Collectif laïque national
Laïcité : non aux caricatures et aux récupérations
TRIBUNE
Le Collectif laïque national dénonce les détournements du principe de laïcité, réduit à tort à un simple dispositif
de protection des libertés religieuses, oubliant sa dimension républicaine fondamentale.
• par Collectif laïque national
Publié le 07/01/2026 à 20h00 sur Le Point
« La laïcité, dès son origine, vise à la défense et consolidation de la République », rappellent les auteurs de cette tribune.
À l’occasion du 120e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État », loi constituant le fondement et la définition du principe constitutionnel de laïcité, une trentaine d’organisations, regroupées dans le Collectif laïque national, tiennent à dénoncer les diverses opérations de caricature, réduction, déviation ou récupération dont la laïcité fait l’objet. C’est le cas en particulier d’une tribune, parue dans Le Monde du 7 décembre dernier, qui écarte la dimension républicaine de la laïcité, en la renvoyant à un « identitarisme » d’extrême droite.
Cette tribune du 7 décembre dernier, sans craindre de réécrire l’histoire, dénonce ainsi une prétendue « nouvelle laïcité », qui serait née, croit-on comprendre, avec la loi du 15 mars 2004 réglementant le port des signes religieux par les élèves de l’école publique (loi qu’ils n’osent pas citer, tant son utilité est reconnue). Le point culminant en aurait été atteint, selon eux, avec la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République».
Certes, cette loi n’est pas sans reproches, que le Collectif a formulés dans ses rapports annuels. Néanmoins, c’est à juste titre qu’elle a – ce dont M. Bianco et ses cosignataires s’indignent – étendu l’obligation de neutralité aux salariés du privé participant à une mission de service public (par exemple les transports scolaires). Or il en va du respect de l’égalité d’accès des usagers et de leur liberté de conscience : voir dans une mesure aussi justifiée « une conception identitaire, et parfois ethnique, de la nation » – bref, de droite extrême – relève d’une vision restrictive et erronée de la laïcité.
La laïcité comme consolidation de la République
Ainsi, tout au long du texte paru dans Le Monde, la laïcité est réduite à « un dispositif de protection de la liberté individuelle » : ce qu’elle est, bien sûr, mais à condition d’en reconnaître d’abord les conditions historiques, juridiques, et politiques. D’abord, il faut se rappeler que 1905 marque la fin de plus d’un siècle de Concordat, libérant ainsi la République du « catholicisme politique » (expression de Jules Ferry). Ensuite, comment ne pas voir que la mise en place du principe de séparation (art. 2 de la loi) entraînait par définition des interdictions, afin d’éviter toute confusion entre cultes particuliers et intérêt général.
De même, l’objectif d’égalité entre les individus-citoyens, quelles que soient leurs convictions, impliquait que la liberté d’expression religieuse fût, certes garantie, mais aussi encadrée par le respect de l’ordre public (art 1er de la loi) et des libertés d’autrui. Enfin, la liberté de conscience, principe fondateur de la loi de 1905, est posée comme liberté individuelle, incluant les convictions non religieuses ou anti-religieuses, et non plus simplement comme droit à l’exercice des cultes minoritaires, ce qu’elle fut sous l’Ancien Régime.
C’est à ces conditions seulement, que la liberté individuelle est devenue réalité, puisque la laïcité permet à chacun de se définir autrement que par ses appartenances collectives : « le droit de n’être comme personne » (Catherine Kintzler).
C’est ce qu’il faut, non pour s’endormir dans l’illusoire cocon d’un « vivre ensemble harmonieux » (comme le dit la tribune) entre communautés, mais pour « faire République », entre citoyens libres et égaux.
Car la laïcité, dès son origine, vise à la défense et consolidation de la République : dimension que les auteurs de la tribune du Monde évacuent, voire dénoncent, en la caricaturant. Il paraît ainsi que l’État « réglemente le port du vêtement» – ce qui est pourtant la norme dans les écoles publiques depuis 1882, norme qu’il a simplement fallu actualiser par la loi du 15 mars 2004 – ou, pire, qu’il aurait fait de la laïcité la « surveillance de l’opinion » : « Big Brother », pas moins !
