’autres associations féministes se sont élevées contre ce qui serait revenu à financer une association manifestement prosélyte et diffusant les thèses des frères musulmans.

Naëm Bestandji, Militant laïque et féministe, s’élève contre ce prosélytisme islamiste qui ne s’avoue pas ouvertement et publie sur son blog, une lettre ouverte à Lallab :

LETTRE À LALLAB, 3 septembre 2017

Vous avez demandé à l’État, cet État que les racialistes auxquels vous appartenez dénoncent comme « néocolonial et islamophobe », l’attribution de trois services civiques financés par le contribuable pour développer vos activités prosélytes. En l’apprenant, les féministes universalistes et militant(e)s

laïques se sont élevé(e)s pour manifester leur indignation. La fachosphère, fidèle à elle-même, s’en est rapidement mêlée en vous attaquant de façon virulente et indigne. Face à cela, vous avez publié un texte censé éclairer vos positions (1).

A la lecture de votre texte, j’ai souhaité m’adresser directement à vous. Car les féministes universalistes et militants laïques ne sont pas d’extrême droite, contrairement à l’idéologie dont vous êtes une des vitrines.

Oui, votre interprétation de l’islam est issue de la doctrine des Frères musulmans. Ces islamistes qui considèrent qu’il faut s’investir dans la vie de la cité pour la changer, la mener vers le « vivre (dans leur) ensemble », qui veulent la faire plier pour qu’elle s’adapte à leur radicalité et à leur obsession sexuelle

dont le voilement est censé contrôler les ardeurs masculines. Vous tentez de séduire par l’instrumentalisation du féminisme, de la lutte anti-raciste, l’arme du voile, la victimisation et l’intimidation par le concept « d’islamophobie », comme tous les militants de l’islam politique.

L’appartenance à la confrérie n’est pas formelle. Il n’y a pas de carte d’adhésion ni une organisation pyramidale dirigée depuis l’Égypte (pays d’origine de cette idéologie). C’est une idéologie à laquelle on adhère par la validation d’un certain islam, le vôtre. On peut donc facilement déclarer n’avoir « aucun lien avec les Frères musulmans ». L’intérêt est double : ne pas effrayer la société et faire passer sa radicalité comme étant le véritable islam, une islamiste frériste devenant ainsi une simple musulmane. D’où votre affirmation de défendre « les femmes musulmanes ». Indigénistes, vous extrayez la religiosité pour racialiser une confession. La musulmane, adepte d’une religion, se transforme en membre d’une ethnie, allant jusqu’à faire de l’islam une « race ». Critiquer votre intégrisme, dont le voile, serait critiquer l’ensemble des musulmanes, donc du racisme. En y ajoutant votre rejet de la liberté d’expression par l’anathème « islamophobie » (qui signifie la peur d’une religion, l’islam) en amalgamant volontairement la critique d’une religion avec les actes et propos antimusulmans qui, eux, sont condamnables, nous avons la liste de tous les ingrédients de la stratégie politique des Frères musulmans.

Les autres représentants des Frères musulmans, le CCIF, l’UOIF, les partis politiques islamistes français et autres associations « culturelles », exploitent à fond la même stratégie que la vôtre, inspirée par des penseurs de la confrérie tels que Tariq Ramadan.

Considérer le voile comme une prescription religieuse, et non pas comme uneinterprétation extrémiste, est l’exemple le plus emblématique de votre adhésion à l’idéologie des Frères musulmans. Une partie de vos militantes affichent cette adhésion jusque sur leur tête par le port de son symbole sexiste développé depuis 1928 par la confrérie : le hijab. Qui d’autre que les « savants » salafistes et Frères musulmans considère le voile comme une obligation ?

Toutes les justifications du voile sont faites par ces théologiens et islamologues plus sexistes et rétrogrades les uns que les autres. Aucun islamologue modéré ne considère le voile comme une prescription religieuse. Les musulmans modernistes combattent même cette idée.

Vous déclarez toutefois : « nous ne sommes pas non plus pour le voilement des petites filles », sans plus de précision. Mais vous enchainez en expliquant également que vous êtes contre la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école. Une loi qui justement interdit le voilement des fillettes. Prétendre être contre le voilement des petites filles tout en militant pour l’abrogation d’une loi qui les protège, vous êtes là encore dans la contradiction volontaire (ou l’inconscience intellectuelle ?).

Mais après tout, pourquoi seriez-vous contre le voilement des fillettes ? D’après vous et l’ensemble des intégristes musulmans français, le voile n’est qu’un « foulard », un simple vêtement, juste du « textile » qu’on peut rendre fashion. Si vous estimez que le voile est un vêtement comme un autre, l’équivalent d’une jupe ou d’un pantalon, il n’y a aucune raison d’être contre le voilement des enfants.

Mais le voile n’est pas cela. Ce n’est pas un « foulard », terme utilisé par les islamistes pour le banaliser. C’est bien un voile, au sens propre comme au sens figuré, inventé et prescrit par des hommes pour la création d’un apartheid sexuel. Le voile fait partie du système de domination qu’on appelle « patriarcat ». C’est un marquage textile qui a été créé pour stigmatiser la moitié de l’Humanité, les femmes. Il leur est destiné uniquement parce qu’elles sont nées femmes. Il marque l’impureté de leur corps et le danger sexuel qu’il est censé représenter pour les hommes. On le présente comme l’emballage d’un objet précieux pour le rendre plus acceptable. Oui, il fait de la femme un objet, mais pas n’importe lequel. Les islamistes déclarent que la femme est un bijou, une perle, dont le voile lui servirait d’écrin. Mais elle n’est en réalité qu’un objet sexuel, source de toutes les tentations masculines, qu’il faudrait cacher sous un voile pour que les hommes en soient protégés. Un voile qui n’est retiré que devant le mari ou les membres de la famille, car les cheveux, le cou, les bras (ce que les islamistes appellent « la beauté ») ne peuvent être vus que par les proches. Les valeurs véhiculées par le voile sont nombreuses : invisibilité du corps féminin pour éviter les érections de pénis, remise en cause de la mixité, contrôle de la sexualité des femmes, labellisation des femmes « vertueuses » par ce marquage sexiste, etc. Vous valorisez tout cela dans vos articles. Vous appelez cela la « pudeur ». Les féministes appellent cela le sexisme.

Une question se pose : à quel âge les intégristes musulmans estiment qu’une fille peut/doit se voiler ? Si les salafistes considèrent que cela doit se faire dès la petite enfance pour les habituer au sort qui leur est réservé, la totalité des islamistes estiment qu’une fille peut porter le voile dès l’adolescence, lorsque son corps devient femme. Ce qui confirme l’aspect « objet sexuel », et la légitimité de la loi de 2004…

Voilà pourquoi vous êtes mal à l’aise au sujet du voilement des fillettes. Cela ne fait pas de vous de ferventes féministes pour autant. Car vous défendez, et certaines de vos militantes le portent, le symbole le plus criant de l’inégalité des sexes. Si vous militez pour un minimum d’autonomie et d’indépendance sur le plan économique et professionnel, le voile marquera toujours l’infériorité des femmes par rapport aux hommes sur le plan humain.

Que vous validiez ce genre d’approche de la femme en tant qu’extrémistes religieuses, soit. Que vous le fassiez au nom du féminisme, avec le soutien du Planning Familial, c’est aberrant.

Ainsi, l’appartenance aux Frères musulmans n’est pas administrative ni organique. Votre proximité se manifeste par vos références théologiques, votre vision de l’islam, un islam bien plus politique, sexiste et exhibitionniste que spirituel, intime et progressiste. Votre islam est identitaire et vous l’assumez. Vous êtes un mouvement identitaire dont le féminisme sert de levier. Mohamed Talbi, historien et islamologue tunisien, avait écrit que la religion n’est ni une identité, ni une culture, ni une nation. C’est une relation personnelle à Dieu, une voie vers lui. Voilà une des différences avec les Frères musulmans. Votre appartenance se manifeste également par l’instrumentalisation de cette religion pour la faire sortir de la sphère privée en l’utilisant comme une arme politique afin d’influencer la sphère publique (le voile en est le cheval de Troie des islamistes depuis des décennies). Elle se manifeste enfin par le choix des « féministes » que vous encensez.

Vous avez choisi comme marraine une « féministe » islamiste frériste, Asma Lamrabet, qui considère que le droit à l’avortement ne constitue pas pour [les musulmanes] une priorité d’autant plus que l’islam offre des latitudes et une grande flexibilité par rapport à cela. Un de ses ouvrages a été préfacé par Tariq Ramadan, l’islamiste frériste francophone le plus célèbre et dont la fibre féministe est plus que cachée.

Une autre « féministe » que vous admirez montre encore une fois votre adhésion idéologique aux Frères musulmans. Par son histoire contemporaine, la Tunisie est incontournable dans le domaine des droits des femmes. Vous avez alors fait le portrait d’une militante féministe tunisienne que vous admirez. Des féministes, la Tunisie n’en manque pas. Vous auriez pu choisir d’interviewer Lilia Labidi, Latifa Lakhdar, Nadia Chaabane ou d’autres qui représentent l’image de la femme tunisienne émancipée et féministe depuis plusieurs décennies. Mais il semble qu’elles soient trop laïques, trop émancipées sous l’influence du « féminisme blanc ». Latifa Lakhdar par exemple, historienne tunisienne, professeur d’université et chercheur sur la pensée islamique, estime que le voile n’est pas un simple usage, il est la partie visible d’une vision du monde basée sur la coupure en deux de l’universel, les hommes et les femmes. Le voile est le signe de l’enfermement théologique des femmes.

Alors vous avez choisi Meherzia Labidi, députée d’Ennahda, le parti politique islamiste tunisien issu des Frères musulmans (2). Quand les premières luttent depuis toujours contre les intégristes, la seconde milite au sein du parti islamiste combattu par l’ensemble des féministes tunisiennes. Ce parti représente l’extrême droite de ce pays. Les démocrates tunisiens considèrent que lutter contre Ennahda est le même combat que lutter contre le Front National en France. Il faut rappeler qu’en 2012 Meherzia Labidi avait soutenu le projet islamiste d’inscrire dans la nouvelle constitution que la femme n’est pas l’égale de l’homme mais son « complément ». Toutes les féministes tunisiennes s’étaient alors levées, avec une grande partie de la société, pour manifester contre ce projet. L’opposition contre Meherzia Labidi et son parti a été si forte que les islamistes ont reculé. En parlez-vous dans votre portrait, ne serait-ce que pour montrer un minimum de distance et d’esprit critique ? Non.

Vous justifiez l’opposition qu’elle a subie uniquement parce qu’elle est voilée et qu’elle représente un « parti islamique », et non pas « islamiste », comme indiqué dans votre hagiographie. Comme toujours, vous jouez sur la fibre victimaire et « islamophobe », même pour un pays musulman… Vous louez son combat « contre les préjugés dont les femmes musulmanes sont victimes » en omettant que ce sont des femmes musulmanes (de culte ou de culture) qui s’étaient opposées à elle et à son désir de faire d’elles des éternelles mineures. J’étais à Tunis le 13 août 2013 pour participer à la manifestation contre le « féminisme » d’Ennahda, lors de la journée de la femme, aux côtés de milliers de Tunisiens.

Tous sont « racistes et islamophobes » je suppose ?

Pour une fois je vous rejoins : dans cet exemple les femmes musulmanes sont bien des victimes, mais des victimes de l’islamisme que vous louez. C’est bien au nom de l’universalité des droits inspiré du « féminisme blanc » que tous ces Tunisiens ont manifesté. C’est toujours au nom de cette universalité installée en Tunisie par Bourguiba, à travers le code de statut personnel, que cesmêmes Tunisiens avaient fait reculer Ennahda qui a finalement été contraint, fin 2012, de supprimer la « complémentarité » de la future constitution.

Nous retrouvons ici votre désir d’inclure toutes les musulmanes dans votre radicalité en occultant celles qui vous combattent. Ennahada a voulu instrumentaliser le code du statut personnel cher aux Tunisiens, prétendait le défendre, pour en réalité tenter de le vider de son essence afin de l’adapter à son intégrisme. Les frères musulmans français usent de la même méthode par leur instrumentalisation de nos valeurs comme la laïcité, le « vivre ensemble » et… le féminisme.Le portrait que vous faites de cette militante de l’extrême droite religieuse tunisienne est élogieux et bien écrit, je vous le concède…

Quand on pense que le Planning Familial tunisien a toujours combattu les islamistes, alors qu’aujourd’hui le Planning Familial français soutient leurs promotrices.

Voilà comment nous pouvons affirmer que votre islam est bien plus proche de Hassan Al-Banna ou Youssef Al-Qaradhawi que de Mohamed Arkoun et autres musulmans éclairés.

Vous avez donc la prétention de parler au nom des « femmes musulmanes » et instrumentalisez le féminisme au profit d’une idéologie politico-religieuse que nous combattons. Comme le CCIF et l’ensemble des partis politiques issus des Frères musulmans, vous exposez une vitrine pour cacher votre arrière-cour.

Vous vous présentez comme une association « areligieuse, aconfessionnelle et apartisane », tout en ayant une activité à l’opposé de cette déclaration. La quasi-totalité de vos articles et de vos prises de positions concerne l’islam, de plus dans sa version rigoriste et sexiste. Vous habillez l’ensemble d’une forme et de formules modernes qui ne change rien au fond : vous êtes une association 100% religieuse avec parfois des sujets qui ne le sont pas, et non l’inverse.

Face à cette réalité hallucinante d’évidence, vous maintenez vos propos en vous appuyant sur un argument tout aussi hallucinant : une des deux cofondatrices de Lallab est athée et « nous comptons parmi nos bénévoles des personnes musulmanes et non musulmanes, des femmes ainsi que des hommes ! » Cela ressemble au même alibi que « j’ai un ami noir ».

Vous avancez cet argument pour montrer que, dès sa création, l’association avait un désir d’équilibre. Le désir égalitaire d’accorder la même place aux « musulmanes », et de plus à TOUTES les musulmanes, qu’aux autres. Or, quels sont vos sujets, articles et actions concernant les chrétiennes, juives et femmes athées, puisque Lallab serait areligieuse ? Quels sont ceux concernant les femmes musulmanes discriminées et harcelées par leurs coreligionnaires car elles refusent d’être pratiquantes, de porter le voile ou ne sont pas hétérosexuelles ? Vous soutenez le « hijab day » pour défendre les musulmanes voilées. Vous revendiquez également le « libre choix » de porter ou non le voile. A côté de votre prosélytisme pro-voile, quelles sont vos actions pour soutenir ces femmes qui subissent des remarques sexistes et des pressions pour se bâcher ? Participez-vous à la « journée sans voile » organisée chaque année par des féministes de confession ou de culture musulmane ?

Avez-vous écrit des articles qui donnent le point de vue de musulman(e)s qui expliquent que le voile n’est pas religieux, à côté de l’ensemble de vos articles qui expriment à quel point le voile est formidable ? Où est la parole de ces femmes dans vos colonnes ?

Vous pensez sincèrement qu’en véhiculant le message « touche pas à mon sexisme par respect de mon intégrisme » lors de ces « hijab day » va aider à améliorer l’image de l’islam et des femmes musulmanes ? Ce ne sont pas vos sourires, aussi sympathiques soient-ils, et vos voiles colorés, ni les cafés offerts, qui vont changer la raison d’être de ce tissu raciste créé pour marquer un groupe humain en raison de son sexe.

Vous représentez les bigotes catholiques d’antan, dont une partie d’entre elles avaient déjà eu la bonne idée de se revendiquer comme féministes pour mieux ramener la société vers le passé. Que des femmes se battent pour l’inégalité des sexes en déclarant être féministes, il n’y a rien de nouveau. Si, tout au long du XXe siècle, les féministes se sont battues contre la bigoterie catholique, nous menons la même lutte que nos ainées aujourd’hui contre la bigoterie musulmane que vous représentez. Quelle que soit la religion, nous refusons que les droits des femmes passent par la lessiveuse du diktat religieux pour définir ce qu’est le féminisme, un féminisme qui n’aura jamais pour vocation l’égalité des sexes.

Les faits sont têtus et les arguments en béton armé. Alors pour masquer vos incohérences dangereuses pour les femmes, vous balayez tout cela d’un revers de main en accusant tous vos opposants, y compris des musulmans, de racisme et « d’islamophobie » (terme popularisé par les islamistes pour désigner toute personne s’opposant à eux). Votre réaction est la même que tous les intégristes dans les pays musulmans : ils argumentent peu sur le fond pour accuser leurs opposants de ne pas respecter la religion. Vous déclarez vouloir défendre toutes les musulmanes en taxant d' »islamophobes » celles qui combattent votre idéologie. L’islam a bon dos.

L’islam n’est pas une race, les musulmans ne forment pas une catégorie d’êtres humains à part. Si vous avez été victime d’attaques de l’extrême droite, les féministes universalistes et militants laïques n’en sont pas responsables.

Nous amalgamer avec les fachos est une stratégie pour tenter de nous discréditer. Mais cela ne fonctionne pas. Vous mettez en lumière vos détracteurs d’extrême droite pour nier vos détracteurs féministes et laïques. Mais nous ne nous tairons pas.

Quant à la peur et la critique de l’islam, elles ne sont pas interdites par la loi. Le délit de blasphème a été aboli il y a plus d’un siècle. La mauvaise image que vous donnez de cette religion ne peut qu’entretenir cette crainte de l’islam (vrai sens de « islamophobie ») et favoriser l’extrême droite qui s’en sert pour lutter contre l’ensemble des musulmans. Vous êtes en cela les alliées objectives de ce que vous prétendez combattre.

Nos références n’ont aucune base idéologique raciste. Nous avons même toujours lutté contre les idées de Maurras, de Jean-Marie Le Pen et consorts. Nous nous revendiquons de l’héritage des Lumières. Mes références sontVoltaire, Rousseau, les « hussards noirs de la République », Aristide Briand, Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir, les Suffragettes, le MLF, mais aussi Ibn Rushd (Averroès), Malek Chebel, abdelwahhab medeb, Mohamed Talbi, Latifa Lakhdar, Latifa Jbabdi, Nawal Al Saadawi…

Quelle que soit notre couleur de peau, nos origines ou nos croyances, nous nous revendiquons fils et filles des Lumières. C’est au nom de ces valeurs que nous militons pour l’égalité des sexes sans distinction de culture ou de religion. Vous appelez cela du racisme, du « féminisme blanc », nous appelons cela l’universalisme. Faut-il vous rappeler que c’est grâce à ces valeurs universalistes que vous avez la possibilité de vous exprimer aujourd’hui ? Même le terme de « féminisme » que vous revendiquez est issu de l’histoire des « Blancs ». Faut-il vous rappeler, ou vous apprendre, que les Lumières françaises ont trouvé une partie de leurs sources dans l’islam des Lumières qui les avaient précédées de quelques siècles ? A l’époque du Moyen-Age européen, la modernité venait du monde musulman. Aujourd’hui, il vient du monde « Blanc », pour reprendre votre terme.

Qualifieriez-vous de « culture marron impérialiste » les progrès scientifiques et intellectuels apportés par les penseurs musulmans à l’Europe ? S’ils n’avaient pas fait ce colossal travail de sauvegarde et traduction des textes philosophiques de l’antiquité grecque, en y apportant de surcroit leurs propres avancées, il n’y aurait sans doute jamais eu les Lumières françaises (sans parler de la médecine moderne, des mathématiques, de la géographie, etc.).

Lumières françaises sur lesquelles se sont appuyés la totalité des grands penseurs et des féministes pour revendiquer leur droit à la liberté individuelle, à la laïcité, à l’égalité des sexes. L’héritage de l’islam des Lumières est aujourd’hui combattu par les salafistes ainsi que les Frères musulmans qui usent du voile comme arme principale, votre voile.

Ainsi, quand vous prenez pour exemple l’islamiste marocaine Asma Lamrabet,je me revendique de l’héritage d’Olympes de Gouges. Quand vous encensez Meherzia Labidi, je me réfère à Hoda Charaoui. Cette féministe égyptienne qui créa en 1922 l’Union féministe égyptienne et qui retira son voile en 1923 pour poursuivre son combat tête nue en Egypte. La naissance des Frères musulmans dans ce même pays en 1928 allait réduire progressivement au silence le féminisme égyptien, et faire la promotion de ce qu’une partie de vos militantes « féministes » porte sur la tête aujourd’hui : le hijab. Une des raisons de cette conquête islamiste est le refus de ce qu’ils estimaient être des « valeurs occidentales ». Tout désir d’émancipation des femmes était taxé de vouloir faire le jeu des colons. Le terme a évolué aujourd’hui, vous l’appelez « féminisme blanc »…

A travers votre rejet du féminisme universaliste, ce n’est pas seulement une partie de l’histoire culturelle française que vous rejetez. C’est aussi le rejet d’une partie de l’héritage historique euro-méditerranéen auquel vous affirmez pourtant appartenir.

Quel que soit le côté de la Méditerranée où nous nous trouvons, nous sommes des milliers de femmes et d’hommes qui luttons contre votre idéologie. De nombreux musulmans à travers le monde considèrent le voile comme une aberration, même une insulte à Dieu et son Prophète. Les musulmans de culte ou de culture qui rejettent les idées véhiculées par le voile sont appelés « blasphémateurs » dans les pays musulmans. En France vous les appelez « islamophobes ». Des anathèmes qui ne sont là que pour éviter tout débat. Car comment pourriez-vous justifier l’injustifiable autrement qu’en disqualifiant vos détracteurs ?

Tout comme pour le voile, vous pouvez tordre le « féminisme blanc » dans tous les sens, rien ne peut justifier vos oppositions à l’universalisme sauf… le racisme et l’intégrisme religieux. Le seul racisme ici présent est donc le vôtre, par votre défense du marquage textile d’une partie de l’Humanité en raison de son sexe, et par le terme « féminisme blanc ». Cette façon de nommer le féminisme, de réduire les femmes (et des hommes) qui luttent pour l’universalité des droits à la couleur de peau, est une formulation raciste. Vous êtes dans la même dérive que les indigénistes : vous vous servez de l’intersectionnalité pour développer une forme de racisme victimaire en faisant de la « blanchité » l’alpha et l’omega de tous vos problèmes. Mais le racisme reste le racisme, quelle que soit sa forme.

Votre féminisme différentialiste considère que les droits des femmes doivent s’adapter selon les circonstances pour respecter les cultures et religions. Notre féminisme désire s’affranchir de ces limites pour avoir les mêmes droits partout dans le monde. Il ne peut y avoir de différences entre les êtres humains. Le lieu et le milieu culturels et religieux de naissance ne doivent pas être une roulette russe où « tu perds ou tu gagnes ». Le respect des individus, et a fortiori des femmes, doit être supérieur à celui des cultures. S’émanciper de la partie archaïque de sa culture n’est pas un manque de respect pour la communauté, mais une forme de respect envers soi-même. Voilà ce que vous refusez de défendre, voilà ce que nous défendons. Votre féminisme « intersectionnel » instrumentalise le féminisme pour imposer un rigorisme religieux par l’affirmation du différentialisme sexuel. On peut être féministe et musulmane. On ne peut pas revendiquer un « féminisme musulman ». Vous vous battez pour la différence des droits par respect des cultures et religions.

Nous nous battons pour l’universalité des droits par respect de chaque être humain. Les Droits Humains sont universels, les droits des femmes ne se divisent pas !

Vous ne militez pas pour l’égalité des sexes. Vous militez pour le respect du rigorisme religieux dans lequel vous désirez trouver des espaces de liberté limitée pour les femmes en tentant de moderniser, non pas l’islam, mais l’interprétation intégriste des Frères musulmans. Ce qui explique toutes les confusions entre celles et ceux qui voient le danger que vous représentez pour les avancées féministes, et d’autres qui voient en vous des progressistes face aux intégristes durs.

Il est possible que, comme pour beaucoup de musulmans, vous soyez tant imprégnées de l’idéologie frériste que vous êtes convaincues que votre interprétation de l’islam n’est pas extrémiste puisque ce serait le véritable islam. Vous ne voyez sans doute pas, par exemple, Tariq Ramadan comme un idéologue intégriste mais comme un simple philosophe musulman parlant de l’islam. Vous ne voyez sans doute pas les fanatiques du CCIF comme des militants identitaires d’extrême droite ayant une vision raciste et totalitaire de l’islam, mais comme un simple collectif « anti-raciste » de « défense des droits de l’homme » (sic). Vous êtes donc convaincues de ne pas être islamistes mais juste de simples musulmanes. C’est ce qui pourrait expliquer votre sincérité apparente et la séduction que cela opère auprès de certaines féministes.

Mais comment pouvez-vous vous définir comme féministes alors que tant de féministes dans les pays musulmans hurlent aux européennes que défendre le voile en Europe contribue à l’oppression des femmes qui résistent encore au voile en terre d’islam ?

A cela, vous répondez ceci : « Le fait de nous renvoyer systématiquement à d’autres pays, lorsque nous parlons de la situation des femmes musulmanes en France, est une injonction raciste. Cela suggère, de façon insidieuse, que les musulman·e·s sont d’une certaine façon condamné·e·s à être étranger·e·s ». Encore et toujours l’anathème de racisme pour tenter de désamorcer toute réflexion… Le hijab que vous brandissez en étendard n’est pas né en Lozère mais en Egypte. Votre marraine est marocaine. Toutes vos références théologiques sont du Moyen-Orient. En tant qu’association « areligieuse et aconfessionnelle » vous utilisez régulièrement dans vos écrits des formules religieuses, non pas en français mais en arabe. Vous ne parlez pas de Dieu mais d’Allah. Vous ne dites pas « si Dieu le veut » mais Inchallah, etc. Enfin, vous êtes dans le rejet d’une partie de la culture française et des valeurs républicaines. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement que de vous comparer aux musulmanes des pays musulmans ? En revanche, il est vrai que tout cela sert de prétexte à l’extrême droite pour attaquer l’ensemble des musulmans. C’est un joli coup de pouce de votre part.

Vous terminez votre texte en expliquant que toutes les injonctions que vous subissez sont pour vous « des pertes de temps et d’énergie considérables qui ont des conséquences sur [votre] santé et [votre] travail quotidien pour les droits des femmes » en ajoutant qu’il y a des « conséquences sur [vos] membres et [vos] familles ».

Croyez bien que nous pensons la même chose en ce qui nous concerne. Nous avons tou(te)s des vies qui seraient plus agréables si nous ne passions pas une partie de notre temps à nous battre pour sauvegarder des acquis face aux islamistes au lieu de l’utiliser pour en gagner des nouveaux. Nous subissons aussi des attaques, insultes et menaces de la part d’une partie de celles et ceux qui vous soutiennent. Leurs propos haineux sont souvent trèsvirulents. Les « fils de pute inchallah tu crèves », « connard de Blanc » et autres messages de « paix et d’amour » ne sont pas rares. Cela a aussi desconséquences sur nous. Mais nous n’en faisons pas étalage. Car contrairement à vous, nous ne sommes pas dans la victimisation permanente pour faire pleurer dans les chaumières afin de gagner la sympathie de ceux que vous espérez rallier.

Quant à l’accusation sans fondement du manque « d’éthique et la malhonnêteté intellectuelle de [tous vos] détracteur·trice·s », nous pourrions vous retourner la même chose, preuves à l’appui.

Les critiques dont vous faites l’objet ne sont donc pas dues à un racisme ni à une intolérance religieuse. Seule l’extrême droite est sur ce terrain. Cette focalisation sur votre association résulte de vos positions, de votre idéologie, que vous qualifiez de féminisme. Si vous étiez une association cultuelle, ou au moins culturelle, qui mène des actions en direction des femmes musulmanes, il n’y aurait eu aucune polémique. Mais vous vous revendiquez comme association féministe. Vous êtes en France, un pays qui culturellement est anticlérical et dont les féministes ont mené un combat acharné contre la bigoterie catholique. Il ne faut donc pas vous étonner que des voix s’élèvent contre ce que nous espérions être une histoire révolue.

Les religions sont toutes patriarcales par essence. Le féminisme ne peut donc s’épanouir qu’à travers la laïcité. Partir de la religion, en faire un centre névralgique, pour définir les droits et libertés des femmes, est un féminisme dévoyé. Votre féminisme se rapproche plus de Hassan Al-Banna que de Simone de Beauvoir. On peut être d’accord ou pas, mais cela relève du débatintellectuel, pas du racisme.

Oui, il y a aujourd’hui des musulmanes fréristes qui désirent avoir un emploi et une carrière professionnelle (les salafistes restent à la maison). Toute leur communication autour de l’émancipation réside sous cet angle, et vous incarnez cela. Or c’est trompeur. Le voile les empêche d’accéder à certaines professions, comme celles de la fonction publique. Car ces femmes voilées refusent d’appliquer la neutralité religieuse demandée aux fonctionnaires.

Plusieurs métiers du secteur privé sont également incompatibles avec le port du voile pour diverses raisons. Votre militantisme ne consiste pas à amener ces femmes à se dévoiler pour avoir les mêmes chances que les autres. Il consiste à un prosélytisme forcené pour faire plier la société et l’amener à accepter votre intégrisme. Le concept victimaire « d’islamophobie » est votre principal outil, comme le CCIF, l’UOIF et tous les prédicateurs fréristes.

Mais au-delà du handicap professionnel, le principal malentendu est ailleurs. L’émancipation d’un individu se construit d’abord par l’autonomie de son corps. Or, le voile matérialise la soumission à une idéologie patriarcale qui rejette cette autonomie pour les raisons évoquées en début d’article. Le mythe de la virginité reste encore vivace. Une femme non mariée doit rester vierge, même si elle a 40 ans. Le corps féminin est ainsi contrôlé afin d’éviter tout risque de tentation dont seule la femme serait responsable. Le voile en est le sceau. De sa naissance à sa mort, son corps ne lui appartiendra jamais. Pour les islamistes, la valeur d’une femme ne se mesure donc pas à sa réussite professionnelle ou à ses qualités humaines. En tant qu’objet sexuel, elle se mesure à ce qu’elle fait de son entrecuisse.

