Alors qu’une des raisons invoquées par le gouvernement américain pour justifier l’intervention en Iran est de renverser la « dictature des mollahs », la frontière entre la religion et l’État semble s’effacer progressivement aux États-Unis.
Trois récents exemples soulignent cette tendance de fond.
1- Un nationaliste chrétien aux armées
Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense (il s’est lui-même rebaptisé secrétaire à la Guerre), est connu pour son adhésion au nationalisme chrétien. Il a déjà soutenu la doctrine de la « souveraineté des sphères », une vision du monde issue des croyances extrémistes du reconstructionnisme chrétien (CR). Cette philosophie prône notamment la peine capitale pour l’homosexualité et des structures familiales et ecclésiales strictement patriarcales.
En août 2025, Hegseth a repartagé sur X un extrait d’un reportage de CNN consacré au pasteur Doug Wilson, un nationaliste chrétien qui a cofondé la Communion of Reformed Evangelical Churches (CREC). Dans ce segment, Wilson affirme qu’il ne croit pas que les femmes devraient occuper des postes de commandement dans l’armée ni pouvoir remplir des rôles de combat de premier plan. Il ajoute : « J’aimerais que cette nation soit une nation chrétienne, et que ce monde soit un monde chrétien », a déclaré Wilson.
2- Embrigadement religieux
Un groupe de défense de la liberté religieuse, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) affirme avoir reçu plus de 200 plaintes de militaires issus de toutes les branches des forces armées. Ces soldats y déclaraient que leurs supérieurs utilisaient une rhétorique chrétienne extrémiste pour justifier la guerre contre l’Iran.
Un officier aurait dit que tout cela faisait “partie du plan divin de Dieu”, en citant spécifiquement de nombreux passages de l’Apocalypse faisant référence à l’Armageddon et au retour imminent de Jésus-Christ. (…) le président Trump a été oint par Jésus pour allumer le feu signal en Iran afin de provoquer l’Armageddon et marquer son retour sur Terre
le Pentagone n’a pas souhaité commenter, se contentant de partager des extraits publics de déclarations de Hegseth sur l’opération en Iran.
3- Prière à la Maison blanche
Donald Trump a organisé une prière collective en plein milieu du Bureau ovale, jeudi 5 mars. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par la Maison-Blanche, on voyait le président entouré par des représentants d’Églises évangéliques. Paula White, pasteure controversée nommée en 2025 à la tête du Bureau de la foi de la Maison-Blanche y figurait en bonne place. Ensemble, ils appelaient Dieu à guider Trump et les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran.
Cette vidéo a bien entendu fait le tour du monde.
Pour des raisons historiques, la religion est perçue par les Américains comme indissociable de la démocratie.
Néanmoins, les États Unis appliquent une séparation fondée sur la neutralité de l’État, non sur une exclusion stricte du religieux de la sphère publique.
Les deux clauses du Premier Amendement interdisent à l’État d’établir ou de favoriser une religion, protègent la liberté de croyance et de pratique et sont interprétées par la Cour suprême comme imposant un équilibre délicat entre liberté religieuse et neutralité gouvernementale. Il est cependant à noter la Cour suprême, dominée par les conservateurs, a depuis quelques années toujours tranché en faveur de la religion dans ses décisions.
Le mouvement de désécularisation (ou délaïcisation) qu’on observe dans un grand nombre de pays n’épargne pas les États-Unis, en contradiction avec la volonté des « Pères fondateurs » en particulier Thomas Jefferson, homme des Lumières qui souhaitait établir un « mur de séparation entre l’Eglise et l’État ».
Jean-Pierre Gross
Sources :
The Guardian
https://www.theguardian.com/world/2026/mar/03/us-israel-iran-war-christian-rhetoric?
Courrier international
Une prière collective autour de Donald Trump dans le Bureau ovale
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