C’est oublier que qui veut séparer doit forcément définir des limites. On retrouve enfin sous les plumes tribuniciennes la dénonciation convenue d’une « invisibilité sociale » qui serait imposée par l’État aux convictions religieuses : or on chercherait vainement une mesure législative ou réglementaire actuellement en vigueur relevant d’un tel objectif fantasmé. Enfin, très curieusement, la conclusion emprunte au financeur du catholicisme intégriste Pierre-Édouard Stérin, proche de l’extrême droite, le terme de « bien commun », qui vient affaiblir le principe républicain de « fraternité » : triste
topique !
Mépris de la liberté de conscience
Ainsi, la veille même de la parution de la tribune du Monde, un quotidien du matin faisait célébrer la laïcité… par ceux-là mêmes à qui elle a, en 1905, imposé la séparation. Sous le titre : « les chefs de culte unis autour de la laïcité », ce journal affichait en une la photo du Grand Rabbin de France, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, et du président de la Conférence des évêques de France, tout sourire. Dans un pays où plus de la moitié des habitants ne se réclament d’aucune religion (30 % se disant même athées), faire commenter la loi applicable à tous par les seuls responsables de
trois minorités religieuses relève d’un total mépris de la liberté de conscience.
Les simples citoyens, croyants ou non croyants, se voient ainsi confisquer non seulement le droit à la parole, mais la reconnaissance même de leur existence, pourtant fondamentale dans une République ! Que disaient ces trois « ministres des cultes » de la laïcité ? Rien d’autre que les auteurs de la tribune du Monde : ils « s’inquiètent de velléités politiques d’en faire une “loi d’interdiction” ». Comme si la liberté de religion devait être illimitée et absolue ? Or c’est précisément par ses « bornes » (art. 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) que se définit toute liberté.
120 ans après le 9 décembre 1905, il est indispensable d’en revenir à ces fondamentaux, oubliés par trop des célébrants actuels d’une « laïcité revue et corrigée ». Il serait plus que nécessaire de constitutionnaliser enfin les principes des deux premiers articles de la loi de 1905, comme le demande le Collectif laïque national.
*Les signataires : Sémira TLILI, #Réseau 1905 ; Eric BINET, Agir pour la Laïcité et les valeurs républicaines ; Jean
JAVANNI, Association de défense des laïques (AD3L) ; Thierry MESNY, Association des Libres Penseurs de France ; Claude WACHTELAER, Association Européenne de la Pensée Libre (A.E.P.L.) ; Ramiro RIERA, Association Laïcité-Liberté Laure CAILLE, Association Libres MarianneS ; Claude PROD’HOMME, Cercle Ferdinand Buisson ; Gilbert ABERGEL, Comité – Laïcité – République ; Francis VANHEE, Comité de réflexion et d’action laïque – CREAL76 ; Françoise LABORDE, Égalité, Laïcité, Europe – EGALE ; Maurice LEDUC, Grand Maître national Fédération Française
du Droit Humain (FFDH) ; Eddy KHALDI, Fédération Nationale des Délégués Départementaux de l’Education Nationale (D.D.E.N.) ; Françoise KAYSER, Femmes Contre les Intégrismes – FCI ; Pierre BERTINOTTI, Grand Maître Grand Orient de France ; José VIERA, Grand Maître Grand Orient Latino Américain ; Yannick BRISSET, Laïcité 18 ; Régis VANACKÈRE, Laïcité 40 ; Pierre BARACCA, Laïcité et Féminisme ; Daniel BENICHOU, Le Chevalier de la Barre ; Mario STASI, Licra ; Annie SUGIER, Ligue du Droit International des Femmes (la) – (L.D.I.F.) ; Jean PETRILLI, Lumières Laïques Cercle Maurice Allard ; Christian ARNAUD, Observatoire de la Laïcité de Provence (OLPA) ; André GOMAR, Observatoire de la Laïcité de Saint-Denis (OLSD) ; Michèle VIANES, Regards de Femmes ; Nicolas GAVRILENKO, Union des Familles Laïques – (U.F.A.L.) ; Jean-Pierre SAKOUN, Unité Laïque ; Delphine GIRARD, Vigilance collèges Lycées ; Paul VOISIN, Vigilance Travail social ; Gilles DENIS, Vigilance Universités.
(photo © FRANCOIS GREUEZ/SIPA – Le Point)
Annulation d’une subvention de la mairie de Metz à l’association Grande Mosquée de Metz
La ville de Metz avait consenti, le 7 février 2014, un bail emphytéotique à l’association cultuelle Grande Mosquée de Metz en stipulant qu’il n’y aurait aucune subvention de la mairie. Malgré cela, le 15 juillet 2024, la mairie décide d’allouer une subvention de 490 000 euros à l’association en vue de financer l’agrandissement de la mosquée.