Vous désirez occulter le sexisme du voile qui renvoie au corps pour mettre en valeur la partielle émancipation professionnelle d’une partie des femmes concernées. Les « féministes » islamistes que vous mettez en avant sont aussi dans cette philosophie. Cela explique votre hagiographie de Meherzia Labidi. Vous appelez cela du féminisme. Nous appelons cela du sexisme dans sa forme la plus archaïque avec un emballage marketing que vous avez modernisé.

Certes, vous avez des positions qui relèvent du féminisme. Mais votre idéologie de référence qui est la religion (et de surcroit dans sa forme intégriste), vos positions anti-féministes par votre rejet de l’égalité de sexes à travers votre différentialisme, en y ajoutant vos liens avec l’idéologie des Frères musulmans, discréditent les quelques positions féministes que vous pouvez avoir. Car, comme le dit si bien la féministe algérienne Wassyla Tamzali (elle aussi raciste et « islamophobe » ?) : Ou bien les hommes et les femmes sont égaux ou bien ils ne le sont pas. On ne peut pas l’être qu’un peu. Avec Lallab, ce sera toujours « un peu ».

Vous pouvez porter des voiles élégants et aux couleurs chatoyantes. Le voile reste le voile, avec tout le sexisme qu’il incarne. Vous pouvez mettre en place un marketing efficace, vous entourer de femmes sympathiques et souriantes, il n’en reste pas moins que vous représentez une idéologie totalitaire, l’islamisme. Un islamisme que vous désirez sans doute moderniser. Mais cela restera toujours de l’intégrisme musulman. Et nous refuserons toujours que cela soit financé par nos impôts.

(1) Lallab démêle le vrai du faux à son sujet

(2) Meherzia Labidi : ce qui regroupe les femmes dans le monde est plus grand que ce qui les divise

 

Délivrez-les de leurs obsessions liberticides

Délivrez-les de leurs obsessions liberticides !

En cette rentrée 2017, les représentants des religions repartent en croisade contre les libertés individuelles. Avec méthode et constance, Ils cherchent par leurs revendications à diminuer inexorablement nos libertés fondamentales.

 

À commencer par les discours du pape François, dont le quotidien La Dépêche reprend quelques verbatim sur la laïcité, le mariage gay, l’avortement :

Le pape en appelle comme toujours à une « laïcité saine », c’est-à-dire qui entretient un dialogue régulier avec les chefs religieux : « Il y a une saine laïcité. Jésus l’a dit […] Mais je crois que dans certains pays comme en France, cette laïcité a une coloration, héritée des Lumières, beaucoup trop forte … » 

Sur le mariage gay et la prétendue théorie du genre, il récuse le mot mariage et aurait souhaité en rester sur des « unions civiles ». Il fustige la « théorie du genre » : « Dans les livres aussi, les enfants apprennent que l’on peut choisir son sexe ».

Pour lui, l’avortement qui reste un péché grave et non pas une liberté de choix pour les femmes.

 

Dans la même veine, ce sont les évangélistes qui « alertent » le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU par un rapport sur l’état de la Liberté de conscience et liberté d’expression en France. Ils émettent 12 recommandations qui conduiraient indéniablement à imposer leurs principes à l’ensemble de la population qu’à respecter la liberté de tous. En effet, leur conception de la liberté est celle d’une primauté absolue octroyée à la liberté de religion. Il s’agit bien là de la conception anglo-saxonne, où il suffit de prononcer le mot religion, pour qu’aussitôt les autres libertés passent au second plan, ce qui revient à placer la religion au-dessus de la loi.

Le rapport recommande en particulier qu’une clause de conscience s’exerce pour refuser de célébrer de mariage gay ou ne pas procéder à un avortement, limiter la procréation et le droit de choisir sa mort. Il réclame l’abrogation de la neutralité religieuse dans l’entreprise rendue possible par l’article 2 de la récente loi travail, la limitation de l’enseignement sur la sexualité afin de « préserver la liberté de conscience de certains élèves », etc. Et bien sûr la reconnaissance des responsables religieux comme interlocuteurs pour les questions d’éthique et d’éducation.

 

Si ces chefs religieux s’accommodent très bien de la neutralité de l’État, c’est parce qu’elle leur laisse le champ libre. Mais ils ne peuvent accepter la séparation précisément parce qu’elle limite leur influence sur les consciences individuelles nos libertés.

 

En clair, c’est la laïcité pleine et entière qu’ils ne peuvent accepter.

Martine Cerf

publié le 07/09/2017

 

L’école laïque en Alsace et en Moselle, Une histoire inachevée, Jean-Marie GILLIG, L’Harmattan, collection Débats Laïques, 2017

 

En Alsace et en Moselle, le mot « laïcité » n’a pas la même signification que dans les autres départements français. L’école publique ne peut pas y être considérée comme vraiment laïque, puisqu’elle est interconfessionnelle, par nature et par dénomination statuaire. Ces pages permettent au lecteur de comprendre pourquoi la laïcité à l’école dans les trois départements encore concordataires reste un objectif dont la réalisation permettra enfin l’égalité entre tous les élèves.

Publication du rapport annuel 2016-2017 du Collectif laïque national

Le commander

 SOMMAIRE

1. La citoyenneté commence à l’école
2. Développer l’école publique laïque, un « devoir » constitutionnel de L’État
3. Protéger la laïcité de la sphère publique : les sorties scolaires
4. La question des cantines scolaires
5. Appliquer la loi de 1905 sans chercher à la contourner
6. Respecter la neutralité religieuse des bâtiments et terrains publics
7. Neutralité religieuse des structures privées en charge de la petite enfance
8. La laïcité, condition de l’égalité femmes-hommes et du respect des droits des femmes
9. Université.  Encadré : Le cas particulier de l’Université de Strasbourg et de ses « chaires de théologie »
10. Régimes dérogatoires des cultes dans certains territoires de la République
11. Le cas particulier de l’Alsace et de la Moselle : Concordat, blasphème, statut scolaire.
Encadré : l’enseignement religieux obligatoire à l’école publique en Alsace et Moselle
12. Montée des comportements communautaristes dans les entreprises
13. Laïcité à l’hôpital public
14. Sport et neutralité religieuse
15. Europe

Appuyer les femmes qui se mobilisent pour leurs libertés

Il semblerait que les médias soient plus nombreux à rendre compte des révoltes des femmes confrontées à l’ordre moral que des religieux intégristes ou simplement conservateurs veulent leur imposer. Des interdictions démesurées imposées par l’Arabie Saoudite ou l’Iran, aux attaques répétées contre les droits des femmes jusque dans l’Union européenne, le danger est réel que les femmes redeviennent ou restent encore longtemps un objet sexuel appartenant à un père, un mari, un frère… et que leurs libertés soient limitées.

 

Alors que pendant des années, les combats de ces femmes dans les pays les plus extrémistes n’étaient relatés que sur les réseaux sociaux ou dans quelques revues confidentielles, on constate que des grands médias leur font enfin une place. C’est une condition indispensable pour que les complaisants avec l’extrémisme cessent de faire croire que les femmes acceptent de plein gré les médiocres conditions de vie qui leur sont imposées.

 

Saluons donc ces médias qui font connaître les noms de ces militantes, leurs actions, mais aussi, hélas, les poursuites sans merci dont elles font l’objet. La plupart sont publiquement injuriées et menacées, poursuivies par la police, emprisonnées, condamnées, perdent leur emploi, et doivent bien souvent s’expatrier pour continuer à vivre.

 

En particulier, il faut lire :

l’édito de Renaud Dély dans Marianne (n°1064) qui fustige le déni auquel se heurtent ces femmes courageuses. Parlons d’elles, soutenons-les, comme le fait cet été l’Assemblée des femmes dans son université de La Rochelle, sur le thème : « Résister contre les extrémismes: une urgence pour les droits des femmes, en France, en Europe et dans le monde. »

 

Et surtout, n’oublions pas que la mobilisation des femmes ne doit pas faiblir en France et en Europe, car c’est grâce à elle que les gouvernements espagnols et polonais ont dû restreindre leurs ambitions liberticides. N’en doutons pas, les extrémistes ne renonceront jamais à leurs tentatives pour restreindre les droits des femmes. Il dépendra principalement d’elles qu’ils n’y parviennent pas.

Martine Cerf

 

publié le 12/08/2017

 

La Laïcité en 2017 et au-delà. De l’insoumission à l’émancipation, François Cocq et Bernard Teper, Penser et agir, Eric Jamet, 2017

Le vieux monde subit une lente agonie. L’approfondissement du capitalisme est une impasse et la démocratie se dérobe. Fragilisée, la société se fragmente sous les coups de boutoirs conjoints des extrémismes religieux qui revendiquent le pouvoir temporel et des docteurs Mabuse différentialistes de la politique.

Les individus en sont rendus à se chercher des identités partielles de substitution. La menace de la guerre civile rôde…

Non, je ne me tairai plus, Amine El Khatmi, Jean-Claude Lattès, 2017

Collabeur. Neuf lettres infâmantes. Elles me sont tombées dessus un matin de janvier. D’autres ont suivi. Harki.  Arabe de serviceBeur domestique. Esclave.
J’ai été victime d’une campagne de harcèlement. Mon tort ? Avoir fait part de ma colère après qu’une fois de plus la télévision a donné la parole à une musulmane qui a déversé un discours outrageusement victimaire et antirépublicain. Alors qu’elle était dépourvue de toute légitimité, elle parlait en notre nom. En mon nom.

L’urgence laïque, Laurence Marchand-Taillade, Michalon, 2017

Comment interpréter le grand retour des crèches de Noël dans l’espace public ? Que penser des accompagnatrices scolaires voilées ? Entre une extrême droite chrétienne qui défend une laïcité à géométrie variable et une certaine gauche qui ferme les yeux sur les agissements islamo-sympathisants, la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État ne cesse d’être mise à mal. Financement d’établissements scolaires religieux, pratiques cultuelles dissimulées sous des activités culturelles, retour du religieux au sein d’entreprises d’utilité publique, pression d’associations ou d’organisations sectaires – Laurence Marchand-Taillade dénonce ici l’instrumentalisation faite du principe de laïcité, fondement de notre République. À l’heure où les Français doivent choisir leur président, « L’urgence laïque » est le cri d’alarme d’une républicaine et d’une humaniste convaincue.

Les sensibilités religieuses blessées, Jeanne Favret-Saada, Fayard, 2017

Une étude des atteintes à la chrétienté dans quatre films :

Suzanne Simonin, La religieuse de Diderot de Jacques Rivette,

Je vous salue Marie de Jean-Luc Godard,

La vie de Brian des Monty Python et

La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese. L’auteure développe la notion de sensibilité religieuse blessée, dans un contexte de séparation de l’Église et de L’État.

Principal de collège ou imam de la république ?, Bernard Ravet, Kero, 2017

Quinze années durant, Bernard Ravet s’est tu. Parce que son statut de principal de collège le lui imposait – le devoir de réserve du fonctionnaire. Parce que, dans les collèges de ZEP classés «  Violence  » qu’il dirigeait, les journées étaient rythmées par une alternance du grave et de l’urgent qui ne laissaient pas une seconde à l’introspection. Mais aussi pour ne pas craquer.

Les Néoconservateurs, Juliette Grange, Pocket, 2017

Ce livre s’attache à décrire une variété particulière et peu identifiée d’extrémisme de droite dans sa version française récente. Le néoconservatisme est un puissant mouvement politique qui a d’abord mené une guerre des idées aux États-Unis, et a ensuite essaimé en Europe, en particulier en France depuis une quinzaine d’années.

L’enquête exhaustive de Juliette Grange propose d’identifier un mouvement politique antidémocratique et antirépublicain qui s’exprime dans des think tanks, des activités de lobbying et des groupes confessionnels. Ce mouvement a pour principale caractéristique d’affirmer ensemble Ie néolibéralisme et le retour aux valeurs morales et religieuses. L’État étant chargé d’imposer à la société l’un et l’autre, et à lui-même la mise en œuvre des valeurs du marché.

L’ouvrage montre comment le néoconservatisme a émergé de manière discrète, par une guerre des idées dans le champ intellectuel (philosophie et sciences humaines), puis s’est popularisé dans les réseaux sociaux, les blogs et la presse.

Votre fatwa ne s’applique pas ici, Karima Bennoune, Temps présent, 2017.

Du Pakistan à l’Algérie, de l’Afghanistan à l’Égypte, Karima Bennoune a parcouru une dizaine de pays musulmans pour y rencontrer des opposants aux fondamentalistes islamistes. Elle nous raconte leur quotidien et décrit leurs motivations. La plupart sont des femmes. Musulmanes ou athées. Beaucoup ont été surveillées, emprisonnées, agressées. Depuis la première parution du livre, aux États-Unis, l’une d’elles a été assassinée, au Pakistan. A travers ces rencontres et ces portraits, Karima Bennoune nous parle aussi des pays où ces personnes exceptionnelles vivent et travaillent. Et de leur solitude, renforcée par le peu de soutien qu’elles ressentent de la part des Occidentaux. Ce livre est donc aussi un « coup de gueule » de Karima Bennoune contre une partie de son camp, celui des progressistes laïques, qui a parfois tendance à ignorer ou minimiser la montée de l’islamisme fondamentaliste et l’étendue de ses massacres. Cette critique, Karima Bennoune se sent d’autant plus légitime à la porter qu’elle dénonce dans un même élan les discriminations subies par les musulmans depuis le 11 septembre 2001.

Karima Bennoune est professeur de Droit à l’Université de Californie – Davis, est Rapporteur spécial de l’ONU pour les droits culturels. Elle est née en Algérie, où son père, Mahfoud Bennoune, était un anthropologue réputé, menacé de mort à plusieurs reprises par les islamistes. Son livre a d’abord été publié aux États-Unis chez Norton.

Misère(s) de l’islam de France, Didier Leschi, Cerf, 2017

L’islam de France est-il une impasse ? La laïcité a-t-elle trouvé ses limites ? La République a-t-elle faibli ?

Où sont les musulmans face aux défis ? Où sont leurs imams, leurs responsables, leurs intellectuels ?

Pour avoir été l’un des rares qui, des années durant, s’est plongé dans ces difficultés, a initié un dialogue sans précédent, a mené un accompagnement constant et a fréquenté la sortie des mosquées, Didier Leschi dit ici les vérités sans lesquelles aucune solution ne pourra être trouvée.

La Cour européenne des droits de l’homme démystifie l’interdiction du voile islamique

Par François Braize, Inspecteur général honoraire des affaires culturelles
Jean Petrilli, Avocat
Bruno Bertrand, Magistrat

A l’heure où le Danemark s’apprête à interdire dans l’espace public les tenues islamiques occultant le corps de la femme, une décision récente de la Cour Européenne  des Droits de l’Homme (CEDH) remet les pendules à l’heure sur les motifs susceptibles de fonder de telles interdictions.
Pour nous français, qui persistons à nous raconter des histoires, cela sonne comme un rappel qui fustige notre soumission.

Lire la  suite  2017 07 10 UE port du voile

Un manuel anti-avortement distribué dans des lycées privés

Un joli fœtus bien rose qui explique qu’il entend tout et qu’il est bien vivant. Voici la couverture du « manuel de bioéthique » édité par la fondation Lejeune, une association anti-avortement et anti-euthanasie. À l’intérieur de cette brochure, il est écrit qu’en France « près de 9 millions d’avortements ont été pratiqués depuis 1975 » ce qui représente « 9 millions d’enfants uniques, irremplaçables ». Un peu plus loin, on explique encore qu’un enfant né d’un viol est « innocent » et qu’il ne mérite pas « la peine de mort ». Cette publication, dont la première édition a été sortie en 2006, aurait pu rester confidentielle si deux lycéennes de l’Académie de Montpellier n’avaient pas envoyé au dessinateur Nawak des photos de la brochure. La publication sur Facebook de ces photos a été largement partagée et commentée depuis sa mise en ligne.

« On a trouvé ce manuel mardi 27 septembre sur un présentoir à la vie scolaire de notre lycée », raconte l’une d’elle contactée par Le HuffPost, outrée par ce qu’elle a pu y lire. « Je voulais envoyer un mail à la direction de mon lycée mais quand j’ai vu l’ampleur que ça prenait sur Internet, j’ai préféré attendre », nous assure la jeune femme alors que la journée mondiale du droit à l’avortement tombe justement ce mercredi.À Paris aussi. Le lycée en question, privé sous contrat avec l’État, n’est pas le seul dans ce cas. Après la publication de Nawak, une parent d’élèves d’un grand lycée privé parisien nous a aussi contactés pour témoigner. « Mes deux filles aînées ont eu entre les mains ce manuel de bioéthique », raconte-t-elle interrogée par Le HuffPost. « C’était en classe de première pendant leur « formation humaine et religieuse » donc hors des cours. C’est surtout ma deuxième fille qui m’a alertée en 2013. Pendant la lecture du manuel et de témoignages terribles sur l’avortement, une de ses camarades s’est même évanouie. »Dans le lycée en question, le catéchisme et ce qu’on appelle les « parcours » religieux sont assurés par des parents d’élèves. Ce sont eux qui ont donné aux élèves ce « manuel » et ils sont allés plus loin. « On leur a expliqué que le stérilet était une méthode d’avortement, un témoignage expliquait qu’une femme qui avortait pouvait sentir son bébé souffrir, ses yeux brûler ou encore que certains avortements démembraient les bébés. » Cette mère d’élève a bien essayé de s’insurger contre ce genre de discours, sa colère n’a fait réagir personne. »J’ai appelé l’aumônerie en hurlant, ils se sont justifiés en disant qu’ils donnaient aussi une photocopie de la loi Veil. J’ai alerté la direction de l’enseignement catholique de Paris, ils m’ont répondu qu’ils ne s’occupaient que de la partie pédagogique obligatoire », déplore-t-elle en espérant maintenant que les choses vont pouvoir bouger grâce à Internet. Sa troisième fille vient de faire sa rentrée en première, « j’attends de voir si elle va aussi avoir droit à son manuel ». »On y expose de manière objective la question de l’avortement »

Contactée par Le HuffPost, la Fondation Lejeune ne s’est pas étonnée de voir que son manuel « à destination des jeunes » était diffusé dans les établissements scolaires. Impossible d’avoir un chiffre précis du nombre d’établissements concernés, ce manuel est disponible et édité sur demande auprès de la fondation. Il serait diffusé « à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires » selon une estimation de la fondation, impossible à vérifier. « On l’édite beaucoup pour les JMJ et ce genre d’événements ». Pour ce qui est du contenu, le service de presse de la fondation ne comprend pas la polémique. « Ce manuel a été écrit par des médecins, des juristes, des philosophes. On y expose de manière objective la question de l’avortement », expliquent-ils au HuffPost. « Nous n’avons jamais eu de souci, assurent-ils aussi. Ce n’est pas comme si c’était diffusé dans un centre de planning familial. Lorsque l’on met ses enfants dans un établissement catholique, pourquoi s’en étonner? C’est la position de l’église sur l’avortement. »Les deux personnes qui ont témoigné ont demandé à rester anonymes et à ce que le nom des établissements ne soit pas dévoilé.

Sandra Lorenzo Huffpost

 

Science et laïcité bannies de l’école en Turquie.

Bien décidée à rompre avec le monde occidental, sa civilisation, son rationalisme et sa laïcité autrefois imposée par Atatürk, la Turquie d’Erdogan n’enseigne plus aux élèves la théorie de l’évolution qui se voit remplacée par la version du Coran. Inquiétant.

Un article paru dans Atlantico.fr : Science turquie-1

Laïcité, valeurs de la République et exigences minimales de la vie en société

Laïcité, valeurs de la République et exigences minimales de la vie en société.

Si la laïcité est, à la lettre, respectée, l’affirmation identitaire progresse dans certains territoires, rendant difficile la pédagogie de la laïcité et le partage des valeurs républicaines. Le préfet Gilles Clavreul vient de remettre au ministre de l’intérieur, son rapport sur l’état de l’application de la laïcité en France. Nous recommandons vivement sa lecture.

Martine Cerf

 

Mobilisation contre l’acquittement des pédophiles

Le viol d’une enfant de 11 ans est un crime de pédophilie. Pourtant, le violeur vient d’être acquitté par une cour d’assise de Seine et Marne. L’association Femmes solidaires, révoltée, appelle à manifester Place Vendôme à Paris, mardi 14 novembre de 18 :30 à 20 :30

« Le violeur d’une enfant de 11 ans a été acquitté aux Assises de Seine et Marne le 7 novembre dernier. Selon la cour, il n’y avait ni « menace, ni contrainte, ni surprise, ni violence », éléments constitutifs du viol d’après la loi. Encore une fois, on présume qu’un.e enfant peut consentir à 11 ans. C’est dans la loi, nous- objecte-t-on. Et alors ? LA LOI DOIT CHANGER !

Sans oublier que d’autres lois ne sont pas appliquées : très peu d’ordonnances de protection de victimes sont délivrées ; 1% des violeurs sont condamnés ; le viol, un crime qui devrait être jugé en cour d’ Assises, est jugé en correctionnelle, entre un vol de portable et un délit d’escroquerie. »

 

Oui, il faut dénoncer les dérives de l’antiracisme

https://i.f1g.fr/media/figaro/100x154/2017/06/23/XVMd0f32260-57f0-11e7-a55a-1181ae6a8cf3-100x154.jpg  Après qu’une vingtaine d’intellectuels ait pris la défense de Houria Bouteldja, porte parole des Indigènes de la République, Laurent Bouvet, professeur de Sciences politiques à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines, réagit à cette affaire et pointe le dévoiement des combats de l’antiracisme.ÉGALE approuve ses propos et vous invite à les découvrir dans figarovox :

Bouvet : « Que des universitaires défendent Houria Bouteldja est un crime contre l’esprit »

  • Par  Vianney Passot

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – En réaction à un article de Jean Birnbaum sur les dérives de l’antiracisme, une vingtaine d’intellectuels a pris la défense, dans une tribune du Monde parue le 20 juin, de Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République citée par Birnbaum. Laurent Bouvet réagit à cette affaire.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier livre, La gauche Zombie, chroniques d’une malédiction politique, est paru le 21 mars 2017 aux éditions lemieux. Il est l’une des principales figures du Printemps Républicain.

FIGAROVOX.- Dans un article du Monde du 10 juin dernier, Jean Birnbaum analysait le malaise d’une partie de la gauche face à certaines dérives de l’antiracisme. Il citait notamment Houria Bouteldja, porte-parole du parti des Indigènes de la République, auteur du très controversé «Les Blancs, les Juifs et nous». En réaction à cet article, une vingtaine d’intellectuels a signé une tribune parue dans Le Monde du 20 juin pour prendre la défense de Houria Bouteldja. Que vous inspire cette tribune et comment expliquez-vous qu’une militante ouvertement raciste, qui semble faire l’unanimité contre elle, même au sein de la gauche, soit encore défendue par certains intellectuels?

Laurent BOUVET.- Cette tribune est le énième signe d’un dévoiement du combat antiraciste dans une partie de l’extrême-gauche et de la gauche (c’est vrai en France comme ailleurs). Cette fois, il s’agit principalement d’universitaires et de chercheurs qui défendent l’essayiste Houria Bouteldja comme une militante antiraciste et féministe. Or celle-ci, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, tient de longues dates, dans ses interventions publiques comme dans ses livres, des propos ouvertement racistes, antisémites et homophobes.

Pour ses défenseurs, il ne saurait y avoir de racisme de la part des « dominés » ou des « oppressés ».

Mais elle le fait au nom de la «domination postcoloniale des Blancs», d’un «racisme d’État» en France ou encore d’une «intersectionnalité des luttes» des «dominés» de toute nature (sociale, raciale, religieuse, de genre…). Pour ses défenseurs, cela est donc légitime car il ne saurait y avoir de racisme de la part des «dominés» ou des «oppressés». Leur lutte est en effet à leurs yeux toujours légitime, quel qu’en soit le moyen, puisque menée au nom de «l’émancipation» de ces dominés ou oppressés.

C’est d’abord ce systématisme, qui sur le fond, pose problème. C’est une absurdité intellectuelle autant qu’historique. À la fois parce que le racisme comme le sexisme, l’antisémitisme comme l’homophobie, ne sont fonctions ni d’une origine sociale (les plus riches…) ni d’une origine géographique (l’Europe…) ni d’une origine ethno-raciale (les «Blancs»…) ni d’une origine religieuse (les Chrétiens…), ni d’un genre particulier (le «mâle hétérosexuel»…), et parce qu’en renvoyer toujours et uniquement la responsabilité historique et à des groupes aussi larges n’a aucun sens. Ne pas comprendre ni reconnaître que dans notre histoire commune, humaine, l’émancipation de l’individu, quelles que soient son origine ou ses différentes appartenances «identitaires», est avant tout le produit de ce que l’on appelle la Modernité occidentale, celle qui, en Europe sur plusieurs siècles, a conduit à «l’invention» des droits de l’Homme, à l’abolition de l’esclavage ou encore à forger les outils intellectuels et politiques de la lutte anticoloniale ou du féminisme entre autres, c’est commettre une grave faute au regard de la réalité des faits. Et c’est la commettre au nom d’une croyance ou d’une «vérité» qui leur serait supérieure.

Que des universitaires se commettent dans une telle déformation de la réalité au nom de leur vision politique et militante du monde est un crime contre l’esprit.

Que des universitaires, des chercheurs, des savants se commettent dans une telle déformation de la réalité au nom de leur vision politique et militante du monde est un crime contre l’esprit.

Politiquement, ils participent d’ailleurs à une dérive identitaire délétère pour la société. Plus encore, ils desservent le combat antiraciste ou le combat féministe qu’ils prétendent être le leur. En aggravant et en figeant, au nom de cet essentialisme identitaire qu’ils mettent sans cesse en exergue (nous ne pouvons être que ce que notre identité culturelle et sociale nous assigne comme place et rôle dans la société), les différences entre individus et groupes sociaux, ils participent à une fragmentation et au délitement de la société. Et accessoirement au triomphe d’autres promoteurs de ce «tout identitaire» qui eux s’appuient sur d’autres critères qu’ils jugent positifs que sont les racistes d’extrême droite par exemple. Ils se renvoient le ballon, ils sont les deux faces d’une même médaille, les deux pinces d’une même tenaille dont nous ne cessons de subir la pression.

Qui sont les Indigènes de la République, et que défendent-ils?

C’est un mouvement à la fois groupusculaire et très radical qui prétend défendre toute personne («indigène») issue de l’immigration et venant d’un pays colonisé par la France dans le passé. Ces «indigènes» étant traités comme au temps de la colonisation dans le cadre de leur immigration et de leur installation en France: racisme, «islamophobie», discriminations en tous genres… La dimension sociale est parfois mise en avant, comme c’est le cas dans le dernier livre d’Houria Bouteldja, pour expliquer que les situations de chômage ou de précarité vécues par les descendants d’immigrés sont avant tout dues à leur origine.

Ces gens sont obsédés par la race, par l’origine. Ils ne voient et conçoivent l’individu qu’au travers de ce prisme.

Bien évidemment, la «doctrine» du PIR conduit à une essentialisation identitaire tant des victimes dominées, que des bourreaux dominants. Chacun appartenant, en raison simplement de son origine, à tel ou tel groupe. Sans aucune possibilité d’en sortir. Ainsi, les soutiens de H. Bouteldja dans Libération écrivent-ils en défense de celle-ci: «Houria Bouteldja évoque ses propres déchirements comme indigène et Blanche ou, plus précisément, «blanchie»». Pour le dire autrement, ces gens sont obsédés par la race, par l’origine. Ils ne voient et conçoivent l’individu qu’au travers de ce prisme.

S’ils étaient laissés à eux-mêmes, dans leur réduit militant d’obsédés de la race qui multiplient ateliers «non mixtes» et manifestations des «racisé.e.s» et de «non blancs», le dommage serait très limité. Mais comme ils sont systématiquement relayés par une presse complaisante avec leur vision du monde (on peut citer Mediapart notamment), par des élus de l’extrême gauche (comme l’élu municipal de Saint-Denis Madjid Messaoudène qui leur ouvre les portes des salles de sa ville) ou par des universitaires et chercheurs qui partagent leur critique de la France et de l’État (ceux de la tribune précitée ou encore très souvent à Paris 8 Saint-Denis), ils sont devenus visibles dans l’espace public. Et leurs idées prennent du poids au sein d’une jeunesse précaire notamment. Même s’ils ont visiblement bien plus de difficultés à convaincre dans les quartiers sensibles que dans les amphis de Paris 8 ou les manifestations parisiennes.

À quel moment l’antiracisme a-t-il basculé dans les dérives actuelles?

Il est difficile de dater précisément un tel basculement. C’est un processus long qui s’est amplifié ces dernières années dans les grandes sociétés multiculturelles occidentales. Il y a plusieurs éléments à prendre en compte.

Pierre-André Taguieff avait déjà parfaitement repéré l’ambiguïté du combat antiraciste (qui partage avec le racisme des éléments communs dans la manière d’essentialiser l’individu) tel qu’il était mené dans les années 1980, par SOS Racisme notamment, dans son livre de 1988 La Force du préjugé.

