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Dans l’air du temps, nombreux sont les candides en France, individus ou groupements, qui veulent accaparer la laïcité voire la détourner au profit d’un clan ou, pire encore, la détruire.

Cet ensemble de phénomènes est dangereux et doit être analysé selon deux perspectives :

Pour les uns la laïcité est référente considérée comme un trésor sur lequel on tente implicitement de faire main basse dans le but non avoué de s’en approprier l’usufruit, une conception bien infantile d’un détournement de principe !

Pour les autres, minoritaires actifs et visibles, elle est perçue comme un  repoussoir  illustrée par des évènements qui ont un retentissement médiatique national voire international. Pour  ces mouvements et personnes elle doit être abolie, détruite, piétinée pour déconstruire in fine l’esprit et la lettre de la République !

Pour mettre un peu de clarté dans des débats sociétaux de plus en plus confus sur le contenu de la laïcité dans notre pays la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa a lancé ce mardi 20 avril et pour trois mois les États généraux de la laïcité.

Sur le plan politique les premières réactions comme celle de l’écologiste David Belliard, adjoint EELV aux Transports de Paris sur Sud Radio sont vides de sens lorsqu’il dénonce une “une mascarade, une fumisterie, de l’enfumage”. Les États généraux de la la laïcité, poursuit-il subtilement, ressemblent “plutôt à une assemblée générale du Rassemblement national”, tout en reprochant au gouvernement d’avoir déjà tranché ce débat avec la loi séparatisme. Rappelons  pour clore ce type d’ineptie que « tout ce qui est excessif est insignifiant ».

Le plus grave n’est pas dans les propos de ce tribun d’opérette : quasi simultanément  un communiqué signé mercredi 21 avril  par de grands réseaux et des fédérations d’éducation populaire dont notamment la Ligue de l’enseignement et les PEP donnait leur position sous le titre « États généraux de la laïcité: pourquoi maintenant et pour quoi faire ? »

Formule d’attaque : un peu d’eau tiède qui engendre l’adhésion immédiate : « La laïcité doit nous rassembler. C’est l’esprit des grandes lois laïques qui garantissent à la fois l’égalité entre tous les  citoyens et nos libertés fondamentales » ; puis viennent les plats de résistances et embrouillaminis :

Prenons quelques exemples :

Le communiqué regrette que le débat public proposé par la ministre Schiappa n’ait pas eu lieu avant le dépôt du projet de loi devant le Parlement alors que ce texte confortant le respect des principes de la République est actuellement en navette parlementaire et doit être adopté définitivement par le Parlement avant l’été ?

Mais de qui se moque-t-on alors que tout le tissu associatif est sensibilisé aux enjeux laïques depuis que le projet sur le respect des principes de la République a été adopté le 9 décembre 2020 en Conseil des ministres ? … Réveille-toi o toi qui dors psalmodie un cantique !

L’accusation porte sur le manque de transparence et le manque de « volonté de rassembler ».

Pour apporter sa pierre à l’édifice il convient de l’avoir préalablement polie : si les fédérations d’associations sont en aptitude d’élaborer du jour au lendemain un communiqué après l’annonce des États généraux elles doivent être aussi diligentes, pour être positives et rassembleuses pendant les trois mois de débat ouverts avec des propositions concrètes qui s’inscriront dans les suites réglementaires du texte législatif attendu.

En effet une loi n’est qu’une étape dans l’élaboration des règles légales. Les décrets et arrêtés poursuivent la construction de la politique gouvernementale recherchée et à ce titre il est lunaire de constater qu’une partie du tissu associatif se met en retrait de la discussion ouverte solennellement par un membre du Gouvernement.

On peut imaginer que si les fédérations refusent de participer au débat public c’est par impréparation et dans ce cas ce retard serait franchement dommageable pour le bon fonctionnement de la société française. A ce sujet, il serait intéressant de connaitre dès à présent les propositions émanant de débats internes aux Fédérations d’associations qui ont certainement consulté leur base avant de signer leur communiqué national !

En tout état de cause il n’est jamais bon de s’extraire d’un débat surtout quand les activités dont on a la charge sont au cœur des préoccupations abordées.

Les grandes associations concernées n’auraient-elles pas perdu dans le refus de participer aux États généraux la vertu cardinale de l’olympisme qui se résume dans l’adage : l’essentiel est de participer ?

Pour notre part ÉGALE investie dans la réflexion et la pédagogie de la laïcité, le principe d’égalité et leurs implications en Europe, est prête à relever le défi de ces États généraux.

J’ai connu une époque pas si lointaine où la laïcité était considérée comme acquise, notamment dans la gauche associative, certitude qui a certainement contribué à la perte de repères des forces progressistes et aux conséquences douloureuses à gérer aujourd’hui.

En un mot, en ce moment, l’union autour du principe de laïcité est essentielle pour rehausser la République. Mesdames et Messieurs les institutionnels de l’associatif, ignorez les agendas politiciens pour reprendre votre place légitime autour de la table.

Bernard FERRAND, Vice-Président EGALE