Trois habitants de la commune, membres de l’UFAL 57, s’estimant lésés, ont saisi le Tribunal administratif de Strasbourg afin d’annuler cette décision en raison de sa non conformité au principe de laïcité qui interdit le subventionnement public des cultes. Parmi les nombreuses irrégularités qu’ils mettaient en évidence, ils soulignaient que ce projet ne correspondait à aucun intérêt public local.
Ces citoyens ont été soutenus dans leur action par l’AD3L, association créée par le Collectif Laïque National pour aider les militants laïques impliqués dans des affaires juridiques.
Le tribunal administratif de Strasbourg a décidé le 30 décembre 2025, de donner raison à ces citoyens et d’annuler la délibération de la mairie, donc le subventionnement de l’association Mosquée de Metz. Dans sa décision, le tribunal souligne entre autres manquements, qu’il n’a été procédé à aucune étude pour confirmer le besoin d’agrandissement de ladite mosquée.
Cette affaire met encore une fois en évidence la légèreté avec laquelle certains élus disposent de fonds publics pour financer des cultes, au mépris de la séparation entre les religions et l’État et de l’intérêt de leurs administrés.
Lire la décision du Tribunal administratif de Strasbourg
Voir le Communiqué de l’AD3L
M.C
Oui, il faut constitutionnaliser les articles 1 et 2 de la loi de 1905
Le Collectif laïque national se félicite que l’un de ses membres historiques, le Grand Orient
de France, ait lancé une pétition pour la constitutionnalisation des principes contenus dans
les articles 1 et 2 de la loi du 9 décembre 1905 « concernant la séparation des Eglises et de
l’Etat » :
Art. 1er : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice
des cultes sous les seules restrictions édictées (…) dans l’intérêt de l’ordre public.
Art. 2 : La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. (…)
Cette initiative répond à une revendication portée depuis plusieurs années par le Collectif.
Elle paraît seule en mesure de lever les ambiguïtés jurisprudentielles qui subsistent dans la
définition de la laïcité et son champ d’application.
Le Collectif rappelle que la laïcité, pilier de la République, est le cadre juridique qui porte la
liberté et l’égalité au plus haut niveau, assurant ainsi l’émancipation individuelle nécessaire à
la fraternité républicaine. Sa consécration constitutionnelle doit se faire sans restriction.
Les associations signataires invitent chacune et chacun à s’associer à cette pétition sur le
site Change.org : https://chng.it/RqdgFyxLdh
Paris, le 16 avril 2025
La laïcité protège aussi les croyants !
COLLECTIF LAÏQUE NATIONAL
L’assassinat d’un jeune malien, Aboubakar Cissé, dans une mosquée de La Grand-Combe (Gard) par
un autre jeune qui l’a filmé agonisant est un drame absolu. La barbarie de cet acte, quelles qu’en soient
les diverses motivations, ne peut qu’accabler les consciences humaines. Le Collectif laïque national
exprime tout son soutien à la famille et aux proches d’Aboubakar.
Que ces faits aient été commis dans un lieu de culte, à l’encontre d’une personne en prière, et assortis
de commentaires haineux invoquant précisément sa religion, constitue de surcroît une atteinte grave
aux principes de la République.
Le Collectif laïque national tient à rappeler que la liberté de religion est une liberté fondamentale,
découlant de la liberté de conscience. La loi du 9 décembre 1905, dont nous fêtons les 120 ans cette
année, garantit le libre exercice des cultes. Assassiner une personne parce qu’elle exerce ses droits
fondamentaux dans le cadre de la loi est un attentat contre la République.
Enfin, le fait d’accompagner un crime de propos visant la victime à raison, notamment, « de son
appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une
nation ou une religion déterminée » constitue pour le code pénal une circonstance aggravante. La haine
raciste ou antireligieuse n’a pas sa place dans la République et doit être fermement combattue.
Le Collectif laïque national, parce qu’il tient par ailleurs à protéger la liberté de critiquer toute religion,
n’en dénonce qu’avec plus de vigueur le crime odieux de la Grand-Combe, et l’atmosphère de haine
entretenue aujourd’hui autour de « l’appartenance, vraie ou supposée » à une « religion déterminée » –
quelle qu’elle soit.