Pour ma part, j’y ajouterai un élément de contexte plus général que j’appelle le tournant identitaire tel qu’il s’est dessiné aux États-Unis notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1970 lorsque les considérations autour de critères identitaires minoritaires (race, sexe, orientation sexuelle, religion, pays d’origine, langue minoritaire…) sont devenues de plus en plus importantes dans les mobilisations politiques et sociales au nom d’un rattrapage historique, d’une reconnaissance de droits ou de valorisation de traits spécifiques de l’identité. Toutes les spécificités ont connu cette évolution, cette «identitarisation» si l’on veut qui est venue selon les cas remplacer, compléter ou transformer le rapport essentiellement social, de classe notamment, qui surdéterminait jusqu’ici les combats politiques, à gauche mais aussi à droite d’une certaine manière.

Ces dernières décennies, en France, il faut y ajouter la dérive plus marquée encore de toute une partie de la gauche, politique, intellectuelle et médiatique.

Ces dernières décennies, en France, il faut y ajouter la dérive plus marquée encore de toute une partie de la gauche, politique, intellectuelle et médiatique. L’abandon d’un projet de transformation ambitieux du capitalisme a conduit à un double effet. Premier effet, le maintien délétère, auprès de nos concitoyens, d’une sorte de geste «de gauche» principalement économiste voire économiciste, tendant soit à un «réformisme» social-libéral, en fait d’acceptation des injonctions à la libéralisation, notamment dans le cadre européen, soit à un anti-capitalisme rhétorique mais parfois très virulent (justifiant notamment un certain degré de violence sociale) dont le seul réel enjeu politique est le maintien d’un niveau élevé de dépenses publiques assurant notamment à la gauche partidaire, syndicale et associative, la permanence de ressources et d’un électorat suffisamment importants pour continuer de compter historiquement.

Le second effet est l’indulgence manifestée au sein de ces deux options d’abord économicistes envers les exigences identitaires les plus marquées, voire les plus caricaturales, issues des revendications de minorités organisées, d’activistes, d’entrepreneurs identitaires… qui ont servi à la fois de relais et d’excuse à l’abandon du projet de transformation du capitalisme. Si bien que la gauche, toutes tendances confondues, est devenue très largement aveugle aux enjeux de l’identité commune, majoritaire, celle d’une société, d’une nation et d’un peuple en proie à de transformations considérables dues à la mondialisation et à la construction européenne.

Tout ce qui pouvait de près ou de loin avoir à faire avec la Nation, les frontières, l’intégration à une culture nationale commune, la fierté d’être Français, devenait mécaniquement d’extrême droite.

Cette identité-là a elle-même ainsi été «identitarisée» selon le processus d’essentialisation décrit plus haut, en devant une identité culturelle particulière, celle des «petits Blancs», des «Français de souche», des «Occidentaux» voire des «chrétiens», parmi d’autres. Certes majoritaire (donc toujours déjà coupable envers les minorités) mais surtout captée, dans son principe même, dans son essence…, par l’extrême droite. La boucle infernale de la politique française pendant 30 ans était bouclée: le FN était le parti par définition selon cette logique identitaire de la majorité occidentale, blanche, chrétienne…qui compose la France (qualifiée de «moisie» au regard d’une histoire bien évidemment avant tout raciste, coloniale et esclavagiste), donc tout ce qui pouvait de près ou de loin avoir à faire avec la Nation, les frontières, l’intégration à une culture nationale commune, par l’école notamment, la fierté d’être Français, etc. devenait mécaniquement d’extrême-droite.

Le piège identitaire a broyé la gauche française à partir des années 1980 bien plus encore que ses échecs économiques – qui doivent être évalués eux au regard de ses succès. L’antiracisme, c’est cette histoire-là. Et pour dire les choses simplement, tant que la gauche n’en sortira pas, même dans ses marges, elle n’aura aucune chance de peser sur le destin du pays, quelle que soit son orientation économique.

Comment ces mouvements islamistes sont-ils parvenus, comme le rappelle Jean Birnbaum, à noyauter certains milieux d’extrême-gauche pourtant libertaires, au point de voir l’idéologie de la lutte des races prendre peu à peu le pas sur celle de la lutte des classes?

Aujourd’hui la complaisance dont je parlais plus haut est surtout marquée envers l’islam, considérée par toute une partie de la gauche, pas seulement de l’extrême-gauche, comme la religion par excellence des opprimés et des dominés. Les damnés de la terre sont aujourd’hui d’abord et avant tout les musulmans, et non plus les travailleurs, les prolétaires ou les ouvriers, pour cette gauche, et notamment les musulmans qui vivent dans les pays européens, issus de l’immigration et venus de pays anciennement colonisés. C’est ce qui a permis ces dernières années, alors que partout on assiste à une radicalisation de toute une partie de l’islam, sous des formes qui peuvent être plus ou moins violentes, cette interpénétration étonnante entre l’islamisme et le gauchisme.

On trouve désormais des exemples de cette collusion chaque jour, dont quelques-uns seulement sont médiatisés. Ainsi, le cas de la députée Danièle Obono de la France Insoumise dont on a parlé récemment, qui est de longue date proche du Parti des Indigènes de la République. On peut aussi citer cette affaire en cours à Saint-Denis d’un élu de la majorité municipale, Madjid Messaoudene dont je parlais plus haut, qui s’en prend à une principale de collège de la ville, Véronique Corazza, car celle-ci a simplement souligné le jeu trouble de cet élu avec les islamistes dans sa commune.

Jean Birnbaum rappelle que les Indigènes n’ont pas d’implantation réelle dans les quartiers ni de réelle force militante et ne doivent leur poids qu’à quelques universitaires adeptes de la culpabilisation postcoloniale. Cette querelle d’intellectuels est-elle représentative de ce qui se passe sur le terrain, à La Chapelle-Pajol ou dans les «territoires perdus de la République»?

C’est exactement ce que je soulignais plus haut: s’ils n’avaient pas de relais politiques, universitaires et médiatiques, personne ou presque n’entendrait parler de ces extrémistes de l’identité.

Les universitaires apportent la caution de leur savoir, de leur légitimité académique à ces dérives.

La responsabilité des intellectuels, au sens large, mais des universitaires et des chercheurs au sens plus étroit, est très importante. Car ils apportent la caution de leur savoir, de leur légitimité académique à ces dérives. Ils légitiment des constructions purement instrumentales et politiques au nom d’un savoir qui serait désormais au cœur des sciences sociales. Le détournement de la notion d’intersectionnalité des luttes en est un exemple frappant.

La bataille se joue aussi dans ce monde académique où l’on trouve des militants très radicaux sous les habits du chercheur ou du professeur. On a vu les dégâts que cela pouvait causer après les attentats terroristes notamment lorsque des sociologues en particulier sont intervenus pour disculper les terroristes de toute responsabilité à raison de leur origine sociale, de la laïcité qui contraindrait l’islam ou même de «l’islamophobie» qu’ils auraient subie dans la société française, et notamment de la part de l’État.

Les mêmes sont à l’œuvre pour expliquer qu’il ne se passe rien ou qu’on ne comprend jamais ce qui se passe lorsque des femmes par exemple, puisque vous citez La Chapelle-Pajol, se font harceler ou attaquer dans certains quartiers davantage que dans d’autres. Ce déni du réel qu’on avait vu aussi à l’œuvre à Cologne en Allemagne sur le même sujet pose de lourds problèmes. D’abord parce qu’il ne permet jamais de traiter efficacement les problèmes qui se posent et qui empoisonnent la vie de certains de nos concitoyens, ensuite parce qu’il paralyse tout débat au sein de la gauche et dans le monde intellectuel. Laissant la place libre aux entrepreneurs identitaires et aux tenants des visions les plus fausses autant que les plus extrémistes. On est donc perdant sur tous les tableaux.

J’espère que la prise de conscience, même tardive, de journalistes comme Jean Birnbaum pourra permettre d’avancer un peu et de faire reculer ce cancer identitaire qui a envahi le débat public.

 

AU FIL DE LA VIE

Deux évènements récents nous rappellent les enjeux éthiques, affectifs, institutionnels de la fin de vie.

I- Le site parlons-fin-de-vie.fr

Le premier évènement est positif: en application de dispositions de la loi Claeys-Léonetti, le site gouvernemental parlons-fin-de-vie.fr, bien fait et complet pour autant qu’on puisse en juger, aborde frontalement les questions sensibles, souvent douloureuses, associées à la fin de vie, en particulier celles des directives anticipées et de la personne de confiance. Les adresses et liens du site sont données ci-après :

http://www.parlons-fin-de-vie.fr/fin-vie-et-si parlait?gclid=CKKkx8SpvdICFUFmGwode5QPdALa fin de vie, et si on en parlait ? Bienvenue sur le site d’information parlons-fin-de-vie.fr

Vous êtes concerné(e) par la maladie grave, le handicap et/ou la dépendance.Vous accompagnez un proche en fin de vie.Ou tout simplement, vous réfléchissez à ces questions car elles sont importantes pour votre avenir ou celui de vos proches.Vos droits Les directives anticipées La personne de confiance

II- Marwa

Le second évènement est atroce. Marwa, seize mois, victime d’un virus foudroyant, hospitalisée à La Timone à Marseille, est dans le coma depuis septembre 2016. Le 4 novembre, après six semaines de prise en charge intensive, l’équipe médicale, constatant «une atteinte neurologique sévère et définitive», avait décidé d’arrêter le traitement thérapeutique et de débrancher l’appareil respiratoire. Les parents s’y sont opposés et ont saisi le Tribunal administratif. Celui-ci leur a donné raison et demandé de repousser l’arrêt des soins. L’hôpital a alors saisi le Conseil d’État qui a confirmé le jugement du tribunal administratif. Marwa devrait être transférée dans un autre établissement, l’équipe soignante de La Timone pouvant se sentir désavouée. Ce cas est l’inverse de plusieurs de ceux évoqués par Véronique Fournier (Puisqu’il faut bien mourir; La Découverte, 2015) où les parents voulaient laisser partir leur enfant alors que les équipes médicales s’y opposaient. Est-on dans le cas présent confrontés à une «obstination déraisonnable»? Il n’y a pas, pour les mineurs, de réponse juridique simple: d’une part, la loi Claeys-Léonetti estime que l’autorité des parents est plus forte que celle de toute personne de confiance; d’autre part, dans l’esprit de ses auteurs, l’obstination déraisonnable renvoyait plutôt à des situations où les proches auraient souhaité que les soins s’arrêtent, l’équipe médicale au contraire tendant à s’y opposer.

Alain Azouvi

 

Laïcité en Guyane : qu’en est-il réellement ?

Une analyse de Michel Fouillet, qui fait le point sur la situation de la laïcité dans ce département

La colonie de la Guyane est devenue département en 1946. En 2015 la Région et le Département de ce même territoire se sont unis pour former la Collectivité territoriale unique de Guyane avec une seule assemblée locale.

Depuis quelques jours, les Guyanais expriment une colère contenue depuis des années. Cette colère s’explique pour trois raisons essentielles…

Lire : Guyane_V5-1

 

Lʼécrivain Kamel Daoud gagne son procès contre un imam salafiste

Abdelfatah Hamadache, qui avait appelé au meurtre contre lʼécrivain algérien, a été condamné à trois mois de prison ferme par un tribunal dʼOran.

Par Meziane Abane (Contributeur Le Monde Afrique, Alger)

Abdelfatah Hamadache, chef du parti non autorisé Front du Sahwa islamique, qui avait lancé en décembre 2014 un appel au meurtre contre lʼécrivain et journaliste algérien Kamel Daoud, a été condamné, mardi 8 mars, par le tribunal correctionnel dʼOran, à six mois de prison, dont trois ferme. Lʼimam salafiste devra également verser une amende 50 000 dinars (420 euros).

Dans sa fatwa (« avis juridique islamique ») publiée sur sa page Facebook, Abdelfatah Hamadache accusait Kamel Daoud dʼ« apostat », dʼ« ennemi de lʼislam et de la langue arabe » et de « profanateur de Dieu et de son Prophète ». Il appelait lʼEtat algérien à condamner à mort lʼécrivain. En cause : les propos tenus dans lʼémission « On nʼest pas couché » sur France 2, le 13 décembre 2014 où M. Daoud avait été invité par Laurent Ruquier pour discuter de son livre Meursault, contre-enquête (Actes Sud). Lʼécrivain avait porté plainte, demandant une condamnation de lʼimam à une amende dʼun dinar symbolique.

Abdelfatah Hamadache, ancien du Front islamique du salut (FIS), dont les branches armées ont causé la mort de plus de 200 000 personnes pendant la guerre civile qui a marqué la décennie 1990, multipliait à lʼépoque ses passages sur les chaînes télévisées. Ses discours remplis de « haine », faisant lʼ« apologie du terrorisme » lui ont coûté une interdiction de plateau par Alger. Aujourdʼhui, lʼimam nʼa cependant pas cessé ses prêches sur YouTube et les réseaux sociaux. Sa dernière vidéo était consacrée au premier ministre français, Manuel Valls, pour le soutien quʼil a officiellement apporté à lʼécrivain mercredi 2 mars. Le prédicateur y accuse le chef du gouvernement français des mêmes « fautes » et exige que lʼEtat algérien lui rappelle le caractère strictement national de lʼaffaire lʼopposant à Kamel Daoud.

Les antécédents de lʼimam salafiste

Abdelfatah Hamadache, qui avait maintenu ses propos, a déclaré quʼil ferait appel du jugement. Joint par téléphone, Kamel Daoud a préféré ne pas commenter la décision de la justice de son pays.

Le journaliste et écrivain nʼest pas le premier à être menacé par lʼimam salafiste. Avant Kamel Daoud, il y eut Hamid Ferhi, coordinateur du Mouvement démocratique et Social (MDS), un parti communiste algérien.

En octobre 2014, le prédicateur sʼétait attaqué en plein débat télévisé à M.Ferhi. Lors de la même émission, il avait également appelé à lʼexhumation des corps de lʼécrivain algérien Kateb Yacine et de lʼancien président du MDS, El Hachemi Chérif. Deux personnalités, selon lui « pas assez musulmanes » pour mériter dʼêtre enterrées dans un cimetière musulman.

Hamid Ferhi a réagi le 8 mars à la condamnation dʼAbdelfatah Hamadache dans lʼaffaire Daoud : « Cette condamnation symbolique ne peut avoir dʼeffet que si les pouvoirs publics et la classe politique cessent dʼinstrumentaliser la religion », a-t-il déclaré.

Hmida El Ayachi, écrivain et ancien patron de deux journaux, Algérie News et Aldjazair News, a abondé dans le même sens. « LʼEtat est resté muet pendant longtemps devant ces imams qui appellent au meurtre des intellectuels. Il a enfin réagi aux pressions de ces derniers et à celles des médias progressistes qui ont toujours soutenu Kamel Daoud. Cela appellera à ces fanatiques quʼil existe des lois quʼil faut respecter en Algérie », a déclaré Hmida El Ayachi qui sʼapprête à publier un nouveau livre, Lʼislamisme et le choc du postnationalisme, aux éditions Socrates.

La nouvelle de la condamnation de lʼimam salafiste a aussi fait le tour de la Toile et des réseaux sociaux. Sur la page Facebook dʼAdlene Meddi, rédacteur en chef dʼEl Watan Week-end, qui annonçait la nouvelle, beaucoup de journalistes ont réagi à chaud et avec grand soulagement à la décision du tribunal dʼOran. « Cʼest peu mais cʼest déjà bien », notre un éditorialiste arabophone. « Enfin la justice sʼen mêle », ajoute lʼécrivaine et militante féministe Wassyla Tamzali.

 

La fille de Jean Zay remet Marine Le Pen en place

La fille de Jean Zay remet Marine Le Pen en place.

Après avoir rapté avec cynisme le concept de laïcité pour en faire une machine de guerre contre les musulmans, voilà que Marine le Pen, dans son programme, ose invoquer le nom de Jean Zay, citant une phrase de la circulaire signée par lui en 1936, qui interdit tout signe politique dans les établissements scolaires…

Voir la lettre d’Hélène Mouchard-Zay : Mouchard_Zay fille de Jean Zay

 

Quelles valeurs défendez-vous exactement, Madame Guigou

Quelles valeurs défendez-vous exactement, Madame Guigou ?

Lettre ouverte à Élisabeth Guigou, ancienne ministre de la Justice

 

Madame la Ministre,

Vous êtes en campagne et vous sollicitez les suffrages de citoyens d’une république laïque dont la devise est : « liberté, égalité, fraternité ».

 

Est-ce pour montrer votre attachement à ces valeurs que vous arborez un hijab pour rendre visite à nos concitoyens musulmans à la mosquée

de Pantin ? Vous n’y étiez nullement obligée, d’autant que vous briguez un mandat représentatif des citoyens de la circonscription… de tous les citoyens.

 

Quelle liberté défendez-vous exactement ? Celle des hommes qui veulent imposer le port du hijab à toutes les femmes musulmanes, ou celle des femmes qui risquent parfois leur vie pour ne pas être obligées de le porter ?

 

Quelle égalité est donc la vôtre ? Celle des femmes soumises à un ordre patriarcal ou celle des femmes libres de faire leurs choix de vie ?

 

À l’heure où la Grande Mosquée de Paris récuse le port du voile comme une obligation et écrit dans sa Proclamation des droits des femmes dans l’islam de France : « … il faut retenir le principe général d’une tenue vestimentaire pudique en toutes circonstances et non pas les vêtements précis qui sont cités », vous confortez les plus rigoristes en arborant la tenue qu’ils prétendent imposer.

 

Les citoyens républicains et laïques que nous sommes sont extrêmement choqués de cela. Nous sommes très inquiets des messages d’encouragement que vous envoyez à tous ceux pour qui les règles religieuses sont au-dessus de nos lois.

 

Nous sommes désolés qu’après tant d’années d’implication dans la vie politique vous décidiez d’ignorer les difficultés des citoyens et des citoyennes confrontés à ces pratiques patriarcales. Désolés de voir les signaux positifs que vous envoyez aux tenants d’un islam rigoriste et minoritaire, au mépris de la majorité qui attend de ses élus une défense sans faille de leurs libertés.

 

Recevez, Madame la Ministre, nos salutations résolument laïques et républicaines, malgré vous.

Françoise Laborde – Martine Cerf

publié le 10/06/2017

 

Comment l’islamisme a perverti l’Olympisme, Annie Sugier, Linda Weil-Curiel, Gérard Biard, ed Chryséis, 2017

 

Les médias se sont faits l’écho de la diplomatie du sport, à visibilité internationale, menée par des pays tel le Qatar mais sont restés muets sur la stratégie adoptée pour le sport féminin par les théocraties islamistes qui ne pouvaient passer à côté d’un phénomène social aussi populaire que le sport aux Jeux Olympiques en particulier. Ce livre révèle cette stratégie après une enquête qui s’étend sur un quart de siècle, des JO de Barcelone de 1992 à ceux de Rio de Janeiro en 2016.

La tentation des accommodements déraisonnables

La tentation des accommodements déraisonnables

Nous n’en sommes pas encore à examiner les mesures concrètes prises par le nouveau gouvernement. Seules quelques phrases, lâchées çà et là, peuvent inquiéter. Comme celle de la secrétaire d’État aux droits des femmes, pour qui « l’égalité femmes-hommes doit tenir compte de la spécificité des territoires » ou le ministre de l’Intérieur qui se déclare partisan d’une « conception apaisée de la laïcité ».

 

Par quelles actions concrètes s’illustreront ces petites phrases pas forcément rassurantes ? Par une application différenciée de la loi selon les territoires dans le premier cas ? Par de l’argent public généreusement donné à tous les cultes, sous couvert de financements culturels dans le second ? Les antécédents de ces deux personnalités peuvent le faire redouter.

 

Mais il ne s’agit pas de faire des procès d’intention. Attendons ce que seront les mesures précises. Rappelons cependant que l’égalité devant la loi implique une loi unique s’appliquant à tous également. Ce principe est le fondement même des États de droit et de notre République. Notre Constitution reprend la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dont le premier article dit : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

 

Quant au financement des cultes, alors qu’il était proscrit dans la loi de Séparation du 9 décembre 1905, il ne cesse d’être élargi par la jurisprudence du Conseil d’État. À l’heure où les augmentations des salaires des fonctionnaires et des retraites sont bloquées pour combler le déficit budgétaire, où les écoles ont besoin de plus d’enseignants qualifiés, il serait plutôt indécent de continuer à chercher les moyens de contourner la loi pour accorder des fonds supplémentaires aux cultes.

Martine Cerf

publié le 05/07/2017

 

Simone Veil va entrer au Panthéon

La voix de Simone Veil disparue au matin du 30 juin 2017 va nous manquer terriblement. Elle nous manque déjà. Car même si elle n’était plus aussi présente les dernières années, nous savions qu’elle était là et pouvait intervenir de quelques mots en rétablissant la raison dans des débats parfois artificiellement enflammés. Comme lorsqu’elle a rappelé à Nicolas Sarkozy l’inutilité de faire vivre chaque élève dans le souvenir constant d’une victime de la Shoah. Le devoir de mémoire n’est pas l’obsession de la mémoire…

Le combat qu’elle a mené pour la dépénalisation de l’IVG a représenté la victoire de l’humanité et de la raison sur le dogme religieux souverain. Un dogme pour qui un embryon pas encore humain compte plus que la femme qui le porte. Un dogme qui veut que l’homme soit maître de la femme et la garde sous son contrôle, esprit et corps, éternellement.

Grande Européenne, elle a aussi été la première femme à présider le Parlement européen. Dans cette fonction, elle a fortement contribué au rayonnement de cette institution et au renforcement de son pouvoir démocratique. Elle résumait ainsi les valeurs de l’Union qu’elle voulait lui voir porter : « la paix, la défense des droits de l’homme davantage de solidarité entre les riches et pauvres. »

Lors de son discours d’investiture, elle déclarait notamment : « Puissions-nous ainsi, au terme de notre mandat, éprouver le sentiment d’avoir fait progresser l’Europe. Puissions-nous surtout avoir pleinement répondu à l’espérance que suscite cette assemblée, non seulement chez les Européens, mais parmi tous ceux qui, dans le monde, sont attachés à la paix et à la liberté. »

Figure emblématique du courage politique et de la ténacité, elle était aimée des Français de tous bords, sauf de quelques nostalgiques de Vichy.

C’est pourquoi il faut se féliciter de la décision du président de la République d’accueillir Simone Veil et son époux au Panthéon.

Martine Cerf

 

ÉGALE reçue à la Commission européenne

 

posté le 04/07/2017

Le 19 juin 2017 se tenait la réunion de concertation avec les organisations non confessionnelles, à l’invitation de Frans Timmermans, 1er Vice-Président de la Commission. La Vice-Présidente du Parlement, Mairead McGuinness, assistait également à la réunion. Tous deux ont insisté sur la nécessité de consulter les organisations de la société civile dans cette période cruciale pour l’Europe. Ils ont rappelé leur vœu de voir les organisations confessionnelles et non confessionnelles réunies ensemble et non séparément. Les associations présentes ont réitéré leur accord sur ce point.

Plusieurs associations laïques et obédiences maçonniques étaient représentées. Des échanges cordiaux ont eu lieu à propos de l’avenir de l’Union européenne. La publication de documents de réflexion émanant de la Commission européenne avaient précédé cette réunion. Les associations présentes ont pu réagir sur ces publications. Elles ont mis l’accent sur la nécessité de préserver la cohésion européenne, de développer l’aspect social et protecteur des politiques européennes, ainsi que la question de l’égalité entre les femmes et les hommes.

ÉGALE, représentée par Martine CERF, assistée de Mireille RAUNET a remis un document de réflexion sur l’avenir de l’Union européenne.

 

Véronique Corazza, principale de collège à Saint-Denis, injustement attaquée en justice par un élu de sa commune

Madjid Messaoudene, élu front de gauche à la municipalité de Saint Denis est de surcroît « chargé des discriminations » a porté plainte auprès du Procureur pour un tweet prétendument diffamatoire à son endroit. Outre ses responsabilités au sein de la municipalité, il affiche sa proximité avec la mouvance islamiste et racialiste. Sa qualité de chargé des discriminations fait penser à la récente nomination de l’Arabie Saoudite à la Commission de la condition de la femme des Nations unies, où le moins qu’on puisse dire c’est que cela relève de la tartufferie.

Cet article cite quelques tweets envoyés par l’élu lui-même, qui mettent en évidence des prises de position pour le moins troublantes concernant les attentats de 2012 dans une école juive de Toulouse ou des accusations d’islamophobie envoyées aux militants laïques. Madjid Messaoudène qui apprécie peu les positions prises par Véronique Corazza, véritable « Hussard noir » de la République, tente donc de la faire taire par voie de justice. Il n’hésite pas à proclamer dans le journal municipal de la ville de Saint-Denis qu’elle aurait été recadrée par sa hiérarchie pour manquement au devoir de réserve, ce qui est tout simplement faux.

Autre fait troublant : Madjid Messaoudène attaque celle qui relaie un article, mais pas les auteurs de l’article. Difficile de ne pas y voir la volonté de nuire personnellement à Véronique Corazza et de la réduire au silence.

Plusieurs associations laïques dont le CLR, Forces laïques, l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis, Philippe Caro, élu de Saint Denis ont apporté leur soutien à Véronique Corazza .

ÉGALE se joint à eux.

Martine Cerf

 

La Cour de justice de l’UE se mêle des affaires de l’Église espagnole

Les magistrats se demandent si une congrégation est fondée à demander le remboursement d’un impôt sur la construction.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance le Monde.fr)

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) entre dans le débat sur les privilèges de l’Église espagnole. « Les exonérations fiscales dont jouit l’Église catholique en Espagne peuvent constituer des aides d’État prohibées si et dans la mesure où elles sont octroyées pour des activités économiques », estime la CJUE dans un arrêt rendu mardi 27 juin.

L’affaire concerne une congrégation religieuse responsable d’une école ecclésiastique de Getafe, dans la banlieue de Madrid, qui a demandé le remboursement des 24 000 euros payés au titre d’un impôt municipal sur les constructions. La Cour de justice européenne, saisie par un tribunal espagnol, s’interroge sur l’activité de l’école en question, qui dispense notamment un enseignement préscolaire et extrascolaire payant, qui ne serait donc pas strictement religieux, mais s’apparente aussi à une activité marchande. Les aides pourraient non seulement « représenter un avantage économique sélectif » mais impliquer une « diminution des recettes de la municipalité ». Prudente, la conférence épiscopale a réagi par un bref communiqué, affirmant que ses services juridiques se penchent sur cette question « complexe ».

Collimateur

Cela fait longtemps que les avantages de L’Église espagnole, riche et influente, sont dans le collimateur des associations laïques et de la gauche radicale. Même le Parti socialiste, conscient du rejet provoqué par ses exemptions d’impôts lorsque la crise sévissait, s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur d’une remise à plat du concordat de 1979 qui les entérine.

Pour l’association Europa Laïca, l’arrêt est déjà une victoire. « Il faut attendre de voir comment les conclusions seront interprétées par les juges d’Espagne, mais elles ont le mérite d’ouvrir un débat sérieux sur les avantages de L’Église, se félicite le président de l’association, Francisco Delgado. Nous allons maintenant essayer de convaincre les

administrations publiques de porter plainte dans les cas flagrants où l’Église est exonérée d’impôts alors qu’elle réalise une activité économique. »

Et de citer le cas de la mosquée-cathédrale de Cordoue, propriété de l’archevêché depuis qu’il l’a inscrite discrètement à son nom en 2006.

L’entrée coûte 10 euros et l’Église en tirerait 13 millions d’euros par an, selon les estimations de la presse, sans payer le moindre impôt sur ces recettes.

 

Le Conseil d’État réaffirme le monopole de l’État dans l’attribution de diplômes nationaux

À la suite d’un contentieux introduit par la conférence des grandes écoles, le conseil d’État a confirmé la législation existante (jugement du 7 juin 2017 n° 389213).

Selon le site lexradio : « Les établissements d’enseignement supérieur privés ne peuvent délivrer seuls des diplômes conduisant à l’obtention de grades ou de titres universitaires. Telle est la solution d’un arrêt rendu par le Conseil d’Etat le 7 juin 2017 […] la Haute juridiction indique qu’en limitant, par les dispositions attaquées, aux seuls établissements publics le champ des règles relatives à l’accréditation des établissements habilités à délivrer le diplôme de master et aux conditions d’obtention de ce diplôme, le ministre de l’Education nationale n’a pas, contrairement à ce que soutient l’association requérante, entaché ses arrêtés d’incompétence.

En outre, la différence de traitement entre les établissements d’enseignement supérieur privés et publics en la matière résultant de la loi, cette même association ne saurait, par suite, utilement soutenir que la limitation du champ de l’accréditation aux seuls établissements publics méconnaît le principe d’égalité. »

Lire le jugement : 070617 CE Collation grades universitaires

 

UNE AVOCATE GERMANO-TURQUE INAUGURE LA PREMIERE MOSQUEE PROGRESSISTE D’ALLEMAGNE

 Ouverte en plein cœur de Berlin, cette mosquée pas comme les autres où les hommes et les femmes prient cote à cote, accueille aussi bien tous les courants religieux de l’islam que les homosexuels.

C’était un projet qui lui tenait à cœur et qu’elle a réussi à mener à son terme. Seyran Ates, avocate germano-turque et célèbre activiste des droits des femmes musulmanes, a inauguré vendredi au centre de Berlin la mosquée Ibn-Rushd-Goethe, la première mosquée «progressiste» d’Allemagne.Tous les courants de l’islam, toutes les orientations sexuelles sont bienvenues, la ségrégation entre hommes et hommes est abolie dans cette mosquée qui se veut un lieu de débat où il doit être possible de critiquer le prophète Mahomet et de discuter de réformes de l’islam. «Seuls les niqabs et les tchadors seront interdits», précise la fondatrice.

