Le Sénat a rejeté l’aide à mourir alors que ce droit avait été voté à l’Assemblée et qu’il est réclamé depuis des années par plus de 80% des Français. Encore une fois les opposants qui arguent qu’il faut laisser faire la nature sous peine d’installer une « rupture anthropologique » ont eu gain de cause. Le plus désolant, c’est qu’une partie des sénateurs de gauche ont voté contre l’article 4 de ce texte parce qu’il était en deçà de ce qu’ils espéraient et ont involontairement donné leur voix aux opposants au droit de choisir sa fin de vie.
C’est maintenant à l’Assemblée nationale que va se poursuivre l’essentiel du combat pour la conquête de la liberté de choisir sa fin de vie. Une liberté qui devrait pourtant aller de soi puisque selon notre Constitution, nous naissons « libres et égaux en droits ». En attendant nos compatriotes qui en ont les moyens devront continuer à aller à l’étranger pour cesser de souffrir et les autres devront subir le diktat d’une morale dépassée.
Décidément, notre histoire bégaie : elle montre que chaque fois qu’il s’agit de conquérir une nouvelle liberté, le front uni des responsables religieux s’y oppose avec vigueur. Plus conservateurs que dans la plupart des pays européens, ils parviennent à institutionnaliser leur ingérence dans le politique par un lobbying très bien rodé. Les élus qui ont reçu des salves de mails qui les enjoignaient de ne pas accorder le droit à disposer d’une assistance à mourir en savent quelque chose. Trop d’élus cèdent à leur pression et leur laissent la primauté sur les conclusions d’une convention citoyenne. L’exemple est donné par le Président de la République lui-même qui consulte encore les cultes après ladite convention tout en affirmant qu’il ne leur donne pas satisfaction. Le résultat est là.
Tout cela justifie notre demande constante de voir respecter la laïcité, donc la séparation des religions et de l’État et de laisser aux seuls citoyens la direction de la politique.
Martine Cerf
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