Paris, le 30 avril 2025
SIGNATAIRES:
ASSOCIATION DES LIBRES PENSEURS DE FRANCE (ADLPF)
AEPL – ASSOCIATION EUROPEENNE DE LA PENSEE LIBRE
AGIR POUR LA LAÏCITE ET LES VALEURS REPUBLICAINES
CERCLE FERDINAND BUISSON
COMITE LAÏCITE REPUBLIQUE (CLR)
FEDERATION NATIONALE DES DELEGUES DEPARTEMENTAUX DE L’EDUCATION NATIONALE
FEDERATION FRANÇAISE DE L’ORDRE MIXTE DU DROIT HUMAIN
EGALE (EGALITE, LAÏCITE, EUROPE)
FCI – FEMMES CONTRE LES INTEGRISMES
GRANDE LOGE FEMININE DE FRANCE
GRANDE LOGE MIXTE DE FRANCE
GRANDE LOGE MIXTE UNIVERSELLE
GRAND ORIENT DE FRANCE
GRAND ORIENT LATINO-AMERICAIN
LAÏCITE-LIBERTE
LIBRES MARIANNES
OBSERVATOIRE DE LA LAÏCITE DE PROVENCE (OLPA)
UNION DES FAMILLES LAÏQUES (UFAL)
UNITE LAÏQUE
Communiqué du CLN: « Non à l’antisémistisme »
Lire le communiqué du Collectif Laïque national: « Non à l’antisémitisme, une fois pour toutes! »
Communiqué du CLN: Toomaj Salehi
Le CLN a publié ce communiqué associé à la pétition ci-dessous afin de tenter de sauver Toomaj Salehi, rappeur iranien condammné à mort part le régime islamique.
La lettre des 100 avocats, artistes et associations en soutien au rappeur Iranien #ToomajSalehi et contre la peine de mort.
Vous pouvez continuer à signer via ce lien : https://t.co/mP3kw1mJGi pic.twitter.com/fK98fcvZrx— Norouz Paris (@assoNorouz) May 6, 2024
Démission du Proviseur du Lycée Ravel : un communiqué du CLN
Voici le communiqué publié par le Collectif laïque national concernant la démission du proviseur du Lycée Maurice Ravel à Paris suite à une altercation avec une élève de BTS qui refusait d’ôter son voile, incident suivi de menaces de mort.
Vers la fin du régime dérogatoire en Alsace-Moselle?
Lire l’intégralité du Webinaire de Michel Seelig pour « Les Jeudis du Comité Laïcité République »
Communiqué du Collectif Laïque National pour la Journée de la Laïcité
A l’occasion de la Journée de la Laïcité le samedi 9 décembre 2023, un communiqué du Collectif Laïque National a été publié.
Le colloque du CLR de soutien aux femmes iraniennes et afghanes menacé et reporté
Communiqué du Comité Laïcité République5 avril 2023
Le Comité Laïcité République a décidé de reporter à une date ultérieure le colloque de « Soutien aux femmes iraniennes et afghanes » initialement prévu pour se tenir à Nantes le 15 avril prochain.
De nombreuses menaces incitant à la violence ont été proférées sur les réseaux sociaux, dont la diffusion de notre affiche annonçant l’événement biffée d’un couteau, avec des appels à organiser des contre-manifestations en raison de la présence de Madame Stern, militante féministe, critique de l’idéologie transgenre. Cela a conduit les organisateurs à ajourner cet événement par souci de préserver la sécurité des orateurs, de l’ensemble des participants, et éviter au Château de subir d’éventuelles dégradations. Le Comité Laïcité République a déposé une plainte et informé le Préfet de ces menaces.
Défenseur acharné, depuis sa création, de la liberté d’expression, le Comité Laïcité République refuse de participer à une censure quelles qu’en soient les raisons, et surtout pas sous la menace de groupuscules violents qui excellent dans l’injure, et n’argumentent jamais.
Ce colloque sera organisé dans les meilleurs délais, à Paris avec la participation de tous les intervenants pressentis, dont Madame Marguerite Stern.
Le Comité Laïcité République Nantes Pays de la Loire poursuivra sa mission d’animation de la vie citoyenne nantaise comme il le fait depuis de nombreuses années.
Comité Laïcité République,
le 5 avril 2023.
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