Nelly Fouks d’après Nathalie Versieux à Berlin pour letemps.ch

 

En Alsace, les cultes reconnus tentent de faire adopter une « éducation au dialogue interreligieux et interculturel » obligatoire et élargie aux autres cultes

En Alsace et en Moselle, le cours de religion des trois cultes reconnus (catholicisme, protestantisme, judaïsme) fait partie des 24h hebdomadaires d’enseignement obligatoire. Cette survivance de la loi Falloux de 1850, a été abrogée partout ailleurs en France. En Alsace et en Moselle, les demandes de dispense de ces cours formulées par les parents sont en augmentation constante. Selon les statistiques des rectorats concernés, 42 % la demandent dans le primaire, près de 80 % au collège et près de 90 % au lycée.

Afin de lutter contre cette désaffection massive, le diocèse de Strasbourg et l’Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, ont élaboré un projet d’« éducation au dialogue interreligieux et interculturel » destiné à faire évoluer les cours de religion existants et à les élargir aux autres cultes non reconnus. Une première lecture des programmes proposés fait apparaître clairement que les convictions philosophiques non religieuses sont peu traitées et qu’il s’agit, au travers d’une volonté affirmée de « dialogue interculturel », de parler principalement des religions et des contenus de leurs dogmes.

La commission du droit local présidée par le sénateur PS Jacques Bigot, a, sans surprise, approuvé cet enseignement. Pourtant, l’arrêt du Conseil constitutionnel SOMODIA (2011), interdit formellement tout élargissement du régime dérogatoire d’Alsace et de Moselle à d’autres cultes. En effet, toute modification du régime existant ne peut se faire que dans le rapprochement avec la loi commune, c’est-à-dire, entre autres, la loi de séparation de 1905. La commission du droit local a donc trouvé une formulation toute jésuitique exprimant que « le fait de substituer un cours de culture religieuse de nature interconfessionnelle à un cours de religion de caractère confessionnel n’introduit pas de règles nouvelles dans le droit local, mais constitue une simple modification des modalités de mise en œuvre de la législation locale ».

Ce n’est pas ce que pensent les organisations laïques qui voient là une tentative anticonstitutionnelle de faire passer par un moyen détourné ce dont la majorité des parents ne veulent plus à l’école publique : un enseignement religieux obligatoire.

Favoriser le dialogue entre les citoyens ne saurait passer par un dialogue exclusivement interreligieux, laissant de côté la majorité des citoyens. La solidarité et le dialogue doivent s’apprendre à l’école de la République, dans la plus grande neutralité vis-à-vis de la diversité des croyances et des convictions.

Martine Cerf

Voir le communiqué de presse de l’association Laïcité d’accord

 

Le Danemark supprime le délit de blasphème, une loi vieille de 334 ans

Le Danemark, qui revendique un fort attachement à la liberté d’expression, a abrogé ce vendredi le délit de blasphème, une disposition vieille de 334 ans qui sanctionnait les insultes publiques envers les religions. La décision a été adoptée par l’ensemble du parlement monocaméral, à l’exception des sociaux-démocrates.

« La religion ne doit pas dicter ce qui est permis et ce qu’il est interdit de dire publiquement », a déclaré Bruno Jerup, le député d’opposition à l’initiative de l’abrogation.

L’article 140 du code pénal danois sur le blasphème prévoyait une peine maximum de 4 mois de prison mais les tribunaux n’y ont eu que très rarement recours. En près de 80 ans, la justice du pays scandinave avait poursuivi 4 fois seulement en son nom, la dernière fois en février.

Un Danois qui avait brûlé le Coran dans une vidéo publiée sur Facebook devait être prochainement jugé mais son procès n’aura pas lieu du fait de la suppression du délit du code pénal, a annoncé le parquet.

En 1938, 4 personnes avaient été condamnées pour des écrits antisémites. En 1946, 2 personnes avaient écopé d’une amende pour avoir célébré un simulacre de baptême au cours d’un bal masqué. Enfin en 1971, 2 responsables de la radio publique avaient été sanctionnés pour avoir diffusé une chanson évoquant la sexualité d’une femme et son refus de toute autorité divine.

Le parquet a abandonné les poursuites dans 12 cas, dont le plus connu est celui des caricatures du prophète Mahomet publiées dans « Jyllands-Posten » en 2005 puis dans 17 quotidiens danois en février 2006.

(Avec AFP)

 

Quand la loi favorise la religion sur la laïcité

En Irlande, comme au Royaume Uni, le mariage religieux peut se substituer au mariage civil. Mais la cérémonie humaniste, elle, n’est pas reconnue.

Un jeune couple d’Irlandais athée qui souhaite s’unir par un mariage humaniste conteste auprès de la Haute Cour de Belfast, le fait de devoir faire valider leur mariage auprès d’un bureau d’enregistrement alors que les mariages religieux ne sont pas soumis à cette obligation.

L’occasion de saluer le fait qu’en France, où la laïcité a force de loi, le mariage religieux ne peut se substituer au mariage légal.

Nelly Fouks

 

L’incroyable dérive des écoles de la Fraternité Saint Pie X

On dénonce souvent l’enseignement prodigué dans certaines écoles coraniques ou juives loubavitch.

Le Nouvel Obs s’est penché sur les écoles de la Fraternité Sainte Pie X, une branche du catholicisme intégriste répudiée par le Vatican puis réintégrée depuis. Aussi édifiant qu’hallucinant.

Alors qu’elles enseignent à plus de 2000 enfants sur notre territoire, les écoles de la Fraternité  Sainte Pie X dispensent un enseignement pour le moins étonnant. On y apprend en éducation civique, à reconnaître la race blanche et que Pétain a sauvé la France, tandis que les « ingrats » fuyaient à Londres. Par ailleurs, le judaïsme est réprouvé depuis la mort du Seigneur et les « sectes juives » qui régnaient au moment de sa venue sont bien évidemment fustigées. Quant au Coran, s’il veut ruiner le dogme du catholicisme, son combat est perdu d’avance puisque la religion musulmane est stérile. Quant à la révolution, « elle est grotesque et risible, puisqu’elle engage l’âme humaine dans la voie de l’erreur et du mensonge », mais aussi qu’elle «  n’est pas seulement l’auteur du premier génocide des temps moderne, mais qu’elle est aussi responsable de tous les génocides qui suivent. »

Nelly Fouks

 

Élections législatives en Ile et Vilaine (35)

Le Comité laïcité 35 dont ÉGALE est membre, a envoyé une lettre aux candidats aux élections législatives afin d’avoir des informations sur leurs engagements laïques.

Des candidats ont répondu : Claire Payen (PCF), Franck Pichot (PS) , Laurence Maillart-Méhaignerie (LREM) et Solenn Hallou (Gauche Nouvelle)

 

Femmes harcelées dans les rues du quartier Chapelle-Pajol à Paris : la réponse d’Anne Hidalgo

Suite à l’article du «Parisien» sur le harcèlement récurrent des femmes dans le quartier La Chapelle-Pajol, à cheval sur les X et XVIIIe arrondissements, la maire de Paris répond et parle des mesures en cours et futures.

«Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes». Des femmes de ce quartier ont organisé une marche et lancé une pétition.

La mairie de «Paris et la Préfecture de Police ont identifié cette problématique depuis plusieurs semaines et déploient un dispositif dédié pour sanctionner les auteurs de ces actes et permettre au plus vite un retour à la normale», a fait savoir vendredi après-midi la municipalité par un communiqué et par des tweets de la maire socialiste, Anne Hidalgo qui assure que les contrôles de police vont être augmentés, tout au long de la journée.

Dans le quartier Chapelle-Pajol, à Paris, les hommes tiennent les rues et les femmes sont devenues indésirables.

Des résultats visibles «dès les prochains jours»

«Ce jour, Michel Delpuech, préfet de Police, a reçu à sa demande à la préfecture de Police, Eric Lejoindre, maire du XVIIIe arrondissement, pour évoquer diverses questions de sécurité. Le préfet de Police a réaffirmé sa volonté de poursuivre quotidiennement les opérations de police organisées sur le terrain ainsi que le travail effectué en partenariat avec les acteurs sociaux», explique l’Hôtel de Ville dans son communiqué. Anne Hidalgo souhaite que les résultats soient visibles «dès les prochains jours».

Quelque 1161 interpellations depuis le début de l’année «Le renforcement de la présence policière sur la voie publique, initié il y a déjà plusieurs mois pour lutter contre toutes les formes de délinquance constatée, a donné de bons résultats : 10 opérations spéciales ont lieu de façon hebdomadaire depuis janvier 2017 et ont permis l’éviction de 27.000 personnes et l’interpellation de 1161 individus. Cet effort sera poursuivi avec la plus grande détermination et sera prioritairement axé sur le secteur Pajol afin de faire cesser ces actes de discrimination inadmissibles à l’égard des femmes.»

«Des actions renforcées et ciblées de contrôles des commerces viendront en outre compléter ce dispositif et pourront aboutir à des arrêtés de fermeture y compris dans le cadre de l’urgence afin que le quartier puisse retrouver sa physionomie normale», a ajouté Michel Delpuech, préfet de Police.

Une rencontre entre les maires et le procureur Molins.

«Une rencontre entre François Molins, procureur de la République, et les maires d’arrondissements, se tiendra le 31 mai au parquet de Paris. Ils étudieront à cette occasion la possibilité de créer un Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) dédié à Pajol, dont l’objet serait notamment de coordonner sur le long terme la nécessaire mobilisation contre le harcèlement de rue des femmes dans ce quartier. Il viendrait ainsi renforcer les dispositifs déjà impulsés ces derniers mois en lien avec le parquet de Paris.»

Des actions de plus longue haleine

La maire de Paris propose des solutions à moyen terme et long terme, avec «des actions de sensibilisation et de prévention des acteurs locaux».

A plus long terme «l’aménagement et l’animation de l’espace public sous la ligne 2 du métro doivent être confiés à un collectif en lien avec les habitants et les équipements publics de proximité», ajoute la Ville de Paris.

Valérie Pécresse en appelle au président

La présidente (Les Républicains) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse s’est déplacée dans le quartier La Chapelle-Pajol pour écouter les habitants et en appelle au président de la République.

Elle était accompagnée de Pierre Liscia (LR) et de Babette de Rosière investie par Les Républicains dans la 17e circonscription de Paris.

leparisien.fr

 

Il ne se passe rien à La Chapelle-Pajol

Rappelez-vous : il ne s’était rien passé à Cologne. Il ne se passe jamais rien à Sevran, du moins rien qu’on ne pourrait observer dans le « fin fond de la Creuse » (sic). Il n’y a pas de quoi fouetter un chat antiraciste quand se tiennent des « camps décoloniaux » à Reims ou des ateliers en « non mixité racisée » dans des locaux universitaires ou ailleurs.

Tout ce qui se dit, s’écrit et se rapporte sur de soi-disant incidents mettant en jeu la tranquillité, le respect, voire l’intégrité physique des femmes dans certains territoires, n’a aucune consistance, aucune réalité. Il ne s’agit que de « paniques identitaires ». On excusera les prétendues victimes : si elles interprètent mal les insultes, les mains aux fesses, les prises à partie, c’est qu’on leur a lavé le cerveau. Un conglomérat maléfique, qui va de l’extrême-droite identitaire à la gauche républicaine, leur bourre le crâne à coups « d’insécurité culturelle », sur fond de détestation de l’islam, de résurgence nationaliste et de passion réactionnaire. Les victimes sont trop bêtes pour comprendre qu’elles sont victimes d’une illusion d’optique, alors ce sont des universitaires qui se chargent, grâces leur en soient rendues, de leur expliquer que ce dont elles sont victimes, ce n’est pas du tout d’agressions de la part d’hommes qui se comportent comme des porcs : elles sont victimes des intoxications d’une bande d’identitaires qui jouent sur les peurs car « c’est leur intérêt ».

On voit en effet tout le parti que ces « mâles blancs riches et puissants » (on peut lire ce genre d’invectives sur les réseaux sociaux) tirent de leurs prises de position : des tombereaux d’insultes. Mais les quolibets ne sont jamais aussi violents que lorsque ce sont des femmes, et plus encore des femmes d’origine immigrée, « non blanches », comme ces doctes les appellent, qui prennent la parole. Que des mâles blancs défendent des femmes, blanches ou pas, c’est déjà assez inadmissible : dans une démocratie ouverte et pluraliste, comme chacun sait, il n’est légitime de défendre que ses semblables. Mais que des femmes, des musulman-e-s, des descendants d’africains s’y risquent, et c’est la tondeuse des réseaux sociaux qui les attend. Tout y passe : bounty, collabeur, nègre de maison, etc. Nombre de nos amis continuent d’en faire les frais. Leur crime, en effet, est impardonnable : ils pensent par eux-mêmes et donnent leur avis. Ils tentent de se former une opinion d’après les faits, sans tenir compte de leur couleur de peau ni de celle des protagonistes.

Voilà où nous en sommes. Que ces charges soient le fait de quelques excités, passe encore. Mais elles sont relayées par des médias tout ce qu’il y a de respectable. Elles s’auréolent d’une double légitimité, celle d’un savoir scientifique derrière lequel se retranche ce qui n’est rien d’autre que de l’activisme militant ; et celle d’un « fact-checking » de commande, appuyé sur des contre-enquêtes partielles et partiales, qui utilisent exactement les mêmes procédés rhétoriques que ceux déployés par les identitaires pour amplifier, et parfois pour fabriquer, des scoops à connotation identitaire et religieuse.

Nous n’avons pas à accepter ce chantage moralisateur. Nous n’avons pas à tolérer que des journalistes qui font leur travail de façon rigoureuse et indépendante soient attaqués, moqués et décrédibilisés. Et nous n’avons pas à supporter les insultes de ceux qui veulent imposer une quelconque vérité officielle, à plus forte raison quand ils prétendent à l’objectivité scientifique ou à la neutralité journalistique. Qu’ils expriment leur opinion, très bien. Mais qu’ils s’arrogent le monopole de la vérité au point de nier effrontément les conflits et les tensions qui traversent la société française est inacceptable, et au surplus dangereux.

Nous ne nous laisserons pas imposer cette omerta et nous défendrons les victimes, toutes les victimes, sans jamais nous soucier de savoir si leurs origines ou leurs croyances font d’elles des « bons clients » d’une histoire réifiée par les entrepreneurs identitaires d’où qu’ils viennent.

Gilles Clavreul

 

Prières expiatoires anti-avortement au CHUV de Lausanne

Depuis une dizaine d’années, la Fraternité Saint Pie X organise des prières expiatoires dans la chapelle du CHUV de Lausanne pour réparer les crimes d’avortement.

La direction de l’hôpital qui assure n’être pas au courant, prend les mesures nécessaires pour faire cesser ces pratiques incongrues et défendre le droit à l’interruption de grossesse, légalisé en Suisse jusqu’à la douzième semaine depuis 2002.

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Le mouvement d’Ecône, présent à Lausanne depuis une trentaine d’années, utilise la chapelle du CHUV pour y dire des prières expiatoires depuis une dizaine d’années
© Hector De La Vallée

Pour «réparer les crimes de l’avortement», la Fraternité Saint-Pie X utilise la chapelle du CHUV pour y dire des prières expiatoires. Depuis une dizaine d’années. Assurant qu’elle «tombe des nues», la direction de l’hôpital prend des mesures pour défendre le droit à l’interruption de grossesse

Cela se passe le 13 de chaque mois à 19h30 à la chapelle du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois. Des croyants intégristes sont appelés à se rendre dans ce lieu de culte afin d’y prier «pour réparer les crimes de l’avortement». Ainsi que Le Temps l’a constaté, l’invitation figure dans le bulletin mensuel de la Fraternité Saint-Pie X, un courant plus familièrement connu sous le nom d’Ecône.

Il ressort de la même publication que, le samedi 13 mai, au moment même où le pape François célébrait à Fatima, au Portugal, le centenaire des apparitions de Marie, la Fraternité commémorait le miracle de son côté par une «messe votive» au CHUV.

Chapelle sans surveillance permanente

Le principal établissement hospitalier vaudois est-il donc devenu un lieu de présence privilégié pour le mouvement religieux conservateur? «Tout le monde ici tombe des nues», répond François Rouiller, responsable de l’aumônerie du CHUV, assurant tout ignorer de ces manifestations. «En soi, nous ne pouvons pas exclure que de telles prières aient pu avoir lieu, même sans notre accord», précise-t-il, car la chapelle n’est pas surveillée en permanence.

Propriété du CHUV, et donc de l’Etat de Vaud, la chapelle en question est un lieu œcuménique, dédié au soutien spirituel pour les patients et leurs familles. Elle est gérée par le service d’aumônerie de la cité hospitalière, pour lequel une vingtaine de théologiens, pasteurs et prêtres assurent une présence sept jours sur sept, en collaboration avec les Églises protestantes et catholiques.

François Rouiller insiste sur le fait qu’il n’existe aucun lien entre l’aumônerie, sa chapelle et la Fraternité. Il se demande du reste comment cette communauté a fait pour célébrer une messe votive sans accès à la sacristie.

«La vie doit être défendue»

Le jeune abbé Jean de Loÿe, 30 ans, responsable de la paroisse lausannoise de la Fraternité Saint-Pie X, confirme au Temps l’existence de ces prières. Non seulement elles ont lieu à la chapelle, mais elles se tiennent depuis au moins une dizaine d’années, affirme-t-il. «Il ne s’agit pas d’une manifestation revendicative. Mais la vie doit être défendue», explique-t-il.

L’abbé ne veut donner aucune précision sur le choix du CHUV pour ces prières. On peut toutefois imaginer que cet hôpital n’est pas choisi au hasard, étant l’un des sites où se pratiquent le plus d’avortements en Suisse romande. Selon les chiffres fournis par le CHUV, 757 interruptions de grossesse ont été effectuées en 2015 au Département femme-mère-enfant. Au niveau suisse, l’Office fédéral de la statistique a enregistré pour la même année 10 255 cas. Une légère baisse est constatée depuis quelques années, surtout parmi les jeunes femmes.

Une bénévole à l’œuvre?

Une congrégation religieuse qui se flatte d’organiser des prières réparatrices au CHUV, une direction d’hôpital qui n’a rien vu, quelle est la réalité? Ce qui semble sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu dans la chapelle de l’hôpital de rassemblement important de chrétiens traditionalistes. «La chapelle est un lieu apprécié par beaucoup d’employés de l’hôpital qui l’utilisent pour y faire de la méditation pendant les pauses, relève Pierre-François Leyvraz, le directeur général du CHUV. Elle est ouverte à toutes les croyances et nous ne voulons pas faire de la police.»

Tout en répétant n’avoir rien remarqué, les responsables de l’hôpital formulent l’hypothèse qu’une ancienne bénévole de l’hôpital pourrait être au centre de ces prières, qui ne réuniraient qu’un nombre très réduit de personnes. Le nom de cette bénévole apparaît en tout cas aussi dans le bulletin de la Fraternité.

Le CHUV réagit

Interrogé par Le Temps, le conseiller d’État Pierre-Yves Maillard, responsable politique du CHUV en tant que chef du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), indique que «si cette pratique est avérée, la direction du CHUV fera en sorte que ce lieu de recueillement propriété de L’État ne soit plus utilisé pour la diffusion de messages mettant en cause le droit à l’avortement».

Au CHUV, des mesures sont en effet annoncées. Le service de sécurité a reçu l’instruction de fermer la chapelle le 13 du mois entre 19h et 20h. De plus, une lettre sera envoyée ces prochains jours à la Fraternité Saint-Pie X pour lui signifier cette interdiction d’accès et lui demander de supprimer de son bulletin l’annonce des prières. «L’avortement est un droit. En tant que service de l’État nous défendons la loi et ne voulons pas du prosélytisme dans nos locaux», ajoute le directeur Pierre-François Leyvraz.

Un droit remis en cause

Le mouvement d’Écône, présent à Lausanne depuis une trentaine d’années, a récemment créé la surprise avec son emménagement en février dans la chapelle de l’ancien Institut Mont-Olivet. L’interruption de grossesse est légalisée en Suisse depuis 2002, dans les douze premières semaines. Une légalisation que les milieux conservateurs n’ont pas acceptée et tentent de remettre en cause.

Marco Brunner, Letemps.ch

 

Belgique : laïcité et cultes s’accordent pour reconnaître la primauté de l’état de droit

Une excellente initiative du gouvernement belge permet de faire reconnaître la primauté de l’État de droit sur la loi religieuse à l’ensemble des cultes. 

Au-delà de la qualité du texte signé par les différents intervenants, ÉGALE salue la méthode mise en œuvre par le gouvernement belge. Plutôt que de solliciter un accord des différents représentants religieux, les uns après les autres, il a pris le parti de les réunir tous et de leur faire signer une déclaration commune, de façon à ce qu’aucune religion ne peut demander un quelconque aménagement de la règle appliquée à tous. ÉGALE souhaite que le nouveau gouvernement français s’inspire de cette démarche aussi intelligente que diplomatique pour faire avancer le respect de l’état de droit et de la laïcité en France.

Une volonté de dialogue intercommunautaire propre à la Belgique

Après les attentats du 22 mars, le Premier Ministre et le ministre de la justice ont décidé de réunir régulièrement les représentants des six cultes reconnus (églises catholique, anglicane, protestante, orthodoxe, islam et judaïsme) et de la laïcité. Dès la fin de la deuxième rencontre, tous ont exprimé : « leur ferme détermination à combattre le terrorisme, le radicalisme et les discours de haine ».  Ce type de réunion institutionnalisée est conforme à l’organisation de l’État belge qui subventionne les cultes reconnus et la laïcité, conçue comme une conviction philosophique.  Elle ne l’est pas en France, sauf à contrevenir à la loi de séparation. Ce qui n’exclut pas que des rencontres soient organisées avec l’ensemble des cultes sur les sujets les concernant. C’est bien le cas ici.

Obtention d’un vrai consensus autour des valeurs fondamentales

Le mercredi 17 mai, le Premier Ministre belge Charles Michel et le ministre de la justice, Koen Geens, se sont entretenus longuement avec l’ensemble des représentants des cultes religieux et de la laïcité. Au terme de cet entretien, après avoir discuté de son contenu et lui avoir apporté quelques petites modifications, ils ont signé une déclaration commune afin de construire et respecter les valeurs fondamentales.

Cette déclaration rappelle l’importance d’un espace de dialogue et de concertation entre les cultes et la laïcité. «  En Belgique, comme ailleurs en Europe, nos sociétés se sont fragilisées pour de multiples raisons. Les communautés vivent les unes à côté des autres sans nécessairement bien se connaître. » Pour favoriser une meilleure connaissance mutuelle, les différents intervenants ont décidé de se réunir tous les six mois avec le premier ministre et le ministre de la justice.

Le texte de leur déclaration souligne que « les droits de l’homme, les libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de conscience, l’égalité entre les hommes et les femmes, la séparation des Églises et de l’État, la culture du dialogue, la primauté de l’État de droit, sur la loi religieuse, le droit à choisir son mode de vie sont des valeurs inaltérables sur lesquelles nous ne pouvons transiger, nous devons les défendre. L’impartialité de l’État permet cette équidistance entre tous les cultes, assurant ainsi la cohésion sociale et pacifique dans une société interculturelle comme le nôtre.

Nelly Fouks

 

L’Italie interdit le poignard sikh au nom de l’intégration

  Pour la Cour de cassation italienne, les étrangers doivent respecter les usages de leur pays d’accueil. 

Un Sikh indien portant le poignard rituel avait été arrêté en mars 2013 près de Mantoue et condamné à 2000E d’amende pour être sorti avec son kirpan (poignard inséré dans le foulard sikh) a été condamné pour port d’arme illégal en Italie.

Symbole de la lutte contre l’oppression et pour la liberté religieuse, ce poignard de 18 cm de long est l’une des cinq obligations que la religion sikhe impose aux hommes (les Cinq K) avec l’interdiction de se couper les cheveux (kesh), maintenus par un peigne de bois (kangha) sous un turban, le caleçon bouffant (kachera) et le bracelet de fer (kara).

Autorisé au Canada, y compris dans les enceintes scolaires, au nom des « accommodements raisonnables », le port du kirpan est interdit en France, au Danemark et dans plusieurs États américains.

La plus haute juridiction italienne maintient la condamnation

L’homme avait fait appel de cette condamnation. Mais la Cour de cassation l’a confirmée pour les motifs suivants :

« Il n’est pas tolérable que l’attachement à ses propres valeurs, même légales selon le droit en vigueur dans le pays d’origine, conduise à la violation consciente de celles de la société d’accueil ».

« Si l’intégration n’impose pas l’abandon de la culture d’origine (…), le respect des droits de l’homme et (les normes judiciaires) de la société accueillante constituent une limite infranchissable », ont insisté les juges alors que le parquet avait pourtant demandé l’annulation de la condamnation, estimant que la tradition culturelle de cet homme justifiait le port du poignard.

Un jugement très attendu dans le cadre du débat sur le voile islamique

Les sikhs étant très peu nombreux en Italie, le débat sur le port du poignard est quasi inexistant mais la décision de la Cour de cassation était attendue dans le cadre du débat sur le voile islamique, relève l’AFP. Le voile intégral et la burqa sont interdits depuis peu dans les hôpitaux et les bâtiments publics de Lombardie et de Vénétie, deux régions tenues par la Ligue du Nord qui veut étendre la mesure à tout le pays.

Plusieurs maires ont aussi essayé d’interdire le voile intégral au nom d’une vieille loi italienne interdisant de sortir le visage couvert, mais les tribunaux ont, jusqu’à présent, toujours annulé leurs arrêtés, au motif que ce voile résultait plus d’une tradition que d’une volonté de dissimuler son identité.

« Respecter les lois du pays d’accueil »

La décision de la Cour de cassation fait aussi écho aux propos du pape François qui, tout en demandant un large accueil des migrants, plaide aussi pour leur intégration, selon un « processus bidirectionnel » qui n’est ni « assimilation, ni incorporation », comme il le relevait en avril dans la revue italienne Libertà.

Ce processus, expliquait-il, n’est pas un « aplatissement de la culture de l’autre, ni même un isolement réciproque, avec le risque de” ghettoïsations” aussi néfastes que dangereuses », mais se fonde « essentiellement sur la reconnaissance mutuelle de la richesse culturelle de l’autre ».

Ceux qui arrivent « sont tenus à ne pas se fermer à la culture et aux traditions du pays d’accueil, en respectant avant tout ses lois », ajoutait François.

Nelly Fouks d’après Nicolas Senèze, à Rome

 

Quand Erdogan vient s’attaquer en France à la laïcité

  En mars dernier, J.M Ayraud, ministre des Affaires Étrangères laissa le gouvernement turc faire campagne en France. ÉGALE s’en était émue. Malheureusement à très juste titre.

Lors de la préparation des élections en Turquie, ÉGALE avait écrit au ministre de Affaires étrangères de l’époque pour s’étonner qu’il puisse autoriser la venue en France d’émissaires d’Erdogan alors que l’ensemble de nos alliés européens les avaient déclaré indésirables sur leur sol. Il avait répondu à notre lettre, avançant qu’ « en l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de motif pour interdire la réunion prévue à Metz ». Les faits donnent malheureusement raison à Egale. Bien sûr, personne n’a été molesté et la menace n’est pas physique. Elle est beaucoup plus insidieuse puisque le gouvernement turc pratique l’entrisme, c’est à dire qu’il cherche à infiltrer le Parlement français pour mettre à mal, de l’intérieur, la liberté, l’égalité et la laïcité, comme le prouve l’excellent  article de Martine Gozlan sur marianne.net.

Nelly Fouks

 

Laïcité, séparation, neutralité : ne pas confondre

La laïcité est aujourd’hui l’objet d’une abondance de réflexions et de commentaires volontiers relayés par les médias. Dans cette « Adresse », Martine Cerf s’emploie à dégager le concept de laïcité des pseudo-analyses qui s’acharnent à le brouiller en le confondant notamment avec une « neutralité » qui le rendrait inefficient.

Il est maintenant courant d’entendre et de lire que le concept de laïcité admet plusieurs définitions, qu’il serait flou et difficile à cerner. Il n’en a pas toujours été ainsi. La perception de la laïcité a été brouillée par les nombreuses analyses plus ou moins objectives, recherches et publications souvent entachées d’idéologie qui trouvent un écho dans les médias peu soucieux de faire le tri entre les expressions idéologiques et les démarches scientifiques.

Une définition pourtant claire, mais qu’il faut chercher

Si la Constitution de 1958 affirme dans son préambule, comme celle de 1946, que « la France est une République laïque, indivisible, démocratique et sociale », le contenu de la laïcité n’y est pas défini. Cette absence de précision constitutionnelle a pour conséquence de prêter le flanc à toutes les tentatives de détournement qui visent à remettre en cause le principe de séparation.

La loi votée le 9 décembre 1905, dite loi de séparation des Églises et de l’État, ne mentionne pas non plus les mots « laïques » ou « laïcité ». Il n’en faut pas plus pour que certains, nombreux, remettent en cause le lien qui existe entre laïcité et séparation. Ils se contentent de définir la laïcité par la neutralité de l’État, qui aurait pour but de respecter la liberté de conscience, ou seulement la liberté religieuse. D’autres ne la définissent pas et appellent laïcité toutes les formes de gestion du religieux et du politique. Ce qui permet à Jean Baubérot de recenser 7 laïcités[1]2, dont la «laïcité concordataire », un bel exemple d’oxymore ou encore de nommer « laïcité » le retour à l’identité chrétienne prôné par le Front national.

Pourtant, un réflexe élémentaire aurait consisté à consulter la définition du dictionnaire qui, le premier, définissait précisément le mot laïcité. Il s’agit du Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, dans son édition de 1911. Voici ce qu’on peut y lire : « La Révolution française fit apparaître pour la première fois dans sa netteté entière l’idée de l’État laïque, de l’État neutre entre tous les cultes, indépendant de tous les clergés, dégagé de toute conception théologique.[…] Malgré les réactions, malgré tant de retours directs ou indirects à l’ancien régime, malgré près d’un siècle d’oscillations et d’hésitations politiques, le principe a survécu : la grande idée, la notion fondamentale de l’État laïque, c’est-à-dire la délimitation profonde entre le temporel et le spirituel, est entrée dans nos mœurs de manière à n’en plus sortir ». (Ferdinand Buisson (dir), article « Laïcité », Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, éd 1911, publication numérique de l’Institut national de recherche pédagogique).

