La Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) n’est visiblement pas faite du même métal que le monument qu’elle gère.
Quand des moines hindous intégristes en goguette ont demandé à visiter la célèbre tour le samedi 5 septembre, ils ont vivement souhaité qu’aucune femme du personnel ne soit présente ce jour-là de façon à ne pas contrevenir aux tabous de leur mouvement spirituel : le Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS pour faire plus court), fondé en 1907 dans l’Etat indien du Gujarat.
La direction de la SETE a obtempéré avec zèle… et le retour de bâton ne s’est pas fait attendre : personnel en grève le lundi suivant et condamnation unanime de la classe politique avec rappel à l’ordre sur la laïcité républicaine. Même le BAPS a présenté ses excuses, visiblement interloqué par la tempête provoquée. Tout ça pour quelques femmes, ces Français sont irrécupérables.
Les moines en question venaient d’inaugurer leur premier temple en France à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) non loin de Disneyland Paris, comme quoi on peut au moins concilier tourisme et religion.
Le bâtiment est présenté comme le plus grand temple hindou construit en Europe continentale dans un style traditionnel, « un emblème de la culture indienne et de l’hindouisme ».
C’est le nouveau trophée de ce mouvement intégriste, proche du premier ministre indien Narendra Modi, qui souhaite étendre l’influence de l’hindouisme en Occident. Le financement du projet a été remarquablement opaque. L’implantation du temple en France s’inscrit dans un effort prosélyte de fond ayant pour but d’étendre l’influence du suprémacisme hindou ardemment soutenu par M. Modi.
« Cachez-moi donc ces femmes que je ne saurais voir »
On avait déjà entendu cet injonction de la part des Taliban ou autres fous de religion.
Elle est en tout cas partagée par les moines du BAPS. Le mouvement promeut un hindouisme intégriste alliant régime strictement végétarien et retour au système des castes garant de l’ordre social et divin.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le vote hindou pèse lourd dans certaines circonscriptions ce qui crée un clientélisme électoral où ces réseaux jouent un rôle clé.
L’étrange excursion des moines du BAPS aura au moins permis de mieux faire connaître les projets des intégristes hindous.
A quand une tour guidé de la Tour réservée aux Frères musulmans ? Et pourquoi pas une visite conjointe, histoire de créer un peu d’animation?
Il va sans doute falloir surveiller les fondations de notre laïcité davantage encore que celles de notre « Dame de fer ».
Jean-Pierre Gross
RSS - Articles