La séparation y est ainsi mentionnée sans aucune ambiguïté. Depuis plus d’un siècle, les adversaires de la séparation n’ont cessé d’attaquer la laïcité, soit en avançant qu’elle serait liberticide pour les croyants, soit en essayant de dévaloriser les laïques en les faisant passer pour des intolérants, des xénophobes ou des racistes. Le procédé n’est pas nouveau : on préfère l’injure à l’argument, pour discréditer l’interlocuteur et ses idées. Ce faisant, on évacue tout débat d’idées et on cherche à imposer son point de vue par l’intimidation.

Alors que la laïcité est intimement associée à l’émancipation de l’individu de tous les dogmes, à l’élargissement des libertés, toute une frange d’intellectuels, spécialistes de l’étude des religions et de la laïcité, la définissent sans vergogne comme étant la simple neutralité de l’État. La liberté religieuse serait selon eux, le principal objectif à atteindre. Ils ne mentionnent que très marginalement les libertés des athées, des agnostiques ou des indifférents aux religions[2].

Comprendre la différence entre séparation et neutralité

Dans le cadre de la simple neutralité, rien n’empêche les dirigeants religieux d’un État neutre de s’immiscer dans la vie politique, tandis que les politiques, eux, sont sommés de ne pas s’occuper de religion. L’État peut parfaitement s’accommoder du financement de tous les cultes. On comprend dès lors, l’intérêt de certains dirigeants religieux pour la seule application de la neutralité.

La séparation, en revanche, identifie bien les champs d’action du politique et du religieux. Elle assure la totale liberté des citoyens. Ils sont maîtres de leur vie spirituelle et la décision de suivre ou de s’affranchir de la cohorte des interdits religieux leur appartient pleinement. Le financement des cultes est interdit. Ceux-ci s’organisent librement sans ingérence de l’État.

La laïcité a favorisé des lois de libertés

Il suffit de regarder la longue liste des libertés acquises en France au cours du XXe et du XXIe siècle pour se rendre compte que pour beaucoup de lois récentes de libertés auraient été bloquées, si un quelconque clergé avait eu la possibilité d’apposer son veto[3]. On peut en dresser une liste non exhaustive : la loi Neuwirth donnant accès à la contraception, la loi Veil autorisant l’IVG, la loi Taubira ouvrant le mariage à deux personnes de même sexe, les lois Léonetti permettant la sédation en fin de vie, la suppression du délai de réflexion imposé aux femmes avant une IVG ou le délit d’entrave… toutes lois votées par un Parlement que la laïcité rendait libre de débattre.

Mais ces réalités échappent à nos auteurs adeptes de la neutralité, qui persistent à ne voir comme dernières lois laïques que celles qui formulent des interdits, comme celle de 2004 sur les signes religieux à l’école, ou celle de 2010 sur l’interdiction de masquer son visage dans l’espace public (qui n’avait pourtant rien à voir avec la laïcité, mais avec les principes républicains et de la sécurité publique).

Pour ces mêmes auteurs qui vilipendent la séparation, les laïques qui la soutiennent ne sont que des « laïcistes » ou « laïcards » xénophobes ou des « islamophobes »[4]5. La séparation stricte ne serait qu’une laïcité « dévoyée ». Le summum a été atteint après les assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, où nombre de ceux-là considéraient que les caricaturistes de Charlie, « l’avaient bien cherché ». Ils justifiaient ainsi le meurtre pour des idées et pour des dessins… Des insultes d’autant plus inacceptables qu’elles désignaient indirectement des cibles aux fanatiques.

Le durcissement des religions en réponse à la sécularisation de la société

À l’évidence, la sécularisation de notre société progresse. Les sondages annoncent qu’une majorité de la population se dit athée ou sans religion en France depuis 2012, en Europe depuis 2015[5]. Dans le même temps apparaît un raidissement sur des revendications d’ordre religieux : volonté d’afficher sa religion comme marqueur identitaire, réclamations pour que la société s’adapte à une pratique religieuse, demandes de subventions publiques pour des associations cultuelles, contestations de lois ou règlements au motif qu’ils gênent l’exercice de la religion … Il n’est pas indifférent que les deux phénomènes se produisent simultanément. On peut y lire un réflexe de défense de dirigeants religieux qui voient leurs ouailles fondre au fil des années. Il reste cependant que renoncer à la séparation ferait reculer nos libertés et en premier lieu, l’égalité entre les femmes et les hommes et les droits des femmes.

Ce n’est pas parce que des groupes minoritaires accentuent la pression contre la séparation qu’il faut leur céder.

L’étrange recours à une uniformisation européenne

Enfin dernier argument des partisans d’une simple « laïcité-neutralité » : la France serait seule en Europe à avoir établi une séparation aussi stricte, ce qui sous-entend qu’elle aurait forcément tort. Étrange paradoxe en vérité. Alors que les mêmes ne cessent d’affirmer qu’il faut préserver les différences entre les êtres humains, ils récuseraient les différences entre les États ? La France devrait aligner sa législation sur celle des autres pays européens, sur l’Allemagne par exemple, qui a sous-traité une grande partie de son action sociale aux Églises ? Comment justifier cette défense de l’uniformisation, dans une Europe dont la devise est : « unie dans la diversité » ?

Donnons encore la parole à Ferdinand Buisson qui écrivait, il y a plus de 100 ans, des lignes étonnantes d’actualité : « Les inconséquences dans la pratique, les concessions de détail, les hypocrisies masquées sous le nom de respect des traditions, rien n’a pu empêcher la société française de devenir, à tout prendre, la plus séculière, la plus laïque de l’Europe. »

La séparation accompagne les libertés

En Europe, deux États, La Suède en 2000 et la Norvège[6] en 2013 ont accompli la séparation entre la religion et l’État. Le Luxembourg accroît la distance entre l’État et les Églises, méthodiquement depuis plusieurs années après avoir renoncé à subventionner les cultes. Les seuls exemples de pays qui restituent aux Églises un plus grand rôle politique sont la Pologne et la Hongrie, exemples dont on aurait du mal à s’enorgueillir tant ces États rejettent dans le même temps les libertés de l’état de droit et la démocratie. Aux marges de l’Union européenne, la Turquie a entamé une longue descente vers une dictature théocratique. Ne faut-il pas voir dans ces exemples, la confirmation même que la laïcité ou la séparation accompagnent naturellement les États de droit, tandis que les États non démocratiques appuient leur « retour à l’ordre » sur la collaboration avec une religion hégémonique fort peu soucieuse de libertés individuelles.

Voilà pourquoi il nous faut continuer de promouvoir et de soutenir cette belle idée de séparation, émancipatrice pour tous les êtres humains.

Martine Cerf, Mezetulle, 2017.

  1. Jean Baubérot, Les 7 laïcités françaises, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, coll. « interventions », 2015.
  2. Sur le caractère décisif de la non-croyance dans la constitution du concept de laïcité, voir C. Kintzler, Penser la laïcité, Paris : Minerve, 2015, ch. 1, p. 14-19.
  3. Voir Gérard Delfau, Laïcité, défi du XXIe siècle, coll. Débats Laïques, Paris : L’Harmattan, 2015.
  4. Ce terme étant même instrumentalisé par des mouvements proches des Frères musulmans, pour faire taire les laïques, effarés qu’on puisse les traiter ainsi.
  5. Sondages Win Gallup 2012 et 2015.
  6. Sans être membre de l’UE, la Norvège en est un partenaire proche.

 

Égale soutient la tribune contre le nouvel antisémitisme

Parce que l’anti-sémitisme ne cesse de progresser en France et en Europe, parce qu’il n’est plus l’apanage unique de l’extrême droite mais que la mouvance islamiste apparaît aujourd’hui comme un de ses principaux contributeurs, Egale soutient la tribune des 300 intellectuels contre le nouvel anti-sémitisme et approuve sa demande d’abroger en France les passages du Coran incitant à la haine et au meurtre des Juifs.

Manifeste «contre le nouvel antisémitisme»

Ce manifeste, rédigé par Philippe Val, que publie « Le Parisien-Aujourd’hui en France Dimanche », réunit plus de 250 signataires. Parmi eux, un ancien président de la République, trois anciens Premiers ministres, des élus, des intellectuels, des artistes…

Dans un livre à paraître mercredi chez Albin Michel*, quinze intellectuels prennent la plume pour dénoncer le poison de l’antisémitisme. L’ouvrage, préfacé par la philosophe Elisabeth de Fontenay, est écrit avec l’énergie de la colère. Une colère qui prend aujourd’hui la forme d’un manifeste qu’« Aujourd’hui en France Dimanche » a décidé de publier. Elle grandit depuis la mort de Sarah Halimi, Parisienne de 65 ans défenestrée après avoir été rouée de coups le 4 avril 2017. La justice a mis plus de dix mois à reconnaître la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Le 23 mars, moins d’un an plus tard, dans le même arrondissement, au cœur de la capitale, l’assassinat de Mireille Knoll, 85 ans, ravivait l’émotion et l’indignation nées de l’affaire Halimi. L’enquête est en cours.

Plus de 250 signataires ont répondu à l’appel rédigé par un collectif, dont Philippe Val, l’ancien directeur de « Charlie Hebdo ». Parmi eux, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, trois anciens Premiers ministres, l’ex-maire de Paris Bertrand Delanoë, des élus de tous bords, des représentants des différentes religions, des intellectuels, des artistes…

« Cette terreur se répand »

« L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

« Une épuration ethnique à bas bruit »

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie – qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre – dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne… Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »

« Le Nouvel Antisémitisme en France », Ed. Albin Michel, 213 p., 15 euros.

 La liste des signataires 

Charles Aznavour ; Françoise Hardy ; Pierre Arditi ; Elisabeth Badinter ; Michel Drucker ; Sibyle Veil ; François Pinault ; Eric-Emmanuel Schmitt ; Marceline Loridan-Ivens ; Radu Mihaileanu ; Elisabeth de Fontenay ; Nicolas Sarkozy ; Pascal Bruckner ; Laure Adler ; Bertrand Delanoë ; Manuel Valls ; Michel Jonasz ; Xavier Niel ; Jean-Pierre Raffarin ; Gérard Depardieu ; Renaud ; Pierre Lescure ; Francis Esménard ; Mgr Joseph Doré ; Grand Rabbin Haïm Korsia ; Imam Hassen Chalghoumi ; Carla Bruni ; Boualem Sansal ; Imam Aliou Gassama ; Annette Wieviorka ; Gérard Darmon ; Antoine Compagnon ; Mofti Mohamed ali Kacim ; Bernard Cazeneuve ; Bernard-Henri Lévy ; Philippe Val ; Zabou Breitman ; Waleed al-Husseini ; Yann Moix ; Xavier De Gaulle ; Joann Sfar ; Julia Kristeva ; François Berléand ; Olivier Guez ; Jeannette Bougrab ; Marc-Olivier Fogiel ; Luc Ferry ; Laurent Wauquiez ; Dominique Schnapper ; Daniel Mesguich ; Jack Lang ; Enrico Macias ; Philippe Labro ; Francis Szpiner ; Raphaël Enthoven ; Brune Poirson ; Florence Berthoud ; Stéphane Beaudet ; Marine Gozlan ; Joseph Laroche ; Richard Abitbol ; Laurent Bouvet ; Pierre-André Taguieff ; Jacques Vendroux ; Georges Bensoussan ; Christian Estrosi ; Brice Couturier ; Imam Bouna Diakhaby ; Eric Ciotti ; Jean Glavany ; Maurice Lévy ; Jean-Claude Casanova ; Jean-Robert Pitte ; Jean-Luc Hees ; Alain Finkielkraut ; Père Patrick Desbois ; Aurore Bergé ; François Heilbronn ; Eliette Abécassis ; Bernard de la Villardière ; Richard Ducousset ; Juliette Méadel ; Daniel Leconte ; Jean Birenbaum ; Richard Malka ; Aldo Naouri ; Guillaume Dervieux ; Maurice Bartelemy ; Ilana Cicurel ; Yoann Lemaire ; Michel Gad Wolkowicz ; Olivier Rolin ; Dominique Perben ; Christine Jordis ; David Khayat ; Alexandre Devecchio ; Gilles Clavreul ; Jean-Paul Scarpitta ; Monette Vacquin ; Christine Orban ; Habib Meyer ; Chantal Delsol ; Vadim Sher ; Françoise Bernard ; Frédéric Encel ; Christiane Rancé ; Noémie Halioua ; Jean-Pierre Winter ; Jean-Paul Brighelli ; Marc-Alain Ouaknin ; Stephane Barsacq ; Pascal Fioretto ; Olivier Orban ; Stéphane Simon ; Laurent Munnich ; Ivan Rioufol ; Fabrice d’Almeida ; Dany Jucaud ; Olivia Grégoire ; Elise Fagjeles ; Brigitte-Fanny Cohen ; Yaël Mellul ; Lise Bouvet ; Frédéric Dumoulin ; Muriel Beyer ; André Bercoff ; Aliza Jabes ; Jean-Claude Zylberstein ; Natacha Vitrat ; Paul Aidana ; Imam Karim ; Alexandra Laignel-Lavastine ; Lydia Guirous ; Rivon Krygier ; Muriel Attal ; Serge Hefez ; Céline Pina ; Alain Kleinmann ; Marie Ibn Arabi-Blondel ; Michael Prazan ; Jean-François Rabain ; Ruth Aboulkheir ; Daniel Brun ; Paul Aidane ; Marielle David ; Catherine Kintzler ; Michèle Anahory ; Lionel Naccache ; François Ardeven ; Thibault Moreau ; Marianne Rabain-Lebovici ; Nadège Puljak ; Régine Waintrater ; Michèle Anahory ; Aude Weill-Raynal ; André Aboulkheir ; Elsa Chaudun ; Patrick Bantman ; Ruben Rabinovicth ; Claire Brière-Blanchet ; Ghislaine Guerry ; Jean-Jacques Moscovitz ; André Zagury ; François Ardeven ; Estelle Kulich ; Annette Becker ; Lilianne Lamantowicz ; Ruth Aboulkheir ; Christine Loterman ; Adrien Barrot ; Talila Guteville ; Florence Ben Sadoun ; Michèle Anahory ; Paul Zawadzki ; Serge Perrot ; Patrick Guyomard ; Marc Nacht ; André Aboulkheir ; Laurence Bantman ; Josiane Sberro ; Anne-Sophie Nogaret ; Lucile Gellman ; Alain Bentolila ; Janine Atlounian ; Claude Birman ; Danielle Cohen-Levinas ; Laurence Picard ; Sabrina Volcot-Freeman ; Gérard Bensussan ; Françoise-Anne Menager ; Yann Padova ; Evelyne Chauvet ; Yves Mamou ; Naem Bestandji ; Marc Knobel ; Nidra Poller ; Brigitte-Fanny Cohen ; Joelle Blumberg ; Catherine Rozenberg ; André Aboulkheir ; Caroline Bray-Goyon ; Michel Tauber ; André Zagury ; Laura Bruhl ; Eliane Dagane ; Paul Zawadzki ; Michel Bouleau ; Marc Zerbib ; Catherine Chalier ; Jasmine Getz ; Marie-Laure Dimon ; Marion Blumen ; Simone Wiener ; François Cahen ; Richard Metz ; Daniel Draï ; Jacqueline Costa-Lascoux ; Stéphane Lévy ; Arthur Joffe ; Antoine Molleron ; Liliane Kandel ; Stéphane Dugowson ; David Duquesne ; Marc Cohen ; Michèle Lévy-Soussan ; Frédéric Haziza ; Martine Dugowson ; Jonathan Cohen ; Damien Le Guay ; Patrick Loterman ; Mohamed Guerroumi ; Wladi Mamane ; William de Carvalho ; Brigitte Paszt ; Séverine Camus ; Solange Repleski ; André Perrin ; Sylvie Mehaudel ; Jean-Pierre Obin ; Yael Mellul ; Sophie Nizard ; Richard Prasquier ; Patricia Sitruk ; Renée Fregosi ; Jean-Jacques Rassial ; Karina Obadia ; Jean-Louis Repelski ; Edith Ochs ; Jacob Rogozinski ; Roger Fajnzylberg ; Marie-Helène Routisseau ; Philippe Ruszniewski ; André Senik ; Jean-François Solal ; Paule Steiner ; Jean-Benjamin Stora ; Anne Szulmajster ; Maud Tabachnik ; Daniel Tchenio ; Julien Trokiner ; Fatiha Boyer ; Cosimo Trono ; Henri Vacquin ; Caroline Valentin ; Alain Zaksas ; Slim Moussa ; Jacques Wrobel ; Roland Gori ; Nader Alami ; Céline Zins ; Richard Dell’Agnola ; Patrick Beaudouin ; Barbara Lefebvre ; Jacques Tarnéro ; Georges-Elia Sarfat ; Lise Boëll ; Jacques Wrobel ; Bernard Golse ; Céline Boulay-Esperonnier ; Anne Brandy ; Imam Karim ; Sammy Ghozlan.

 

Diplomatie européenne et liberté de religion

Une analyse de François Foret (Université libre de Bruxelles) pour l’Observatoire des Religions et de la Laïcité.

L’Union européenne a pris ces dernières années une série d’initiatives pour la promotion de la liberté de religion dans le monde. Cette action a émergé alors même que la cause perdait de son lustre dans les relations internationales et elle a questionné la conception européenne des droits fondamentaux comme un bloc indivisible. Elle révèle également la recherche d’un équilibre entre différents facteurs : affichage symbolique d’unité autour de grands principes et défense réaliste des intérêts parfois divergents de l’UE, des États membres et des différentes institutions communautaires ; priorité donnée au droit pour circonscrire la dimension conflictuelle du religieux, mais nécessaire pragmatisme politique pour s’adapter aux réalités de terrain.

… pour lire la suite de cet article de François Foret,

allez sur le site de l’Observatoire

 

La cour d’appel de Montréal soutient la laïcité

Bonne nouvelle : la cour d’appel de Montréal confirme le jugement de 1ère instance et donne raison à notre amie Djemila Benhabib attaquée par une école islamique.

Le jugement rendu est particulièrement intéressant. Il met en évidence le fait que la justice de Montréal a compris la stratégie des islamistes pour déstabiliser les états laïques et museler toutes celles et ceux qui s’opposent à eux. Nous vous en livrons les quelques phrases les plus décisives.

« Rien ne démontre que Djemila Benhabib avait le désir ou la volonté de causer de causer un préjudice à la réputation de l’École. »

« Une personne raisonnable ne conclurait pas que les propos tenus en ondes par Djemila Benhabib sont diffamatoires, écrit la magistrate dans sa
décision de 43 pages. Cette personne comprendrait qu’elle y exprimait de bonne foi son opinion honnête et sa croyance sincère, qu’elle est libre de
partager ou pas. »

« En somme, les propos de Djemila Benhabib sont au cœur de la raison d’être de la liberté d’expression, soit de favoriser la participation active aux
débats sur des sujets d’intérêt public ayant un impact sur la prise de décisions d’intérêt social et politique. »

« À défaut d’accorder autant de protection à la liberté d’expression dans un contexte de débat d’intérêt public, c’est la société qui subira un préjudice
énorme. »

«Ce ne sont pas les élèves ni leurs parents qui ont été visés par les propos de Djemila Benhabib. Elle n’a critiqué aucun individu, mais bien une école
[…] dans un contexte de sujets d’intérêt public. »

Nelly Fouks

 

Après l’élection présidentielle

Après l’élection présidentielle

Emmanuel Macron est élu Président de la République.

Le pire est écarté au moins pour les cinq ans à venir. Il reste maintenant à savoir si ce nouveau président pourra gouverner. Dès dimanche soir, les déclarations politiciennes reprenaient leurs droits et les appels à la « guerre législative » se sont succédé. Il semble que les partis écartés de l’élection présidentielle cherchent à prendre une revanche qui consiste avant tout à bloquer la politique du président élu.

 

Pourtant l’élection présidentielle a largement démontré la lassitude des citoyens devant ces manœuvres d’appareils. Les électeurs ont mis en demeure leurs élus de se préoccuper d’eux d’abord. Malgré cela, on a retrouvé la logique négative dont nous avions vu les méfaits dans les interminables débats parlementaires, plombés par des centaines d’amendements déposés dans le but unique de faire échouer le parti adverse. Exactement ce que les citoyens ont rejeté. Il faudra pourtant arriver à obtenir des résultats en termes d’égalité et de diminution du chômage.

 

ÉGALE restera centrée sur les sujets cruciaux que sont l’égalité et les libertés garanties par la laïcité.

– Nous continuerons de veiller au respect de la laïcité par les pouvoirs publics.

– Nous continuerons de demander son application sur la totalité du territoire de la République.

– Nous continuerons également de défendre l’école publique et son caractère émancipateur et fédérateur et de demander que partout sur le territoire, il soit possible d’y inscrire ses enfants.

– Nous continuerons de défendre nos libertés contre tous ceux qui voudraient les restreindre, en particulier la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté d’avoir recours à l’IVG, la liberté de contraception, etc.

– Nous continuerons de contrer les atteintes à l’égalité, nous dénoncerons le racisme sous toutes ses formes, la xénophobie, le communautarisme.

– Nous continuerons de chercher les moyens de rendre effective l’égalité entre les hommes et les femmes, principe qui figure dans notre droit, mais n’en finit pas de ne pas passer dans la réalité.

publié le 08/05/2017

 

Voter Macron, c’est faire résolument le choix républicain et laïque

Voter Macron, c’est faire résolument le choix républicain et laïque

Deux candidats sont en lice  et il s’agit de choisir entre deux projets de sociétés opposés. D’un côté, Marine Le Pen, héritière de l’extrême droite qui avait enfanté le gouvernement de Vichy en 40, propose une société xénophobe, raciste, qui tourne le dos aux valeurs républicaines. Elle assène des mensonges grossiers, mais redoutablement efficaces. Ses solutions miracles ne seront jamais mises en œuvre et il suffit d’examiner ses actions passées pour le comprendre, car les actes parlent plus que les mots. Elle dit défendre la laïcité, mais elle ne fait que mettre les musulmans en accusation et promouvoir les seules « racines chrétiennes » de la France. Son collègue Ménard, maire de Béziers est traduit devant les tribunaux pour incitation à la haine. Elle dit vouloir défendre les droits des femmes quand elle vote contre des mesures effectives au Parlement européen.  Elle dit défendre les plus faibles, mais ne fait qu’exploiter leur désespoir pour se faire valoir. Son parti s’est opposé au délit d’entrave à l’IVG au Parlement. Pour l’école, sa seule recommandation est de « garantir » la liberté de scolariser son enfant dans le privé…

 

C’est la République et ses valeurs qui sont menacées, les libertés des citoyens, l’égalité, la fraternité et la solidarité, l’Union européenne et les espoirs qu’elle porte toujours malgré son manque de cohésion et de politique sociale.

 

C’est pourquoi le temps n’est pas aux tergiversations et aux demi-mesures que sont le vote blanc ou l’abstention. Il faut voter pour Emmanuel Macron, résolument, car il est le seul candidat à porter les valeurs républicaines. On peut être en désaccord avec son programme, mais on sait au moins que son action ne remettra pas en cause les valeurs sur lesquelles la France s’est construite, celles sur lesquelles elle a fondé l’Union européenne. On sait qu’il défendra l’égalité des droits et nos libertés.

 

À ÉGALE, nous savons aussi qu’avec lui comme président, nous devrons rester vigilants pour l’obliger à consolider la laïcité quand elle sera menacée par la non-application des lois existantes, par le clientélisme d’élus locaux, par le déni des agissements intégristes ou encore par des subventions versées indûment  à des associations cultuelles masquées. Mais n’est-ce pas déjà ce que nous faisons sans cesse depuis la création d’ÉGALE en 2003 ?

Martine Cerf

publié le 27/04/2017

 

LAÏCITÉ LES RÉPONSES DES CANDIDATS À CHARLIE HEBDO

Nous nous étions engagés à vous donner les réponses des candidats au questionnaire élaboré par le Collectif laïque. Malheureusement, seul Benoît Hamon a pris le temps de traiter toutes les questions. François Asselineau a répondu dans les grandes lignes en nous renvoyant à son programme, tandis que La France insoumise nous exprimé leur regret d’avoir reçu trop de sollicitations pour pouvoir répondre en temps et en heure.

Voir la réponse de Benoît Hamon. (Cliquer)

Je vous engage donc à vous procurer le n° 1290 de Charlie hebdo, encore en vente dans les kiosques, dans lequel un cahier spécial reproduit les réponses reçues à leur demande d’engagement sur trois points :

1 – ne pas modifier la loi du 9 décembre 1905.

2 – n’introduire aucun aménagement particulier à l’égard d’une communauté religieuse.

3 – ne jamais introduire un délit de blasphème dans la législation.

 

Vous pouvez consulter ici l’article introductif de Gérard Biard auquel nous souscrivons. J’y ajouterai que Jean-Luc Mélenchon mentionne explicitement le Dictionnaire de la laïcité dans lequel il avait écrit dès 2011 l’article « blasphème ».

 

Enfin,  je terminerai par une superbe perle de Marine le Pen qui indique dans sa réponse : «… Je me félicite que la Chancellerie ait récemment précisé que le délit de blasphème ne peut plus être appliqué en Alsace-Moselle. Il convient cependant d’aller au bout du processus, et que le législateur abroge expressément le « délit de blasphème » du droit local ». Il faut croire qu’elle est fort peu préoccupée par cette question, car il lui a manifestement échappé que l’abrogation du délit de blasphème en Alsace et en Moselle a été votée au Sénat puis à l’Assemblée nationale fin 2016 et acceptée par le Conseil constitutionnel en début d’année !

Martine Cerf

publié le 19/04/2017

 

Zoom sur les membres du groupe éthique des sciences et nouvelles technologies de la Commission européenne

La Commission européenne a nommé, jeudi 30 mars 2017, les quinze membres qui formeront le nouveau Groupe européen d’éthique des sciences et des technologies (EGE – European Group on Ethics in Science and New Technologies). Le Groupe rassemble des experts de haut niveau dans des disciplines variées, telles les sciences humaines et sociales, la philosophie, l’éthique et le droit.

Cette nomination procède de la décision du Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et du Commissaire pour la recherche, la science et l’innovation, Carlos Moedas, de créer un groupe d’experts prodiguant des conseils indépendants en matière d’éthique. Le groupe est sous la responsabilité directe du Commissaire Moedas et fournira des rapports au Président et au Collège des Commissaires.

D’après le Commissaire Moedas, ces quinze experts formeront « un soutien important à la Commission pour adresser les défis sociétaux majeurs, au bénéfice de tous les citoyens ».

Les 15 nouveaux membres :

Emmanuel Agius

Professeur d’éthique philosophique et théologique à l’Université de Malte, doyen de la Faculté de théologie et membre du GEE depuis 2005

Anne Cambon-Thomsen

Directeur de recherche émérite au CNRS, membre d’une unité mixte de recherche en épidémiologie et santé publique à l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et à l’Université Toulouse III Paul Sabatier

Ana Sofia Carvalho

Professeur de bioéthique et directeur de l’Institut de bioéthique de l’Université catholique du Portugal et président de la Chaire UNESCO de bioéthique portugaise (2014-2017)

Eugenijus Gefenas

Professeur et directeur du département d’histoire médicale et d’éthique à la faculté de médecine de l’université de Vilnius; Directeur du Comité lituanien de bioéthique

Julian Kinderlerer

Professeur émérite de droit de la propriété intellectuelle à l’Université du Cap; élu président de l’ancien GEE (2011 – 2016)

Andreas Kurtz

Biologiste, Centre de Thérapies Régénératives Berlin-Brandebourg, Charité Universitätsmedizin Berlin; Chef du registre des cellules souches pluripotentes humaines (depuis 2006)

Jonathan Montgomery

Professeur de droit des soins de santé à l’University College London; Président de la Health Research

Authority en Angleterre; Président du Nuffield Council on Bioethics (2012-2017)

Herman Nys

Vice-président

Professeur émérite en droit médical à la KU Leuven, rédacteur en chef de la Revue européenne de droit de la santé et éditeur de l’Encyclopédie internationale de droit médical. Membre de l’ancien GEE depuis 2011

Siobhán O’Sullivan

Vice-présidente

Conférencière en éthique et droit des soins de santé au Royal College of Surgeons, et ancienne directrice de la bioéthique, Ministère de la Santé, Irlande. Membre del’ancien GEE depuis 2011

Laura Palazzani

Professeur de philosophie du droit et de biologie à l’Université Lumsa de Rome, membre du Comité

international de bioéthique de l’UNESCO, Vice-présidente du Comité italien de bioéthique et membre de l’ancien GEE depuis 2011

Barbara Prainsack

Professeur au Département de santé mondiale et de médecine sociale du King’s College de Londres

Carlos Maria Romeo Casabona

Professeur de droit pénal; Directeur de la chaire de Droit et Génome Humain, Université du Pays Basque. Membre du Comité de bioéthique d’Espagne

Nils-Eric Sahlin

Professeur d’éthique médicale, Université de Lund; membre de l’Académie royale suédoise des lettres, de l’histoire et des antiquités, président du groupe d’experts sur l’éthique du Conseil suédois de la recherche

Marcel Jeroen Van den Hoven

Professeur d’éthique et de technologie à l’Université de technologie de Delft; Rédacteur en chef fondateur de l’éthique et des technologies de l’information

Christiane Woopen

Présidente

Professeur d’éthique et de théorie de la médecine à l’Université de Cologne. Directrice exécutive du Centre d’éthique, des droits, de l’économie et des sciences sociales de la santé de Cologne, membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO et ancienne présidente du Conseil allemand d’éthique

 

« l’Europe est la volonté du vivre ensemble »

Alors que le Brexit a officiellement été lancé mercredi 29 mars, le discours pro-européen du député espagnol Esteban Gonzalez Pons datant du 15 mars dernier a pris une résonance particulière.

Postée sur la page Facebook de son groupe politique samedi 25 mars, la vidéo a été visionnée plus de six millions de fois.

VOIR LA VIDÉO.

Un député européen rappelle que « l’Europe est la volonté du vivre ensemble »

« L’Europe est cernée au Nord par le populisme,au Sud par les réfugiés qui se noient en mer, à l’Est par les tanks de Poutine, à l’Ouest par le mur de Trump, son passé c’est la guerre, le futur c’est le Brexit.

L’Europe est aujourd’hui plus que jamais seule, mais les citoyens ne s’en rendent pas compte. Le Brexit est la décision la plus égoïste qui a été prise, depuis que Churchill a sauvé l’Europe avec le sang, la sueur et les larmes des Anglais,

L’Europe n’est pas un marché, c’est la volonté de vivre ensemble. Quitter l’Europe ce n’est pas quitter un marché, c’est quitter les rêves que nous partagions. Nous pouvons avoir un marché commun, mais si nous n’avons de rêve commun, nous n’avons rien.

L’Europe c’est la paix qui est arrivée après les atrocités de la guerre.

L’Europe c’est la pardon entre les Français et les Allemands.

L’Europe a rendu sa Liberté à la Grèce, l’Espagne et le Portugal.

L’Europe c’est la chute du mur de Berlin.

L’Europe c’est la fin du communisme.

L’Europe c’est l’état-providence, c’est la démocratie.

 

Candidats, osez la laïcité !

Tribune

Égale s’associe au Comité Laïcité et République et co-signe la tribune adressée le 31/03/2017 aux candidats dans l’hebdomadaire Marianne.

N’hésitez pas à la signer à titre personnel

Nation divisée, paix civile menacée : candidats, osez la laïcité !

Intolérances, communautarismes, islamisme radical, xénophobie identitaire, menaces sur l’égalité entre hommes et femmes, paix civile fragilisée, la situation est grave. La société française est en crise.

L’élection présidentielle doit replacer la laïcité au cœur de la République. La laïcité émancipe et libère les êtres humains. Elle assure l’égalité en droit entre tous les citoyens quelles que soient leurs origines. Grâce à elle, la République rassemble tous les êtres humains quelles que soient leurs singularités, dans l’universalisme de la citoyenneté.

C’est cette égalité que contestent des communautarismes qui voudraient substituer la coutume ou le précepte religieux à la loi. La paix civile se trouve mise en danger par la montée des revendications et des menaces communautaristes d’une part, par ceux qui détournent la laïcité à des fins de stigmatisation et de xénophobie de l’autre. Les Français portent la laïcité dans leur cœur. Il n’est pas surprenant qu’en ces temps inquiets elle leur paraisse aussi importante que la question sociale dans le choix du futur président.

Ces principes, pour lesquels des femmes et des hommes se sont battus au péril de leur vie, valent encore aujourd’hui condamnation à mort dans certaines régions du monde. Ils ne sont pas négociables, sauf à menacer l’unité de la nation, la pérennité de la République et de la démocratie elle-même.

C’est pourquoi les candidats républicains doivent prendre clairement position sur cette question décisive. Nous leur demandons solennellement de s’engager à faire respecter la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État et la loi de 2004 d’interdiction des signes religieux à l’école publique.

Nous leur demandons de prévoir les dispositions garantissant la neutralité dans les crèches, les hôpitaux… comme vient de le faire la cour de justice de l’Union européenne à propos des entreprises.

Nous appelons à réinstituer l’école républicaine et laïque, qui a mission de former des citoyennes et des citoyens libres, égaux et responsables.

Nous les appelons à s’engager à faire respecter la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

Nous leur demandons d’engager une sortie progressive et concertée de tous les régimes dérogatoires des cultes encore en vigueur sur le territoire national, afin de les mettre en conformité avec l’article 1er de la Constitution.

Nous leur demandons de défendre le plein droit à l’IVG, le mariage des couples de même sexe, ainsi que le droit à mourir dans la dignité.

Nous exigeons qu’ils défendent le principe absolu d’égalité entre les femmes et les hommes.

L’élection présidentielle n’est ni un spectacle médiatique ni un jeu de rôle. Elle doit être le moment où la République laïque et sociale reprend son élan.

C’est pourquoi, nous appelons les citoyens à se mobiliser et à exiger du candidat qu’ils soutiennent un engagement solennel de défendre et de promouvoir la laïcité.

31 mars 2017

Premiers signataires

Elisabeth Badinter, Robert Badinter, Christian Bataille, Georges-Marc Benamou, Gérard Biard, Pierre Bergé, Jeannette Bougrab, Fatiha Boudjahlat, Marika Bret, Pascal Bruckner, Frédérique Calandra, Gérard Delfau, Élisabeth de Fontenay, Caroline Fourest, Marcel Gauchet, Jean Glavany, Lydia Guirous, Philippe Guglielmi, Patrick Kessel, Catherine Kintzler, Julia Kristeva, Françoise Laborde, Guy Lengagne, Cindy Léoni, Jacques Lévy, Richard Malka, Laurence Marchand-Taillade, Ahmed Meguini, François Morel, Denis Pelletier, Céline Pina, Henri Pena-Ruiz, Jean-Michel Quillardet, Marc Riglet, Yvette Roudy, Boualem Sansal, Odile Saugues, Philippe Val, Fiammetta Venner.

 

Naim Malaj, ex-ambassadeur du Kosovo en Suisse: «Pour une laïcité sans compromis ni double langage

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Naim Malaj: «Cette charte n’aura pas d’effet obligatoire, mais elle servira de référence.»
© Marco Zanoni / Pixsil

Les Albanais musulmans de Suisse et leurs représentants religieux signent une charte inédite. Ils s’engagent pour la laïcité, la transparence financière et la formation civique. Entretien avec l’instigateur de ce texte, l’ex-ambassadeur du Kosovo en Suisse Naim Malaj.

C’est une première à la symbolique qui se veut forte. Ce lundi après-midi à Berne, Mustafa Memeti, le président de la Communauté islamique des Albanais en Suisse et Nehat Ismaili, président de l’Union des imams albanais, signeront une charte qui reconnaît la laïcité, «comme principe fondamental de fonctionnement d’une société moderne et démocratique» et place l’État de droit au-dessus de toute «raison de nature religieuse».

Le texte encourage aussi les centres culturels et religieux à «participer à des formations sur l’éducation civique, la démocratie et les institutions suisses». La cérémonie de signature se fera en la présence d’autorités fédérales, académiques et diplomatiques.

Les deux organisations qui ratifient cette charte représentent une part très importante des 350 000 musulmans vivant en Suisse. Mais à l’origine de cette initiative se trouve non pas un religieux mais un binational, ex-ambassadeur du Kosovo en Suisse et résidant à Genève, Naim Malaj.

Le Temps: Pourquoi cette Charte, alors que la majorité des Albanais de Suisse sont peut-être croyants, mais pas pratiquants…

Naim Malaj: Il est vrai que la grande majorité des 300 000 Albanais vivant en Suisse – musulmans pour la plupart, mais 10% sont aussi catholiques – n’est pas pratiquante. Pour eux, l’appartenance nationale passe avant l’appartenance religieuse. Mais on a souvent tendance à identifier et associer l’islam uniquement avec les communautés arabes. Je voulais montrer un autre visage de cette religion. Par cette charte, j’aimerais aussi montrer l’attachement de la communauté à l’égard de la Suisse et de ses valeurs ainsi que faire preuve de reconnaissance pour tout ce que ce pays a fait et réalise encore pour les Balkans.

L’histoire de ces deux élèves qui ont refusé de serrer la main de leur enseignante à Therwil (BL) l’an dernier qui m’a fait réfléchir. Cela m’a beaucoup choqué

– Le débat sur laïcité, omniprésent en France, animé en Suisse, est aussi un point de départ?

– C’est surtout l’histoire de ces deux élèves qui ont refusé de serrer la main de leur enseignante à Therwil (BL) l’an dernier qui m’a fait réfléchir. Cela m’a beaucoup choqué. J’ai eu ensuite des discussions avec des imams albanais à ce sujet et leur position était claire, condamnant le refus de la poignée de mains. Notre charte s’engage pour la laïcité sans compromis ni double langage.

Ces imams sont vraiment courageux d’accepter une telle déclaration, dans la mesure où ils sont eux aussi soumis parfois à des menaces ou à des pressions. J’aimerais ici les remercier et les féliciter pour cet engagement. Je suis persuadé qu’ils sont convaincus comme moi qu’il n’y a pas d’alternative aux principes qu’ils s’engagent à respecter.

– Quel est l’intérêt des associations à signer cette charte?

– L’amalgame entre islam et terrorisme est très répandu et les clichés nombreux. Mais il y a aussi des interrogations légitimes par rapport à certaines pratiques et déclarations entendues ici et là. Les Albanais de religion musulmane en Suisse vivent pour beaucoup depuis plus de 40 ans dans le pays mais leur pratique religieuse est plus récente. A leur arrivée, la cause nationale formait leur objectif majeur. Une fois atteinte, ils se sont tournés vers la pratique de la religion. Ils la découvrent.

Ceux qui vont dans des centres ou des mosquées ont baigné dans la culture suisse. Ils ne seraient en aucun cas d’accord avec des discours haineux ou le rejet des valeurs de ce pays. Il était important que l’Union des imams albanais comme la Communauté islamique des Albanais en Suisse prennent leurs responsabilités vis-à-vis de la société d’accueil mais aussi vis-à-vis de leurs croyants.

– Mais comment s’assurer que cette charte soit respectée, qu’elle ne serve pas uniquement de bonne conscience?

– Le texte ne fait pas de compromis, je l’ai dit. Et il a été accepté de manière volontaire et démocratique. J’ai profité de mon expérience dans mon parcours professionnel, de mes contacts comme premier ambassadeur du Kosovo en Suisse, pour prendre cette initiative personnelle. Bien sûr, cette charte n’aura pas d’effet obligatoire, mais elle servira de référence. Elle sera lue et affichée dans des centres culturels musulmans. Elle fera office de rappel à l’ordre.

Il faut trouver des moyens chocs qui viennent de la communauté pour garantir la sécurité de tout le monde, en premier lieu des fidèles

– La charte engage à «une transparence financière totale»? C’est dire qu’aujourd’hui l’opacité règne? Il y a eu des soupçons sur le financement du centre albanais qui se construit à Plan-Les-Ouates (GE) notamment.

– Très honnêtement, il n’y a pas de problème à ce niveau-là. La communauté albanaise a une forte expérience de la solidarité et des dons. N’oubliez pas que la cause nationale a été soutenue par la diaspora qui a fait vivre les familles restées au pays pendant des années. Maintenant, ces personnes découvrent la religion, la pratiquent, et se montrent tout aussi solidaires.

Cela intervient certes dans un contexte international difficile. Mais il faut veiller à ne pas faire d’amalgame. Le financement du centre de Ditura, en construction à Plan-Les-Ouates, provient uniquement des dons de la diaspora. Si vous allez sur le chantier aujourd’hui, vous trouverez des personnes qui travaillent bénévolement, parce que la solidarité est une réalité. Et on parle d’un centre devisé à 3 millions de francs, pas 3000 francs. S’il y avait des fonds du Qatar, cela se saurait!

– La charte engage aussi tout croyant à dénoncer les comportements suspects. Encourager la délation, c’est délicat…

Il n’a pas été facile de trouver les mots justes. Mais il faut comprendre la réalité dans laquelle se trouvent cette communauté et ses responsables. A chaque fois qu’une attaque se produit, à Paris, Bruxelles, Istanbul, ils sont stigmatisés. Il faut trouver des moyens chocs qui viennent de la communauté pour garantir la sécurité de tout le monde, en premier lieu des fidèles.

A Genève, il existe un numéro vert pour dénoncer toute déviance vers la radicalisation. La charte s’inscrit dans la même voie. Si dans l’entourage, dans la famille, un jeune a un comportement décalé, bizarre, inquiétant, il faut intervenir. Nous devons à la fois protéger un islam modéré et collaborer le plus et le mieux possible avec les autorités.

Lise Bailat

 

Vannes : l’arbre de la laïcité abattu ne sera pas remplacé

L’arbre de la laïcité situé dans le parc jouxtant le Palais des arts à Vannes (Morbihan) a été abattu en début de semaine. Il avait été planté en décembre 2011.

Il ne reste qu’une partie du tronc de l’arbre de la laïcité situé dans le parc jouxtant le Palais des arts à Vannes. Ça n’est vraisemblablement pas la tempête Zeus qui en est la cause mais un acte volontaire. La manière dont il est cassé ne laisse pas de grand doute. D’autant que la plaque commémorative qui était placée au pied a disparu.

Ce chêne avait été planté en décembre 2011, à l’occasion du 106e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905, par le maire David Robo et Claude Jahier, alors présidente départementale de l’association Familles laïques. Âgé d’environ 7 ans à l’époque, ce chêne chevelu devait atteindre une trentaine de mètres à l’âge adulte. Il aurait pu vivre plus de 200 ans. Originaire du sud-est de l’Europe, cet arbre était la seule essence de ce type plantée à Vannes. On ne lui aura pas laissé sa chance de s’épanouir.

 

Nouvelle victoire de la laïcité en Europe

Nouvelle victoire de la laïcité en Europe.

posté le 15/03/2017

Une bonne nouvelle pour la laïcité en provenance du Luxembourg. La Cour de Justice de l’Union européenne a donc décrété que les entreprises avaient le droit d’interdire le port de signes religieux à leurs salariés.

J’avais d’ailleurs exploré cette voie avec ma collègue sénatrice Françoise LABORDE, dans les débats sur la fameuse loi El KHOMRY en proposant un amendement – finalement adopté avec l’aval du gouvernement – insérant cette disposition dans le droit français. Je souhaitais que celui-ci tire les leçons d’exemples concrets, celui de la crèche Baby Loup, bien sûr qui avait attendu des années avant d’être confortée par l’arrêt de la Cour de cassation, ou celui de l’entreprise Paprec qui avait négocié en interne une charte de la laïcité qui avait jusqu’alors toute chance d’être illégale. Je n’aurai pas l’outrecuidance de rappeler ici les réactions de ceux qui voulaient nous empêcher de légiférer, qui dénonçaient cette intolérable atteinte à la liberté d’expression, de tous les comités qui inventent des phobies pour mieux attenter aux valeurs de la République…

La Cour européenne nous donne raison et c’est une bonne nouvelle pour la République laïque.

Après tout, il n’y a pas tant de bonnes nouvelles qui nous arrivent de l’Europe par les temps qui courent …

J’ajoute un deuxième message : on parle beaucoup d’abrogation de la loi El KHOMRY dans la campagne présidentielle. Que ceux qui ont ce projet radical aient au moins la sagesse de préserver dans celle-ci les mesures qui, comme celle-ci, représentent de vrais progrès. Il y en a d’autres…

Jean Glavany

 

 

Le camouflet anti-laïque du Président Hollande à l’archevêché de Strasbourg

ÉGALE s’associe à l’association « Les Profanes » pour condamner ces comparaisons abjectes, s’interroger sur le message transmis par le Président de la République en nommant une telle personne à l’archevêché de Strasbourg, et rappeler que le concordat n’a pas sa place dans une République laïque.

Michel Seelig a écrit une lettre ouverte à Mgr Ravel : 20170308_Ravel_Seelig-1

La nomination d’un fervent opposant à l’IVG, au mariage pour tous, à Charlie Hebdo et à la laïcité interroge et déplait.

C’est avec une stupéfaction teintée de colère que l’association Les Profanes qui a pour vocation la défense et la promotion de la laïcité vient d’apprendre la nomination par le Président Hollande d’un nouvel archevêque à Strasbourg, Mgr Ravel, ayant assimilé entre autres vilenies, l’avortement au terrorisme en février 2015.

C’est ce joyeux personnage à l’esprit ouvert, qui le lendemain des massacres de janvier 2015 affirmait dans le bulletin mensuel de l’Aumônerie militaire catholique des Armées que : « Le chrétien se sent pris en tenaille entre deux idéologies […] D’un côté, des adversaires déclarés et reconnus : les terroristes de la bombe, vengeurs du prophète. De l’autre côté, des adversaires non déclarés, mais bien connus : les terroristes de la pensée, prescripteurs de la laïcité, adorateurs de la République. »

Il poursuivait : « L’idéologie islamique vient de faire 17 victimes en France. Mais l’idéologie de la bien-pensance fait chaque année 200 000 victimes dans le sein de leur mère. L’IVG devenue droit fondamental est une arme de destruction massive. » Et de conclure : «Nous ne devons pas cautionner les folies de l’euthanasie, du mariage pour tous et autres caricatures de Charlie Hebdo».

D’après un communiqué de Vincent Morel, association « Les Profanes »

 

8 mars 2017 : l’ONU femmes invite à « franchir le pas »

La Journée internationale des femmes est l’occasion de dresser le bilan des progrès réalisés, d’appeler à des changements et de célébrer les actes de courage et de détermination accomplis par les femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire de leur pays et de leur communauté.

Le monde du travail est en train de changer, ce qui entraine des implications importantes pour les femmes. D’une part, la mondialisation et la révolution technologique apportent de nouvelles opportunités. D’autre part, l’informalité croissante du travail ainsi que des salaires et des revenus instables ou encore de nouvelles politiques fiscales et commerciales ont aussi des effets sur l’autonomisation économique des femmes. À l’occasion de l’édition 2017 de la Journée internationale de la femme, ONU Femmes – l’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes – exhorte toutes les parties prenantes à « Franchir le pas » vers l’égalité entre les sexes pour une planète 50-50 en 2030.

Les cibles clefs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 :

  • D’ici à 2030, faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, qui débouche sur un apprentissage véritablement utile, conformément à l’objectif de développement durable 4
  • D’ici à 2030, faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons aient accès à des activités de développement et de soins de la petite enfance et à une éducation préscolaire de qualité qui les préparent à suivre un enseignement primaire
  • Mettre fin, dans le monde entier, à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles
  • Éliminer de la vie publique et de la vie privée toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles, y compris la traite et l’exploitation sexuelle et d’autres types d’exploitation
  • Éliminer toutes les pratiques préjudiciables, telles que le mariage des enfants, le mariage précoce ou forcé et la mutilation génitale féminine

 

L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE EN CROISADE POUR ACCUEILLIR PLUS D’ELEVES

Parce que de plus en plus de familles souhaitent lui confier leurs enfants, il milite contre un tabou politique et réclame plus de professeurs. La règle de répartition des enseignants entre public et privé sous contrat tient en deux chiffres : 80-20. Apel, association de parents de l’enseignement catholique sous contrat réclame pour la première fois sa modification et ce, de façon officielle. L’élection présidentielle peut apparaître comme le moment adéquat. Sauf que le sujet est politiquement sensible car personne ne souhaite un réveil de la guerre scolaire dont le dernier épisode remonte à la grande manifestation de 1984 en faveur de l’enseignement libre. Les laïques, comme les partisans de l’école catholique préférant éviter l’affrontement, tous restent attachés aux équilibres construits au fil des années depuis la loi Debré en 1959. En 1993, un accord de compromis avait entériné la règle de proportionnalité de « 80-20 » mise en place en 1985, avec la notion de crédits limitatifs. Cet accord « gagnant-gagnant » se basait sur la répartition réelle des élèves entre les deux systèmes. Mais près d’un quart de siècle plus tard, l’enseignement catholique se sent à l’étroit. « Cette règle permet aujourd’hui de bloquer l’expansion de l’enseignement catholique privé, résume Bernard Toulemonde, inspecteur général à la retraite. Je ne connais pas d’hommes politiques qui souhaitent une évolution, sauf ceux qui veulent des ennuis… » Pour l’association de parents Apel, cette proportion qui ne correspond plus aux parts de marché des deux parties ne permet pas de répondre aux attentes des familles de plus en plus nombreuses sur les listes d’attente des établissements catholiques. Entre 30 000 et 40 000 élèves, selon des estimations non exhaustives. À ce jour, les élèves du privé sous contrat pèsent à hauteur de 17 % dans les effectifs globaux, avec une proportion plus élevée au collège (21,5 %) qu’à l’école primaire (13,7 %). Les raisons de ce succès : un encadrement des élèves plus structuré, un absentéisme des enseignants moins élevé que dans le public et une liberté plus grande dans le recrutement des enseignants. L’Apel (Association des parents de l’enseignement libre) – qui rassemble plus de 900 000 familles – a donc choisi d’interpeller les candidats à la présidentielle sur ce sujet. Le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC) et ses 7 560 établissements, prépare, pour fin février, une liste de propositions à l’adresse de ces mêmes candidats. Et s’agace déjà de l’attentisme de ces derniers sur le sujet. Pourquoi ne pas aligner les moyens sur la « reconnaissance du besoin scolaire », comme le formule la loi Debré ?

Dans le camp les Républicains, on regrette l’absence de cette prise en compte de « l’exode » des effectifs vers le privé, selon les mots du député (LR) Patrick Hetzel, dans une question au gouvernement le 11 janvier. Faire sauter le verrou du 80-20François Fillon avait évoqué la remise en question de cette proportion dans son livre paru en 2015 puis au cours de la primaire. La droite « veut faire sauter le verrou des 20 % d’enseignement privé (…), instaurer un grand marché concurrentiel de l’éducation dans lequel ce seront toujours les familles qui ont les moyens de payer qui s’en sortiront le mieux », a contre-attaqué du tac au tac la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem. Preuve que les postures empêchent pour l’heure tout débat sur le sujet. « Il ne s’agit pas d’agiter des chiffons rouges. Nous ne cherchons pas la provocation », martèle Annie Genevard, secrétaire générale adjointe des Républicains. « Mais nous sommes prêts à soutenir toutes les bonnes initiatives évaluées, là où les besoins éducatifs sont avérés », ajoute-t-elle, évoquant le « hors contrat » qui, avec des effectifs peu élevés, concurrence lui-même le « sous contrat ». Faire sauter le verrou du 80-20 permettrait, entre autres, d’alléger les effectifs par classe, plaide-t-on, dans le « sous contrat ». Mais pour les syndicats d’enseignants du public dans leur ensemble, de droite à gauche, pas question d’accentuer une concurrence qu’ils qualifient de « déloyale ». Ils demandent, au contraire, que l’enseignement catholique soit soumis, comme le public, aux règles de la carte scolaire.

 

La justice contre les dérives de la journée de retrait à l’école

Farida Belghoul, fondatrice du mouvement, voit son amende alourdie en appel

La fondatrice du mouvement de la Journée de retrait de l’école et pourfendeuse de la théorie du genre, condamnée en mai 2016 à 5000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Tours pour complicité de diffamation vient de voir sa peine alourdie à 8.000 euros par la cour d’appel d’Orléans. La mère de famille tourangelle, Dalila Hassan, correspondante locale de la JRE, condamnée en première instance à 4000 euros d’amende pour complicité de diffamation écope, elle, d’une amende de 2.000 euros.

En mars 2014, sur la foi des déclarations d’un enfant d’origine tchétchène de trois ans, qui prétendait que son institutrice de Joué-les-Tours l’avait contraint, ainsi qu’une petite fille de sa classe, à se déshabiller et à échanger des bisous, Dalila Hassan avait alerté Farida Belghoul.

Le 28 mars 2014, tandis que Farida Belghoul s’érigeait en journaliste, Dalila Hassan colportait, sous l’œil d’une caméra, des propos purement imaginaires, mettant injustement en cause l’enseignante. Le lendemain, la vidéo était postée sur Youtube.

Les deux femmes avaient comparu le 5/12/2016 devant la cour d’appel d’Orléans, pour répondre de leur comportement.

À l’audience, les deux femmes, encadrées par un solide comité de soutien, avaient rétropédalé, arguant de leur bonne foi et mettant en cause le caméraman, réfugié, selon elles, en Tunisie.

La sanction prononcée par la cour d’appel s’accompagne de la publication, aux frais des deux intéressées, du dispositif de l’arrêt chez nos confrères du Figaro, du Monde et de La Nouvelle République du Centre Ouest.

Dalila Hassan et Farida Belghoul devront, en outre, verser 18.000 euros de dommages et intérêts à l’institutrice diffamée.

d’après Philippe Renaud

 

L’enseignement confessionnel à la peine dans le Morbihan

A l’heure où l’école privée milite pour modifier la répartition de professeurs en public et privé afin d’en obtenir davantage, elle voit ses effectifs d’élèves diminuer dans le Morbihan. d’après la direction diocésaine de l’enseignement catholique du Morbihan, la carte scolaire 2017 comportera plus de fermetures que d’ouvertures bien qu’elle poursuive ses efforts pour l’accompagnement des filières bilingues notamment en breton. L’enseignement privé souhaite cependant améliorer l’accueil des élèves en situation de handicap et ouvrir un dispositif « français langue étrangère » pour les enfants de migrants.

 

COLLOQUE « LES ENJEUX DE L’ENSEIGNEMENT DE LA LAICITÉ » en video

Lundi 6 février 2017

Salle Clemenceau, Palais du Luxembourg

 

Accueil par Françoise Laborde – Sénatrice de la Haute-Garonne

 

 

 

Plaidoyer pour un enseignement laïque moral et civique,

Agnès Perrin, Maitre de conférences en langue et littérature françaises, Université de Montpellier, FDE/ESPE

 

 

Table ronde 1. Moyens et méthodes de l’enseignement moral et civique à l’école

 

Nadia Geerts, enseignante de morale laïque en Belgique et essayiste

 

 

 

Agnès Perrin, différence entre les programmes de 2011 & 2015

 

 

 

Martine Pretceille, professeur honoraire des universités

 

 

Table ronde 2 : des expériences de terrain

 

Laurent Adam, enseignant en lycée

 

 

 

Danièle Fouache, chargée de mission auprès de la présidente du CNC

 

 

 

Eddy Khaldi, auteur de « ABC laïcité pour les enfants »

 

 

 

Table ronde 3 : autres enseignements du civisme et de la laïcité

 

Bernard Legras, Directeur du DU « Connaissance de la laïcité » à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

 

 

Émile Zuccarelli, ancien ministre, auteur d’un rapport : « laïcité et fonction publique »

 

 

 

 

Dr Jean Thévenot, Président du conseil de l’Ordre des Médecins de la Haute-Garonne

 

 

Conclusion

 

Conclusion Françoise Laborde

 

George Bensoussan est relaxé

Le 25 janvier dernier, l’historien Georges Bensoussan était jugé pour islamophobie et racisme par un tribunal parisien à la demande de plusieurs associations dont le Collectif contre l’ Islamophobie (CCIF).

Son crime : avoir osé dire dans l’émission Répliques que les musulmans tétaient l’antisémitisme avec le lait de leur mère, reprenant ainsi les propos d’un sociologue algérien. Le tribunal, vient de prononcer sa relaxe.

 

Le délit de blasphème est définitivement abrogé en Alsace et en Moselle

Le Conseil constitutionnel s’est prononcé le 26 janvier 2017 sur l’adoption définitive de la loi égalité-citoyenneté. L’article 172 qui avait été introduit par le Sénat puis voté par l’Assemblée nationale, abrogeait le délit de blasphème et  prononçait l’application des articles 31 et 32 de la loi de séparation de 1905 en Alsace et en Moselle. Ces articles établissent l’interdiction d’agir par des pressions ou des menaces dans un but prosélyte, ainsi que l’interdiction d’empêcher le bon déroulement d’un culte.

ÉGALE s’est battu inlassablement depuis des années sans jamais renoncer à obtenir cette abrogation, alors que beaucoup de politiques affirmaient que c’était inutile puisque ces textes étaient tombés en désuétude. Même désuète, cette survivance de lois de Bismarck avait servi à attaquer Charlie Hebdo pour blasphème devant un tribunal strasbourgeois. Même si la plainte n’a finalement, pas été retenue par le tribunal, elle a occasionné des frais  d’avocat et des tracas pour le journal. Nous savons aujourd’hui, que le « djihad juridique », ce harcèlement constant est à l’œuvre en France comme au Québec, contre tous ceux qui  se dressent contre l’islamisme politique.

Le législateur vient de priver les acteurs du djihad juridique d’une arme de choix contre la démocratie et la laïcité.

Autre élément dont il faut se réjouir : deux articles de la loi de 1905 s’appliquent enfin en Alsace et en Moselle. Faut-il y voir le début de la fin du régime dérogatoire (et discriminatoire) des cultes ?

Martine Cerf

 

À la primaire de gauche, il reste un seul candidat laïque : Manuel Valls

À la primaire de gauche, il reste un seul candidat laïque : Manuel Valls

Le favori, Benoît Hamon, ne cesse de s’embourber dans des justifications alambiquées qui esquivent les vraies questions sur la laïcité. Avec force circonvolutions, il justifie qu’après tout, il n’est pas choquant que des espaces publics d’où l’on exclut les femmes, puisqu’« historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes… ». Comme tous ceux qui font du clientélisme sur le terrain, il capitule devant les exigences et les pratiques inacceptables des adeptes d’un islam rigoriste importé d’Arabie Saoudite. Il oublie que ceux-là ne représentent qu’une minorité. Il reste sourd aux propos pourtant limpides d’une Djemila Benhabib, d’une Lydia Guirous, d’une Nadia El Fani, d’un Boualem Sansal, d’un Mohamed Sifaoui et de tant d’autres qui se battent pour la liberté et plaident pour que les politiques appliquent la laïcité sans compromission, afin qu’elle joue rôle de bouclier contre le fanatisme.

Peu importe à Benoît Hamon que des femmes puissent être exclues. Lui qui s’offusquerait avec raison s’il existait des cafés où l’on refuse l’entrée à des noirs ou à des juifs (ce qui a historiquement existé), ne trouve rien à redire quand il s’agit de femmes. Il comprend, il admet, il excuse, il ignore…

Rien de tel avec Manuel Valls quand il déclare [1] : « face au communautarisme qui mine notre modèle républicain, j’incarnerai avec force la laïcité et je ne céderai aucun pouce de terrain sur ce sujet.… Aucune femme ne peut être exclue d’un lieu public, d’un espace public. » Il a compris en effet que le temps n’est plus aux affirmations précautionneuses ou en demi-teinte qui ne font qu’encourager les prises de position contraires aux valeurs républicaines et à la cohésion sociale.

Trois candidats à la primaire avaient affirmé leur attachement à la laïcité, sans ambiguité : François de Rugy, Vincent Peillon et Manuel Valls. Il n’en reste qu’un en lice et quel que soit le résultat de cette primaire, il paraît certain que nous pourrons compter sur les doigts d’une seule main les candidats à la présidentielle décidés à faire respecter les valeurs républicaines, la laïcité et l’école publique.


Martine Cerf

 

[1] déclaration du 22 janvier 2017 au soir.

 

 

 

publié le 25/01/2017

 

Jeannette Bougrab et Pascal Bruckner ont gagné leur procès contre les Indigènes de la République et les Indivisibles. 

Assignés en justice par ces associations communautaristes pour racisme, car ils avaient estimé que les associations qui avaient accusé Charlie hebdo de racisme et d’islamophobie portaient une part de responsabilité dans l’attentat barbare contre l’hebdomadaire et nos amis, l’ex-ministre et le philosophe en sont sortis blanchis.

Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République, poursuit dans son communiqué :

« Les deux associations qui accusent régulièrement les défenseurs d’une laïcité sans qualificatif d’être des « islamophobes » en sont pour leurs frais. Elles sont condamnées à payer respectivement 1500 euros à Pascal Bruckner et 2000 euros à Jeannette Bougrab.  Le Président du CLR, ainsi que Laurent Bouvet, Sihem Habchi, ancienne Présidente de NPNS, Luc Ferry, ancien ministre, Riss, directeur de Charlie hebdo, avaient été cités comme témoins par la défense.

« Non contentes de diffuser une idéologie nauséabonde, ces associations voulaient interdire que l’on puisse les critiquer. Heureusement, cela n’a pas fonctionné. Il ne suffit pas de se prétendre victime en permanence pour s’exonérer de ses responsabilités intellectuelles », a déclaré Richard Malka l’un des deux avocats de la défense.

En ces temps de grande confusion où trop de voix intellectuelles et politiques cèdent au communautarisme et fragilisent la laïcité quand ils ne la menacent pas, ne boudons pas notre plaisir quand la justice aide à séparer le grain de l’ivraie. Récemment, deux lauréats du prix de la laïcité, décerné chaque année par le Comité Laïcité République, avaient gagné le bras de fer qui leur était imposé par des tenants du communautarisme.

Samuel Mayol, accusé d’islamophobie, suspendu professionnellement et par ailleurs menacé de mort, a ainsi été réhabilité dans l’affaire de l’IUT de Saint-Denis et réintégré dans ses fonctions. Djemila Benhabib a gagné le procès que lui a intenté une association islamiste devant la justice québécoise. Mais cette dernière a décidé de faire appel. Les nombreuses associations laïques regroupées dans le comité de soutien à Djemila Benhabib, dont ÉGALE, se mobiliseront à nouveau.

Nelly Fouks

 

La Norvège se convertit à la laïcité


Désireux d’en finir avec ce qui ressemblait à un archaïsme, dans un pays où 73 % des habitants sont baptisés sans être nombreux à pratiquer, le Parlement norvégien avait décidé dès 2012 la séparation de l’Église et de l’État après une révision constitutionnelle.

L’affaire est actée depuis le premier janvier 2017. A partir de cette date, les 1250 prêtres et évêques norvégiens ne seront plus payés par le gouvernement, ni nommés par le roi. Pour la presse locale, il « s’agit du plus grand changement depuis la Réforme, qui date de cinq siècles déjà.

Nelly Fouks d’après la Croix du 5/01/17

Le voile : décision personnelle ou revendication identitaire

Delphine Horvilleur, rabbin au mouvement Juif Libéral de France, combat le patriarcat dans le judaïsme. Elle s’exprime avec beaucoup de lucidité sur le port du voile islamique dans un article de l’Obs intitulé « Je choisis librement de me voiler, les limites du féminisme religieux.

Lire : Voile_rabbin

 

Cour européenne des droits de lʼHomme : pas de dispense de cours de natation mixtes pour motif religieux

M. Osmanoğlu et Mme Kocabaş, dʼorigine turque et vivant en Suisse, prétendaient, au nom de leur religion, faire dispenser leurs filles mineures de lʼobligation de suivre les cours de natation obligatoires, parce quʼils étaient mixtes. Les jeunes filles étaient donc obligées de se montrer, et de voir le corps partiellement dénudé de leurs condisciples : toutes choses contraires à lʼéducation que leurs parents entendaient leur donner.
Condamnés aux amendes prévues par la loi du canton de Bâle-Ville, sanction confirmée en appel, les parents ont saisi la Cour européenne des droits de lʼhomme, en invoquant lʼatteinte à leur liberté de religion. La CEDH, à lʼunanimité, par un arrêt du 10 janvier 2017(1), les a proprement déboutés, en des termes intéressants.

Lʼintérêt public de lʼintégration des élèves prime sur les considérations religieuses particulières.
La Cour souligne (communiqué du greffe) « la place particulière que lʼécole occupe dans le processus dʼintégration sociale, et plus particulièrement pour les enfants dʼorigine étrangère, précisant dʼune part
que lʼintérêt des enfants à une scolarisation complète, permettant une intégration sociale réussie selon les moeurs et coutumes locales, prime sur le souhait des parents de voir leurs filles exemptées des cours de
natation mixtes, et dʼautre part, que lʼintérêt de lʼenseignement de la natation ne se limite pas à apprendre à nager, mais réside surtout dans le fait de pratiquer cette activité en commun avec tous les autres élèves, en dehors de toute exception tirée de lʼorigine des enfants ou des convictions religieuses ou philosophiques de leurs parents. »
Et lʼarrêt conclut : (…), la Cour estime que, en faisant primer lʼobligation pour les enfants de suivre intégralement la scolarité et la réussite de leur intégration sur lʼintérêt privé des requérants de voir leurs filles dispensées des cours de natation mixtes pour des raisons religieuses, les autorités internes nʼont pas outrepassé la marge dʼappréciation considérable dont elles jouissaient dans la présente affaire, qui porte
sur lʼinstruction obligatoire. »
Cet arrêt confirme la jurisprudence des décisions de 2008 et 2009 validant lʼexclusion en France dʼélèves refusant dʼôter des signes religieux ostensibles. On en soulignera deux points :
les États jouissent dʼune « très large marge dʼappréciation » concernant leurs rapports avec les religions, particulièrement dans le domaine scolaire ; lʼintégration et la socialisation par lʼécole des jeunes issus de familles étrangères sont « dʼintérêt public » -alors que les prescriptions religieuses ne relèvent que dʼintérêts privés.
Ce dernier rappel est spécialement bienvenu, à lʼheure où les islamistes des quartiers font pression sur les familles pour quʼelles retirent leurs enfants de lʼécole publique au profit dʼun « enseignement à domicile » (du moins proclamé tel).

Moeurs et coutumes, burkini, et égalité des femmes
Sans doute les pleureuses des « discriminations postcoloniales » et les adorateurs de la diversité ne manqueront ils pas de tiquer sur la référence de lʼarrêt aux « moeurs et coutumes locales » : abominable exemple dʼethnocentrisme ? Même pas ! En effet, dans les écoles du canton concerné, et en raison du nombre dʼélèves musulmans, non seulement les séances de piscine sont encadrées « dans la mesure du possible » par des enseignantes, mais le burkini est autorisé aux élèves ! Pour le Gouvernement suisse, « le port du burkini peut contribuer à faciliter la vie en commun des élèves dʼune classe et leur montrer quʼils y ont tous pleinement leur place même lorsquʼils sont dʼune culture différente. »
Comme quoi, même le multiculturalisme et les « accommodements raisonnables » nʼarrêtent pas les intégristes religieux, qui ne cessent, dans tous les pays, de tester les résistances locales à leurs  prétentions…
On saluera à ce propos la mention par le juge de Strasbourg de « lʼégalité entre les sexes » : « La Cour partage lʼavis du Gouvernement selon lequel la mesure litigieuse avait pour but (…) lʼégalité entre les sexes. » (…) « La Cour est prête à accepter que ces éléments puissent être rattachés à la protection des droits et libertés dʼautrui ou à la protection de lʼordre au sens de lʼarticle 9 § 2 de la Convention. »
Voilà sans doute une avancée jurisprudentielle par rapport à lʼarrêt CEDH du 1er juillet 2014 Sas c. France, relatif à la loi française du 11 octobre 2010 (dite « loi burqa »). Comme lʼUFAL lʼa souligné dès les premières
« affaires » de burkini de cet été, la Cour y avait explicitement rejeté « le respect de lʼégalité entre les hommes et les femmes » comme « objectif légitime » pouvant justifier une limitation à la liberté de « manifester sa religion », précisément « au sens de lʼarticle 9 § 2 de la Convention. »
Le comble est quʼen lʼespèce, la famille refusait le burkini comme…« stigmatisant » ! Point de vue intéressant dʼintégristes avérés, que lʼon retiendra. Mais alors, les porteuses de burkini seraient-elles en fait des progressistes, voire des féministes aux yeux des bigots musulmans ? En réalité, pour les intégristes religieux, il nʼest tout simplement « pas permis aux femmes musulmanes de fréquenter les piscines publiques ».
Comme le proclame, par exemple, le site « Lʼislam en questions et réponses » : « La charia … a donné lʼordre [à la femme] de rester chez elle et de ne quitter le foyer quʼen cas de besoin pour préserver sa
chasteté et protéger son honneur (…). Le fait pour la femme de se rendre dans les clubs publics et dans les piscines mérite dʼêtre interdit en raison de ses aspects condamnables et de ses dégâts. »
On ne saurait être plus clair : quand certaines familles intégristes –pas seulement musulmanes – prétendent formater leurs filles par « lʼéducation pudique », elles visent en fait lʼégalité femmes-hommes
et la dignité des femmes. On se réjouira quʼune des missions reconnues à lʼenseignement public par la CEDH soit au contraire de promouvoir ces valeurs.

Voir le jugement.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION AU CŒUR DES ENJEUX DE SOCIÉTÉ

11 janvier 2017

Accueil, Françoise Laborde, Sénatrice de la Haute-Garonne et Présidente d’ÉGALE

 

 

Résister par la plume, Gérard Biard Rédacteur en chef de Charlie Hebdo 

 

 

Écrire, créer et militer au féminin contre les fondamentalismes religieux. Animation : Djemila Benhabib, essayiste

Ibtissam Betty Lachgar, psychologue et militante associative

Nadia El-Fani, cinéaste et militante associative 

 

Lydia Guirous, écrivaine

 

Abnousse Shalmani, écrivaine 

 

 

Quelles pressions exercées sur la liberté d’expression ? Retour sur l’expérience française, belge, suisse, québécoise et canadienne.  

Animation Martine Cerf, secrétaire générale d’ÉGALE

 

 

Pierre Gauthier, député au parlement de Genève

 

 

Mohamed Sifaoui, journaliste et essayiste

 

 

Viviane Teitelbaum, députée au parlement de Bruxelles et échevine

 

 

Louise Mailloux, philosophe et essayiste

 

 

Conclusion : Djemila Benhabib, essayiste.

 

Une France soumise Les voix du refus, Dirigé par Georges Bensoussan, préface de Elisabeth Badinter, Albin Michel, 2017

Les Territoires perdus de la République » dénonçait déjà en 2004 l’école des banlieues rongées par le communautarisme, l’antisémitisme et le sexisme. Ce sont maintenant de véritables territoires interdits de la République. Enseignants, infirmières, assistantes sociales, maires, formateurs, policiers témoignent.
La nouvelle enquête de Georges Bensoussan révèle la réalité et les enjeux de ce sectarisme qui met chaque jour un peu plus en péril notre démocratie.

Obama protège et reconnaît les athées

Avant la fin de son mandat, Obama multiplie les gestes destinés à assoir l’action de sa présidence. Dans ce cadre, il vient de signer la première loi de défense de la liberté religieuse mentionnant explicitement les athées. 

Dans son discours d’investiture en 2009, Barack Obama a été le premier président à évoquer les athées. «Nous sommes une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs, d’hindous et de non-croyants.»avait-il déclaré.

Aujourd’hui, il va encore plus loin. «La liberté de croyance, de conscience et de religion protège les croyances aussi bien théistes que non théistes et le droit à ne pas professer et ne pas pratiquer de religion», précise le nouveau texte de la loi de 1998, modifiée par ses soins, qui condamne également le fait de «viser des non-théistes, humanistes et athées en raison de leurs croyances».

Cette loi avait donné naissance il y a presque 20 ans à la Commission Américaine sur la liberté religieuse dans le monde, qui a pour vocation d’enquêter sur les persécutions subies par les minorités religieuses dans le monde.

Une avancée historique

Pour l’American Humanist Association, il s’agit d’un ajout historique. D’après Caroline Mala Corbin, professeur de droit, cette loi ainsi modifiée pourrait influencer la façon dont les athées sont considérés par les tribunaux américains :«Il y a toujours eu une controverse quant à savoir jusqu’à quel point les athées devaient être protégés. Cette loi précise qu’ils doivent être autant protégés [que les religieux].» explique-t-elle.

Plus important encore, «Le fait que les non-théistes soient reconnus et protégés en tant que groupe est une avancée importante vers l’entière acceptation et inclusion des individus non religieux, qui sont encore trop souvent stigmatisés et persécutés à travers le monde», a déclaré le directeur de l’American Humanist Association.

La reconnaissance de cette protection des athées dans la loi découle d’un lobbying de quatre ans opéré par l’American Humanist Association auprès du Département d’État et du Congrès, notamment pour attirer l’attention sur le sort des athées persécutés dans des pays comme l’Arabie saoudite et le Bangladesh.

Nelly Fouks d’après Claire Levenson sur Slate.fr

 

Le Dictionnaire de la laïcité, 2e édition, Armand Colin, 2016

 

Sous la direction de Martine Cerf, secrétaire générale d’ÉGALE et de Marc Horwitz, membre fondateur de l’association.

Cette édition comprend une introduction de Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel de 2007 à 2016.

Ouvrage engagé, défendant une laïcité proche de celle d’Aristide Briand, ce dictionnaire en rappelle les fondements historiques, philosophiques et politiques. Il présente les textes de lois, dessine un panorama de la laïcité à travers le monde, et dresse le portrait des penseurs et hommes politiques qui ont contribué à sa construction. La laïcité y apparaît comme un processus au long cours qui n’est jamais acquis et sur lequel il convient toujours de veiller.

  • 300 entrées de « Accommodements » à « Zola » en passant par « École » et « Lumières »
  • Des renvois pertinents pour affiner ses recherches
  • Une bibliographie et une sitographie pour prolonger la réflexion Cette nouvelle édition, largement augmentée et complétée, est le fruit du travail de plus de 80 chercheurs, historiens, sociologues, juristes, journalistes… En 2012, cet ouvrage a obtenu le Prix de l’initiative laïque décerné par la Maïf, la MGEN et la Casden.

 Lire l’interview de  Marc Horwitz  par William IRIGOYEN Journaliste – Présentateur Arte Reportage

Pologne : au secours, Jésus revient et Marie l’accompagne.

  La laïcité régresse en Pologne où le catholicisme fait un retour en force

A l’occasion du 1050° anniversaire de la Pologne, répondant à une demande de la frange la plus conservatrice des catholiques polonais, les évêques ont proclamé Jésus-Christ roi de Pologne. La scène s’est déroulée à l’occasion d’une messe que le président de la république, installé au premier rang, honorait de sa présence.  Il n’a bien entendu pas bronché.

Une proposition rejetée il y a 10 ans, qui semble ne pas faire de vagues aujourd’hui

Un projet de résolution similaire avait été proposé au parlement il y a 10 ans, par le parti conservateur droit et justice, la ligue des familles polonaises et le parti des agriculteurs. Les prélats avaient alors rejeté cette demande. Monseigneur Tadeusz Pieronek, membre de l’épiscopat polonais et recteur de l’académie de théologie papale de Cracovie déclarait avec intelligence :

« le Christ n’a pas besoin d’une résolution parlementaire pour être le roi de nos cœurs. Ces législateurs feraient mieux de se préoccuper de leurs promesses prérogatives constitutionnelles et de laisser les institutions religieuses et l’Eglise faire leur travail » avait-il déclaré. (source BBC news)

Va-t-on revenir plus de 3 siècles en arrière, très exactement 350 ans plus tôt, lorsque la vierge Marie avait été déclarée reine honoraire de Pologne par le roi Jean Casimir ? Le tournant pris par la Pologne le laisse craindre.

Nelly Fouks

 

Crèches de Noël : le Conseil d’État définit les conditions d’installation dans les bâtiments publics

Selon le Conseil d’État, c’est uniquement si elles présentent un « caractère culturel, artistique ou festif » que leur installation sera autorisée. Il s’agira donc de démontrer que ce caractère culturel fait l’objet d’une pratique établie de longue date, chaque fois que des élus voudront installer des crèches de la nativité dans des bâtiments publics

Une représentation religieuse ou culturelle ?

S’il est certain que la loi de 1905 interdit dans son article 28 l’installation de signes ou emblèmes religieux par une personne publique et dans des bâtiments publics, le Conseil d’État reconnait aux crèches « une pluralité de significations » : religieuse, mais aussi « éléments de décoration profanes ». Pour être autorisée, une crèche devra respecter plusieurs critères :

  • Une installation temporaire, pendant les fêtes de fin d’année,
  • présenter « un caractère culturel, artistique ou festif »,
  • ne pas exprimer «la reconnaissance d’un culte ou une préférence religieuse»,
  • éviter tout prosélytisme religieux,
  • correspondre à «des usages locaux»,
  • être installée dans un lieu autorisé.

Dans les bâtiments publics elle reste interdite, sauf si son fameux caractère culturel, artistique et festif est établi. Dans les parvis de mairie, les accès aux bâtiments publics ou les marchés de Noël, elle est autorisée.

Il est à remarquer que ceux qui défendent « l’identité » chrétienne de la France se sont félicités de cette prise de position, alors que les partisans du respect de la laïcité déplorent cette nouvelle concession faite aux revendications de type religieux.

Martine Cerf

 

Samuel Mayol, le directeur de l’IUT de Saint-Denis enfin blanchi et réhabilité

Après plusieurs années de conflit avec sa hiérarchie, et des mois de mise à pied injustifiée, ce chantre de la laïcité, blanchi par la section disciplinaire de l’université de Bordeaux, a été réintégré dans ses fonctions. 

L’affaire commence en février 2014. A l’occasion d’une alerte à la bombe, la police découvre des tapis de prière dans le local d’Ouverture, une association musulmane. Samuel Mayol dénonce alors une atteinte à la laïcité qui lui vaut très rapidement des menaces de mort.

Aucun soutien de sa hiérarchie qui répand calomnies et accusations en tous genres

Peu de temps après, des images de vidéosurveillance le montrent poussant une porte qui mène au dit local ainsi qu’à la salle de gym avec deux sacs et en ressortir avec un seul.

Jean-Loup Salzman, le président de l’Université paris XIII le soupçonne alors d’avoir déposé lui-même les tapis de prière pour renforcer ses accusations d’atteinte à la laïcité.  Samuel Mayol porte plainte pour dénonciation calomnieuse. Il s’attaque également à deux enseignants qui ont favorisé le prosélytisme de l’association et se sont fait payer des heures de cours qu’ils n’ont pas assurées.

Jean-Loup Salzman refuse de le soutenir. Pire, il le suspend de ses fonctions pour islamophobie et conflit d’intérêt (il aurait favorisé sa femme dans l’attribution d’un marché de formation professionnelle).

Deux jugements en sa faveur

Début juillet, la section disciplinaire de l’Université de Bordeaux demande la relaxe de Samuel Mayol et trois mois plus tard, c’est le tribunal administratif de Montreuil qui se prononce contre sa suspension jugée illégale. Après plusieurs années de conflit, ce hérault de la laïcité peut enfin réintégrer ses fonctions. Autre bonne nouvelle Jean-Loup Salzman cède sa place à Jean-Pierre Astruc qui noue avec son directeur d’IUT des relations apaisées. L’occasion enfin de lui remettre les palmes académiques qui lui avaient été attribuées, une décoration honorifique que l’ancien président se refusait à lui donner.

Nelly Fouks

Voir le jugement du Tribunal administratif

 

L’idéologie du genre, une croisade opportune

Ce dimanche 2 octobre, le pape François a réanimé la polémique autour de « l’idéologie du genre » dans l’avion qui le ramenait d’un voyage à Cracovie. Comme il l’avait déjà fait à diverses occasions, il a pris position pour affirmer que ladite théorie était une « colonisation idéologique » dangereuse pour l’ordre naturel puisqu’elle est propagée dans les manuels scolaires. Elle ferait des enfants des cobayes et leur apprendrait que la sexualité, l’orientation sexuelle et le sexe biologique sont des choix posés par les individus, et non des déterminants donnés par la nature et voulus par Dieu.

Cette déclaration est évidemment très opportune puisque le collectif Manif pour Tous organise une nouvelle manifestation qui se déroulera à Paris le 16 octobre : « Tous dans la rue pour la famille ».  Sans surprise, la blogosphère catholique a accueilli les paroles du pape avec enthousiasme. Il n’est toutefois pas certain que tous les catholiques partagent cette ferveur.

Les premières polémiques sur le genre sont nées en France en 2011. Elles ont été déclenchées en réaction aux nouveaux manuels de Sciences de la vie et de la terre. Des parents et éducateurs catholiques exprimèrent leur inquiétude, craignant de voir enseigner le genre à l’école. Le débat explosa réellement en 2012 à la suite de la loi Taubira ouvrant le mariage aux unions de même sexe. La mobilisation massive contre cette loi intégra alors une lutte contre « l’idéologie du genre ».

Les opposants ne refusaient pas seulement le droit de se marier ou de devenir parents aux couples homosexuels, mais dénonçaient aussi ce qu’ils appelèrent l’« idéologie » ou la « théorie du gender ». Selon eux, cette « idéologie/théorie », qui nierait l’altérité sexuelle et refuserait de penser les relations entre hommes et femmes sur le mode de la complémentarité, constituerait une dangereuse menace pour l’humanité. Il est intéressant de constater que la cause « anti-genre » agrégeait dès ce moment des groupes issus du catholicisme conservateur qui recrutait dans les associations de parents catholiques (les VigiGender), la Fondation Lejeune et Alliance française, Civitas, le Salon beige, notamment, mais aussi dans des familles de pensées éloignées de l’Église.

C’est pourtant bien l’Église catholique qui est à la manœuvre dans la création et la promotion de cette mobilisation qui, il faut bien s’en rendre compte, a une dimension internationale. L’entreprise est née lors de la Conférence internationale du Caire sur la population et le développement organisée par les Nations unies en septembre 1994. Des ecclésiastiques s’alarmèrent contre les projets de légalisation du « droit des femmes » qui y étaient discutés. Ils y virent un grave danger pour l’ordre moral, le droit de la famille et le droit dit « naturel ». Allié à certains représentants de l’islam, le pape parvint à imprimer certaines réserves dans le texte du Plan d’action.

Quelques mois plus tard, la Quatrième conférence mondiale sur les Femmes tenue à Pékin sous l’égide de l’ONU fut l’occasion de débats sémantiques vigoureux pour déterminer s’il convenait de privilégier le terme « équité » à celui d’ « égalité » pour qualifier les droits dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’économie et du politique. Ces événements sont fondateurs d’une nouvelle rhétorique ainsi que d’une rénovation de sa stratégie de la part du Saint-Siège en ce qui concerne l’égalité homme/femme, question qui, désormais, est abordée sous les termes d’un complot international orchestré par les Nations unies.

Au regard de la masse de publications produites par l’Église catholique sur le sujet, on peut réellement parler d’une « croisade » anti-genre dans laquelle s’engagent les communautés locales comme les plus hautes instances de la hiérarchie vaticane. Comme en témoigne le Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques élaboré par le Conseil pontifical de la Famille en étroite collaboration avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (2003) et traduit dans presque toutes les langues, le genre constitue en effet un sujet de croissante préoccupation pour les autorités de l’Église, qui veulent s’opposer avec urgence aux progrès des études de genre, des combats féministes et des luttes homosexuelles. La quête d’égalité entre les sexes repose sur l’idée que leurs différences sont pour l’essentiel culturelles. Cela revient à faire une dissociation entre la culture et la nature et, donc, à remettre en question l’ordre naturel.

Ce dernier concept, parfois appelé « loi naturelle », centrale chez saint Thomas d’Aquin, est fondamental pour nombre de catholiques, pour qui ce qui a été donné par Dieu ne peut être ni défait, ni transformé, ni renié. L’humain qui cherche à se « réinventer » se pare des attributs du démiurge. Cette attitude est dangereuse parce qu’elle est assimilée à l’individualisme, idéologie et valeur particulièrement condamnée. Dans ce sens, remettre en cause les différences hommes/femmes et l’idée de leur « complémentarité » revient à faire peser sur toute communauté humaine (à commencer par la famille) une menace de dislocation.

On l’aura compris, l’idéologie/théorie du genre est fort éloignée des gender studies. Le « genre », ou « gender » en anglais, est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les hommes et les femmes. Les « études de genre » s’intéressent aux inégalités entre femmes et hommes en interrogeant les facteurs sociaux, économiques, culturels et politiques plutôt que biologiques. Les questions de méthode en sciences humaines n’entrent évidemment pas dans les préoccupations des anti-genre.

Ceux-là sont alertés par les profonds bouleversements que connaissent les normes en matière d’organisation et de droit de la famille. Leur inquiétude s’ancre dans un sentiment de peur à l’égard du lendemain. Cette peur se combine à la crise économique. Face aux méfaits du chômage et de la pauvreté, la famille est une valeur refuge, l’une des dernières institutions où l’on espère voir agir la solidarité. La force des leaders anti-genre est évidemment de parvenir à canaliser ces angoisses. L’efficacité de leur rhétorique tient également à une habile utilisation des médias grâce à des phrases-chocs et une iconographie simple, moderne, « sympa » (les pictogrammes roses et bleus) qui a facilement pu faire le tour du monde.

Le pape et une grande partie de l’Église misent sur le pouvoir agrégateur de la mobilisation « anti-genre ». Ils espèrent ainsi renforcer « la » communauté catholique. C’est oublier qu’il n’existe pas de communauté catholique. Les catholiques, s’ils partagent une foi commune, n’en demeurent pas moins pluriels. Tous ne cautionnent ni le discours du pape ni celui des « anti-genre ». Non seulement certains membres du clergé se sont-ils désolidarisés des mobilisations, mais des catégories sociales, politiques, professionnelles et sexuelles ainsi que des groupes partageant des sensibilités religieuses spécifiques se sont montrés très critiques.

Expriment leur malaise, les homosexuels, les théologiennes et les féministes catholiques, évidemment, mais également les femmes, de plus en plus mal à l’aise face à l’éloignement de l’autel qu’on leur impose et ce d’autant plus qu’elles sont les plus actives dans la vie pastorale et associative. Le pape sait vraisemblablement bien que ces « silencieux » de l’Église désapprouvent ses prises de position les plus caricaturales. Dans ses dernières confidences, tout en condamnant la « théorie du genre », il rappelle que les chrétiens doivent « accompagner » les déviants sexuels. Reste à savoir si cette manière de ménager la chèvre et le chou sera suffisante pour convaincre les croyants qui ne se reconnaissent pas dans un discours simpliste faisant le jeu des plus extrémistes.

Cécile Vanderpelen-Diagre (ULB).

 

Une laïcité qui renoue avec l’intelligence de la loi de 1905 Les Fiches Santé du CDOM 31

On trouvera ci-après une présentation synthétique de fiches élaborées à la fin de l’année dernière par le Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins de la Haute Garonne (CDOM 31), issues des travaux d’un groupe de réflexion sur la laïcité autour des représentants des principaux cultes et des usagers, de l’ARS (référent Laïcité) et de l’Espace de Réflexion Ethique Midi-Pyrénées (EREMIP). D’autres institutions se sont jointes à la démarche pour la réalisation ou la diffusion (CROM, FHP, FHF, CSDU-CRSA…). Objectif général : lever les incompréhensions existant entre les patients et les soignants, et ainsi améliorer la communication.

À la lecture de ces fiches, ce qui frappe d’abord c’est la retenue, le sérieux, l’équilibre, l’humanisme fondé en droit et en raison de leurs analyses et préconisations. Leur modestie aussi : « les fiches, se référant à des situations réelles rencontrées par des soignants et des usagers de santé, ont été discutées collégialement. Ce sont des documents volontairement synthétiques et donc non exhaustifs, et tous susceptibles d’être améliorés ; tous commentaires, demandes de précision ou corrections pourront être adressés au CDOM 31 (haute-garonne@31.medecin.fr), ainsi que toute interrogation pouvant générer la rédaction d’un nouveau document sur une situation non encore évoquée. Ces fiches ont pour vocation d’être régulièrement réactualisées et consultables dans leur dernière version sur le site du CDOM 31 (www.ordmed31.org/). »

On est donc ici à des années-lumière des emportements calculés d’un Marwan Muhammad, alors porte-parole du CCIF, s’indignant à la tribune d’un colloque de l’IRIS (14 novembre 2013) qu’à l’hôpital public on dénie aux musulmanes le choix de leur médecin. Pur et simple mensonge, parfaitement en phase avec la stratégie de victimisation communautariste de cette association. En pratique, le comportement des soignants est aux antipodes de cette falsification ; on le vérifie à partir des recommandations de la fiche correspondante du CDOM 31 « Refus de soignant pour motif religieux ».

Pour commencer, un rappel : « La Charte de la Laïcité dans les services publics précise que les usagers de ces ser-vices ne peuvent récuser un agent public ni exiger une adaptation du fonctionnement du service public. Cependant, le service s’efforce de prendre en considération les convictions de ses usagers dans le respect des règles auquel il est sou-mis et de son bon fonctionnement. »

À l’hôpital (situations concrètes tirées de cas réels) :

– hors urgence, chacun est libre de choisir son médecin ; le libre choix du patient trouve ses limites dans la nécessaire organisation des équipes médicales.

– en urgence, si un homme refuse d’être soigné par une femme ou une femme par un homme ; si un patient exige un soignant de même religion… :

• il existe une alternative au sein de l’équipe médicale de garde : un autre soignant peut être appelé à intervenir, dans les limites des exigences de l’organisation du service.

• il n’existe pas d’alternative : les soins urgents sont réalisés par l’équipe de garde. À cet égard, on ne rencontre aucun obstacle dans les religions juive, catholique et protestante. Pour la religion musulmane, la plupart des reli-gieux indiquent que, s’il n’a pas le choix, le patient ou la patiente par nécessité médicale autant que par obligation religieuse doit accepter d’être soigné par une personne de sexe opposé.

Il n’est pas pertinent dans ces situations de transférer le patient ou la patiente dans un autre établissement ou de rappeler de son domicile un soignant qui n’est pas de garde.

Hors urgence, mais même en situation d’urgence, il peut être fait appel à l’aumônier de l’établissement ou à toute autre personne pouvant assurer une médiation ou une information spécifique.

Si, dans l’urgence, le malade persiste dans son refus, le médecin est dans l’impossibilité juridique de passer outre sa volonté. Il doit informer le patient des conséquences de son choix et réitérer l’information au patient et à la personne de confiance désignée. En cas de refus persistant, il est souhaitable de faire attester par écrit la décision du patient ou de la personne de confiance et d’inscrire la démarche du médecin dans le dossier médical » (une Fiche « traçabilité » figure dans le dossier élaboré par le CDOM).

La citation, délibérément longue, a pour objet d’illustrer le souci d’équilibre et de respect de la liberté de conscience des patients, dans un cadre contraignant, celui de l’organisation d’un service public.

Ces critères d’équilibre et de respect irriguent chacune des fiches élaborées par le CDOM : outre celles à caractère général, on en compte 23, du certificat de virginité à l’IVG, en passant par la PMA, l’interruption médicale de grossesse, l’hyménéoplastie, le diagnostic prénatal, la contracep-tion, le jeûne, le don d’organes … Pour chaque sujet sont mis en regard l’éthique, l’attention ac-cordée aux patients, les préceptes de chaque religion, les contraintes d’organisation du service ; d’où s’ensuivent les comportements recommandés.aux praticiens.

À titre d’exemples, et sans cette fois entrer dans le détail (la liste complète des fiches est dispo-nible à l’adresse http://www.ordmed31.org/IMG/pdf/print_28001_om_fiches_x34.pdf, on en donne ci-après quelques « morceaux choisis » :

Certificat de virginité ou de « défloration » : le médecin doit refuser l’examen et la rédaction d’un tel certificat, contraire à la dignité de la femme.

Demande de circoncision pour motif non médical : le médecin doit informer la famille du non-remboursement de l’acte.

Excision et obligation de signalement : en France, la pratique est interdite. L’article 226-13 du Code pénal (sanctionnant une violation du secret professionnel) n’est pas applicable dans les cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret.

IVG : le médecin et le personnel concourant à l’intervention disposent d’une clause de cons-cience (sans nécessité de motivation). La loi impose toutefois au praticien qui refuse d’exécuter un tel acte d’informer sans délai la femme de sa décision et de lui communiquer immédiatement le nom des praticiens susceptibles de réaliser cette intervention.

Diagnostic prénatal : la pratique des examens (y compris non invasifs) liés à ce diagnostic né-cessite la prise en compte préalable par les soignants des convictions personnelles, religieuses ou philosophiques des parents. En cas d’interrogation de ceux-ci vis-à-vis de ces examens, les soi-gnants se doivent de leur conseiller de consulter un représentant de leur culte ou un référent de leur culture pour faire un choix le mieux adapté à leur situation et leurs convictions.

Procréation médicalement assistée : les religions ont des avis assez différents concernant les techniques de PMA, nécessitant pour les praticiens de bien en expliquer les processus et les im-plications, dans le respect des choix philosophiques et religieux des patients.

Interruption Médicale de Grossesse : la loi française autorise l’interruption médicale de gros-sesse (IMG) à tout âge de la grossesse (c’est-à-dire depuis la fécondation jusqu’avant la naissance), soit quand la grossesse met en péril grave la santé de la mère, soit quand le foetus est atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable.

Le « choix entre mère et enfant » : quand la grossesse menace la vie de la mère, l’IMG est tolé-rée par la plupart des Églises protestantes, par le Judaïsme et par l’Islam. Pour les catholiques, « en aucun cas, l’Église Catholique n’enseigne que la vie de l’enfant doit être préférée à celle de la mère. D’un côté comme de l’autre, il ne peut y avoir qu’une seule exigence : faire tous les efforts

pour sauver la vie de la mère et de l’enfant. La plus noble aspiration de la médecine est de cher-cher toujours de nouveaux moyens pour conserver la vie de l’un et de l’autre ». (Encyclique casti connubili, 31 décembre 1930).

Don d’organe entre vivants : le don d’un organe ou de cellules souches hématopoïétiques de son vivant est autorisé par la loi française. Ce don est gratuit.

Le Judaïsme, l’Islam et la religion chrétienne autorisent le don d’organe entre vivants s’il ne met pas en danger la vie du donneur, s’il est indispensable pour le receveur et s’il ne donne lieu à au-cune commercialisation.

Demande d’autopsie : l’autopsie judiciaire ou médicolégale est requise par l’autorité judiciaire pour rechercher les causes d’un décès. À ce titre, l’entourage (ou qui que ce soit d’autre) ne peut s’y opposer, y compris pour des raisons religieuses.

Les chrétiens, catholiques et protestants, ne s’opposent pas à l’autopsie d’un défunt. Dans le ju-daïsme, le respect de l’intégrité du corps s’oppose à la réalisation d’une autopsie ; sur indication médicale impérative, l’entourage pourra requérir une autorisation rabbinique. Pour les musul-mans, le Coran n’interdit pas l’autopsie, mais insiste pour que le plus grand respect soit porté à la dépouille mortelle.

Pratique religieuse dans les lieux de soins

Patients : il convient d’adapter sa pratique religieuse aux circonstances (hospitalisation, consulta-tion…). Toutefois, les pratiques religieuses des patients ne doivent pas différer les soins médi-caux.

Soignants : les soignants sont tenus d’adapter leurs pratiques religieuses personnelles aux con-traintes de l’organisation du service. Hors soins urgents et dans la limite de l’organisation du ser-vice, ils se doivent de respecter les prières en cours des patients hospitalisés et leurs entretiens avec les représentants de leur culte.

Jeûne religieux et alimentation en milieu hospitalier : le médecin interrogé par un patient doit lui expliquer le risque du jeûne adapté à son état de santé spécifique.

Décret 2003-462 2003-05-21 art. 5 JORF 27 mai 2003 : « les visiteurs et les malades ne doivent introduire dans l’établissement ni boissons alcoolisées ni médicaments, sauf accord du médecin en ce qui concerne les médica-ments. Le cadre infirmier du service s’oppose, dans l’intérêt du malade, à la remise à celui-ci de denrées ou boissons même non alcoolisées qui ne sont pas compatibles avec le régime alimentaire prescrit. » Un refus de suivi des recommandations médicales alimentaires est à gérer (notamment avec les aumôniers) et à tracer comme tout refus de soins.

Aucune réglementation, aucun interdit, mais aussi aucun aménagement de l’activité profession-nelle ne sont prévus pour les soignants pendant les périodes de jeûne. Le jeûne doit être compa-tible avec l’activité de soins et ne modifie en rien les obligations des soignants à l’égard des pa-tients.

Les employeurs (médecins ou Établissements de soins) ne sont pas tenus de proposer à leurs personnels une nourriture spécifique tenant compte des convictions religieuses ou des habitudes alimentaires.

Port de vêtements religieux ou traditionnels pendant les soins : le respect de la volonté du patient permet d’accepter le port de vêtements religieux, traditionnels ou coutumiers, si la qualité des soins ne s’en ressent pas.

Refus de transfusion ou de produits d’origine sanguine : le refus de transfusion sanguine (ou produits dérivés) est surtout le fait des Témoins de Jéhovah pour motifs religieux, mais aussi par d’autres patients, et pour des raisons parfois autres que religieuses.

L’utilisation thérapeutique du sang ou de ses dérivés ne pose aucun problème pour les religions juive, catholique, protestante et musulmane.

Concernant les mineurs ou majeurs sous mesure de protection juridique (tutelle…), l’obligation de soins passe outre le refus du patient, du tuteur ou du titulaire de l’autorité parentale, en cas d’urgence et si ce refus risque de générer des conséquences graves.

La loi du 4 mars 2002 oblige le médecin à un respect total de la volonté de son patient, quelles qu’en soient les conséquences. Dans tous les cas, une traçabilité exhaustive et pas à pas de la dé-marche médicale est indispensable.

Alain Azouvi

 

Vous avez dit Concordat ?, Michel Seelig, L’Harmattan, Coll Débats laïques, 2016

Les mots concordat, concordataire, reviennent dans le débat public. Mais qu’est-ce que le Concordat ? Pourquoi dit-on de certains territoires qu’ils sont concordataires ? Quelle est la réalité concordataire de l’Alsace et de la Moselle ? Pourrait-on étendre le Concordat à tout le territoire national ? Quel rapport entre le Concordat et le droit local d’Alsace et de Moselle ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cet ouvrage souhaite apporter des réponses claires, aux références juridiques incontestables.

Après quatre années, un citoyen de Concarneau gagne son combat

Après quatre années, un citoyen de Concarneau gagne son combat.

La ville de Concarneau devra revoir les modalités de calcul de ses subventions aux écoles privées de la commune, à la suite de la confirmation, en appel, de l’annulation des délibérations qui les avait arrêtées, pour les années 2011 à 2013. Hier, la cour administrative d’appel de Nantes a en effet donné raison à un contribuable concarnois. Dans ce dossier la municipalité avait déjà été desavouée en décembre 2014, par le tribunal administratif de Rennes.

Guillaume Frouin

 

 

publié le 16/11/2016

 

Une étude sur le fait religieux en entreprise

L’Institut Randstad et l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise (OFRE) présentent les résultats de leur quatrième étude commune (septembre 2016) sur le fait religieux en entreprise.

Cette étude confirme la tendance à la hausse des incidents liés à la religion et montre que les entreprises ont pu s’organiser pour aider les managers à traiter au mieux ces incidents. 91% des incidents sont réglés sans conflit, ce dont on ne peut que se réjouir.

Cependant, dans les zones sensibles, le % des managers confrontés à des situations délicates monte à 45%.

Ce que nous avions appelé les années précédentes des « signaux faibles » inquiétants restent minoritaires, mais atteignent une acuité dans certaines zones qu’on aurait tort de négliger, d’autant que les situations conflictuelles sont passées de 2 % en 2013 à 9 % en 2016.

Livret 2016 Institut Randstad OFRE_HD

Les bûchers de la liberté, Anastasia Colosimo, Stock, 2016

Que nous dit Charlie, alors que se dissipent les ultimes mirages du 11 janvier ?

Que le blasphème n’est pas de retour car il ne nous a jamais quittés. Qu’il n’est pas un principe religieux, mais qu’il a toujours été un instrument politique. De Rushdie à Dieudonné, d’Islamabad à Copenhague et de la Cour européenne des droits de l’homme à la Cour suprême des États-Unis, en passant par la Bible et le Coran, les caricatures de Mahomet et l’inflation des lois mémorielles, voici une plongée à travers les temps et les lieux du blasphème qui en dévoile sans concession toute l’actualité. Car, par-delà l’émotion, la question essentielle est de savoir si, aujourd’hui, la France n’a pas déjà tourné le dos, secrètement, à la liberté d’expression.

Née en 1990, doctorante en théorie politique et enseignante en théologie politique à Sciences Po Paris, Anastasia Colosimo, qui a aussi mené des études de droit et de criminologie à la faculté de Panthéon-Assas, a été en 2015 visiting scholar à l’Université de Columbia.

La laïcité au quotidien : Guide pratique, Régis Debray, Didier Leschi, Folio, 2016

Nous avons tous en tête des  » affaires  » traitées autant par les médias qu’utilisées par le personnel politique, dans lesquelles la  » laïcité  » tient le mauvais rôle. La loi qui a instauré la séparation des Églises et de l’État semblait donner une ligne de conduite claire. Mais la morale laïque se heurte à des obstacles nouveaux, nés souvent du brouillage entre le public et le privé, de la prééminence de l’individu sur le citoyen. Chacun garde en mémoire les faits de société qui semblent remettre en cause son principe, comme s’il s’opposait, par des glissements continus, aux convictions personnelles : la cantine scolaire doit-elle proposer différents types de repas ? le caricaturiste peut-il faire preuve d’irrévérence sans être sous le coup d’une condamnation ? peut-on autoriser le travail pendant le  » jour du seigneur  » ? dans quels lieux célébrer les funérailles présidentielles ? est-il acceptable qu’une femme préfère être examinée par une doctoresse plutôt que par un docteur ? A toutes ces questions qui se transforment en casse-tête pour la vie collective, Régis Debray et Didier Leschi répondent en rappelant ce que dit la loi de 1905 sur l’exercice de la laïcité, plus prévoyante qu’on ne le croit, et font également appel au bon sens et à la volonté de vivre selon, comme ils l’écrivent, un  » régime de cohabitation civilisée « . 38 cas pratiques, depuis A comme Aumônerie jusqu’à Z comme Zèle (en passant par Cloches et Muezzin, Foulard, Dimanche, Non-mixité, Vues de l’étranger), soumis à l’examen impartial et informé de Régis Debray et de Didier Leschi.

Accusé de manipulation islamophobe, le directeur de l’IUT de Saint-Denis est relaxé

Samuel Mayol, à Paris, le 26 octobre.

Pour Samuel Mayol, c’est un soulagement. Pour Jean-Loup Salzmann, un sérieux revers. Le premier, directeur de l’Institut universitaire de technologie (IUT) de Saint-Denis, va pouvoir reprendre son poste, huit mois après en avoir été suspendu par le second, alors président de l’université de Paris-XIII Villetaneuse, avec lequel Samuel Mayol était en conflit ouvert depuis des mois, accusé de « manipulation islamophobe » et de « conflit d’intérêts ».

La commission disciplinaire de l’université de Bordeaux a décidé le 29 juin de le relaxer. Les faits n’étant pas établis. Cette décision ouvre donc la voie au retour à ses fonctions. « Je respecte ce jugement et ne vais pas faire appel, indique au MondeJean-Pierre Astruc, élu depuis président de Paris XIII – qui a la tutelle de l’IUT –. Je suis en train de rédiger l’arrêté de réintégration de M. Mayol, en souhaitant que cet établissement reprenne son activité d’enseignement et de recherche dans la sérénité. »

Depuis octobre 2014, les relations entre Samuel Mayol et Jean-Loup Salzmann n’ont fait que s’envenimer. A l’époque, fervent défenseur de la laïcité, le directeur de l’IUT ordonne la fermeture de la salle occupée par l’association d’étudiants musulmans L’Ouverture. Sans succès. Quelques mois plus tard, après une alerte à la bombe dans son établissement, il avait révélé que la police avait trouvé une vingtaine de tapis de prière dans ce local.

Menaces de mort

Parallèlement, Samuel Mayol découvre de graves dysfonctionnements au sein du département de techniques de commercialisation de l’IUT et entre en guerre avec son responsable, qui a depuis été partiellement blanchi. Celui-ci était soupçonné d’avoir facturé des heures de cours fictives et d’avoir inscrit à l’emploi du temps des disciplines hors programme. De leurs côtés, les étudiants s’inquiétaient de la qualité des études : absence de relations avec les directeurs d’études, emplois du temps modifiés sans arrêt, annulations de cours, changements d’enseignants sans explication… Malgré deux pétitions, ils sont ignorés.

A partir de ce moment, début 2014, mais sans qu’aucun un lien ne puisse être établi, M. Mayol reçoit de nombreuses menaces de mort. Il est aussi victime de deux agressions physiques. Les auteurs n’ont jamais été identifiés.

Ses relations avec Jean-Loup Salzmann se sont envenimées. M. Mayol reprochant à son président le manque de soutien dans l’adversité. Un rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), d’avril 2015, lui donne raison, critique la gestion du dossier par Jean-Loup Salzmann, lui reprochant son inaction et recommande « de renforcer la vigilance à l’égard des associations d’étudiants telles L’Ouverture qui, sous couvert de vente de produits alimentaires [sandwichs hallal], font du prosélytisme religieux ».

Gestion « affective »

En novembre 2015, le président de Paris-XIII suspend Samuel Mayol de ses fonctions avec interdiction de se présenter dans les murs. Le suspectant d’avoir déposé des tapis des prières dans le local de L’Ouverture afin d’accréditer une dérive communautariste dans l’établissement, il dépose une main courante au commissariat d’Epinay-sur-Seine et saisit la commission disciplinaire interne de l’université. Puis, un second rapport de l’IGAENR de mars 2016, vient critiquer, cette fois, la gestion « affective » de l’IUT par M. Mayol et souligne le fait que sa suspension y a permis le retour à une situation apaisée.

Le 29 juin, au terme de cinq heures de débat, la section disciplinaire de l’université de Bordeaux – où le dossier avait été dépaysé à la demande de Samuel Mayol qui avait invoqué les fortes tensions avec sa tutelle – a relaxé le directeur de l’IUT de trois des quatre motifs pour lesquels elle était saisie. Il était accusé d’avoir favorisé son épouse dans l’attribution d’un marché de formation professionnelle mais aussi d’avoir mis en place un système occulte pour octroyer des jours de congé à son personnel et d’avoir clandestinement introduit les fameux tapis de prières dans la salle de L’Ouverture. Pour ces trois motifs : la section disciplinaire a indiqué que « les faits ne sont pas établis » et qu’« aucune faute ne peut être imputée à M. Mayol ».

« Enfin ! Cela fait huit mois que je clame mon innocence et que je dois supporter les calomnies sur les réseaux sociaux, où l’on me traite de “manipulateur islamophobe” », lance M. Mayol. J’ai enfin été entendu et j’ai hâte de reprendre le travail. » Sollicité, Jean-Loup Salzmann n’a pas souhaité commenter « une décision de justice ».

« Dans le contexte actuel, je considère que la mise en cause, par M. Salzmann de M. Mayol a mis ce dernier en danger. Sa photo a été publiée sur des sites salafistes », accuse de son côté Florent Tétard, délégué syndical SneSup, maître de conférences à l’IUT et soutien de Samuel Mayol.

ENTREPRISE ET LAÏCITÉ DEMAIN

Le projet de loi Travail a été adopté en cette fin du mois de mars par le conseil des ministres.

L’exposé des motifs qui a peu de chance de varier au cours de la discussion parlementaire précise qu’il s’agit de « donner au dialogue social une place beaucoup plus importante  dans la définition des règles sociales » pour passer «  d’une culture  de l’affrontement à une culture  du compromis et de la négociation ». Chiche !

Malheureusement, comme souvent, le diable se cache dans le détail.

Dans ce texte de 52 articles, le débat politique et économique porte sur la négociation en entreprise et les nouvelles souplesses données aux employeurs en matière de temps de travail. Cependant une disposition, le sixième principe énoncé par l’article premier, attire l’attention de ceux qui veillent au respect de la laïcité dans notre arsenal législatif.

À cet endroit il est inscrit: « la liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. » 

Cette disposition présente le risque majeur de stimuler d’éventuelles manifestations religieuses sur le lieu de travail et, ce faisant, d’engendrer prosélytisme et communautarisme, ce qui irait à contre-courant de l’exposé des motifs.

Or les pratiques religieuses ne devraient pas avoir de place dans les entreprises le principe de neutralité devant prévaloir. Ce n’est pas le cas aujourd’hui à la seule exception notable des entreprises de conviction.

Dans un pays où 84% des salariés souhaitent que l’entreprise soit un lieu neutre, et où la plupart croient que c’est effectivement le cas, la réalité légale et judiciaire énonce jusqu’à présent le contraire: la liberté de religion y est la règle. Et la disposition  de l’article 1 du projet de loi El Khomri voudrait garder le statu quo : cet article est dangereusement conservateur.

Il s’appuie certes sur les conclusions du comité chargé de définir les principes essentiels du droit du travail présidé par Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen. Il est aussi conforme à l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme (CEDH), qui garantit une certaine liberté de manifester sa religion et ses convictions dans l’entreprise. Ce principe est actuellement la norme à laquelle quelques jugements ont apporté des restrictions néanmoins très limitées: l’affaire de la crèche Baby-Loup a rappelé à quel point le cadre légal et juridique du principe de neutralité en entreprise doit évoluer. Et ÉGALE a été parmi les premières associations qui ont alerté l’opinion à ce sujet.

À ce moment-là, un certain laxisme s’était déjà manifesté, par exemple, lorsque furent écartées les propositions de loi des parlementaires de Françoise Laborde et Roger-Gérard Schwartzenberg visant à étendre l’obligation de neutralité et à assurer le respect du principe de laïcité dans les structures accueillant des mineurs.

Et l’Observatoire de la laïcité, créé à la suite de cette affaire Baby loup, avait déclaré que les atteintes à la laïcité avaient été surestimées comme il établira quelques mois plus tard le même constat pour l’Université se contentant globalement de proposer l’édition de plusieurs guides à destination des employeurs publics et privés.

Aussi comme l’a récemment demandé l’écrivaine Malika Sorel la partie de l’article 1 visée doit être retirée du projet de loi et remplacée par une disposition donnant la possibilité aux chefs d’entreprises de se doter d’un règlement intérieur qui leur permette de se protéger face à des dérives religieuses.

Il serait même souhaitable d’affirmer le principe de neutralité en entreprise dans le cadre de l’examen à l’Assemblée nationale et au Sénat  au cours du mois d’avril : le gouvernement ferait ainsi preuve de réalisme et de novation dans un contexte qui devrait l’alerter sur  les dangers à ne pas conforter le caractère laïque de la République,  principe fondamental de sauvegarde du vivre ensemble sur le lieu de travail notamment.

Bernard FERRAND, Vice-Président d’ÉGALE

 

1er et 2 octobre 2015 « Unir nos forces contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulman dans l’UE

ÉGALE participait au colloque organisé par M. Frans Timmermans, Vice-Président de la Commission européenne et la commissaire Věra Jourová sur le thème : « Unir nos forces contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulman dans l’UE ».

Ce colloque réunissait des responsables politiques de divers États membres, des responsables religieux, des associations laïques, des associations de terrain impliquées dans la lutte contre la haine et le dialogue interreligieux.

Nous avons regretté pour notre part, que le point de vie des associations laïques n’ait pu être exprimé, la liste des orateurs prévus par les organisateurs étant si longue, qu’il n’y avait plus de temps pour ceux qui demandaient la parole. En particulier, nous avons déploré que les échanges aient porté principalement sur les aspects religieux de ces questions, comme si la dimension politique et raciste de ces phénomènes n’existait pas et comme si le dialogue interreligieux pouvait en venir à bout. Il n’est pas étonnant que dans les conclusions de la Commission on, voit figurer la nécessité de renforcer l’éducation religieuse et les accommodements raisonnables.

Malgré tout, il est apparu que dans les mesures évoquées par les élus, plusieurs avaient pris la mesure du phénomène. Les mesures annoncées par la Commission avaient également repris des recommandations que nous avions faites au cours de la consultation qui avait précédé ce colloque, en particulier : la lutte contre les discours de haine sur Internet, la priorité donnée aux associations locales qui créent du lien social et un accès facilité aux subventions européennes pour les associations de terrain présentant des projets concrets.

Martine Cerf

 

Le Tribunal administratif de Melun valide la crèche de Noël de la ville, celui de Nantes invalide la crèche de la nativité de la ville de Melun

A Melun, le Tribunal administratif juge qu’une crèche de la nativité installée sous le porche de la mairie n’est pas un symbole religieux : « dès lors qu’en l’espèce, la crèche objet du litige, installée de manière non ostentatoire du 15 au 30 décembre 2012 dans une niche sous le porche permettant de passer de la cour d’honneur de l’Hôtel de ville au jardin public y attenant, et dépourvue de tout autre symbole évoquant la religion chrétienne, doit être regardée comme une des décorations festives que la commune a coutume d’installer à l’occasion de Noël ; qu’elle ne constitue donc pas un emblème religieux prohibé par les dispositions de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 précitée et ne crée aussi aucune discrimination entre les citoyens »

A Nantes, Le Tribunal administratif récuse le rejet par la Conseil Général de Vendée de prendre en considération la plainte de la Libre Pensée à propos de l’illégalité de l’installation d’une crèche dans ses locaux.

Voir les jugements de Melun et Nantes

Réenchanter l’Europe des citoyens, un séminaire de travail avec la Commission européenne, coorganisé avec l’Association Européenne de la Pensée Libre (AEPL).

posté le 25/04/2013

Catherine Lalumière, présidente de la maison de l’Europe à Paris et invitée par ÉGALE a mis l’accent sur la nécessité de donner de la consistance à la vision européenne, à son projet de civilisation occulté par la politique économique ultra libérale suivie par l’Union.

Les propositions d’EGALE, issues du travail du Groupe Europe concrètes et réalistes, étaient regroupées selon 3 axes :

1-    L’Europe doit rester un espace de paix économique (après la paix militaire)

2-    L’Europe doit se rapprocher des citoyens et renforcer la démocratie

3-    L’Europe doit rapprocher les citoyens entre eux.

Des propositions précises d’action illustraient ces orientations et ont été très applaudies.

Lors de la table ronde, Gérard Delfau a vigoureusement défendu l’idée que la solution à la panne actuelle de l’Union européenne passait d’abord par la réorientation de ses choix politiques, en matière d’emploi et d’environnement notamment, avant tout débat de type institutionnel sur la mise en place d’une structure fédérative.

Le rapport d’ÉGALE a été remis à Commission, puis envoyé au ministre délégué aux affaires européennes, ainsi qu’au président du Parlement européen, aux présidents des groupes et aux députés européens français.

M.C

 

Nous nous opposons à la nomination de M. Tonio Borg au poste de commissaire européen

 

Communiqué

Chers amis,

La fédération Humaniste européenne (FHE) dont nous sommes membres, ainsi que des associations amies : la Fédération européenne de la Pensée Libre (AEPL) et Catholics for choice, nous alertent sur la nomination en cours au poste de commissaire européen de Tonio Borg, actuel ministre des affaires étrangères de Malte.

M. Borg ayant montré des engagements totalement contraires aux droits de l’homme défendus par l’Union européenne, il nous parait urgent de faire savoir aux parlementaires qui doivent entériner cette nomination que cette candidature ne saurait être acceptée.

Avortement : La position de M. Borg sur l’avortement et bien plus conservatrice que ce qui est couramment défendu en Europe et il a déjà affirmé que son opposition à l’avortement serait sans appel, quel que soit le contexte.

Droits des homosexuels : M. Borg considère qu’en tant que politique, il n’a aucune responsabilité dans la protection des couples de même sexe

Divorce : M. Borg a voté contre la légalisation du divorce en 2011, approuvé par une majorité à la chambre des représentants. Un référendum en mai 2011 avait montré que 53 % des Maltais soutenaient la légalisation du divorce.

Droits humains : Tonio Borg a été critiqué pour le traitement général des demandeurs d’asile aussi bien que pour le rapatriement d’un groupe d’Érythréens, renvoyés dans leur pays au mépris du fait qu’ils y étaient en danger. M. Borg a rejeté les recommandations du commissaire du Conseil de l’Europe pour les droits humains de changer des pratiques trop dures de détention.

L’audition au parlement de Tonio Borg étant prévue le 13 novembre, nous vous demandons d’envoyer dès maintenant un mail exprimant votre désaccord sur la nomination de M. Borg aux responsables suivants :

-Parti Populaire Européen : joseph.daul@europarl.europa.eu -Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates : hannes.swoboda@europarl.europa.eu
-Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe : guy.verhofstadt@europarl.europa.eu

-Conservateurs et Réformistes Européens : martin.callanan@europarl.europa.eu

-Verts/Alliance Libre Européenne : rebecca.harms@europarl.europa.eu daniel.cohn-bendit@europarl.europa.eu

-Gauche Unitaire Européenne-Gauche Verte Nordique : gabriele.zimmer@europarl.europa.eu

-Europe de la Liberté et de la Démocratie : francescoenrico.speroni@europarl.europa.eu

L’association ÉGALE enverra également des mails allant dans ce sens, mais l’afflux de mails d’autres associations ou de citoyens européens est nécessaire pour appuyer cette action. Soyez nombreux à le faire !

Amicalement à tous.

Martine CERF

 

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